DE L'ANTIMOINE MÉTALLIQUE. À
L'antimoine est regardé par quelques auteurs comme un poison vio= lent.-Plenck dit que, lorsqu'il est pris inconsidérément, il occasionne le vomissement, des déjections alvines très-abondantes, des tranchées in tolérables, l'anxiété, l'agitation, des hémorrhagies, des convulsions, l'inflâmmation de l'estomac et des intestins, l'érosion, la gangrène et” la mort (ouvrage cité, page 267). Il est probable que, si l’on a quelquefois observé des effets aussi délétères, cela tenait à ce que l’antimoine rehfermait de l’arsenic, ou bien à ce qu’il se serait oxydé et transformé en Sel soluble dans le canal digestif ; car habituellement l’antimoine pur peut-être pris à assez forte dose sans agir autrement qu’un éméto-cathartique. |
Si l’antimoine est sous forme de taches ou d’anneau, on le reconnaîlra aux caractères indiqués à la page 479. S'il est en masses, il séra en lames d’un blanc bleuâtre, brillantes et fragiles ; sa poudre, d’un gris bleuâtre, traitée par l’acide azotique concentré, fournira de l’antimoniate de protoxyde, qui, étant dissous dans l’acide chlorhydrique, précipitera en blanc par l’eau et en jaune orangé par l’acide sulfhydrique ; l'antimoniate, mis dans un appareil dit de Marsh , don-
nera presque aussitôt des taches antimoniales ou un anneau mélallique.
(1) Dissertation sur l'usage el l'abus des caustiques, par E. Smith, p. 65; Paris, 1815,
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Action sur l’économie animale.
Expériences faites par M. Magendie.— Exrérence [, — Lorsqu'on njecte dans les veines d’un chien adulte, et de taille moyenne, 30 à {0 céntigrammes d’émétique dissous dans 100 grammes d’eau , l’animal jomit et a des déjections alvines; la respiration devient difficile, le pouls stfréquent et intermittent ; enfin une grande inquiétude et de légers tremlements précèdent la mort, qui arrive dans la première heure qui suit absorption ou l'injection de l’émétique. À l'ouverture du corps, on trouve e poumon profondément altéré, d’une couleur orangée ou violacée, nullenent crépitant, gorgé de sang, et d’un tissu serré; il est comme hépatisé lans certains points, et fort analogue au parenchyme de la rate dans lautres endroits. La membrane muqueuse du canal digestif, depuis le ardia jusqu’à l'extrémité du rectum , est rouge et fortement injectée : elle | éprouvé évidemment un premier degré d’inflammation.
Si la dose injectée est de 60 à 90 centigrammes, la mort arrive ordijairement une demi-heure après, et alors le poumon seul offre des indices le l'action du poison.
Lorsqu'on n’introduit que 20 centigrammes de tartre émétique dans les isseaux sanguins, ces accidents sont moins intenses et tardent plus à se développer. Les animaux ne périssent quelquefois qu'au bout de vingtquatre heures, et à leur ouverture on trouve l’altération pulmonaire dont viens de parler, et de plus une inflammation considérable de toute la membrane muqueuse du canal digestif, principalement de celle qui revêt l'éstomac, le premier des intestins grêles , et le rectum.
Exvémence I. — Si, au lieu d'agir ainsi, on introduit dans l'estomac des chiens 20, 30 ou 40 centigrammes d’émétique dissous dans l'eau, et qu’on lie l’æsophage, les animaux meurent au bout de deux ou trois heures, après avoir présenté des symptômes analogues aux précédents , et l’on découvre après la mort les mêmes altérations cadavériques. Si, au contraire, on laisse aux animaux la faculté de vomir, même lorsqu'ils ont pris grammes de ce sel, ils n’en éprouvent pour la plupart du temps aucun mauvais effet. Quand la dose a été portée à 16 grammes, on a vu des chiens périr au bout de quelques heures ou de quelques Jours, quoiqu'ils eussent vomi: tandis que chez d’autres, cette forte dose n’occasionnait d'autre accident que des vomissements.
