‹ Traité de toxicologieChapitre 68 sur 103 · DU CAUSTIQUE ARSENICAL DU FRÈRE COSME, ET DE LA POUPRE DE BOUSSELOT · texte numérisé non relu

DU CAUSTIQUE ARSENICAL DU FRÈRE COSME, ET DE LA POUPRE DE BOUSSELOT

Le premier de ces caustiques, celui du frère Cosme, est composé de 2,6 gr. d'acide arsénieux, de 8 grammes de cinabre , de 40 centigrammes de cendres de vieilles semelles , et de 60 centigrammes de sangdragon. La poudre de Rousselot est formée de 2 grammes d'acide arséfieux, de 32 grammes de cinabre , et de 16 grammes de sang-dragon. La poudre modifiée par Antoine Dubois est préparée avec deux parties d'acide arsénieux, trente-deux parties de cinabre, et seize parties de sang-dragon. Ces divers composés ont été souvent employés comme caustiques dans les affections cancéreuses. On reconnaîtra le dernier d'entre eux : 1° à sa couleur rouge ; 2° en le faisant bouillir pendant dix où douze minutes dans cinq parties d’eau distillée, qui dissout l'acide ar- Sénieux (voyez p. 462 pour les propriétés de cette dissolution); 3° en traitant par l'alcool bouillant la portion du caustique épuisée par l’eau ; lälcool dissout le sang-dragon et se colore en rouge foncé : aussi celte

issolution précipite-t-elle en orangé par l’eau ; 4° en desséchant le ci- Mäbre, qui n’a été dissous ni par l’eau ni par l'alcool, et qui par con- Séquent reste sous forme d’une poudre d’un beau rouge ; cette poudre, chauffée avec du fer dans un tube de verre, se décompose et fournit du mercure métallique et du sulfure de fer {voyez Sulfure de mercure).

(1) 4 cta physico-medica Acad. Cæsar. nat. curios., ann. 1740, obs. 102.

Action du caustique arsenical sur l’économie animale.

Expérience l'. — 5 grammes 60 centigrammes de poudre arsenicale, contenant 1 gramme 1 décigramme d’acide arsénieux, furent appliqués sur la cuisse d’un chien de 38 centimètres de haut : l'animal mourut vingtdeux heures après l'application. Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse de l'estomac offrait des plaques rouges, sans ulcération ni épanchement sanguin; l’iléum présentait des ulcérations miliaires à fond blanc: il ÿ avait dans toute cette partie du canal alimentaire une assez grande

quantité de bile jaune; le rectum offrait des rides rouges et livides; le tissu |

du cœur était plus rouge qu’à l'ordinaire; le ventricule gauche de cet organe présentait de larges taches vermeilles, quelques-unes se prolongeant d’une ligne dans le tissu charnu , d’autres occupant Ja base des colonnes charnues les plus grosses. Les poumons étaient sains. À

Expérience Il. — 12 grammes 60 centigrammes de poudre arsenicale, ne contenant que 60 centigrammes d’acide arsénieux, furent appliqués sur Re

cuisse d’un petit chien de 27 centimètres de haut : l'animal ne mourut que cinq jours après. Ouverture du cadavre. L’estomac renfermait une assez

grande quantité de mucosités jaunes, mélées de stries noirâtres, qui ne pa= raissaient être autre chose que du sang caillé exhalé par des ulcérations arrondies, nombreuses, dont le fond était couvert de stries noirâtres , et qui se trouvaient principalement vers le pylore. Le duodénum était pâle; on voyait à la partie supérieure du rectum deux plaques rouges et larges. Les. intestins grêles n’offraient aucune altération; le cœur était très-flasque; les. deux ventricules renfermaient du sang noir. On voyait, sous la membrane. interne , des taches blanches, filamenteuses, s'étendant un peu dans le tissun

charnu ; et dont on ne pouvait pas concevoir la formation.

Exrénience NI. — On appliqua sur la cuisse d'un chien de 22 centi

mêtres de haut 4 grammes d’une poudre caustique préparée avec 60 cen*

tigrammes d’acidé arsénieux, 1 gramme 1 décigramme de cinabre, et

2 grammes 40 centigrammes de sang-dragon : l’animal mourut au bout de” quatre jours. Ouverture du cadavre. Les plis formés par la membrane.

muqueuse de l'estomac étaient jaunes à leur sommet et entourés d’une au»

réole blanchâtre: il y avait, en outre, plusieurs ulcérations arrondies,

comprenant toute l’épaisseur de la membrane muqueuse, et dont le fond était couvert de sang caillé; le duodénum renfermait de la bile jaune ; les intestins grêles contenaient un fluide roussâtre et fétide ; le retcum of:

frait une multitude de rides noires; le cœur et les poumons étaient sains. (Smith. )

Osservarton 1" (1). — J'avais amputé le sein à une fille de dix-huit ans, douée à l'excès du tempérament lymphatique , et chez laquelle un squirrhe

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(1) Nouveaux éléments de médecine opératoire, par J.-Phil, Roux, t. l p. 64, 1r€ édit.

