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Les corps savants perdent une grande partie de leur influence et de leur const dération, quand ils hésitent à proclamer un fait, d’ailleurs parfaitement établi sous prétexte qu’il n’est pas suffisamment élucidé , surtout lorsque ce fait est susceptible d’être facilement vérifié. Ainsi, d’un côté, tous les praticiens qui ont été à même de soigner des individus empoisonnés par l’acide arsénieux , savent que ces individus ont souvent uriné. J'avais mis hors de doute que les chiens uriment dans l’empoisonnement aigu , alors même gu’on ne leur administre aucune boisson , puisque j'avais constaté la présence de l’arsenic dans l'urine sécrété pendant cet empoisonnement. Les commissions de l’Institut et de l’Académie de médecine rapportaient dans leur travail plusieurs expériences dans lesquelles les chiens avaient uriné sous l'influence de l’intoxication arsenicale; il y a mieux, javais déposé à l’Académie royale de médecine, huit mois avant la discussion , le procès-verbal de 157 expériences relatives au traitement de cet empoisonnement ; et parmi ces expériences , la moité , au moins, établissaient de la manière la plus incontestable, non-seulement que les chiens urinent dans la période aiguë de lempoisonnement, alors même qu’on ne leur fait prendre aucun liquide, mais encore qu’on peut leur faire rendre de l'urine par torrents, si je puis m’exprimer ainsi, quand on leur administre des boissons aqueuses et nitrées, c’est-à-dire quand on les place dans les conditions où se trouvent toujours les malades eme poisonnés , à qui on fait avaler des boissons (voy. mon mémoire inséré dans les Archives générales de médecine de septembre 1841). On est donc en droit de se demander pourquoi l’Académie, sur la proposition de M. Bouillaud, n’a pas voulu se prononcer sur une question si nettement tranchée, et pourquoi surtout elle n’a pas invité la commission à tenter de nouvelles recherches et à lui faireun supplément de rapport sur ce point. Que devenait en présence de tant de faits Vassertion inqualifiable de MM. Flandin et Danger ?
C'est sans doute pour lever à cet égard les scrupules de l'Académie que M. Delafond, professeur à l’école vétérinaire d’Alfort, a entrepris une série de recherches sur les chevaux et sur les chiens, dont les résuitats confirment pleinement ce que j'avais établi (voy. les résultats de ce travail à la p. 432). |
(1) Ouvrage cité, p. 91.
l'estomac et des intestins détruites par la chute des eschares que le poison y avait produites (1).
Les infusions de quinquina calissaya, de noix de galle, d’écorce de pin, de grenade, de la fleur du myrobolan citrin , etc. , conseillées par Ghansarel , ne sont utiles que par le véhicule qui en fait partie; elles n'exercent pas une action assez énergique sur l'acide arsénieux solide pour pouvoir être considérées comme contre-poisons de ce corps, ét il est par conséquent préférable d’avoir recours à l’eau tiède, qui offre l'avantage de pouvoir être administrée sur-le-champ et en grande quantité.
Les bains, les demi-bains tièdes, les fomentations adoucissantes, les lavements émollients, les narcotiques, sont autant de moyens que l’on doit mettre en usage dans le cas où l’inflammation du bas-ventre se serait déjà déclarée, et que le malade serait en proie à des symptômes nerveux alarmants.
Il ne faut jamais perdre de vue que le succès du traitement dépend en grande partie du régime que le malade observe pendant la convaescence, qui est ordinairement longue et pénible ; il faut principalement le nourrir de lait, de gruau, de crème de riz, et lui faire prenire des boissons adoucissantes.
Recherches médico-légales.
Il importe d'établir que déjà dans plusieurs expertises, les hommes de l'art sont parvenus à déceler la présence d’un composé arsenical , même plusieurs années après l’inhumation. Le fait suivant est sans contredit un des plus remarquables de ce genre.