Exrémence IIL — Si on met l’émétique en contact avec Îles différentes surfaces absorbantes, telles que les anses d'intestin , le tissu cellulaire, et 16 tissu propre des organes, on observe que les vomissements et les déjections alvines ont lieu, que la mort arrive au bout d’un temps variable, et que les cadavres offrent les lésions dont j'ai déjà parlé.
Exrémence IV.— 60 centigrammes d’émétique injectés dans la veine ju-
gulaire de plusieurs chiens, auxquels on coupe l’une des huitièmes paires, ne causent la mort qu’au bout de deux heures; tandis que les animaux auxquels on n’a pas fait cette section meurent une demi-heure après l'injection.
Expérience V. — La même dose, injectée dans la veine jugulaire desplusieurs chiens auxquels on coupe les deux nerfs pneumogastriques, n’0ccasionne la mort qu'au bout de quatre heures. ;
Expérience VI.— Si on prend trois chiens à peu près du même äge etdu même poids, et qu’on injecte dans les veines de chacun 60 centigrammes d’émétique, on remarque que le premier qui meurt est celui auquel on n'a pas fait la section des nerfs de la huitième paire; le deuxième est celui auquel on à coupé un des nerfs pneumogastriques ; enfin celui auquel'on a coupé les deux meurt le dernier : en sorte qu’on peut prolonger läie d’un animal empoisonné par une très-forte dose d’émétique, en lui coupant les nerfs de la huitième paire. %
Expériences faites par moi en 1840.-— Exvérrence VII. — Que Por introduise dans l'estomac des chiens 30, 40 ou 60 centigrammes de tartre Stibié dissous dans 100 ou 150 grammes d’eau distillée, qu’on lie aussi: tôt l’œsophage pour empêcher le vomissement , les animaux succomberon après quelques heures. Si, après avoir attentivement séparé le foie, sans Iéser le canal digestif, on le coupe en petits fragments et qu’on le fasse bouillir pendant six heures dans une capsule de porcelaine avec de l’eau distillée,on obtiendra un liquide d’un jaune rougeâtre, que l’on filtrera, et qui sera évaporé jusqu’à siccité; le produit, traité par trois fois son poids d’acide azotique concentré et pur, laissera un charbon léger, sec, à peine acide, qui, étant chauffé pendant une demi-heure avec un mélange de huit parties d’acide chlorhydrique et une partie d’acide azotique, donne un solutum, dont on retirera bon nombre de taches antimoniales, à l’aide de l’apparel dit de Marsh. Le foie, épuisé par l’eau bouillante, desséché et décompose par quatre parties environ d’acide azotique concentré et pur, fourniraun charbon volumineux, léger et à peine acide, que l’on fera bouillir pendant une demi-heure avec le mélange d’acide chlorhydrique et d'acide azotique déjà indiqué; le liquide obtenu, mis dans l’appareil dit de Marsh, déposere à linstant même sur une assieite de porcelaine de nombreuses et larges taches antimoniales. ‘4
La rate, les poumons , et le cœur, desséchés et carbonisés séparément à l’aide de l'acide azotique, laissent des charbons dont on extrait à peinéde lantis..îne, tandis que le foie, et surtout les reins, donnent des charbons fortement antimoniaux.
Le canal digestif, vidé des matières qu’il contient, lavé à grandeeau pendant plusieurs jours, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne se colorent plusspar l'acide sulfhydrique, s’il est desséché et carbonisé par l'acide azotique puret concentré, dontie un charbon légèrement acide, qui, étant traité pendantun quart d'heure avec l'acide chlorhydrique bouillant, fournit une liqueur dont on extrait bon nombrede taches antimoniales à l’aide del’appareil dit de Marsh.
