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434 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | 16° Que l’action de l’acide arsénieux, lorsqu'il a été pris à une dose capablede produire un empoisonnement intense, est d’une nature spéciale, et que c’est par conséquent à tort que Rasori, Giacomini, Boudin, ete., la considèrent comme hyposthénisante ; que les arguments puisés dans les effets des diverses médications dirigées contre l’empoisonnement ne viennent nullement à l'appui de cette dernière hypothèse; qu’en effetla médication tonique etstimulante, tant vantée dans ces derniers temps par l’école italienne et par M. Boudin, a constamment échoué dans les expériences tentées sur des chiens et sur des chevaux, devant deux commissions de l’Académie royale de médécine, tandis que la médication antiphlogistique, employée convenablement et en temps opportun, compte des suecès nombreux tant sur l'homme que sur les chiens (voy. p. 409 à 413 et p.372 de ma Toæicol., 4° édit.); qu’il est peu conforme aux véritables principes de la science de considérer comme étant l'effet d’une action Ayposthénisante des phénomènes d’abattement, la petitesse et La faïhlesse du pouls, le refroidissement du corps, la diminution de la contractilité et d’autres phénomènes de ce genre que l’on observe dans certains cas d’empoisonnement par l'acide arsénieux, parce qu'ils existent aussi, sinon tous, du moins en grande partie dans quelques maladies évideme ment inflammatoires contre lesquelles les antiphlogistiques sont suivis de succès, telles que la fièvre typhoïde à sa dernière période, et da d’autres affections que l’on pourrait appeler spécifiques, telles que le cho: léra asiatique, maladie dans laquelle la aigus a été souvent pratiquée avec avantage. ke 17° Que Paction spéciale exercée par l'acide arsénieux se rapproche assez de l’action sthénique ou excitante, pour que l’on ne dût pas balancer à l’envisager comme telle, s’il fallait absolument la ranger dans Pune ou l’autre des actions sthénique ou hyposthénisante; que les faits recueillis jusqu’à ce jour chez l’homme sont d’accord avec cette opinion, adoptée aujourd’hui par tous les praticiens, sans idées préconçues, qui onteu occasion d'examiner des individus empoisonnés par des doses d'acide arsénieux qui n’amenaient la mort qu’au bout de quelques jours: - 18° Que, d’après Jœger, l’action dont je parle aurait pour effet dedéterminer la lésion du cœur et de détruire la contractilité. Suivant Brodie, le système nerveux et les organes de la circulation sont atteints, en sorte que la mort est le résultat immédiat de la suspension des fonctions'du cœur et du cerveau, et si les animaux ne succombent pas aux premiers accidents produits par le poison, si l’inflammation a le temps de se développer, il n’y a point de doute qu’elle ne puisse anéantir la vie. Earle rapporte, ajoute Brodie, qu’une femme qui avait pris de l’acide arsénieux résista aux symptômes alarmants qui se déclarèrent d’abord. mais qu’elle mourut le quatrième jour; à l'ouverture du cadavre, on
trouva la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins ulcérée dans une très-grande étendue (Philosophical trans., année 1812). Le docteur Smith pense aussi que l’acide arsénieux exerce une action spéciale sur le cœur, et que la mort générale n’arrive que par l’interversion ou la cessation des mouvements de cet organe. Le résultat de mes observations me porte à croire que l'acide arsénieux tue en agissant sur le système nerveux et sur le cœur dont il anéantit la contractilité et dans lé tissu duquel il développe assez souvent une congestion appréciable après la mort; on sait d’ailleurs que les fonctions de ce dernier organe . sont constamment allérées pendant la vie des malades qui sont sous l'influence de ce poison ; je pense aussi qu’il exerce une action délétère sur le canal digestif, car indépendamment des symptômes qui annoncent une altération constante de ce canal, il n’est pas rare de le trouver enflammé après la mort, alors même que le poison a été appliqué sur Le tissu cellulaire ou injecté dans une cavité séreuse.
Traitement de l’empoisonnement par l’acide arsénieux.
Existe-t-il quelque contre-poison de l’acide arsénieux ? Renault a fait une série d'expériences dans le dessein de déterminer la valeur de plusieurs réactifs, tels que les sulfures métalliques solubles, les acides acélique et sulfhydrique, proposés comme contre-poisons de cette sub- Stance., Voici les résultats obtenus par ce médecin. (Nouvelles expériences sur les contre-poisons de l’arsenic , thèse, an X.)
Sulfures de potassium et de calcium. — Exrérience L — À l’aide d'une sonde de gomme élastique , on introduisit dans l’estomac d’un chien de moyenne grandeur 10 centigrammes d'acide arsénieux, et 336 grammes d'eau qui tenait en dissolution environ 3 grammes de sulfure de potassium : l6 tout avait été mêlé deux heures auparavant. Douze à quinze minutes après, et pendant une heure et demie, les vomissements furent si violents et si répétés, que la liqueur fut presque entièrement expulsée de l’estomac ; la respiration devint embarrassée; l’animal poussa des cris plaintifs, eut des déjections alvines , urina, et mourut quatre heures après l'injection. À louverture du corps, on trouva l’estomac légèrement livide à l’extérieur : il n’était enflammé à l’intérieur que vers le pylore. Le duodénum et le commencement du jéjunum présentaient quelques taches rouges éloignées les unes des autres; l’inflammation intéressait les autres intestins grêles à Pextérieur et à l'intérieur.
Expérience IL. — 20 centigrammes d’acide arsénieux dissous , et la même quantité de sulfure de potassium que dans l'expérience précédente, mélés au moment même, furent injectés dans l’estomac d’un chien de moyenne grandeur : presque aussitôt il fit de violents efforts pour vomir, et il rejeta une portion de la liqueur, tant par les narines qu’à travers les espaces in-
terdentaires. Bientôt il eut des évacuations abondantes par les deux extrémités du canal alimentaire; les forces tombèrent dans l’affaissement, puis dans une sorte d’anéantissement, et l’animal mourut sept heures et demie après l'injection. À l'ouverture du corps, on trouva les deux poumons dans leur état naturel; l’estomac contenait environ 750 grammes d’un liquide trouble et de couleur brune; la tunique intérieure de ce viscère , livideset presque noire, était comme doublée par une fausse membrane d’un jaune peu foncé. La grande quantité de mucosités épaissies qui tapissaient les in» testins grêles les avait apparemment préservés de l’action du poison; carles gros intestins, où semblable défensif n'existait pas, étaient enflammés; tandis que les premiers ne l’étaient pas.
Expérience II. — Un jeune chien de moyenne taille prit 15 centigrammes d’acide arsénieux liquide, mêlé avec 3 grammes de sulfure de caleïum dissous dans 384 grammes d’eau; il commença à vomir au bout d’un quart d'heure : la liqueur fut entièrement chassée dans l’espace de trois heures; tandis que, d’un autre côté, elle produisait l'effet d'un violent purgatif.#e GE du vomissement recueilli fut injecté de nouveau, et rendu presque
ssitôt par l'anus, sans avoir éprouvé aucun changerent apparent. L’anisn expira une demi-heure après. L’estomac offrait une fausse membrane qui dérobait à la vue la membrane muqueuse : celle-ci avait, dans toute son étendue, une teinte livide qui était plus foncée vers la grande cour= bure; les intestins étaient remplis de mucus épais et enflammés dans toute leur longuèur.
Expérience IV. — On fit prendre à un chien le précipité obtenu en dés composant 20 centigrammes d'acide arsénieux par une quantité suffisante de polysulfure de calcium; ce précipité avait été délayé dans l’eau: L’anis mal fit de grands efforts pour vomir ; mais on parvint à faire refluer toute la liqueur vers l'estomac. Il mourut en cinq heures de temps, après avoir rendu deux ou trois selles, et poussé des cris plaintifs pendant plus d'une heure. L’estomac contenait plus de 500 grammes de liquide; sa membrane muqueuse était d’un rouge peu foncé, et recouverte d’une couche de mu= cosités visqueuses et demi-transparentes. Le canal intestinal était légère= ment enflammé dans toute sa longueur.
Ces expériences suffisent pour démontrer l’inutilité de ces sulfares dans le cas d’empoisonnement par l'acide arsénieux : en effet, les amimaux meurent dans un temps aussi court, et même plus court, quand on leur administre ce prétendu contre-poison, que lorsqu'ils prennent l'acide arsénieux seul.
