EXAMEN CRITIQUE
du rapport sur la question arsenicale, fait à l'Institut, le 14 juin 1841, par un commission composée de MM. Thénard, Dumas, Boussingault , et Resnault.
J'éprouve le besoin de réduire ce travail à sa juste valeur, parce que l’autorité du corps savant qui l’a adopté est telle, que le public accueille sans contrôle tout ce qu'il a sanctionné, alors même qu’il a émis des préceptes erronés. Il me sera facile de prouver, par la discussion à laquelle je vais me livrer : 1° que sur la plupart des points, ce rapport n’a fait que Confirmer ce que j'avais antérieurement publié; 2° qu’il a emprunté à plusieurs savants les procédés qu’ils avaient fait connaître; 3° qu'il a consacré des erreurs que l'on ne saurait combattre avec assez d'énergie. Voici comment les choses ‘se sont passées. En octobre 1840, lorsque déjà mes mémoires sur l'absorption des préparations arsenicales et antimoniales, sur les procédés de carbonisation, sur l’impureté des réactifs, sur les terrains des cimetières, sur l’imbibition, etc., avaient été lus à l’Académie de médecine et publiés, lorsque déjà des applications de mon nouveau système avaient été faites , par moiet par d’autres experts, dans les affaires Mercier à Dijon, Cumon à Périgueux, Rigal à Albi, Lafarge à Tulle, MM. Dumas, Boussingault, et Renault, désireux de connaître mes travaux, assistèrent à cinq séances expérimentales dans lesquelles je leur appris tout ce qui se rapporte aux procédés de destruction des matières organiques, à l'appareil dit de Marsh, à la recherche de l'acide arsénieux- et de l’antimoine après absorption, etc. À Ja fin de décembre 1840, MM. Flandin et Danger ayant lu un mémoire sur l'in toxication arsenicale, MM. Thénard, Dumas, Boussingault, et Regnault, furent nommés commissaires, et se livrèrent, au Collége de France, à des expériences analogues à celles qu'ils avaient vues dans mon laboratoire , et c'est à la séance du 14 juin 1841 que M. Regnault lut le rapport que Je vais examiner. | |
1° A l’occasion des deux procédés de destruction de la matière organique que j'avais donnés, savoir l’emploi de l’azotate de potasse et celui de l'acide azotique, on dit, en ce qui concerne ce dernier, que, méme en apportant les plus grands soins dans la surveillance de l'opération, il est souvent impossible d'éviter, à la fin de l’évaporation, une déflagration très-vive qui peut volatiliser la plus grande partie de l’arsenic.
Cette assertion n’est pas exacte; quiconque à carbonisé par l'acide azotique, avec les précautions que j'ai indiquées, sait que la déflagration, Join d’être la règle, comme on semble le dire, n’est que l’exception, et qu'elle ne se manifeste que lorsqu’on agit sur des organes contenant natu-
rellement beaucoup de graisse, ou bien sur ceux qu'une inhumation proongée a transformés en gras. On évite d’ailleurs toute déflagration en jjoutant 12 à 15 gouttes d'acide sulfurique à 100 grammes d'acide azotique, comme l'a conseillé M. Filhol.
2° On décrit les caractères qui distinguent les taches arsenicales des jaches antimoniales, et de celles que MM. Flandin et Danger ont données deux ans après moi comme nouvelles, et que j'avais désignées sous les noms de faches de crasse et de taches provenant de muscles carbonisés par lacide azotique.
Ici le rapport ne fait que confirmer ce que j'avais dit.
39 On rend compte des travaux de MM. Lassaigne, Signoret, Coulier, KϾppelin , et Kampmann.
Les observations faites par l’Institut, à l’occasion des procédés de MM: Lassaigne, Signoret, et Coulier, étaient imprimées depuis deux ans dans mes mémoires sur l’arsenic. |
4° À propos des taches que MM. Flandin et Danger indiquaient en désembre 1840, comme pouvant être confondues, tant sous le rapport physique que sous le rapport chimique, avec les taches arsenicales, le rapport net cette assertion au néant, en se servant uniquement des arguments que je n’avais cessé de mettre en avant depuis le commencement de 1839 Yoy. mes mémoires et les bullet. de l’ Acad. de méd.).