Expérience VII. — J'ai appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de Ja cuisse d’un chien de moyenne taille 30 centigrammes de tartre stibié
en poudre fine. L'animal est mort au bout de douze heures. Un autre chien, soumis À la même expérience, a été tué quatre heures après l’empoisonnement, en lui ouvrant l’aorte ventrale. 180 grammes de sang retiré de cette artère, desséchés et carbonisés par l'acide azotique concentré et pur, ont fourni un charbon qui, après avoir bouilli pendant une demi-heure avec de l'acide chlorhydrique , mélangé de quelques gouttes d'acide azotique, a donné un liquide ne contenant pas la plus légère trace d'antimoine. I en a été de même du sang extrait de la veine cave. Le foie, desséché et carbonisé par Mcide azotique , a fourni une assez grande quantité de taches antimoniales ; mais c’est surtout de l’urine que l’on a retiré une proport'on considérable de gaz hydrogène antimonié, qui, étant brülé, a laissé déposer sur des dsiettes de porcelaine de nombreuses et larges taches d'antimoine métallique.
Exrérence IX. — 10 centigrammes d’émétique en poudre fine, placés, comme il a déjà été dit, sur la cuisse d’un chien jeune et faible, ont occa- Sonné la mort au bout de dix-sept heures. Le foie carbonisé n’a fourni qu'un petit nombre de taches jaunes et des traces d’antimoine; l'urine, dont on aVait empêché l’excrétion en liant la verge, décomposée par l'acide azotique étmise dans l'appareil, a au contraire donné de nombreuses et larges taches antimoniales.
Exrirence X.— 1 0 centigrammes d'émétique finement pulvérisé,appliqués Sr la cuisse d’un chien un peu plus fort que le précédent, n’ont déterminé Ji mort qu’au bout de trente-six heures. Le foie, après avoir été desséché et Carbonisé par l'acide azotique concentré, a été traité à chaud par lacide chlorhydrique, mêlé de quelques gouttes d'acide azotique ; la liqueur introduite dans l'appareil n’a pas fourni la moindre trace d’antimoine, tandis que l'urine retirée de la vessie, soumise aux mêmes opérations, à donné une prodigieuse quantité de larges et belles taches antimoniales.
"Exrérience XI. — On a appliqué 30 centigrammes de tartre stibié finement pülvérisé sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse d'un chien de moyenne taille ; une heure après, l'animal a été pendu; aussitôt on a desséché et carbonisé six onces environ de sang, dans lequel il a été impossible de découvrir le moindre vestige d’antimoine ; tandis que le foie, traité de la même manière, en a donné une proportion notable, La vessie élait vide.
Expéerence XII. — 10 J'ai présenté à l’Académie de médecine, dans sa Séance du 7 avril 1840, de l’antimoine métallique, extrait de 120 grammes d'urine provenant d’un malade atteint de pneumonie , et auquel M. le professeur Duméril avait fait prendre 1 20 centigrammes de tartrate de potasse ahtimonié en vingt-quatre heures. Le malade avait eu plusieurs selles, et Purine soumise à mon examen était la seule qu'il eùt excrétée sans être mélingée de matières fécales. 2° M. Bouvier, mon collègue à l’Académie, m'a remis depuis, 130 grammes d’urine d’une femme âgée de quatre-vingts ans, rendue douze heures après l’ingestion d’une potion stibiée, contenant 60 centigrammes d'émétique, et qui avait été administrée en vingt-quatre heures sans qu'elle eût déterminé ni selles ni vomissements. Cette urine, évaporée,