Un crime d’empoisonnement avait été commis au village de Scamagues (Haute-Vienne), sans que la justice en eût été informée. Près de dix ans étaient écoulés, et la prescription était sur le point de s’accomplir, lorsqu'une circonstance particulière vint mettre l’un des coupables dans le cas de le révéler. Une instruction fut ordonnée, laquelle amena des émoignages irrécusables du crime et de la participation de quatre aceusés. Après les recherches nécessaires, on trouva dans le cimetière du lieu un squelette que l’on reconnut, d’après des indications précises, ètre celui de la personne soupçonnée morte empoisonnée, et qui, d’après les faits élablis aux débats, et de l’aveu même de quelques-uns des accusés , avait succombé au bout de vingt-quatre heures , à l’administration d’une dose considérable d’arsenic. Les expériences réitérées auxquelles différentes parties de ce squelette furent soumises fournirent constamment de l’arsenic. Gomme contre-preuve, on soumit aux
(1) Navier, ouvrage cité, t. 1, p. 17 et 169.
mêmes expériences un squelette placé à côté du précédent, et qu'on avait d’abord cru pouvoir être celui de la victime, mais qui futre= connu depuis ne pas lui appartenir; ces expériences, faites dans les mêmes conditions, ne donnèrent aucune trace d’arsenic. Le jury rendit un verdict de culpabilité contre les accusés. (Journ. de chim. métri année 1847, p. 82.) |
Acide arsénieux solide (oxyde blanc d’arsenic, arsenic du commerce), IL est sous forme de poudre blanche ou de masses blanches vitreusess demi-transparentes ; quelquefois ces masses sont opaques à l'extérieur lorsque par exemple l'acide a été exposé à l’air pendant un temps sus fisant ; il n’est pas rare aussi de voir les portions transparentes d'un jaune assez foncé. Il est inodore et doué d’une saveur âpre non corrosivez légèrement styptique, ne se faisant sentir qu’au bout de plusieurs ses condes, persistant pendant longtemps et excitant la salivation à un degré marqué. C’est donc à tort que M. Christison l’a dit insipide; son poids spécifique est de 3,7386 s’il est transparent, et de 3,950 s’ilrest opaque (Guibourt). |
Mis sur une lame de fer ou de cuivre, ou dans un creuset que l’on fait rougir au feu, il se volatilise en donnant des vapeurs blanches d'a cide arsénieux qui n’exhalent aucune odeur alliacée, tandis que s'ilest placé sur un charbon ardent, il se décompose et fournit de l’arsenic qui se répand dans l’atmosphère sous forme de vapeurs épaisses, brunâtress. d’une odeur alliacée ; ces vapeurs, en absorbant l’oxygène de Pair mesure qu’elles montent dans l'atmosphère, passent à l’état d'acide ar sénieux blanc. C’est donc la vapeur d’arsenic et non celle de l'acide arsénieux qui offre odeur alliacée.