5° On décrit le procédé de carbonisation par l’acide sulfurique, et on attribue à MM. Flandin et Danger, tandis qu'il appartient à M. Barse woy. p. 503). Tout en donnant la préférence à cette méthode de carboniation, le rapport demande avec raison qu’elle soit pratiquée en vases los, et non pas dans des capsules de porcelaine, comme le voulaient MM. Flandin et Danger. Quant à cette préférence, les commissaires se sont tompés; les expériences de MM. Fardos et Gélis, et de M. Filhol, prouvent jusqu’à l'évidence que le rapport n’a signalé aucun des vices qui rendent lopération défectueuse, et le travail postérieur de M. Jacquelain a démontré que la destruction de la matière organique par le chlore était infiniment préférable (voy. pages 504 et 510).
6° On décrit les expériences que j'ai faites devant les commissaires, en carbonisant , par l’acide azotique ou par l’azotate de potasse, des organes d'animaux empoisonnés par l'acide arsénieux et par l’émétique; on relate cé que j'ai fait pour déceler l’arsenic et l’antimoine dans l'urine des mêmes animaux (on sait que MM. Flandin et Danger ont obstinément soutenu que, dans l’empoisonnement par lacide arsénieux, la sécrétion de l’urine étaitarrêtée ). Les résultats sont exacts et très-nets ; le rapport le reconnaît.
7° On fait connaître les expériences tentées par la commission dans le but de déterminer le degré de sensibilité de l’appareil dit de Marsh, et on arrive à des résultats déjà parfaitement connus et conformes à ceux que J'avais publiés depuis longtemps.
8° En répétant le travail de M. Lassaigne, on confirme tout ce que l’on savait sur la sensibilité de l'azotate d'argent.
9° On annonce que le zinc et l'acide sulfurique, que l’on trouve le plus
souvent dans le commerce, ne sont pas arsenicaux; c’est ce que j'avai prouvé et publié depuis deux ans. ji 10° En cherchant l’arsenic dans le corps de l’homme, on arrive à con: clure qu’il n’y en à pas dans les muscles » Ce que j'avais établi depuis 1839 j'avais élé plus loin en annonçant qu'il n’y en a pas davantage dans le. viscères, dans le sang, etc. On prouve aussi qu’il n’y a pas d'arsenic dan, les os, dans le bouillon ni dans le blé. La non-existence de l’arsenie dam: les os avait été mise hors de doute par moi, devant les commissaires, en octobre 1840, huit mois avant la lecture du rapport, le 14 juin 1844. J'avais adressé le 3 novembre 1840 un paquet cacheté à l’Académie de médecine, dans lequel je disais que M. Couerbe s’était trompé en admettan: que les os contiennent de l’arsenic, fait que J'avais eu tort d'adopter. Que signifie maintenant la réclame de MM. Flandin et Danger, lorsqu'ils viennent, à la fin de décembre 1840, proclamer pompeusement devant l’Académie des sciences qu’il n’existe pas d’arsenic dans les os? Pour tout homme impartial, il demeure évident que j'ai prouvé le premier que M: Couerbe s'était trompé, et qué la commission de l’Institut n’a fait que confirmer ce qu'elle avait vu chez moi en octobre 1840. à 11° On donne la description de l'appareil propre à condenser l’arsenic en anneau ; Cet appareil, dit à tort de l'Institut, n’est autre que celui de Berzelius et Liebig modifié par Kæœppelin et Kampmann ; à la vérité, les commissaires se servent d'amiante pour retenir les gouttelettes de la dissolution qui sont toujours mécaniquement entraînées par les gaz, et pour évitéf qu'il ne se produise des taches d’oxysulfure de zine, qui présentent souvent l'aspect des taches arsenicales. Déjà bien avant l'institut, M. Chevalier avait proposé l'emploi de fragments de porcelaine qu’il disposait à la place où les commissaires mettent l'amiante. 498 12° On donne pour précepte d'essayer préalablement les réactifs et toutes les substances qui seront employées dans les recherches. Depuis deux ans , J'avais surabondamment insisté sur ce point. 7 13° On ajoute que si l'expert se contentait de constater les caractères physiques des taches, il pourrait y avoir des méprises très-praves. (este que j'avais constamment dit depuis deux ans. ï 14° En résumant ses instructions, le rapport se borne à dire quil faudra obtenir un dépôt (anneau ) dans Ja partie antérieuré du tube chauffé: il garde le silence à l’endroit des taches. La malveillance a voulu exploiter ce silence, et elle s’est appuyée sur la déclaration de M. Regnault, faite äla séance du 12 juillet 1841, savoir que la commission proscrivait les taches, J'ai déjà réduit au néant le dire de ht. le rapporteur, én l'opposant à lui-même ( voy. page 483): je n’y reviendrai plus. 15° Daus le plus grand nombre de cas d'empoisonnement, dit Ja com mission, l'examen des matières vomies où de celles qui sont restées dans le canal intestinal convaincra l'expert de la présence de poison, et il n'aura à procéder à la carbonisation des organes que dans les cas où les premiers essais auraient ‘été infructueux, où daus ceux très-rares, où les cirfonstances présumées de l'enipoisonnement lui en indiqueraient la nécessité.