DU CAUSTIQUE ARSENICAL. 615

assez considérable de cet organe n’avait cependant point encore altéré la fraîcheur de la jeunesse. La plaie avait marché rapidement vers la guérison, et la cicatrice était achevée depuis plusieurs jours, lorsqu'une ulcération , accompagnée de légères douleurs lancinantes, se manifesta spontanément au centre. La crainte de causer un trop grand effroi à cette jeune fille me fit renoncer à l'intention que j'avais eue d’abord d’employer le cautère actuel ; je me décidai pour l'application de la pâte arsenicale, et cette application fut faite sur une surface ayant 3 à 4 centimètres au plus de diamètre. Dès le lendemain , la malade se plaint de violentes coliques , elle éprouve quelques vomissements, et sa physionomie s’altère. Deux jours après , elle périt au milieu des convulsions et des plus vives angoisses. Le cadavre, à l’extérieur duquel étaient disséminées de larges ecchymoses, se putréfia promptement. À l’ouverture, nous trouvämes la surface interne de l'estomac ét d’une grande partie du conduit intestinal phlogosée et parsemée de taches noires. Je suis convaincu que cette fille est morte empoisonnée par larsenic.

29 Antoine Laporte, jardinier, âgé de cinquante-cinq ans, reçut, il y a plusieurs années, quelques grains de poudre au-dessous de l'œil droit ; la petite plaie qui en résulta fut négligée; comme elle ne guérissait pas, le malade s’adressa à un médecin qui, pour réprimer les bourgeons celluleux et vasculaires développés outre mesure, y appliqua la poudre de Godernauæ (composée de mercure doux et de sublimé corrosif); mais la surface, qu'on pouvait alors regarder comme ulcérée , au lieu de se cicatriser, s'agrandit par l'irritation du caustique. Laporte se détermina à entrer, au mois de février 1810, à l'hospice Beaujon, où on lui fit plusieurs applications de la pâte arsenicale des frères Cosme; le mal fit de nouveaux progrès; on l’envoya à l’infirmerie de Bicêtre , le 20 novembre 1810. Il était dans l’état suivant : à la place de l’œil et des paupières, dont on ne voyait presque pas de traces, était une tumeur rougeàtre, divisée en lobules, lais-

“sant suinter une sanie ichoreuse et fétide , et faisant éprouver au malade des picotements plus ou moins rapprochés. Cette tumeur, évidemment cancéreuse , fut.encore attaquée par le caustique arsenical , dont on fit quatre applications ; mais le cancer, effarouché par ce topique , envahit. successivement toutes les parties environnantes; la joue, le nez, la lèvre supérieure, le front, l'angle de l'œil du côté gauche, le commencement de la

“tempe , furent attaqués. La destruction complète du nez avait mis les fosses nasales tellement à découvert, qu’on pouvait apercevoir le commencement du pharynx; la voûte palatine , percée à sa partie moyenne, établissait , entre le nez et la bouche, une communication extrêmement désagréable pour le malade et pour ceux qui l'approchaient. En même temps que le mal faisait des progrès locaux , la maigreur, la faiblesse, et un dévoiement qui ne cessait que pour revenir bientôt, faisaient prévoir la fin prochaine de cet individu. Sa peau était rugueuse, d’un gris sale; l’épiderme se soulevait par écailles furfuracées, surtout aux bras et aux mains ; des douleurs lancinantes, intolérables, empêchaient le malade de prendre aucun repos;

depuis quelque temps , il y avait un tremblement général. Laporte mourut enfin;-le 12 janvier 1812, dans de fortes convulsions (1). |

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IL résulte des faits qui précèdent : 1° que l’application externe poudrés- dans lesquelles l'acide arsénieux entre à assez forte. dose pour. cautériser peut être suivie des plus grands dangers ; 2° que les sym- | ptômes-d’empoisonnement déterminé par ces poudres ne différent point de ceux que produit l’acide arsénieux; qu’il est important, dans le cas où l’ôn.croit nécessaire d'employer ce caustique, de le préparer avec la plus petite quantité possible d’acide arsénieux.

Des poisons antimoniaux.

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