Il est souvent arrivé que des experts peu instruits ont affirmé qu il y avait eu empoisonnement par l'acide arsénieux, parce qu’ils avaïent trouvé dans le canal digestif une matière qui répandait une odeur ak liacée lorsqu'on la mettait sur des charbons ardents. Je blâmerai sévès rement celte manière de procéder ; en effet, le phosphore, l’äilet quelques autres substances, présentent la même odeur ; il peut se développer dans l'estomac, pendant là digestion, des matières qui exhalent aussi une odeur analogue lorsqu'on les chauffe. D’ailleurs n’arrive-Æil pas que l’on peut se tromper quand il s’agit d'apprécier des odeurs ? Le caractère dont je parle doit donc être considéré comme un indice, “el non comme une preuve de la présence de l'acide arsénieux. L'existence de ce poison devra être mise hors de doute à l’aide des moyens queje vais faire connaître , et qui ont pour but , en définitive , d'obtenir larsenic faisant partie de l’acide arsénieux. 4 |
A. On introduit dans un tube de verre étroit, de 25 à 28 centimètres de longueur, et bien sec, quelques parcelles d’acide arsénieux finement
pulvérisé et intimement mélangé avec du flux noir ou avec du carbonate de potasse et du charbon desséchés ; on chauffe légèrement à la lampe à esprit de vin l'extrémité du tube qui contient la matière, afin de le priver de l'humidité qu’elle pourrait retenir, et on absorbe au fur et à mesure , à l’aide d’un papier roulé sur un fil de fer, la vapeur aqueuse qui s’exhale ; dès qu’il ne s’en dégage plus, on effile le tube à la lampe à émailleur; alors on fait rougir l’extrémité fermée du tube, et l’on chasse peu à peu l’arsenic volatilisé jusqu’à la partie la plus capillaire de ce tube. Pour cela on applique le feu dans une autre portion du tube, là où la vapeur arsenicale s'était condensée; on conçoit, en effet, qu’il doit être plus aisé d’apercevoir une très-petite quantité d'arsenic dans un tube excessivement étroit que dans un tube large. L'expérience prouve qu’il suffit, pour réussir, d’agir sur le plus petit fragment d'acide arsénieux que l’on peut saisir avec des pinces.
Si l’arsenic sublimé était en trop petite quantité pour pouvoir être détaché du tube, et que la surface interne de celui-ci fût simplement recouverte d’une légère couche terne grisâtre, on se garderait bien de suivre le procédé indiqué par M. Turner, et adopté par le D' Christison; ce procédé consiste à soumettre la petite couche noire et terne à des sublimations répétées , afin de transformer l’arsenic en acide arsénieux , et obtenir un cercle de petits cristaux blancs brillants. IL faudrait tout simplement plonger au milieu de la flamme de la lampe la partie du tube de vérre où se trouvent les portions ternes ; quelques secondes suffiraient pour rendre celles-ci brillantes; et si on voulait alors faire passer l’arsenic à l’état d'acide arsénieux, au lieu de sublimer plusieurs fois, ce qui n’est guère praticable lorsqu'on agit sur des atomes, il suffivait de mettre l’arsenic au milieu d’un tube assez long, ouvert par les deux bouts , et de chauffer la portion qui contient l’arsenic; l’oxydation ne tarderait pas à avoir lieu.
B. L’acide arsénieux est peu soluble dans l’eau froide et plus soluble dans le même liquide bouillant. La dissolution est incolore, inodore et douée d’une saveur âpre, semblable à celle de l’acide arsénieux solide, mais se faisant sentir un peu plus tôt. Son action sur la teinture de tournesol est telle que jamais ce réactif ne peut servir à la faire reconnaitre, ét que souvent au contraire il peut induire en erreur; aussi les experts né doivent-ils jamais chercher à constater si la dissolution d'acide ar- Sénieux rougit ou non ce tournesol. Elle précipite l’eau de chaux en blanc (caractère de peu de valeur) ; ce précipité d’arsénite de chaux, qui nest jamais noir, malgré l’assertion de plusieurs auteurs de médecine légale, est soluble dans un excès d'acide arsénieux. Il suffit de verser quelques gouttes de celte dissolution dans du sulfate de bioxyde de cuivre ammoniacal pour obtenir un précipité vert, dont la nuance varie sui-
vant la quantité du réactif; ce précipité d’arsénite de cuivre ne se formerait pas, si le sulfate de cuivre ammoniacal élait avec excès d’ammos= niaque, parce que cet alcali dissout l’arsénite de cuivre; il ne reste dans Ja dissolution que du sulfate d’ammoniaque (1).
Si l’on verse de l’acide arsénieux dans l’azotate d'argent ammoniacal, on obtient un précipité d’arsénite d’argent jaune qui brunit par son ex> position à la lumière (2).