DÉS ARSÉNITES. 591
Ce précepte est erroné de tous points; aussi n’a-t-on pas fait une expertise depuis 1839 sans avoir été chercher le poison daris le foie, däns lesautres organes, et dans l’urine. La portion du poison qui tue est celle qui a été absorbée et non celle qui est expulsée avec les matières vomies, ni celle qui reste mêlée avec les matières contenues dans le canal tal Quoi de plus probant pour établir l'existence d’un empoisonnement que la découverte du toxique dans le foie, par exemple, s’il est prouvé que le poison n’y a pas été porté après la mot par suite d’une imbibition cadavérique; quoi de plus utile que l'examen de l’urine du vivant de individu, pour savoir en peu d’instants quelle est la substance vénéneuse qui a été ingérée. Comment aurais-je pu affirmer que la fille Emma Vehr avait été empoisonnée par l'acide arsénieux, si je n'étais borné à examiner les matières vomies ? (Voy. page 579.) D'ailleurs qu’a-t-on voulu dire par cette phrase obscure: dans les cas très-rares où les circonstances présumées de l’ empoisonnement , lui en indiqueraient la nécessité ?
160 J’ai déjà fait justice des paroles malveillantes, absurdés, et je puis dire insensées , prononctes par M. Magendie immédiatement après la lecture du rapport (voy. page 565).
7° J'en ai fait autant de l’assertion inconcevable de M. Regnault, émise à la séance du 12 juillet 1841, savoir que le moyen de produire des taches est sans valeur (voy. fe 483).
DES ARSÉNITES.
… Les arsénites de potasse, de soude et d’ammoniaque sont solubles dans l’eau, et agissent à la manière des poisons violents; celui de pofasse mérite d’autant plus de fixer notre attention, qu'il fait partie de la décoction de Fowler, employée dans certains cas de fièvres inter- Mittentes.
Arsénite de potasse. IL est ordinairement à l’état liquide ; lorsqu'on le dessèche et qu’on le mét sur les charbons ardents, il se décompose, répand une fumée d’une odeuf alliacée, et laisse pour résidu de la polässe plus ou moins carbonatée. Les sulfures solubles en précipitent du Sulfure d’arsenic (voy. p. 463); l'acide sulfhydrique n’en précipite du Sulfure jaune d’arsenic qu’autant qu'on ajoute une ou deux gouttes d'un autre acide : toutefois il peut le jaunir, s’il est concentré et employé en quantité suffisante. L’acide chlorhydrique y fait naître un précipité blanc d'acide arsénieux , et il se forme du chlorure de potassium soluble : ce précipité se dissout facilement dans uni excès d’eau ; d'où l’on doit conclure qu’il faut, pour lPobtenir, que la dissolution Soit concentrée.