Le D' Vandendale, médecin de l’hospice civil de Louvain, rapporte un cas d'empoisonnement par l’acide arsénieux, dont la guérison lui parait devoir être attribuée au sulfure de potassium, ce qui ne s'accorde aucunement avec les expériences dont je viens de parler. Voici l'observation,
Filia viginti-sex annorum, temperamenti melancholici, et irrequietæ conscientiæ fluctibus jam per aliquot annos agitata, in omnibus bene ratiocinans, sed in eo solum delirabat quod se crederet esse sub potestate dæmonis ipsam continuo persequentis, summo mane ad. lectum laqueo se suspendit; fratres tumultu expergefacti inveniunt sororem suspensam et moribundam, omnibus adhibitis tandem revixit : post duos menses se occidendi causa, assumpsit ad minimum drachmam unam et semis arsenici fortissimi ; inveni ipsam inflato toto corpore sursum et deorsum evacuantem cum fætore intolerabili éb meteorismo abdominis frigidam instar cadaveris ; tanta fuit vis venent, ut non tantum tempore decem dierum per alvum secederent primarum viarum involucra, sed et ipsa cuticula abscederet a capite ad. pedes, cum defluvio capillorum et perditione unguium manum ét pedum, ut vere esset horrendum monstrum ; tardius accedens evacuantia dare non potui, cum jam primæ viæ tantæ quantæ essent inflammatæ ; sola ergo obvolventia per os et anum administravi ; sola salus fuit in hepate sulphuris, quod per quatuor septimanas sumpsit ad. drachmas duas de die in decocto hordei; quibus sensim evasit @grainstar miraculi, et perfectissime fuit sanata : cum tamen inhæreret infelicibus ideis sibi vitam adimendi, familia ejus ipsam conduæit ad Gheel (commune où les maniaques sont mis en sûreté); sed proh dolor, vix per mensem ibi morata, se prœcipitavit in puteum, in quo inventa est mortua, victima irrequietæ conscientiæ, tantorum malorum et triplicis tentati suicidii (1).
Malgré l'estime dont jouit à juste titre M. Vandendale, il est impos- Sible d'attribuer la guérison de cet empoisonnement au sulfure de potassium ; il est extrêmement probable que presque tout l’arsenic fut rejelé avec la matière des vomissements et des selles que la malade avait déjà rendue en grande quantité lorsque le médecin fut appelé. D'ailleurs cette observation n’est pas assez précise; il faudrait, avant de pouvoir apprécier l’effet du sulfure de potassium, savoir si l’estomac était vide où plein lors de l’ingestion du poison, quelles étaient la nature et la quantité des matières vomies, quels étaient les symptômes que l’on avait observés avant le jour où le sulfure de potassium fut administré, à quelle époque ce médicament fut donné pour la première fois, et quelle fut son action, etc. ; enfin un fait de cette nature, quelle que soit l’exaclitude avec laquelle il ait été rapporté, ne suffit pas pour contrebalancer les expériences de Renault, et l’auteur a bien raison de regar-
der cette guérison comme miraculeuse (instar miraculi).
(1) Manuel de toxicologie de Frank. p. 28, note du traducteur ; Anvers, 1803.
Acide sulfhydrique. — Expérience V.— 20 centigrammes d'acide arsénieux en dissolution, mêlé, douze heures avant l'expérience, avec 448 grammes d'eau chargée de gaz acide sulfhydrique; ont été injéctés dans l'estomac d’un gros chien : le premier jour, il n’a éprouvé ni nausées mi malaise; le lendemain matin, il a paru triste et abattu, et il n’a témoigné aucun désir de manger ; mais l'appétit lui est revenu dans la soiréé, étle troisième jour sa santé a été entièrement rétablie. =
Expérience VI. — 40 centigrammes d'acide arsénieux dissous, mêlé, au moment même de l’injection avéc 442 grammes d’acide sulfhydrique liquide, furent donnés à un chien de moyenne taille. Il eut, pendant quinze heures, un grand nombre d’éructations, et rendit une certaine quantité d’écume limpide ét filante; mais ce ne fut que pendant la nuit qu'il rejeta, parlé vomissement, environ un quart dé la totalité du liquide injecté. Dès lé lens demain matin, il manifesta de l’appétit, et sa santé né parut pas avoir éprouvé la moindre atteinte. Len
Expérience VIL. — Des résultats semblables furent obtenus avec un chien auquel on avait donné 50 centigrammes d'acide arsénieux. 3
Expérience VIIL — On injecta dans l’estomac d’un chien 25 centigrant® mes d'acide arsénieux dissous ; quelques minutes après on y introduisif 320 grammes d’acide sulfhydrique liquide. Dans moins d’un quart d'heure, il rejeta, par le vomissement, environ un cinquième de la liqueur injectée: En peu de temps il reprit l'attitude du bien-être; il mangea dès le soif même ; le lendemain il fut triste; mais il avait un tel appétit, qu’il dévora presque en entier un petit chien qui venait d’expirer à ses côtés: "s
Plusieurs autres chiens auxquels on avait injecté de l'acide sulfhydrique liquide quelques minutes après leur avoir fait prendre de l'acide arsénietx, offrirent des résultats semblables. ‘4
Renault croit pouvoir conclure de ces expériences, « que le nouveau corps formé dans l’éstomac par l'acide sulfhydrique et l'acide arsénieux dissous dans l’eau peut être pris-impunément à des doses assez fortés. Maintenant, ajoute-t-il, si l’on fait attention, 1° que l'acide sulfhydrique peut être avalé en grande quantité sans aucun inconvénient, % qu'il agit sur l’acide arsénieux liquide à une température inférieure à celle de l’homme, et que son action ést prompte, on sera forcé de concltré qu'il est le contre-poison de l'acide arsénieux dissous dans l’eau.»
Je ne Crois pas pouvoir adopter cette conséquence; car je suis convaincu que le sulfure d’arsenic produit par l’action directe de l'acide sulfhÿdrique sur l'acide arsénieux est vénéneux : à la vérité, il l'est moins que cet acide (voy. Sulfure jaune d’arsenie) (1). IL faut donc ad- "PO PT TE
(1) Les animaux qui ont fait le sujet des expériences de Renault ont peu souffert » Parce que la dose du sulfure d’arsenic introduit dans leur estomac était trop faible (voy. Sulfure d’arsenic).
mettie que l’eau sulfhydrique peut être utile pour diminuer et non pour détruire entièremént les propriétés vénéneuses de l’acide arsénieux dis- SOUS dans l'eau. Mais en est-il de même lorsque ce poison a été pris à l'état solide? Les expériences faites par Renault prouvent que, dans ce cas, l'acide sulfhydrique n’est d'aucune utilité; et comme malheureusement l’'empoisonnement arrive presque toujours par l’acide arsénieux solide, on conçoit que l'emploi du gaz acide sulfhydrique présentera fort peu d'avantages pratiques. Je vais rapporter deux expériences à l'appui de cette dernière assertion.
Expérrenar IX. —- On a mêlé 40 centigrammes d’acide arsénieux en poudre impalpable avec 336 grammes d'acide sulfhydrique liquide ; on a agité longtemps les deux substances dans un flacon bien fermé, et on les a introduites une heure aprés dans l'estomac d’un chien d’une taille au-dessus de la moyenne. Il n’a commencé à vomir qu’au bout de deux heures et demie ; ces vomissements se sont succédé pendant cinq heures; il a poussé des cris plaintifs et des gémissements jusqu'au moment de la mort, qui a eu lieu douze heures après l'ingestion. L’estomac renfermait plus de 500 grammes d’un liquide noirâtre, assez clair, qui avait l'odeur de la bile; il n’était enflammé que dans le trajet de sa longue courbure. De tous les intestins, le duodénum seul avait la mémbrané muqueuse phlogosée.
Expérience X. — On a répété cette expérience avec un chien plus gros que le précédent; l'animal a vomi cinq fois pendant les trois premières heures, et il est mort au bout de quinze à dix-huit heures, sans avoir Mmanifesté le moindre signe de douleur, L’estomac et le liquide qu’il renfermait présentaient les mêmes altérations que dans l'expérience précédente ; le duodénum et le pylore ne participaient aucunement à l’inflammation de l'estomac.
Après avoir fixé la valeur des sulfures alcalins et de l'acide sulfhydrique, considérés comme contre-poisons, Renault fait observer, avec rdison , que lé vinaigre, rangé parmi les antidotes de l'acide arsénieux, fé péut pas dissoudre cet acide à une basse température ; que la dissolution ne s'opère qu’au degré de l’ébullition , et que le produit résultant, qui n’est autre chose que de l’acétate d'acide arsénieux, est tout aussi dangereux que l'acide arsénieux : ce qui suffit pour faire rayer ce Corps de la liste des contre-poisons de cet acide.