L’acide sulfhydrique gazeux ou dissous dans l’eau jaunit instantanément la dissolution aqueuse d’acide arsénieux, et la plus petite quantité d'ammoniaque liquide la rend instantanément incolore, Si, au lieu dela décolorer ainsi, on l’abandonne à elle-même, il se dépose au bout de quelques heures, suivant que la température est plus ou moins élevée, du sulfure jaune d’arsenic floconneux : la précipitation a lieu sur-les champ si on chauffe le mélange ou si l’on y ajoute une pelite quantité d'acide chlorhydrique; ce précipité est très-soluble dans l’ammoniaque, et la dissolution est incolore si le sulfure est pur. Les acides azotique, sul furique, oxalique, acétique, taritrique et carbonique, déterminent aussi la précipitation de cesulfure; toutefois Les trois derniers agissent faiblement
On peut facilement obtenir l’arsenie du sulfure en calcinant ce lui-ci avec de la chaux ou de la potasse sans charbon ; mais il est prés férable d'ajouter un peu de ce dernier corps, pour. éviter l'oxydation d’une petite portion d’arsenic. Si la quantité de sulfure d’arsenic prés cipité sur laquelle on veut opérer la réduction élait excessivement faible, il faudrait laisser reposer ce sulfure dans le vase à expériences dés l’aide d’une pipette le liquide qui le surnage, jeter une nous velle quantité d’eau distillée sur le précipité pour le bien laver, séparer
(1) Je ferai observer que le sulfate de cuivre ammoniacal est bleu , et qu’il com munique une couleur verte aux liqueurs jaunâtres , lors même qu’elles ne con: tiennent point d’acide arsénieux : cet effet dépend du mélange des couleurs jauné et bleue; d’où il suit que la coloration en vert n’est pas un caractère suffisant pour prononcer sur l'existence de l'acide arsénieux , et qu’il faudrait nécessaire= ment décomposer l’arsénite de cuivre et en retirer l’arsenic. J’établirai en outre, plus loin, que le sulfate de cuivre ammoniacal fournit avec l’acide arsénieux qui a été mêlé à des liquides colorés, des précipités qui ne sont pas toujours verts: Enfin j'ajouterai que, pour peu qu’il contienne un excès d’ammoniaque , il ne précipite pas l’acide arsénieux. Ces faits me permettent de conclure que le réac= Lif dont il s'agit esl loin de présenter les avantages de l'acide sulfhydrique dans la recherche de l'acide arsénieux ; il peut même , dans beaucoup de
as , lorsque ce poison est mêlé à des liquides colorés, induire Les experts en erreur.
(2) Pour préparer lazotate d'argent ammoniacal, on dissout de l’azotate dar: gent dans de l’eau distillée ; on en précipite l’'oxyde d’argent au moyen d’une pe= tite quantité d’ammoiaque, puis on ajoute de cet alcali, goutte à goutte, autant qu'il en faut pour redissoudre juste l'oxyde précipité,
encore l’eau de lavage au moyen de la pipette, puis placer dans une capsule de porcelaine le précipité et la petite quantité d’eau que la pipette n'aurait pas pu enlever, En laissant cette capsule sur des cendres chaudes , il suffirait de quelques heures pour évaporer toute l’eau, et pour obtenir le sulfure jaune d’arsenic sec : on le détacherait alors pour le calciner avec de la potasse et du charbon, ou bien on en retirerait l’arsenic à l’aide de l’appareil dit deMarsh, en prenant les précautions qui seront indiquées plus tard. Si, au lieu d’agir comme je le propose, on suivait la méthode ordinaire, qui consiste à laver le précipité jaune de sulfure d’arsenic sur un filtre, on s’exposerait à perdre le fruit de son expérience; en effet, il serait impossible de détacher du filtre desséché la quantité excessivement petite de sulfure jaune, dont on ne pourrait par conséquent pas extraire l’arsenic. |
On pourrait encore chauffer Le sulfure d’arsenic dans une pelite capsule de porcelaine avec de l’acide azotique pour détruire la matière organique, le décomposer et le transformer en quelques minutes en acide arsénique et en acide sulfurique, que l’on ferait dissoudre dans l'eau distillée à la température de l’ébullition, et que l’on introduirait dans un appareil dit de Marsh. Si le sulfure avait été précipité d’une dissolution organique, et qu’il fût animalisé, il faudrait le traiter à plusieurs reprises avec de l’acide azotique.