Le chlorure de platine précipite cette dissolution en jaune-serin, tandis que l'acide arsénieux n'épronve aucun changement de la part de cette dissolution métallique,
Pour obtenir l'arsenic des arsénites, il suffit d'en introduire une faible proportion dans l'appareil dil de Marsh modifié (voy. p. 467 }s'oul de les évaporer jusqu’à siccité, et de mêler le résidu avec du charbon pour calciner le mélange dans un petit tube de verre: l’arsenic sé. paré par le charbon se sublime, et vient se condenser sur les parois du tube. À er |
Teinture minérale de Fowler. Cette teinture est composée d'acide ar-| sénieux combiné avec de la potasse, d’eau distillée, et d'une petite! quantité d'esprit de lavande composé, ou d'alcool de mélisse. Ell est. liquide, d’un blanc légèrement laiteux, el d’une odeur aromatique; élle! verdit le sirop de violettes ; l'acide sulfhydrique et les sulfures agissent sur elle comme sur l’arsénite de potasse. L’acide chlorhydrique nella | trouble point ou la trouble à peine, ce qui dépend de la grande quantité
a D Le
d'eau qu'elle renferme. Son action sur l’économie animale est la même |
que celle de l'acide arsénieux. a
Ossenvarion ["°.— Le 3 mai 1823, le D' Gendrin fut appelé à onze | heures du matin pour donuer des soins à un homme âgé de trente-deux ans, d'une forte complexion , qu’il trouva couché à moitié habillé sur le bord | d’un lit, au bas duquel était répandue une matière liquide blanchâtre, ét
meuse. Le malade était sans connaissance; les lèvres étaient tirées en dehors , entr'ouvertes et couvertes d’écume ; les dents serrées; les yeux fixes, rouges et ouverts, les membres roidés et tendus, le ventre dur et très-rés
tracté; la respiration saccadée, très-bruyante; le pouls dur et irrégulier, Une voisine, entrée depuis quelques instants aux cris d’un enfant, qui, ayant vu le malade se débattre, s'étaiteffrayée, avait trouvé ce dernier sur | le pavé, couché dans la matière qui y était répandue et qu’il avait vomie. | On voyait dans l'appartement des meubles brisés, la porte enfoncée, etsur |
l'angle d’un secrétaire ouvert un verre au fond duquel était une matière demi-fluide, blanchâtre et semblable à celle qui avait été vomie par le malade, et répandant comme elle une forte odeur de camphre. À côté de ce verre, était une lettre dans laquelle le malade annonçait les motifs qui le portaient à.se détruire. L’encre de cette lettre, encore fraîche, le verre encore couvert sur les parois , de la mousse évidemment fournie par la solution dont il restait une partie au fond, suffirent pour démontrer qu’il ne pou-
vait y avoir longtemps que le malade avait avalé le poison : on sut, en effet, que ce n'était que trois quarts d'heure auparavant. Le serrement des mâchoires était tel qu’il fut impossible de faire avaler aucun liquide ; mais On parvint à déterminer le vomissement à l’aide de frictions sur l’épi= gastre ; le malade fit alors quelques efforts et écarta ses mâchoires. On introduisit dans l’estomac un verre de solution albumineuse qui occasionna
bientôt après, un vomissement violent ; le malade reprit sa connaissance et vomit de nouveau une petite quantité de liquide blanchàtre, mousseux, d’une odeur camphrée, mêlé de flocons jaunes, verdàtres et sanguinolents ; il avoua s'être empoisonné avec 52 grammes environ de savon arsenical
à DE L'ACIDE ARSÉNIEUX. 593
de Bécœur, qui Jui servait à des préparations d’histoire naturelle (1). Cependant les membres continuaient à être roides; le malade parvint difficilement à s'asseoir sur son lit, à cause de la roideur des muscles du dos. On administra beaucoup d’ eau albumineuse et de la décoction de graine de lin. Il y eut dans le courant de la journée plus de quarante vomissements; cene fut que vers le soir que les membres reprirent leur souplesse naturelle, et que les yeux perdirent complétement la fixité qu’ils devaient dla contraction permanente de leurs muscles : à cette époque aussi, survinrent plusieurs selles liquides avec ténesme. Des lavements émollients furent rs administrés , ainsi qu’une potion opiacée avec le sirop diacode, et on t reporter le malade dans son domicile. Des fomentations émollientes furent placées sur le ventre et sur tout l’épigastre, où le malade disait sentir une chaleur brûlante et une douleur déchirante horrible. La pression augmentait considérablement cette douleur. La langue était sèche, mais pâle ; le malade se plaignait de courbature et de céphalalgie ; le pouls était plein , mais souple et sans beaucoup de fréquence (90 pulsations). La nuit fut fort agitée; le malade but abondamment de l’eau de gomme.