Charbon.— Suivant Bertrand de Pont-du-Ghâteau, le charbon et l’eau de charbon sont les meilleurs contre-poisons de l'acide arsénieux. Voici comment s'exprime ce médecin :
Exvérrence XI. — Le 2 février 1811, à dix heures moins cinq minutes du matin; je donnai à un chien âgé de sept mois; ayant l'estomac vide, 30 centigrammes d’acide arsénieux en poudre, mêlé avec 40 centigrammes
de charbon de noyer pulvérisé, le tout incorporé dans un morceau d’intestin de volaille. Nul effet présent et ultérieur n’eut lieu à la suite de l'in gestion de ce mélange, et l'animal conserva sa gaieté et son appétit comme de coutume. Il rendit la portion de boyau presque intacte et ne contenant rien , trois jours après, à la suite d’une autre expérience. de
EXPÉRIENCE XII, — Je fis prendre, le 14 février 1811 , à dix heures vingtcinq minutes du matin, à un chien âgé de six mois, n'ayant encore rien mangé de la matinée, 25 centigram. d'acide arsénieux en poudre, incorporé. dans du beurre. Je lui donnai, presque immédiatement après, du blane d'œuf bien battu. Aucun phénomène apparent de douleur, et nulle évacua= tion , ne s'étaient présentés à midi ; mais l'animal fut triste et sans appétit pendant quatre jours, au bout desquels il reprit ses allures et sa voracité ordinaires. |
ExréRieNce XIII. — 30 centigrammes d'acide arsénieux incorporé dans du beurre furent donnés, le 24 février 1811, à midi, à un chien âgé de neuf mois, qui avait l'estomac dans un état de vacuité. Trente minutes après l’ingestion de l'acide, des vomissements glaireux et légèrement sanguinolents, accompagnés d’efforts assez intenses, se manifestèrent. De l’eau de charbon de bois, miellée, fut administrée à une heure moins un quart. Bientôt les efforts de vomituritions et les vomissements eux-mêmes cessè= rent. À deux heures, une autre prise de la décoction de charbon miellée fut donnée; à deux heures et demie, animal ne paraissait éprouver au cune gêne dans le jeu de ses fonctions organiques ; il avait de l'appétit, et | à cinq heures il prit de la nourriture assez abondamment et avec avidité.
Expérience XIV.— Le 16 février 181 3, à sept heures et demie du matin, je pris à jeun 25 centigrammes d’acide arsénieux en poudre, dans un demiverre d’un très-fort solutum de poudre de charbon de bois, où j'avais mis du sucre et de l’eau distillée de fleurs de tilleul. À huit heures moins un quart, j'éprouvai une sensation de chaleur un peu douloureuse dans la ré gion épigastrique, avec beaucoup de soif, sans autre accident notable. Je bus de suite un autre demi-verre de solutum de charbon de bois sucré et aromatisé. À neuf heures et demie, la douleur comme oppressive ressentie à l’épigastre était nulle et semblait se propager, légèrement à la vérité, dans le reste du canal alimentaire. J'avalai, à raison de la soif que J'éprouvais encore, plusieurs tasses d’un infusum de fleurs d'oranger sucré, et, à dix heures un quart, sans autres moyens thérapeutiques, je ne ressentais plus la moindre douleur ni sensation incommode. À midi, je dinai comme à mon ordinaire, et sans en être incommodé. Je n’a; éprouvé depuis, de cet essai fait sur moi-même, aucun dérangement dans le mouvement naturel de mes fonctions digestives (1).
J'ai entrepris des expériences propres à éclaircir ce sujet, et j'ai obtenu les résultats suivants :
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(1) Journal général de médecine , décembre 1813 ; et Annales de clinique de Montpellier, Rovembre de la même aunée.
Expérience XV. — À une heure, on a détaché et percé d’un trou lœsophage d’un chien de moyenne taille; on a introduit dans son estomac un cornet de papier contenant 35 centigrammes d’acide arsénieux parfaitement pulvérisé, et mêlé avec 3 grammes de charbon passé au tamis; on à lié lœsophage au-dessous de l'ouverture, afin d'empêcher le vomissement : au bout de douze minutes, l’animal a fait des efforts pour vomir; à trois heures, il a eu une selle sanguinolente, et il souffrait considérablement. II est mort cinq heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge noir ; l’inflammation s’étendait jusqu'à la tunique musculeuse de ce viscère; lutérieur des intestins offrait quelques points rouges.
Expérience XVI. — On a fait une plaie sur le dos d’un chien très-fort, et on la saupoudrée avec 4 grammes d’acide arsénieux finement pulvérisé et intimement mêlé avec 12 grammes de charbon ; on a réuni les lambeaux par trois points de suture: l'animal a éprouvé tous les symptômes de lempoisonnement , et il est mort au bout de dix-huit heures, La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge-cerise dans presque toute son étendue ; les intestins étaient un peu enflammés.
Exrériexce XVII. — On a fait avaler à un chien très-fort deux bols composés d'environ 16 grammes de lard et de 45 centigrammes d’acide arsénieux mêlé avec 2 grammes 20 centigrammes de charbon pulvérisé : au bout d’une heure, il a vomi des matières épaisses, d’un bleu noirâtre, assez abondantes, dans lesquelles il était aisé de reconnaître le lard ingéré. Le lendemain , l’animal se portait à merveille.
Expérience XVIII. — On a donné à un petit chien 30 centigrammes d’acide arsénieux mêlé et trituré avec 4 grammes de charbon: au bout d’un quart d'heure, l'animal a vomi des matières noires et épaisses, et le lendemain il paraissait parfaitement rétabli.
Expérience XIX. — Désirant savoir si le succès des expériences 17 ét 18 tenait à ce que le poison avait été enveloppé ou divisé par les substances avec lesquelles on l'avait administré, plutôt qu'à une action chimique, j'ai fait prendre au même petit chien dont je viens de parler 30 centigram. d’acide arsénieux finement pulvérisé et mêlé avec 4 gram. d'argile: l’animal à vomi, au bout d’une demi-heure, des matières terreuses peu abondantes; ces vomissements se sont renouvelés six minutes après, et le lendemain il était parfaitement rétabli. Dans une autre ex-
périence, on à substitué du sable à l’argile, et les résultats ont été les mêmes.
Ces expériences sont loin de démontrer que le charbon soit l’antidote de l'acide arsénieux ; car, dans ce cas, il faudrait admettre que l'argile, le sable, et beaucoup d’autres substances pulvérulentes insolubles le sont également : encore est-il évident que les effets produits par lune où l’autre de ces poudres ne peuvent avoir lieu qu’autant qu’elles sont administrées avec l'acide arsénieux qu’elles enveloppent et divisent.
C’est en vain qu’on voudrait diminuer ou arrêter l’action de ce poisôn si, après son ingestion, on faisait prendre le charbon ou touté US matière pulvérulente.
Dans un mémoire imprimé en 1815 (Journ. gén. de méd., rédigé par Sédillot, p. 363), M. Bertrand persisté à regarder le charbon comme antidote du sublimé corrosif et de l’acide arsénieux, et il rapporte des observations qui lui paraissent prouver qu’il l’est également du vert-degris. Je pense qu’il est extrêmement utile de combattre de nouveau. cette assertion: pleins de confiance sur de pareils résultats, les méde= cins pourraient mettre en usage ces moyens inefficaces, et perdre ut temps précieux dans une circonstance où il importe d'agir promptement ; c’est ce qui m'engage à démontrer que lé charbon n’est pas et ne peut étre le contre-poison d'aucune de ces trois substances métalliques:
1° Le charbon ne jouit pas de la faculté de décomposer, à la tempéra= ture de 32°, aucune des trois préparations métalliques indiquées. Le raisonnement le plus simple suffit pour prouver cette proposition. Pre= nons pour exemple l'acide arsénieux; on sait que cet acide est trèsvolatil, et que, lorsqu'on veut le décomposer au moyen du charbons il faut commencer par le fixer à l’aide d’un alcali (oxyde métallique) où. du savon, dans lequel on trouvé de la soude ou de la potasse, et encore ce n’est que lorsqu'on à chauffé jusqu’au rouge, que cette décomposi® tion a lieu. Il est donc impossible que cet effet se passe dans l’estomac” Mais, dira-t-on, les forces vitales peuvent suppléer au défaut de température et à l’alcali; l’estomac n’est pas un vase chimique.
Depuis trop longtemps les médecins s’obstinent à avoir recours aüx forces de ce genre, lorsqu'elles n’entrent pour rién dans l’explicatiof de certains phénomènes chimiques qu’ils cherchent à concevoir : c'est pour eux une très-grande ressource et souvent un mot vide de sens. dl ne s’agit point ici de forces vitales ; l'opération est entièrement du res= sort de la chimie. Que l’on introduise dans l'estomac d’un animal 30 centigrammes d’acide arsénieux mélé à 3 ou 4 grammes de charboñ el à 100 grammes d’eau de charbon ; qu’on lie l’æsophage, afin d’empêcher le vomissemient, et que l’on fasse l’analyse des liquides contenus dans le canal digestif après la mort, on retrouvera l'acide arséniéux, ét il n’y aura pas un atome d’arsenic : donc les phénomènes ont lieu comme si le mélange eût été fait dans un vase inerte dont la température aurait été la même que celle de l'estomac; c’est-à-dire que le charbon wa pas décomposé le poison.
Je pourrais reproduire les mêmes arguments à l'égard du sublimé corrosif el du vert-de-gris.
Consultons maintenant l'expérience. On ne citera pas une seule expérience dans laquelle le charbon ou l’eau de charbon aient empêché la
LA
DB L'ACIDR ARSÉNIEUX:. 443
mort des animaux qui avaient pris une assez forte dose de l’ün de ces pôisons, et dont l'œsophage avait été lié; tous, au contraire, sont morts après avoir offert les symptômes que ces poisons auraient développés s'ils eussent été pris séuls. J'éviterai de rapporter les nombreux détails qui m'ont mis dans le cas d’énoncer ce fait important. Comment cela aurait-il pu avoir lieu si le charbon avait opéré la décomposition de ces toxiques ? Comparons les résultats de ces expériences à ceux que j'ai obtenus en donnant les dissolutions de vert-de-gris avec de l’albumine, léchlorure d’étain avec le lait, l’acétate de plomb avec un sulfate sojublé, l'azotate d'argent avec le chlorure de sodium. Dans toutes ces circonstances le poison est décomposé dähs l'estomac comme dans un vase inerte: aussi les animaux n’éprouvent aucun symptôme d’empoisohnement, et ne succombent pas si l'œsophage avait été lié sans être pércé: et si on vient à les pendre, on voit que le Canal digestif n'offre aucune trace d’inflammation quand le contre-poison a élé administré en asséz grande quantité.