On a de la peine à comprendre que M. Gaultier de Claubry ait pu dire que Von s'expose, en {raitant ainsi Le sulfure d’arsenic, à volatiliser de l'acide arsénieux , si la température est trop élevée, Et d’abord, le traitement par l'acide azotique transforme l’arsenice en un produit fixe (acide arséhique mêlé d’une très-petite proportion d’arséniale d’acide arsénieux ) et non en acide arsénieux ; quant à l'élévation de température , elle n’est pas à craindre dès que je prescris de retirer la capsule du feu, aussitôt que le liquide acide est complétement évaporé (Briand, p. 697).
Mais, dira-t-on, pourquoi ne pas introduire directement le sulfure d'arsenic dans un appareil dit de Marsh, au lieu de le transformer préalablement en acides arsénique et sulfurique au moyen de l'acide azolique ? C’est que ce sulfure est à peu près inattaquable dans cet appa- Teil; on avait cru, jusqu’en 1848, qu'il était absolument inattaquable, mais M. Filhol est parvenu, à l’aide de nombreuses expériences , à élablir, 1° que les sulfures d’arsenic naturels ne sont décomposés qu'avec une très-grande lenteur ; que la quantité d’arsenic entraînée par lhydrogène est trop faible pour produire des taches arsenicales, et qu’il faut beaucoup de temps pour qu’on puisse la mettre en évidence dans les dissolutions métalliques qui l'ont retenue ; 2° que l'hydrogène naissant agit sur les deux éléments de ces sulfures , et entraîne constamment des traces d'acide sulfhydrique et d’arséniure d'hydrogène,
ÀG4 DES POISONS ÎRRITANTS MINÉRAUX.
On s’est demandé, à l’occasion de la réduction du sulfure d’arsenic et des autres composés arsenicaux, si les tubes de verre blanc et les verres à expérience faits avec le même verre contiennent ou non de l’arsenie, et, en cas d’affirmative, si le métal qui existerait dans ces tubes peut se sublimer lorsqu'on les chauffe au rouge, ou bien s’il peut abañdonner les verres à expérience lorsqu'on introduit dans ceux-ci des réactifs chimiques tels que ceux que l’on emploie en médecine légale pour constater la présence de l’arsenic dans des matières suspectes. L'Académie royale de médecine a été chargée par M. le garde des sceaux de résoudre cette question. On prévoit de suite son immense portée; en effet, si cela est, il n’y a plus moyen d'établir qu’il y a eu empoisonné: ment par l’arsenic; car, pour arriver à cette conclusion affirmative,il faut découvrir ce métal, soit en chauffant les matières suspectes jus- . qu’au rouge dans des tubes de verre, soit en les soumettant à l’action de certains réactifs dans des verres à expérience : or, chaque fois que Von aura constaté la présence de l’arsenic par l’un ou l’autre de ces moyens, On ne manquera pas de dire : les expériences ne sont pas pro= bantes, car l’arsenic obtenu provient des tubes ou des verres à expé= rience, et non des matières suspectes. Heureusement il n’en est rien, comme on va le voir par les résultats des recherches auxquelles se sont livrés MM. Renauldin, Marc, Delens, Pelletier et Chevallier, commissaires nommés pour rébuate celte question : ;
1° L’acide arsénieux n’est pas généralement employé en France dans la fabrication du verre; cependant il est encore quelques verreries où il est mis en usage à des doses extrémement petites ; mais cet acide se volatilise par suite de la température élevée donnée au verre lors dela fabrication : d’où il résulte que même du verre dans la masse vitreuse duquel on a fait entrer l’acide arsénieux n’en retient point. |
2° On n’a pas trouvé d'arsenic dans six espèces de tubes de verré blanc pris chez les marchands, ni dans six échantillons de verre à vitres blanc , et très-ancien, qu’on Soupçonnait avoir été importé de Bohème, ni dans des tubes de verre blanc dans la fabrication desquels on avait fait entrer, à dessein 1/9 où 1400 d'acide arsénieux, ni dans des fragments de verre obtenus en brisant une petite glace bad el très-mincé donnée comme miroiterie d’ Allemagne et venue de Nurember g.