… Le lendemain le pouls était dur et plein, la face colorée, la langue rouge; le malade se plaignait de douleurs lancinantes profondes à l'estomac et de douleurs vives dans l’œsophage quand il buvait. Le peau était chaude etsèche, la tête un peu lourde; la soif était assez modérée; la respiration était grande et facile; le cœur battait avec force. On fit une saignée au bras, de 500 grammes, et on continua les fomentations , les lavements et les mêmes boissons. Le soir le pouls-était souple , mais fréquent ; la peau chaude ; le malade, plus calme, se plaignait toujours de douleurs à l'épigasire, qui cependant était devenu presque indolent à la pression. Le sang sorti de la veine il y avait sept heures, offrait un caillot dense et sans couenne. Pendant la nuit, il survint par intervalles, mais fréquemment , des secousses de hoquet et des envies de vomir.
Le jour suivant , à six heures du matin, épistaxis abondante fournissant Environ 192 grammes de sang ; presque immédiatement après , le cou et la poitrine commencèrent à se couvrir d'une éruption prurigineuse, exactement semblable à des piqüres d'orties, mais très-confluente et peut-être moins rouge. À midi, le ventre était souple et indolent, la tête pesante , la face colorée ; le pouls, assez plein, donnait 79 pulsations par minute; le pharynx était rouge, et le malade se plaignit de mal de gorge De temps en temps, il survenait quelques secousses de toux qui déterminèrent l'expulsion d'un peu de mucus strié de sang. Le malade est sujet à des crachements de sang depuis un coup d'épée qu il a reçu dans le côté droit de la poitrine, il y à cinq ans. Le thorax n’était le siége d'aucune autre affection que
(1) On prépare ce sayon avec 160 grammes de campbhre, { kilogramme d’acide arsénieux, 1 kilogramme de savon blanc, 375 grammes de carbonate de potasse, €t 125 grammes de chaux en poudre (Dupont, Traité de taxidermie, p. 29).
d’un peu de catarrhe à peine sensible dans la partie supérieure du poumon gauche. L’éruption s’étendit pendant le jour au cuir chevelu, à la partie postérieure du cou et aux épaules. Elle commença à diminuer dans la nuit.
Le lendemain, l’éruption avait complétement disparu; le pouls était souple et sans fréquence, l'abdomen indolent à la pression ; le malade prit sans inconvénient du bouillon de poulet et un bain. Le jour suivant;"on permit du bouillon ordinaire , et la convalescence fut rapide et sans'accident. (Journal général de médecine, de chirurgie et de pharmacie, juillet 1828.)
Osservarion II. — Un homme de cinquante-quatre ans, atteint depuis quelque temps d’une fièvre intermittente , prit, le 16 mai 1843, d'aprè les conseils d’un charlatan, un remède secret composé d’eau tenant en dissolution 17 centigrammes d’arsénite de potasse. Le malheureux fut pri immédiatement de vomissements et de diarrhée ; quelques heures plus tard. il souffrait beaucoup de douleurs à l'estomac ; il lui était impossible de sup: porter sur cette région la moindre pression. Un médecin appelé fut surpris épouvanté même, du facies du malade, qui avait la figure pâle , les trait allongés, et les yeux enfoncés dans les orbites, en un mot le facies hippo: cratique. Le pouls était petit et serré, la langue très-rouge; crampes ‘ai jambes, selles et vomissements abondants. Le malade mourut dans la nuit. après avoir éprouvé les plus cruelles douleurs. On exhuma le cadavre dix huit jours après, et l’analyse des organes ne laissa aucun doute sur la pré: sence de l’arsenic. (Gazette médicale de Montpellier, janvier 1841:)
DE L'ARSÉNITE DE BIOXYDE DE QUIVRE (VERT DE SCHEELE).