Il est donc prouvé, par le raisonnement et par l'expérience ; que le charbon ne jouit pas de la faculté de décomposer, à la température de 32, aucune de ces trois préparations métalliques, soit dans l'estomac , soit ailleurs (1).
2 Le charbon n’est pas un médicament capable de diminuer les effets produits par le sublimé corrosif , l'acide arsénieux et le vert-de-gris ; ne peut pas guérir la maladie qu’ils ont produite. Nous savons que ces substances irritantes développent sinon toujours, du moins presque toujours üne inflammation plus ou moins intense des tissus avec lesquels elles ont été en contact, et une lésion du système nerveux. Or, dépuis quand le charbon a-t-il élé considéré comme un spécifique des Maladies inflämmatoires ; dans quel ouvrage de thérapeutique le voit-on figurer parmi les antiphlogistiques du premier ordre ? Cés considérations permettent déjà d'élever des doutes sur l'utilité de ce médicament dans des maladies de ce genre; mais l'expérience prouve, d’une manière incontestable , qu’il n’est doué d'aucune vertu; j'ai souvent donné à des animaux une dose de ces poisons capable de déterminer la mort au bout de dix, douze , quinze ou dix-huit heures; peu de temps après leur ingestion, jai fait prendre de la poudre de charbon de bois el de l'eau de charbon ; j'ai réitéré tous les quarts d'heure, jusqu’à vingt-cinq et trente fois, les doses de ce médicament, sans pouvoir en obtenir le
(1) Je nai pas besoin de faire sentir qu’il faut nécessairement, pour pouvoir tirer une pareille conclusion , que le poison ait été longtemps en contact avec le prétendu antidote , c’est-à-dire que ni l’un ni l’autre n’aient été vomis, en sorte qu'il est indispensable de pratiquer la ligature de Pœsophage.
moindre succès ; à la vérité, je suis parvenu à rétablir la santé des chiens qui n'avaient pris qu’une petite quantité de ces toxiques, el qui cependant offraient les symptômes de l’empoisonnement ; mais un li= quide mucilagineux adoucissant a produit le même effet, et souvent même ils ont recouvré la santé sans qu’on leur donnât le moindre secours , parce que la dose du poison ingéré n’était pas assez forte pour déterminer la mort.
Il résulte de ce qui précède :
Que ni le charbon, ni l’eau de charbon, n’offrent aucun avantage pars
ticulier dans l’empoisonnement par le mb corrosif, l'acide arsénieux, le vert-de-gris, et les autres dissolutions métalliques. | Il ne sera pas inutile de citer ici la nouvelle observation que M. Ber-
(rand rapporte en faveur du charbon; dans cette observation, on jne..
s’est pas assuré, par l’analyse des liquides, de l’existence du poison ,“t l’on prononce que le charbon à agi comme contre-poison ! On admet un empoisonnement là où il n’y a souvent qu’une indigestion, un choléra» morbus, ou toute autre maladie (1). |
«Le 1% février 1815, à midi, madame B..., âgée de soixante-sept ans,
sa demoiselle » àgée de rente nent. et sa servante, de l’âge de vingt- deux ans, ont mangé d’une fricassée de poulet préparée dans une casserole mäl
étamée, avec de l’eau qui avait bouilli et séjourné dans une cafetière de cuivre rouge dépourvue également d’étamage. Sur le soir et pendant la nuit,
madame B.., et surtout sa demoiselle, d’une délicatesse constitutionnelle
prononcée, font de vains efforts pour vomir; elles éprouvent les symptômes Suivants : stypticité et sécheresse à l’intérieur de la bouche, soif, vives douleurs à l’épigastre, des coliques suivies de plusieurs déjections alvines séreuses, blanchâtres. La nuit se passe dans cet état, et sans aucun soupçon de la cause des accidents, que ces dames rapportent à une indigestion.Le lendemain , dans la PA les accidents de la veille se prononcent dæ vantage, et ils acquièrent une telle intensité chez la demoiselle , qu’ellevest en proie à des convulsions générales, à un gonflement douloureux et réni= tent des parois de l'abdomen , à des défaillances répétées. Madame et made= moiselle B... éprouvent des rapports cuivreux, des coliques violentes, avec
(1) Je crois devoir faire remarquer que les observations analogues à celles dont parle M. Bertrand dans son mémoire , et à celle qui a été publiée par M. Sézane, dans les 4nnales cliniques de Montpellier, seraïent-elles mille fois plus nom
breuses, ne prouvent rien ni en faveur ni contre la question ; elles ne seraientWas | lables qu’autant que l’on aurait acquis la certitude par l’analyse que le poison a été | avalé, qu’il n’a pas été vomi en entier, et que le prétendu antidote l’a transformé |
en une Subtance incapable de nuire : aussi suis-je convaincu que les chiens, sur lesquels on peut faire toutes sortes d'épreuves , et que l’on peut empêcher de vo-
mir, fourniront toujours des résultats bien plus propres à éclairer des discussions de ce genre,
épreintes , et suivies de quelques selles liquides verdâtres. M. Colier, chirurgien, conseille de l’infusion de thé sucrée, et des fomentations émollientes sur le bas-ventre, que l’on continue toute la matinée sans aucun succès. À sa seconde visite, instruit de la cause matérielle des accidents par un examen plus approfondi des circonstances commémoratives antérieures , et surtout par l'inspection de la casserole et de l’intérieur de la cafetière, où Von observait encore çà et là, quelques restes de vert-de-gris non dissous, il proposa le lait et les huileux, qui n’ont point été mis en usage, et qui ont été remplacés par des infusions de fleurs de tilleul sucrées, alternées avec celles du thé, également avec addition de sucre. De temps à autre, lon donnait tour à tour quelques gouttes de liqueur d’'Hoffmann et de laudanum de Sydenham, sur du sucre. Les fomentations ont été continuées toute la journée. De retour, le 2 février au soir, d’un voyage de la journée , J'ai été appelé auprès des malades, que j'ai trouvées dans l’état suivant : la mère éprouvait beaucoup de chaleur et de sécheresse dans l’intérieur de la bouche et dans le trajet du canal alimentaire , un goût métallique styptique, un sentiment de douleur à l’épigastre, des coliques fréquentes suivies de loin en loin de selles liquides et verdâtres, un gonflement douloureux de l'abdomen, quelques anxiétés, un accablement général, des palpitations auxquelles elle est fort sujette; son pouls avait peu de réaction et présentait quelques irrégularités. La servante, forte et vigoureuse, offrait la même série de symptômes, avec une force plus marquée du pouls, et des coliques qui donnaient lieu à des déjections plus copieuses et de même nature. ù
«La demoiselle était en proie également à tout cet appareil de phénomènes, avec cette différence qu’elle ressentait encore des rapports cuivreux, des douleurs intolérables à l’épigastre et à l'abdomen, sans déjections; elle éprouvait un violent mal de tête, des lipothymies, des sueurs froides ; sa figure présentait une atteinte portée aux forces radicales de la vie; son pouls était extrêmement serré, petit, et parfois irrégulier.