3° Les verres à expérience transparents, tels qu’on doit les employer pour les opérations chimiques, ne contiennent pas d’arsenic, parce que l'acide arsénieux qui aurait pu entrer dans leur composition a été entièrement volatilisé pendant la formation du verre; d’ailleurs, lors même qu’ils en contiendraient des atomes, les réactifs mis en usage dans les recherches d’empoisonnement ne pourraient pas attaquer le verre
DE L’ACIDE ARSÉNIEUX. 465 formant cet instrument, et s'emparer des atomes d’arsenic qu’on supposerait y exister. | ,
4° IL est vrai que les rapporteurs ont trouvé des traces d’arsenic dans un verre de montre opaque , et que, d’après les travaux de M. Bontemps, si du verre avait été fabriqué avec un vingtième d'acide arsénieux AL pourrait retenir de cet acide ; mais alors le verre serait opaque et comme del’émail blanc : d'où il suit qu’il importe de continuer ce qui a été fait jusqu'à ce jour, c’est-à-dire ne jamais employer des tubes ou des verres
à expérience opaques. Il est encore vrai que le verre pourrait contenir de l’arsenic, si l’acide arsénieux avait été employé dans les fabriques de gobletterie à la dose de 1459 à 1/%00 et que la température du fourneau n'eût pas été assez élevée lors de la fabrication ; Mais, dans ce cas, Vacide ne serait qu’interposé entre des masses vitreuses , el nullement combiné, et l’on pourrait le dégager par la chaleur ; en sorte qu'il est prudent, avant de se livrer aux recherches sur les matières suspectes , de chauffer les tubes jusqu’au rouge pour volatiliser les traces d’acide arsénieux qu’à la rigueur ils pourraient contenir.
5° Du verre préparé avec de l’arséniate de potasse, du sable et du carbonate de soude, retient de l’arsenic et en laisse sublimer à l’état métallique lorsqu'on le chauffe à un feu violent avec du charbon. Mais jamais, dans aucune fabrique de verre, on n’a employé un arséniate fixe , et les rapporteurs se sont vus obligés de faire eux-mêmes ce verre pour l’expérimenter ; d’ailleurs le verre préparé ainsi est verdätre, en partie transparent et en partie opaque: on évitera donc cette source d'erreurs en ne faisant usage que de tubes de verre transparent n’offrant aucune teinte verte.
«11 suit de ce qui précède, que l’on doit continuer à faire les analyses des matières que l’on soupçonne contenir de l’arsenic, dans des tubes de verre, pourvu que ceux-ci soient transparents, sans aucune teinte verle, et qu’ils aient été maintenus pendant quelque temps à une chaleur rouge avant d’y introduire le mélange suspect. (Annales d'hygiène, janvier 1834.) | |
C. On doit préférer l'appareil dit de Marsh, tel que je l'ai modifié, au flux noir ou bien au carbonate de polasse et au charbon, pour obtenir l’arsenic de l'acide arsénieux,, non-seulement parce que l’opération est plus simple, mais encore parce que l’on recueille à la fois Un anneau d'arsenic et des taches arsenicales. I1 faut encore préférer cel appareil toutes les fois qu’il s'agira d'extraire l’arsenic du sulfure jaune desce métal , préalablement transformé en acide arsénique par l'acide az0lique, comme il a été dit à la page 463,
De l'appareil de Marsh modifié.