L’arsénite de cuivre est sous forme d’une poudre verte, dont le nuances varient suivant la manière dont il a été préparé. Il est inso: luble dans l’eau, et se décompose en répandant une odeur alliacée, lors qu’on le met sur des charbons ardents. Introduit dans l’appareil ditd Marsh, il fournit aussitôt de l’arsenic. Si on le fait bouillir avec um dissolution de potasse, on le transforme en arséniate de potasse solubl et en protoxyde de cuivre; d’où il suit que le bioxyde de cuivre a céd de l’oxygène à l’acide arsénieux ; si on filtre , le protoxyde de cuivre res tera sur le filtre, et pourra être reconnu en le dissolvant dans lacid sulfurique , qui le transformera en sulfate de bioxyde de cuivre, don le métal pourra ètre précipité au moyen d’une lame de fer ou de zinc Quant à la liqueur filtrée, on s’assurera qu’elle renferme un arséniale l’aide des caractères indiqués à la page 596.
S'il s'agissait d'établir, comme cela a déjà eu lieu plusieurs fois, qu les bonbons ont été colorés par de l’arsénite de bioxyde de cuivre, or tiendrait un de ces bonbons entre les doigts au milieu de l’eau distillée et à l’aide d’un pinceau très-fin, on détacherait les parties colorée:
DE L'ACIDE ARSÉNIQUE. 596 quirne sont qu’à la surface; l’arsénite de cuivre se précipiterait. On agirait de même sur plusieurs bonbons, afin de se procurer une plus grande quantité d’arsénite ; alors on‘reconnaîtrait celui-ci comme il vient d’être dit.
DE L'ACIDE ARSÉNIQUE,
L’acide arsénique solide est blanc, incristallisable, doué d’une saveur aigre, métallique et caustique ; son poids spécifique est de 3,391. Exposé à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés, il ne se volatilise point ; il fond et se vitrifie. Mis sur des charbons ardents, il se boursoufle, perd toute son humidité, et devient opaque; si, dans cet état, on continue à le chauffer, il donne des vapeurs blanches qui exhalent une odeur alliacée; ces phénomènes sont dus à la décomposition de cet acide par le charbon, et à sa transformation en acide arsénieux ; aussi disparaît-il en entier, Mêlé avec du charbon et de la potasse, et chauffé dans un tube de verre ou dans une cornue, il fournit de l’arsenic. Introduit dans un appareil dit de Marsh , il se comporte comme l’acide arsénieux, et donne de l’arsenic. Il se dissout très-bien dans Veau, il est même déliquescent. Ainsi dissous, il rougit fortement la teinture de tournesol; il est incolore, et doué d’une saveur aigre, caustique.
Avec la potasse, la soude et l’ammoniaque, il forme des sels solubles, Il précipite au contraire les eaux de chaux et de baryte en blanc; ces arséniates insolubles se dissolvent facilement dans un excès d’acide arsénique. L’acide sulfhydrique, versé dans une dissolution d'acide arsénique concentré, y fait naître un précipité blanc jaunätre de soufre et de sulfure d’arsenic; il ne trouble point au contraire l'acide arsénique étendu d’eau , à moins qu’on ne le chauffe ou qu’on n’ajoute une goutte ou deux d'acide sulfureux, car alors il ne tarde pas à le jaunir, et le mélange se trouble : au bout de quelques minutes d’ébullition, on voit du sulfure d’arsenic d’un très-beau jaune se déposer : ce résultat a même lieu lorsqu'on emploie une dissolution d’acide arsénique excessivement faible , et on l’obtient encore plus promptement en mêlant Pacide arsénique étendu d’eau avec de l’acide sulfureux , et en chassant l'excès de ce dernier par l’ébullition, avant d’y faire passer le courant de gaz acide sulfhydrique ; en effet, l'acide sulfureux ramène l’acide arsénique à l’état d'acide arsénieux. L’azotale d'argent est précipité par l'acide arsénique sous forme pulvérulente; l’arséniate d'argent couleur de brique se ramasse sur-le-champ , et ressemble à du kermès très-foncé.
L'acide arsénique doit être considéré comme un poison plus violent
encore que l'acide arsénieux. Il est absorbé et agit comme l'acide arsé. nieux. Le sesquioxyde de fer hydraté se combine avec lui, et peut êtr
utilement employé pour combattte l’empoisonnement qu’il a déterminé quoique l’arséniate de fer produit conserve encore une action toxique (voyez, pour l’explication de ce fait, la page 448).
DES ARSÉNIATES. | | Les arséniates de potasse, de soude et d’'ammoniaque, sont vénéneux.