«D’après tous les renseignements que j'ai pris, et évidence de tous les Symptômes énoncés , j'ai été certain que j'avais à combattre un empoisonnement par le vert-de-gris (1). J'ai porté dès lors alternativement mes idées sur l'emploi du sucre en substance à forte dose , ou sur l’albumine du blanc d'œuf, qui m’avait parfaitement réussi dans mes expériences zoot0miques faites en 1811 avec ce composé cuivreux; mais j'ai été en quelque sorte machinalement conduit à avoir recours au charbon de bois. J'ai préparé une forte solution de charbon de bois de noyer dans 240 grammes d'eau où j'ai mis en suspension 16 grammes de la même poudre bien tamisée, du sucre et de l’eau distillée de fleurs d'oranger. La mère en a pris une
nn S
(1) J’avouerai, après avoir fait plus de six mille expériences sur les poisons , que ces données me paraissent insuffisantes pour acquérir la certitude dont parle M. Bertrand, et je pense que les grands médecins de nos jours seraient loin de conclure devant les tribunaux qu’il y ait eu, dans ce cas, empoisonnemeut. par Île vert-de-gris,
cuillerée toutes les demi-heures, et la demoiselle tous les quarts d'heure. Madame B... a éprouvé un effet sensible et une amélioration manifeste de tous les accidents mentionnés, dès la troisième prise de la potion ;.et sa demoiselle a été si soulagée après la quatrième, qu’elle m'a dit, quelques minutes ensuite : Vous m'avez mis un baume sur l'estomac. J'ai continué la même potion pendant la nuit, et à des distances plus éloignées. Ces dames ont goûté un sommeil tranquille, et la mère a fait une selle liquide verdâtre. La servante n’ayant pas voulu prendre la veille de la potion indiquée , à éprouvé, pendant la nuit du 2 au 3 février, des coliques atroces, accompagnées de selles liquides jaunes et verdâtres. Parfaitement résignée, le 3 février au matin, à subir le même traitement, elle a obtenu , comme ces dames , le succès le plus satisfaisant.» (Page 363 du mémoire cité.) a
Je ne chercherai pas à réfuter M. Bertrand quand il dit que la diffé= rence de résultats que j'ai obtenus avec le sublimé corrosif et l’arsenie dépend des principes sälins à base calcaire que contient l’eau de la foutaine dans laquelle il a fait dissoudre ces substances, tandis qne javais opéré cette dissolution avec de l’eau distillée. L’acide arsénieux solide ne décompose pas les sels de chaux dissous dans l’eau de fontaine ; son action délétère n’est pas même diminuée par son mélange avec l'eau de chaux, comme je vais le dire. Quant au sublimé corrosif, il com tinue d'agir, méme lorsqu'il est dissous dans de l’eau contenant desrsels calcaires. à
Eau de chaux. Ce liquide, coupé avec du lait, à été conseillé par Navier, comme contre-poison de l'acide arsénieux. Tous les animaux empoisonnés par ce toxique solide, auxquels j’ai fait prendre de l'eau de chaux, sont morts au bout de quelques heures. Il n’en a pas étéde même lorsque l’acide arsénieux était dissous : il se formait, dans ce cas, un arsénite de chaux insoluble qui n’agissait que très-faiblement. ai donné à de pelits chiens jusqu’à 20 centigrammes de ce poison dissous dans l’eau; je leur ai fait avaler de l’eau de chaux, et ils n’en ontpas été incommodés. Cette différence tient évidemment à ce que, danse premier cas, la chaux s’unit difficilement à Pacide arsénieux solide, tandis que, dans le second cas, ces deux substances, se trouvant dissoutes, se combinent facilement et forment un corps insoluble qui ne paraît pas agir comme un poison énergique. Or, comme c’est presque toujours à Pélat solide que l’on prend cette substance vénéneuse, V’'utilité de l’eau de chaux est presque nulle.
Magnésie. On a beaucoup prôné dans ces derniers temps, d’après M. Bussy, la magnésie comme contre-poison de l'acide arsénieux, ét l’on n’a pas manqué de s’appuyer sur des observations recueillies chez l'homme pour prouver son efficacité, Plusieurs individus empoisonnés,
DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. 447 a-t-on dit, ont été guéris par la magnésie. Mais pour quiconque expérimente avec rigueur, ces observations ne sont pas probantes , puisque, dans toutes, les individus ont vomi, et quelquefois copieusement ; or, qui oserait assurer que la guérison a été plutôt due à l'action chimique de la magnésie qu'aux évacuations ? Le fait est que les animaux auxquels on a donné de l’acide arsénieux solide ou liquide, et qui prennent en méme temps, ou peu de temps après, de la magnésie, succombent au bout de quelques heures, sù on les a empéché de vomir; c’est qu’en effet, l’arsénite de magnésie, quoique moins vénéneux que l'acide arsénieux, l’est encore assez pour tuer au bout d’un certain temps. Ilen est de la magnésie comme du sesquioxyde de fer hydraté, ‘et ce que je vais dire de celui-ci est entièrement applicable à la magnésie,
Colcothar (sesquioxyde de fer anhydre). Lorsqu'on agite, même pendant longtemps, de l’acide arsénieux dissous dans l’eau avec du colcothar, Lacide reste dans la dissolution et ne se combine nullement avec l'oxyde , mème lorsqu'on élève la température du liquide, Les animaux qui prennent des mélanges de 25 ou 30 centigrammes d'acide arsénieux solide ou dissous , et de plusieurs grammes de colcothar, périssent tous, comme s'ils avaient pris simplement de l'acide arsénieux, s'ils ne vomissent pas ; done le colcothar n’est pas le contre-poison de l'acide arsénieux. Nous allons voir qu'il n’en sera pas de même du sesquioxyde de fer hydraté, dont la cohésion est infiniment moindre que celle du colcothar.
Sesquioxyde de fer hydraté. Bunzen a annoncé le premier, en 1834, que cet oxyde est le contre-poison de l'acide arsénieux, MM. Lesueur, Nonat, Deville, et Sandras, ont établi que les chiens ne périssent jamais empoisonnés quand on leur administre une dose d'acide arsénieux capable de Les tuer, pourvu qu’on leur fasse prendre assez dé sesquioxyde de fer hydraté pour neutraliser tout l'acide arsenical. Cés expérimentateurs ont agi sur des animaux auxquels on laissail la faculté de vomir, et sur d’autres dont l’æsophage avait été lié. Mon honorable collègue, M. Bouley jeune, a obtenu les mêmes résultats avec des chevaux, animaux qui ne vomissent pas. MM. Nonat, Deville , et Sandras, ont conseillé avec raison de se servir de préférence de sesquioxyde de fer hydraté sec, parce qu’il renferme, sous le même poids, une quantité d'oxyde quatre fois au moins aussi considérable qu’à l’état de magma, et ils ont proposé de donner 16 grammes d’oxyde hydraté sec pour 5 centigrammes d'acide arsénieux que l’on voudrait neutraliser.
Les effets avantageux de cet oxyde dépendent évidemment de la facilité avec laquelle il absorbe lacide arsénieux pour former un arsenite insoluble, Dès l’année 1839, M. Guibourt avait prouvé qu’il suffisait de
100 grammes de sesquioxyde de fer hydraté, à l’état de magma, pour absorber et neutraliser 2 décigrammes 1, d'acide arsénieux. J'ai établi depuis, par des expériences nombreuses, que si, au lieu de prendre le sesquioxyde de fer à l’état de magma, on l’emploie desséché, c'est-à= dire hydraté et non humide, à la température de 35° à 40°, etc., 16 grammes peuvent neutraliser au moins 6 décigrammes d'acide arsénieux (12 grains environ); du moins la liqueur aqueuse surnageant les 16 grammes d’oxyde hydraté, laissée pendant quelques heures en con= tact avec 6 décigrammes d’acide arsénieux , ne jaunit plus par lacide sulfhydrique additionné de quelques gouttes d’acide chlorhydrique:
‘IL était important de déterminer jusqu’à quel point l’arsénite de fer insoluble , résultant de l’action de l'acide arsénieux sur le sesquioxyde, conservait des propriétés toxiques. MM. Nonat, Deville, et Sandrass avaient annoncé qu’il était vénéneux ; les expériences que j'ai tentées ne laissent aucun doute à cet égard. J’ai administré à des chiens robustes et de moyenne taille 32 grammes de sesquioxyde de fer hydraté sec, que j'avais préalablement combiné avec 1 gramme et 1 décigramme d’acide arsénieux (20 grains); le composé ferrugineux ne contenait pas un atome d’acide arsénieux libre; on pouvait le faire bouillir dans l’eau sans qu'il abandonnât à ce liquide la moindre parcelle de poison. Les animaux avaient des évacuations alvines plus ou moins abondantes , et ne tardaient pas à éprouver tous les symptômes de l’empoisonnement par l’arsenic; ils périssaient au bout de vingt-huit, trente ou quarante. heures, pourvu qu’on les empêchât de vomir, et à l'ouverture des ca davres , on décelait la présence de l’arsenic dans l’urine et dans le foie. Le canal digestif était à peine enflammé. ,
Mais, s’il en est ainsi, comment expliquer l’avantage que l’on retire de l'emploi du sesquioxyde de fer hydraté dans l’empoisonnement par l'acide arsénieux ? C’est que l’arsénite de fer est moins délétère que l’acide arsénieux, parce qu’il n’agit comme poison qu'après avoir été décomposé par les acides de l’estomac, ce qui n’a lieu qu’au bout d'un certain temps ; et encore arrive-t-il que l'acide arsénieux mis en liberté par suite de cette décomposition peut être saisi de nouveau et neutralisé par une autre portion de sesquioxyde de fer, lequel, comme on la constamment prescrit, doit avoir été employé à haute dose.
Il n’est pas rare de trouver dans le commerce du sesquioxyde de fer hydraté contenant une certaine quantité d’arséniate de fer, et l’on con= çoit tous les inconvénients qu’il y aurait à employer un pareil oxyde; non pas parce qu'il serait lui-même vénéneux , car l’expérience prouve qu’il n’exerce aucune action nuisible sur l’économie animale, comme je le dirai plus loin, mais parce que si, plus tard, le malade venait à succomber, et qu’il fallût se livrer à des recherches médico-légales
l’arsenic que pourrait contenir l’antidote administré serait une cause d'embarras , et viendrait nécessairement compliquer les résultats. Nous verrons, en parlant des recherches médico-légales , comment il faudrait se conduire en pareil cas pour ne pas s’exposer à commettre des erreurs; mais déjà tout le monde a senti combien il importe de ne faire désormais usage que de sesquioxyde de fer non arsenical. MM. Schafhaentl et Legripe se sont occupés des moyens de purifier cet oxyde pour les usages de la thérapeutique : «Les sels de fer dont on retire l’hydrate de peroxyde de fer, dit M. Schafhaentl , devraient être complétement privés d'arsenic, en versant la solution neutre de chaque sel de fer dans le sulfhydrate d’ammoniaque. Après le séjour de quelques heures à une température modérée, le sulfure de fer précipité sera parfaitement libre d’arsenic, ainsi que l’acide sulfurique, et après avoir été lavé sur un filtre , il peut être dissous dans l’eau régale et ensuite employé pour la préparation de l’hydrate.» (Journal de chimie médicale » avril 1841.) Voici les expériences que j’ai tentées à cet égard.