gcheele reconnut le premier que l'hydrogène peut se combiner avec l’arsenic, et donner un gaz inflammable qui laisse en brûlant du régule d'arsenic (arsenic pur } (Mémoires de Séheele, t: Je", année 1775). Proust disait, en 1798, qu’en brûlant le gaz hydrogène très-fétide qui se dégage quand on dissout dans l'acide chlorhydrique de Pétain arsê= nical , il se dépose de larsenic sur les parois de la cloche (Annales dé chimie, t. XXVIHH). Tromsdorf annonçait, en 1303, qu’en introduisant dans un flacon ordinaire du zinc arsenical, de leaü et de l'acide sulfus rique, on dégageait du gaz hydrogène arsénié, et que si ce tube à dé= gagement était suffisamment long, ce gaz laissait déposer parfois de l'arsenic pur contre les parois du tube (Nicholson’s journal, t. VI). Stromeyer, Gay-Lussac, Thénard, Gehlen et Davy, étudièrent ce gaz plus tard. Sérullas établissait, en 1821, que l'on peut se servir de IF décomposition de l'hydrogène arsénié pour constater, dans des cas dé toxicologie, la présence de l’arsenic ou de ses composés. Marsh publia, en octobre 1836, un travail ayant pour titre : Description d'un nouve | procédé pour séparer de petites quantités d'arsenic des substances aveé lesquelles il est mélangé (Edinburgh new philosoph. journal). I propos de développer de l’hygdrogène arsénié à l’aide du zinc, de l'acide sul furique et de l'eau, d’enflammer ce gaz et de recueillir : 1° larsenie, en recevant la flamme sur une surface froide, un tube dé verre assez épais, ou une soucoupe en porcelaine, et mieux encore sur une plaque épaisse de porcelaine non susceptible de s’échauffer ; 2 de l'acide arsé nieux , si l’on faisait pénétrer la flamme dans le milieu d'un tube assez large, ouvert aux deux extrémités; 3° de l'arsenic pur en même temps que de l'acide arsénieux , si lon dirigeait obliquement la flammié dans le tube de manière à effleurer le verre. En opérant sur du gruat, du porter, du café, du potage, et sur d’autres aliments liquides dans lesquels on avait mis de très-petites quantités d'acide arsénieuxsmil parvint à extraire ce poison de ces produits. L'appareil, assez compliqué, proposé par Marsh offrait un grave inconvénient: quand le poison était mêlé avec des matières organiques, il se produisait üne efférvéss cence écumeuse, et la plus grande partie de la liqueur était chassée sous forme de mousse ; le gaz hydrogène ne brülait plus, èt l'expérience était manquée. Pour obvier à cet inconvénient gravé, Marsh conseillé d'ajouter à la matière une certaine quantité d'huile d'olives, qui devail s'opposer à la formation de la mousse; il conçut en outre l’idée d'em: prisonner en quelque sorte le mélange pendant un certain temps €! jusqu’à ce que le gaz pût se dégager librement. L'appareil de Marsh 1e
DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. 467 que l’auteur l’avait proposé, fut bientôt abandonné, parce qu’il n’est ni sûr ni commode, surtout quand la matière organique abonde, Herapath, Mobr, Liebig, Berzelius, Thompson, Simon, Vogel, Chevallier, Lassaigne, K@ppeling, Kampmann etc. , Modifièrent soit les flacons, soit les tubes ; leurs expériences firent connaître quelques résultats nouveaux. M. Chevallier proposa lé premier de faire passer le gaz hydrogène arsénié à travers dés fragments de porcelaine entourés de charbons rouges, afin d'obtenir un anneau d’arsenic brillant; dépuis, la commission de l’Institut a remplacé avec avantage la porcelaine par de l'amiante,