On les reconnaîtra facilement : 1° par la décomposition que les char-|
bons ardents leur feront éprouver, et par l'odeur alliacée qui accompa-|
gnera Celle décomposition; 2° parce qu’ils ne se troubleront point pâr l'addition dé l'acide chlorhydrique, tandis que les arsénites seront précipités ; 3° par l’azotate d’argent , qui en précipitera de l'arséniäfe | d'argent couleur de brique; 4° par la facilité avec laquelle on pourra en séparer l’arsenic lorsqu'on les calcinera avec du charbon, ou bien | lorsqu'on les introduira dans un appareil dit de Marsh ; 50 par la propriété | qu’ils ont de se décomposer et de laisser précipiter du sulfure jaune d’arsenic, lorsqu'on les fait bouillir avec un peu d’acide sulfurique et | une goutte ou deux d’acide sulfureux , et qu’on les traîte après par de
l'acide sulfhydrique. | L
M. Bouley jeune a administré de l’arséniate de potasse à sept chevaux |
qui ont tous succombé. L’autopsie a montré des traces d’une vive in- | P
flammation dans l'estomac les intestins et la vessie, et des ecchymoses | dans le ventricule gauche du cœur. Les matières contenues dans le canal | digestif d’un de ces chevaux, mort dans la nuit qui suivit l’'empoison- |
hement, ne présentèrent aucune trace d’arséniate, ce qui tient probable Ment à l’abondante diarrhée qui avait eu lieu. Sur un autre cheval, l’on
trouva une déchirure du diaphragme près de ses attaches au stérnum |
(Séance de l’Académie de médecine, du 20 octobre 1834.)
OssenvaTion. — Dans la soirée du 17 juin 1842, M. D. versa, par mé garde, de l’arséniate de potasse dans plusieurs verres qui contenaient du Sirop d'orgeat , et qui étaient destinés à sa famille, à son contre-maître et à la femme de cet ouvrier. M. et madame D., leur fille, âgée de quinze ans, et la femme du contre-maître, qui venaient de diner ou qui du moins avaient mangé dans la journée, en burent chacun un tiers de verre ou un demi-verre au plus ; mais le contre-maitre, qui se trouvait encore à jeun, but son verre en entier et d’un seul trait.
. Peu d'instants après l'ingestion de cette fatale boisson , chacun de ces individus fut pris de vomissements plus où moins violents, et accompagnés de malaise ou même de douleur à la région épigastrique. Toutefois l’ad-
DES ARSÉNIATES. 597
ministration d’eau sucrée et de quelques tasses d’une infusion antispas- | modique suffirent pour conjurer tous les accidents chez quatre d’entre eux ; | mais il n’en fut pas ainsi du dernier, le contre-maître, pour lequel on dut réclamer les soins d’un homme de l’art.
M. Bialé jeune , qui fut appelé, s’empressa de se rendre à cette invita- |tion; il y avait à peine vingt à trente minutes que l'accident avait eu lieu, lorsqu'il arriva près du malade. Cet homme, âgé de trente ans environ, | d'une constitution éminemment nerveuse, à peau blanche, à cheveux blonds, |d’un embonpoint moyen, d’une santé habituellement bonne, avait vomi |béaucoup plus abondamment que les quatre autres personnes , et avait res- |senti de très-vives douleurs à l’épigastre. Dans l'espoir d'obtenir un peu (d'amélioration , il avait voulu descendre du premier étage au rez-de-chaus- |sée; mais il était sans connaissance à la porte de son bureau, avec des [Mouvements convulsifs d’une grande intensité. Le concierge, aidé de quel- (ques ouvriers, avait dû le transporter aussitôt chez lui. À l'arrivée de (M Bialé , il était assis dans son lit, un peu penché sur le côté gauche, et se frottant, aussi vivement qu’il le pouvait , toute la surface de l'abdomen. Ibse plaignait de douleurs violentes dans le ventre, et de fréquentes éruc- (fations nidoreuses, entrecoupées de vomissements copieux de liquides muqueux colorés en vert par la bile; la face était grippée, le corps était baigné désueur. Dans les intervalles des vomissements, le corps se refroidissait , le pouls devenait petit et fréquent, la figure prenait une teinte violacée.