Expérience LE, — J'ai dissous à chaud dans de l'acide chlorhydrique non arsenical et étendu du tiers de son poids d’eau distillée, 60 grammes de sesquixoyde de fer arsenical anhydre (colcothar); il suffisait en effet d’introduire 6 à 8 grammes de cet oxyde dans un appareil dit de Marsh pour obtenir des taches arsenicales. Le sesquichlorure de fer, dissous et filtré a été précipité par un excès de sulfhydrate d’ammoniaque, et le sulfure de fer obtenu a été parfaitement lavé; il s'agissait de déterminer si le composé arsenical était resté en entier dans la liqueur, ou bien si le sulfure de fer n’en aurait pas retenu une certaine quantité. La liqueur filtrée, réunie aux eaux de lavage, a été chauffée avec de la poiasse pure jusqu'à ce qu'il ne se dégageàt plus d’ammoniaque; puis elle a été traitée par lacide sulfurique pur. On à fait bouillir le mélange pendant une heure, afin de chasser le gaz acide sulfhydrique, sinon en totalité , du moins en grande parte, et de précipiter tout le soufre provenant de l’action de l'acide sulfurique sur le sulfure de potassium qui s’était formé pendant la décomposilion du sulfhydrate d'ammoniaque par la potasse ; J'ai alors filtré la liqueur, ebaprès l'avoir concentrée par l’évaporation, je l'ai laissée refroidir pour séparer le sulfate de potasse qui allait cristalliser ; jai filtré de nouveau lorsque ces cristaux ont été bien formés, et jai introduit la dissolution dans Un appareil dit de Marsh: j'ai obtenu des taches jaunes nombreuses , arges , brillantes, composées de soufre et d’arsenic.
Le sulfure de fer, parfaitement lavé, a été transformé en sulfate de prooxyde par l'acide azotique pur; dès que la dissolution a été complète, je l’a; ntroduite dans un appareil dit de Marsh et j'ai recueilli un nombre assez 0nsidérable de taches arsenicales, brunes, brillantes, et quelques tres, jaunes et brillantes, formées de sulfure d’arsenic.
Expérience I. — J'ai mélangé 5 centigrammes d’arséniate de fer hydraté
et sec avec 16 grammes de sesquioxyde de fer également hydraté sec et pur; j'ai dissous ce mélange dans l’acide chlorhydrique étendu d’eau, et j'ai versé dans la dissolution un excès de sulfhydrate d’ammoniaque; il s'est formé un précipité abondant de sulfure de fer noirâtre que j'ai parfaitement lavé. En agissant comme je l'avais fait dans l'expérience précédente, j'ai vu que la liqueur mise dans l'appareil dit de Marsh donnait des taches nombreuses, jaunes, brillantes, composées de soufre et d’arsenic; le sulfate de fer provenant de l’action de l'acide azotique sur le sulfure de fer formé également fourniun assez bon nombre de taches jaunes de sulfure d'arsenic. |
Ces résultats démontrent que le procédé suivi par M. Schafhaenl n’atteint pas le but qu’il s'était proposé.
M. Legripe a conseillé de purifier le sulfate de fer arsenical donton doit se servir pour obtenir l’hydrate, en faisant passer, pendant longtemps, un courant de gaz acide sulfhydrique dans la dissolution dece sulfate; il chauffe ensuite pour faciliter le dégagement de l'acide sulfhydrique; il filtre, et il précipite l’oxyde de fer par les moyens of dinaires. Ce procédé a parfaitement réussi, dit M. Legripe, sur un sulfate de fer arsenical provenant du commerce; il est évident que l'acide sulfhydrique agit en donnant naissance à du sulfure d’arsenic qui se précipite surtout lorsqu'on chauffe la liqueur. (Journal de pharmacie, janvier 1342.) 1
L'expérience suivante démontre que M. Legripe a parfaitement r'aison. J’ai dissous à chaud , dans de l’acide chlorhydrique pur, 180 grame mes de colcothar arsenical; la proportion d’arsenic contenue dans-cet oxyde était assez considérable pour qu'il fournit un grand nombre de taches arsenicales quand on en introduisait 3 ou 4 grammes déns un ap: pareil dit de Marsh. Le chlorure de fer obtenu a été étendu d’eau et filtrés j'ai fait passer pendant deux heures à travers la liqueur un courant de gaz acide sulfhydrique lavé qui a aussitôt déterminé la formation d’un précipité fort abondant composé de beaucoup de sulfure d’arsenicet de soufre. J'ai filtré la liqueur et je l’ai traitée par de l’acide sulfurique pur jusqu’à ce qu’il ne se dégageit plus de vapeurs d’acide chlorhydni= que ; le sulfate de fer qui s’était produit, et qui pesait 220 grammes, a été introduit dans un appareil dit de Marsh et n’a donné aucune tache arsenicale. Donc l’acide sulfhydrique avait précipité tout l’arsenic"à l'état de sulfure jaune.
C’est par conséquent avec le sulfate de fer, ainsi débarrassé du composé arsenical qu’il pourrait renfermer, que les pharmaciens devront dorénavant préparer le sesquioxyde de fer hydraté, dans tous les cas où ils ne pourront pas se procurer du sulfate de fer exempt d’arsenic.
Résulte-1-il, de tout ce qui vient d’être dit, que le sesquioxyde de fer hydraté doive être considéré comme un contre-poison de l'acide arsénieux tellement sûr et tellement efficace, qu’en l’employant on doive nécessairement arriver à la guérison des malades? Je ne le pense pas, etje n'hésite pas à dire qu’à cet égard, la plupart des praticiens sont dans une erreur complète; il y a mieux, cette erreur peut souyent tourner au détriment des personnes empoisonnées. En effet, l'intoxication par l'acide arsénieux est si grave et si promptement funeste, qu’on ne saurait assez se hâter de provoquer les vomissements, et le médecin ; trop confiant dans les propriétés antitoxiques du sesquioxyde de fer, qui négligerait de faire vomir pour donner cet oxyde, perdrait un temps précieux et courrait grand risque de voir le malade succomber. Ne saiton pas d’ailleurs que l’oxyde dont il s’agit ne se combine que fort lentement avec l'acide arsénieux, qu’il doit être administré à des doses considérables pour fournir des résultats avantageux, et que l’arsénite auquel ildonne naissance dans les voies digestives est encore vénéneux ? Par ces molifs, j’avouerai que, sans refuser à ce corps une légère influence salutaire dans l’empoisonnement par l'acide arsénieux, je pense qu’on l’a par trop exagérée,
Sucre. — Marcellin Duval dit qu'ayant été appelé auprès d’un homme qui avait pris de la poudre arsenicale, il le trouva dans une agitation violente , se plaignant de déchirements à l'estomac , d’une soif ardente, el de constriction à la gorge ; il lui fit boire, à plusieurs reprises, deux litres d’eau sucrée ; des vomissements fréquents eurent lieu, et tous les accidents se calmèrent. On continua pendant la nuit la même boisson,
ébon lui prescrivit deux lavements de même nature ; le lendemain on le trouva en état de reprendre son service. Dans une autre circonstance, Duval introduisit dans l’estomac d’un chien 1 gramme 30 centigrammes d'acide arsénieux dissous dans 180 grammes d’eau; une demi-heure après , l'animal fut tourmenté par des vomissements d’une matière écumeuse, el par une agitation extrême; on lui injecla de l’eau miellée de quart d'heure en quart d'heure , jusqu’à la disparition de tout accident, qui suivit de près la huitième et dernière injection; le troisième jour ibétait parfaitement rétabli. (Dissertation sur la toæicologie » p. 36 et 37; Paris, 1806.)
J'ai souvent répété cette expérience en substituant à l’eau miellée l'eau tiède, le bouillon ou une décoction mucilagineuse quelconque, et j'ai constamment obtenu les mêmes résultats. D'un autre côté, tous les chiens qui avaient pris de l'acide arsénieux et du sucre, ou de l’eau fortement sucrée, et dont l’&sophage avait été lié, périssaient au bout déquelques heures, comme si on ne leur avait administré que de l’acide
arsénieux seul; ce qui prouve suffisamment que le sucre n ’est pas l’antidote de ce poison.
