DE LA POUDRE AUX MOUCHES
La poudre aux mouches diffère très-peu de l’oxyde noir d’arsenics elle n’est autre chose que de l’arsenic un peu oxydé, sous forme de pains composés de lames régulièrement arrangées ; on la reconnaît aux caracs tères qui viennnent d’être indiqués à l’occasion de l’oxyde noir.
Voici des faits qui prouvent que cette poudre agit comme un poison violent. 1° Renault fit prendre à un chien de médiocre grandeur 25 centigr. de cette matière, et ileut soin de faire refluer dans l’estomäc tout c@ qui en était expulsé par le vomissement. L'animal fit des efforts de vomis®* sement inutiles pendant que ou six heures, sans donner d’autres signes» de douleur ; il tomba peu à peu dans un abattement qui devint de plus en plus ONE et mourut au bout de dix-huit heures. La membrane muqueuse de l’estomac était rouge et enflammée dans toute son éten= due , mais d’une manière inégale, et plus à sa grande courbure que sur les Hip points ; la partie du canal intestinal la plus voisine du pylore participait également à cette inflammation.
2° Un marchand de vin de Rouen, en déjeunant avec cinq de ses amis, but avec eux une pinte de vin ; avant la fin du déjeuner, ils éprouvèrent tous des accidents. Un des six mourut le lendemain ; les ci autres furent rappelés à la vie, mais leur convalescence fut Loc M. Mézaize, pharmacien à Rouen, trouva, par l’analyse chimique, que la bouteille dans laquelle le vin était contenu renfermait une substance noire , qui n’était autre chose que de la poudre aux mouches (1).
3° Quatre personnes de la mème famille mangèrent, dans un repas, des poires sèches que l’on avait fait bouillir avec 24 grammes de poudre
(1) Rapport sur les travaux de la Société d’'émulation de Rouen, frimaire au VII,
DU CAUSTIQUE ARSENICAL. 613
aux mouches. Le père, âgé de cinquante ans , mourut au bout de treize heures ; la fille aînée, âgée de dix ans, au bout de neuf heures ; une autre petite fille, âgée de six ans, ne mourut qu’au bout de dix-huit heures ; enfin la plus jeune d’entre elles, âgée de deux ans et demi, et qui n'avait mangé que ce qu’elle avait raclé au fond de la marmite, ne succomba que le sixième jour. Toutes ces personnes eurent des tranchées, des vomissements , des sueurs froides. À l’ouverture du père, on trouva l'estomac enflammé; son intérieur présentait des taches rouges et des bosselures formées par du sang infiltré. L’estomac de la fille aînée était également enflammé, et il contenait du sang liquide tout pur. Celui de la fille de six ans était moins enflammé; mais, vers le pylore, ses parois étaient épaissies par du sang infiltré. Enfin, chez la fille de deux ans et demi, il présentait à son fond une tache enflammée de la grandeur d’une fève (1).