M. Bialé prescrivit d’abord l’ingestion abondante d’eau tiède sucrée et
aromatisée avec l’hydrolat de fleurs d'oranger; il fit en même temps adiministrer coup sur coup deux lavements simples qui provoquèrent immédiätement deux évacuations assez fortes. Sous l'influence de ces moyens, les vomissements et les coliques s'étant calmés, l’infusion de tilleul édulcorée avec le sirop de gomme fut conseillée pour boisson; on y joignit une potion lépèrement éthérée et opiacée ; plus, deux autres lavements préparés avec une décoction de racine de guimauve et de trois têtes de pavot, et enfin application continuelle de cataplasmes émollients sur toute l'étendue de l’abdomen.
Le lendemain, à six heures du matin, le malade, qui n'avait eu que trois Ouquatre vomissements dans le courant de la nuit, présentait tous les signes d’une réaction générale très-intense : chaleur générale; coloration trèsprononcée de toute la peau, mais spécialement de la face et des yeux; céphalalgie : lèvres sèches, bouche pâteuse, langue recouverte d’un enduit Saburral jaunâtre; pouls très-plein et ondulant, battant cent vingt fois par minute; absence complète de coliques, mais sensibilité très-grande du ventre, qui ne peut supporter le moindre contact sans devenir aussitôt le Siége de vives douleurs. La respiration n’offre rien d’anormal. Le malade a uriné une fois. |
Les moyens émollients sont continués ; une saignée de 600 grammes est pratiquée à l’un des bras, et donne un sang d’une grande richesse. Le 19, la chaleur, la rougeur et la céphalalgie, sont notablement dimi-
nuées; le pouls est beaucoup moins fréquent et ondulant; la Jangueest | toujours saburrale ; le ventre météorisé est encore sensible à la pression ; |
l'urine occasionne de la douleur au passage; le malade , qui éprouve un besoin fréquent de tousser, accuse une douleur analogue à celle que pourrait produire une légère excoriation au niveau de la glotte. ‘4
Continuation des moyens émollients ; boisson émulsionnée nitrée; trente | sangsues sur l’abdomen. |
Le 20, la douleur de gorge et celle qui accompagne l’émission de l'urine | existent toujours au même degré que la veille, mais l’état du ventre s'est | considérablement amélioré; cependant, dans le courant de la nuit, le ma- | lade a voulu prendre un peu de lait qu’il a rejeté aussitôt, et, après.cet accident, l’ingestion. de la tisane elle-même suffisait pour provoquer des vomituritions. |
Continuation du traitement déjà prescrit, auquel on ajouta seulement quelques petites tasses d’eau de gomme légère édulcorée avec le sirop de groseilles.
Le 21, l'amélioration a progressé; le pouls est normal; l'émission de Purine est à peine douloureuse; la gorge, toujours sensible, est comme re: couverte d’une couche de mucus et de salive spumeuse; les vomituritions ont continué, et l’eau de gomme a elle-même été vomie.
Continuation de la médication émolliente et de la boisson nitrée émulsionnée ; douze sangsues à l’épigastre et application de ventouses sur les piqûres.
Le 22, le malade est assez bien pour faire prévenir M. Bialé qu’il le remercie de ses bons soins; toutefois il le fait rappeler le 26, parce que la gorge lui paraît toujours empâtée, parce qu’il éprouve des régurgitations d’un liquide fade et muqueux, et enfin parce que les aliments qu’il prend, bien que légers et-en très-petite quantité, sont souvent rejetés.
Des ventouses scarifiées furent appliquées sur l’épigastre , à trois reprises successives et à trois jours de distance, et après l'emploi de ce moyen, le malade put peu à peu revenir à l’usage de tous les aliments qu'il avait antérieurement l’habitude de prendre. Néanmoins, au bout de trois mois, il était encore tourmenté par l’empâtement de la gorge, et, pendant le travail de la digestion, par des éructations, par des nausées , des régurgitations et quelquefois même des vomissements, symptômes contre lesquels on avait vainement tenté l'application d’un vésicatoire à l'épigastre; malgré ces quelques accidents, il pouvait vaquer à toutes ses occupations. (Journal de chim. médic., année 1843.) | |