Lait; tisanes mucilagineuses ; eau de veau et de noté — Ces matières ne sauraient être considérées non plus comme des contre-poisons de l'acide arsénieux , quoique leur emploi ait été souvent suivi de succès; les bons effels qu’on en a obtenus tiennent à leurs propriétés adoucis= santes et à ce qu’elles facilitent le vomissement en remplissant l’estos mac. Je dirai, à l’appui de ce que j'avance, que l’empoisonnement est en général beaucoup moins grave quand l'estomac est rempli d’une grande quantité de matières solides ou liquides que lorsqu'il est vide ou qu’il contient beaucoup moins de ces matières. Les observations suivantes mettront cette vérité hors de doute.
1° Plusieurs personnes étant à un festin, on apporia, au dessert, un mets où l’on avait mis de l’acide arsénieux en place de farine. Ceux des convives qui jusqu'alors avaient peu bu et mangé périrent sur-le-champ; ceux, au contraire, qui avaient l’estomac-plein furent sauvés par le vomissement (1). | |
20 Trois enfants. dont un mâle, de deux ans, qui avait été malades et deux filles adultes, mangèrent d’un potage dans lequel il y avait de l'acide arsénieux. Le garcon , qui n’en mangea que deux cuillerées, n’eut aucun vomissement, et mourut ; les filles, qui avaient mangé le reste, vomirent , et furent sauvées (2).
3° Maurice Hoffmann parle d’un charlatan à qui 60 centigrammes d'acide arsénieux ne causaient presque aucune incommodité, parce qu'il buvait auparavant une grande quantité de lait, qui ne tardait pas à être vomi avec le poison (3). |
Marche à suivre dans le traitement de l’empoisonnement par l'acide arsénieuxæ. — Le médecin doit se hâter de provoquer le vomissementet de faire prendre aux malades, à plusieurs reprises , et à de courts intervalles , de l’eau albumineuse tiède , puis du tartre slibié; on ne devra pas négliger de chatouiller le gosier à l’aide d’une plume ou du doigt On pourra ensuite administrer non pas du colcothar, mais 4 à 6 gram= mes de sesquioxyde de fer hydraté, non arsenical, après l'avoir écraséret délayé dans 40 à 50 grammes d’eau tiède; cette dose devra être répétée plusieurs fois; on pourra aussi remplacer l’oxyde de fer par ” magnésie. L'efficacité de ces moyens est Lelle que je ne balance pas à affirmer
LL RS LAN M Re REA SM dt
(1) De Sedibus et causis morborum ; Morgagni, epist. ux, n° 4,t.1l, p. 246, année 1779.
(2) dem, p. 245.
(3) Miscellanea curiosa appendix , 0bs. 38, année 1722.
DE L’ACIDE ARSÉNIEUX. 453 qu'il est rare de voir succomber des individus empoisonnés par l’arsenie, quand ils ont abondamment vomi peu de temps après l’ingestion du poison, soit l’acide arsénieux en nature, soit l’arsénite de fer ou de magnésie qui se sont formés dans l’estomac.
Dans les cas où les malades ne pourraient pas vomir , il faudrait avoir recours à la sonde de gomme élastique dont j'ai déjà parlé à la page 30.
Si le médecin était appelé plusieurs heures après l’empoisonnement, lorsque tout porterait à croire que le poison se trouve déjà en partie dans le canal intestinal, et qu’il n’y eût point d’évacuations alvines, il provoquerait encore des vomissements et prescrirait le sesquioxyde de fer hydraté ou la magnésie, en mème temps qu’il administrerait 50 ou 60 grammes d’huile de ricin, ou tout autre évacuant, dont il aiderait l’action purgative à l’aide d’un demi-lavement à l’eau tiède.
Diurétiques. Dès que l’on pourrait supposer que la majeure partie de l'acide arsénieux contenu dans le canal digestif aurait été expulsée par les vomissements et par les selles, on devrait recourir à l’emploi de liquides doux et diurétiques, donnés en abondance , afin d'éliminer par l’urine la portion arsenicale qui aurait été absorbée et portée dans tous les tissus. Ges liquides, composés de 4 litres d’eau, de demi-litre de vin blanc, d’un litre d’eau de Seltz et de 12 à 15 grammes d’azotate de potasse, s’ils étaient pris abondamment dans la première période de l’empoisonnement , auraient l'inconvénient très-grave de dissoudre l'acide arsénieux et d’en favoriser l’absorption. L’utilité de ce moyen ne saurait être contestée après les expériences nombreuses que j'ai tentées; on pourra voir dans le mémoire que j’ai inséré dans le numéro de sep-
embre 1841 des Archives générales de médecine , que tous les animaux émpoisonnés par l'application de l’acide arsénieux à l'extérieur, qui seraient morts s’ils avaient été abandonnés à eux-mémes, ont quéri en imès-peu de temps quand on est parvenu à les faire uriner abondamment, et l’on pourra s’assurer que l’urine rendue, surtout dans les premiers jours , contenait des quantités notables d’arsenic. Ici l'expérience confirme ce que la théorie avait fait prévoir : en expulsant par les voies urinaires l’arsenic prêt à détruire la vie dans nos organes, on agit aussi Sürement que lorsqu'on débarrasse le canal digestif de l’acide arsénieux qu'il renferme , en provoquant des vomissements et des selles. (Voy. les succès obtenus chez l’homme à l’aide des diurétiques, p. 414 et suivantes.)
S'il arrivait, ce qui est rare, que les diurétiques fussent vomis peu de temps après leur ingestion, et que le malade n’urinât pas ou urinät à peine, il serait à craindre qu’il ne succombät, J'ai vu, le 11 juillet 1851,
à Creteil, une femme de cinquante-deux ans qui avait pris depuis quatorze heures 5 grammes d'acide arsénieux en poudre avant son dinér; elle avait à peine mangé à Ce repas. Les vomissements ne se manifestèrent que trois heures après l’ingestion du poison. La peau éfait chaude, pouls fort et excessivement inégal ; il n°y avait ni douleurs, ni érampes, ni syncopes; les facultés intellectuelles étaient saines; déjà la malade avait vomi huit fois, et n'avait uriné qu’une seule fois : rien ne pouvait faire présager une issue funeste. Je prescrivis la boisson diurétique indiquée à la page 453 ; elle en fit usage pendant quarante huit heures, mais elle là vomissait un instant après son ingestion, ef ne rendit pas une seule goutte d'urine. La peau se refroidit, les accidents s’aggravèrent, et la mort survint trois jours après l’intoxication.
Saignée et toniques. La saignée et les sangsues devront être employées toutes les fois qu’il y aura réaction évidente, tant à cause des résultats fournis par les expériences qui font l’objet de mon mémoire déjà cité, que parce que leur utilité, dans certains cas, a été mise hors de doute depuis des siècles (voy. p. 403, depuis l'observation 9 jusqu’à la 56°). On sait d’ailleurs, par les nombreuses observations recueillies à l'hôpital
Saint-Louis par Biett et par MM. Cazenave ét Schédel , que les accidents déterminés par une médication arsenicale trop intense sont Constam= ment de nature inflammatoire, et qu’on leur oppose avec succès ui traitément antiphlogistique. Est-ce à dire pour cela qu'il faille consi= dérer la saignée comme un spécifique dans l’empoisonnement arseni= cal, comme l'avait voulu Campbell ? Non certes. Il y à mieux, Les éva="
eualions sanguines pourraient être nuisibles dans la première période dé l’empoisonnement , alors qu’il existe encore de l’acide arsénieux dans le canal digestif, parce qu’elles hâteraient l’absorption du poison ; éllés le seraient encore à coup sûr à toutes les époques de la maladie, si, au lieu de présenter des phénomènes de réaction et d’excitation, les ma= lades étaient dans un état de collapsus non équivoque. On n’aura sans doute pas oublié qu’en mars 1839, l’Académie royale de médecine récut de M. Rognetta une lettre dans laquelle il était dit que l’action de larsenic est asthénique, que la saignée et tous les antiphlogistiques sont nuisibles dans le traitement de l’empoisonnement par cette substance, et que les remèdes excitants diminuent au contraire ou dissipent les symptômes de cet empoisonnement , assertions toutes empruntées à Rasori et à Giacomini. On sait aussi que, le 30 juillet suivant, M. Ollivier (d’Angers) lut à l’Académie, au nom d’une commission, un rapport détaillé duquel il semblait résulter que les idées de l’auteur de la lettre mérilaient d'être examinées de nouveau; toutefois le rapporteur faisait “sentir que les expériences tentées par M. Rognetla devant la commission avaient été si mal conçues qu’elles étaient loin de prouver les assertions
énoncées. Peu importe, le médecin napolitain , avec une audace dont il n'y avait pas eu d’exemple jusqu'alors, publia et répéta pendant dix mois que l’Académie , jugeant en dernier ressort, avait adopté l’emploi des toniques et proscrit la saignée. Irrité d’une pareille manière de procéder, et désireux de connaître ce qu’il pourrait y avoir de réel dans cette théorie , je me livrai à des recherches minutieuses, qui ne tardèrent pas à me convaincre que M. Rognetta avait induit l’Académie et le public en erreur. Je lus un mémoire à cette société savante, le 20 octobre 1840, après avoir fait cent cinquante-sept expériences, dont je donnai les détails (voy. Archives de méd., septembre 1841); et je démontrai la fausseté de toutes les assertions émises par M. Rognetta. Voici les principales conclusions de mon travail :
1° On tue indistinctement tous les chiens, dans l’espace de vingtquatre à trente-six heures, en les soumettant uniquement, et à des intervalles de trois heures, à l’action de cinq ou six doses de la médication à la fois tonique, excitante et narcotique proposée par M. Rognetta (mélange de bouillon, de vin, d’eau-de-vie et de laudanum ).