Malgré tant de travaux , l'appareil dit de Marsh était impuissant pour déceler des atomes d’une préparation arsenhicale toutes les fois qu’elle élait mélangée avec des malières organiques visqueuses, comme cela a lieu dans tous les cas d’empoisonnement où l’on agit sur le contenu du canal digestif ou Sur les liquides vomis, ou bien quand on expériméñte sur les viscères dans lesquels Le poison arsenical a été porté par abSorption. 17 fallait à tout prix empécher la formation de cette prodigièuse quantité de mousse qui se produit constamment alors > el qui paralyse l'opération en empéchant le gaz hydrogène arsénié de se dégager, dé manière à pouvoir étre enflammé ou décomposé. Il ne s'agissait pour cela que de détruire la matière organique sans perdre sensiblement d’arsenic : c’est ce que je fis en janvier 1839, en employant l’azotate de polasse, et plus tard l'acide azotique. Une fois la matière animale détruite, ce qui s’obtient facilement, surtout à l’aide du nitre, les liqueurs suspectes peuvent élre introduites dans l'appareil sans qu’il se développé la moindre bulle de mousse > €t l'expérience marche aussi bien que si l’on se servait d’une dissolution d’acide arsénieux dans l’eau dis-
tillée. Voici maintenant l'appareil tel que je l'ai modifié ; il réunit à une extrême simplicité l'avantage de fournir à la fois un anneau d’arsenic et des taches arsenicales (1).
(1) M. Gaultier de Claubry attaque vivement l’appareil fort simple dont je me suis servi dans les premiers temps, et qui consiste dans un flacon 4 muni d'ün tube recourbé TD. Cet appareil, pouvant encore rendre de très-grands servicés lorsque les experts n’auront pas à leur disposition le tube W recourbé en $, je crois devoir réfuter les observations de M. Gaultier de Claubry. On perd de l'arsenic au commencement de l'opération. Quand on a presque rempli de
* Lorsque, das un flacon tubulé A, de 24 à 30 centimètres de haut, on
mét 500 grammes d’eau , 3 ou 4 grammes d’acide sulfurique pur, à 50
à 60 grammes de zinc laminé et coupé en mor ceaux, il se dégage. du gaz hydrogène pur quand les agents qui l'ont produit l'étaient euxmêmes. Si on enflamme ce gaz à la pointe du tube effilé æ, par où il s'échappe, et qu'on applique un corps froid £ sur la flamme, il se condense de l’eau pure ; mais si l’on ajoute dans l'appareil une pelile quantité d'acide arsénieux, ou du liquide suspect provenant de quelques-uns de nos viscères dont la matière organique aura été préalablement détr uile, à l'instant le gaz hydrogène brûle et laisse déposer sur le corps fr oid, au lieu d’eau pure, de l’arsenic (corps simple), sous forme de taches d’un brun fauve; plus ou moins foncées, brillantes et miroitantes. Si, comme je le prescris, on a introduit de l'amiante vers le milieu du tube, dans une longueur de 5 à 6 centimètres (0), il suffira de maintenir, à l’aide d’un support, une lampe à esprit de vin allumée sous l’amiante (B), pour que le gaz hydrogène arsénié, en traversant l'amiante, se divise, se déchiré en quelque sorte, et se décompose en hydrogène et en arsenics celui-ci se déposéra sous forme d’un anneau D, à une petite distance de l'amiante. L'hydrogène réduit se dégagera, et viendra sortir par la partie effilée du tube æ. Si on l'enflamme, il ne déposera que de l'eau, s’il a abandonné tout son arsenic ; mais s’il est mêlé d'hydrogène arsé= nié, qui aurait échappé à l’action de la lampe, celui-ci sera décomposé. à son tour, et laissera déposer sur le corps froid Æ des taches qui offrie ront tous les caractères de larsenic pur. L'expérience prouve qu en opérant ainsi, pour peu qu’il y ait dé l’arsenic dans la liqueur À, on oblient à la fois et Vanneau brillant D et des taches. L’amiante a encore pour but de retenir les parcelles de dissolution de sulfate de
inc qui auraient pu êire entraînées du flacon À dans le tube par le dé=