2° Les chiens qui ont avalé 30, 50 ou 60 centigrammes d’acide arsénieux en poudre fine guérissent presque constamment par l’administration de quelques doses de bouillon tonique et spiritueux, s’ils vomissent à plusieurs reprises peu après l’ingestion du poison. Ce résultat ne saurait être attribué à l’action sthénique du médicament, car on l’obtient de même, et plus sûrement encore, en faisant avaler simplement de Veau tiède aux chiens qui se trouvent dans les mêmes conditions. Dans {ous les cas où la médication {onique détermine des vomissements trèsabondants, le rétablissement des animaux est plus rapide, comme on devait le prévoir. Si l’œsophage est lié, pendant quelques heures seulement, avant l’ingestion du médicament tonique-spiritueux, la mort survient en général ; et si quelques animaux guérissent, étant placés dans cette dernière condition, c’est que les vomissements se sont manifestés aussitôt après que le lien a été détaché, ou bien que les animaux ont prodigieusement uriné, sous l'influence de la médication tonique (1).
(1) J'ai déjà réduit à sa juste valeur l’assertion de Giacomini (voy. p. 46), au sujet de la ligature de l’œsophage ; il ne sera pas toutefois inutile de transcrire textuellement le passage du livre de ce médecin, où il parle de cette opération. «Con solo quatro grani di tartaro stibiato , dit Giacomini, Magendie uccise i cani quando leg6 loro esofago. Egli crede che i cani che ebbero reilerati vomiti si salvassero per causa dé vomiti, che nei secondi non s’ebbero ; ma noi crediamo in vece, che La differenza d'esito sia dovuta all’ influenza dannosa dell allaciatura dell esofago. » C'est-à-dire : « Avec 4 grains de tartre stibié dissous dans l’eau, Magendie tua les chiens quand il leur lia l’œsophage. Il pense que les chiens qui éprouvèrent des vomissements réitérés furent
3° Les chiens empoisonnés par 30, 50 ou 60 centigrammes d’acide arsénieux en poudre, et irailés par une forte décoction de quinquina , périssent tous, si l’œsophage à été maintenu lié pendant dix à quinze heures. k
4° Les chiens auxquels on laisse la faculté de vomir guérissent en leur donnant seulement de l’eau tiède, même lorsqu'ils ont avalé 110 grams d’acide arsénieux en poudre, si à la suite de cette médication, qui peut n'étre employée qu’au bout de quelques heures, ils vomissent prompte= ment et à plusieurs reprises. |
5° On guérit un grand nombre de chiens empoisonnés par 20, 30 ou 90 centigrammes d’acide arsénieux en poudre, à l’aide de la saignée ,. alors même que l’œsophage a été maintenu lié pendant trois, quatre ou cinq heures, si les animaux urinent passablement.
6° Le bouillon tonique et excitant n’empéche pas la guérison des chiens empoisonnés par 25 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans l’eau À pourvu que des vomissements aient lieu quelques minutes après l’'empoisonnement; car s’il s’est écoulé une heure et demie depuis l’intoxication, sans que les animaux aient vomi, üls périssent tous sans exception, de quelque manière et à quelque dose que le bouillon soif administré. |
7° Tous Les chiens empoisonnés par 25 ou 30 centigrammes d’acide arsénieux dissous dans l’eau, qui vomissent abondamment quelques minutles après l’empoisonnement, guérissent, au bout de quelques heures. en leur faisant prendre simplement de l’eau tiède, alors même que le liquide n’est ingéré pour la première fois qu’une demi-heure, une ou deux heures après l’ingestion du poison.
8° Les chiens placés dans la catégorie qui précède guérissent tout aussi facilement, en employant à la fois et la médication aqueuse et la saignée ; celle-ci, en la supposant même inutile, n’est donc pas nuisible. dans l’espèce. :
9 D'où il suit que les foniques devront être soigneusement proscrils,. parce qu’ils sont inutiles et qu’ils peuvent nuire. ; a sauvés à cause de ces vomissements qui n’eurent pas lieu chez les autres ; mais nOUS croyons au lieu de cela que la différence des résultats doit être aliribuée à l'influence dangereuse de la ligature de l’æsophage.» (Traité physiologique expérimental des secours thérapeutiques , 1. V, p. 335.) Lisez maintenant les résultats des expériences que j'ai consignées à la page 46, interrogez tous les expérimentateurs qui, au lieu de donner cours à leur imagination , se livrent consciencieusement à la recherche de faits nouveaux ; essayez surtout
de pratiquer une ou deux fois la ligature de l’œsophage, ce que Giacomini n’a
jamais fait , et vous reconnattrez tout ce qu’il y a de fabuleux dans un pareil énoncé! !!
Depuis la lecture de ce mémoire, M. Rognetta réunit un grand nombre de fois la commission de l’Académie, dans le but de prouver les merveilleux effets de la médication tonique excitante sur des chevaux empoisonnés par l'acide arsénieux. «On prétend, disait-il, que les chiens que j'ai sauvés par les {oniques n’ont été guéris que parce qu'ils ont xomi;, eh bien, je vais répéter mes expériences sur des chevaux, animaux qui ne vomissent pas.» Qu'est-il résulté? Dix-huit ou vingt de ces animaux ont été consacrés à ces expériences; on leur a fait prendre des doses d'acide arsénieux suffisantes pour les tuer dans l'espace de quelques jours, et on leur a administré du bouillon, de l’eau-de-vie pure ou des narcotiques ; le traitement était dirigé par M. Rognetla : tous les chevaux sont morts, à l'exception d’un seul que l’on a abattu le vingtième ou le vingt-deuxième jour ; plusieurs d’entre eux ont péri plus vite que d’autres chevaux empoisonnés de la même manière, et qui n'avaient pas été soignés. On devait s'attendre à un pareil résultat en opérant sur des animaux qui ne vomissent pas, et qui ne peuvent par conséquent pas se débarrasser promptement du poison qui leur a été donné. Il est du devoir de la commission de l’Académie de faire au plus tôt son rapport, et de stigmatiser comme il convient un mode de taitement à la fois incendiaire et absurde, qui n’est, en définitive, que le rêve d’une imagination égarée.
Je ne quitterai pas ce sujet sans dire que des expériences sur les diuréliques et sur la saignée ont été tentées aussi sur des chevaux par M: Rognetta, en présence de la même commission, et que la plupart des animaux ont succombé. Mais ces expériences ont été tellement mal dirigées , qu’il serait absurde d’en tenir compte : ainsi ; peu de temps après avoir empoisonné ces animaux , on les saignait, ou bien on leur administrait des diurétiques. Je n’ai jamais proposé une pareille méthode dentraitement, puisque j'ai toujours dit: Commencez par évacuer la Majeure partie du poison contenu dans le canal digestif, et ce n’est quaprès avoir obtenu ce résultat que vous aurez recours aux diurétiques. Quant à la saignée, j’ai constamment conseillé de ne la pratiquer que dans les cas où il y aurait réaction évidente, el jamais dans les premiers moments de l’empoisonnement (1).
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(1) Des personnes peu habituées aux recherches expérimentales et n’ayant jamais eu occasion de voir des malades empoisonnés par l'acide arsénieux , se sont élevées contre la médication diurétique, parce que, disent-elles, Les animaux urinent pas dans l’empoisonnement aigu que détermine ce poison. Cette assertion , soutenue par MM. Flandin et Danger, est tellement contraire à la vérité, qu'il y a lieu de s’étonner que l’Académie royale de médecine n’ait pas tranché a question dans son vote, en adoptant la proposition de sa commission , et qu’elle ait cru devoir attendre que de nouvelles expériences vinssent éclairer ce sujet,
Les corps gras, comme les huiles, le beurre, les crèmes, les graisses, etc., ne sont d'aucune utilité dans l’'empoisonnement par lacide arsénieux , ils sont même dangereux. Fourcroy avait annoncé ce fait, dont Renault a vérifié l'exactitude par des expériences directes : tous Les animaux auxquels il a fait prendre l’acide arsénieux dans du beurre et de la graisse ont succombé plus vite que lorsqu’ils avalaient le poison seul ou mélé avec toute autre substance (1). V
La thériaque , prônée autrefois comme un excellent remède dans l'empoisonnement qui m'occupe, doit être rejetée comme inutile et dange= reuse. Navier rapporte que six personnes furent empoisonnées pour
avoir mangé de la soupe à laquelle on avait mêlé de l’acide arsénieux ; on leur donna pour premier remède beaucoup de thériaque ; elles périrent toutes en huit jours de temps , excepté une, qui ne mourut qu’au bout de deux mois, parce qu’elle avait mangé fort peu du potage em= poisonné. A l'ouverture de leurs corps, on trouva les membranes de