carbonisée, et soumise ensuite au traitement indiqué à l'expérience NE fourni autant d’antimoine métallique que la précédente. 3° M. le D'Husson, membre de l'Académie royale de médecine, m’a fait parvenir, dans cinq bouteilles distinctes, cinq litres environ d’urine expulsée par cinq malades confiés à ses soins, dont quatre étaient atteints de pneumonie, et qui avaient pris depuis 60 jusqu’à 130 centigrammes d’émétique dans les vingt-quatre heures. L'urine rendue par les quatre individus qui avaient pris 80 ou 130 centigrammes de sel m’a donné de l’antimoine métallique, tandis que je n’en à pas obtenu en agissant sur celle qui avait été expulsée par le malade qui n’en avait avalé que 60 centigrammes ; quatre de ces malades avaient eu des évacuations alvines. 4° L’urine fournie par un malade, que mon collégue À. Bérard traitait par l’émétique à haute dose, ne m'a pas donné là moindre trace d’antimoine; mais cette urine avait été rendue trois jours après l'ingestion de la dernière dose de tartre stibié. 5° M. Martin-Solon a trouvé de l’antimoine dans l'urine d’un individu qui n’avait pris que 25 centi= grammes de tartre stibié, et qui n'avait eu ni vomissements, ni selles. 6° J'ai retiré de l’antimoine du foie, de la rate, et des reins de la femme Klein, âgée de quatre-vingt-deux ans, décédée à Ja Salpêtrière, et à qui M. Bouvier avait administré 5 décigrammes d’émétique. La mort était survenue quinze heures après l'ingestion du sel, qui avait déterminé quelques selles, sans faire vomir, E , #
Ovservariox I"°. — Lebreton père fut appelé pour donner des soins à la fille d’un épicier droguiste qui venait d’avaler 24 grammes d’émétique ; il Jui administra un grand verre d'huile: elle vomit presque aussitôt , et rejeta. probablement tout le sel qu’elle avait pris. Les vomissements s'arrétèrent peu de temps après, et cette fille fut complétement puérie. | On lit dans Morgagni et dans les Actes des curieux de la nature plusieurs observations à l'appui de l’innocuité de l’émétique dans certains cas Osservarion Il. — Claude Genaut des Villards, àgé de trente ans, d'un tempérament hypochondriaque, sujet depuis plusieurs années à des attaques réitérées de rhumatisme arthritique , vint me consulter dans les premiers. jours de mai 1808, pour des douleurs et des crampes qu’il ressentait dans. l'estomac , accompagnées d’inappétence, quelquefois de vomissements où d’une diarrhée séreuse qui älternait après une constipation opiniâtre. Comme le teint n’était pas plombé, qu’on ne découvrait aucun engorgement sensible, que le malade n'avait commencé à se plaindre de maux d'estomac qu'après la disparition du rhumatisme , et que même il avait éprouvé un soulagement sensible une ou deux fois, par le retour de légères douleurs aux articulations , je jugeai que cette dyspepsie était produite par le prin= cipe rhumatique fixé à l'estomac; en conséquence, je prescrivis l'usage des Sangsues à l’anus, des bains tièdes, des vésicatoires volants sur la région de l'estomac et sur les parties occcupées autrefois par le rhumatisme, et je lui fis prendre des boissons légèrement diaphorétiques , et des poudres faites avec le kermès et l'extrait d’aconit napel ; on couvrit le corps du malade de flanelle. Ces moyens, associés à un régime doux, à l’abstinence des exer-
cices violents , au retour de la belle Saison, produisirent une amélioration
sensible dans son état. Le 5 juin 1809, je fus demandé pour donner, conjointement avec M. Bailly, des soins audit Genaut, qui, depuis quelques jours , se plaignant de maux d'estomac , avait pris une très-grande dose de tartre stibié, par le conseil d’un empirique. Des vomissements énormes suivirent de près l'administration du remède; les douleurs d'estomac devinrent plus aiguës, et au bout de quelques heures , le malade se plaignit de difficulté d'avaler ; la déglutition fut bientôt impossible : l’œsophage était si hermétiquement fermé, que le malade ne pouvait avaler la plus légère goutte de liquide. M. Baïlly saigna le malade, appliqua des fomentations émollientes sur le ventre, et successivement un vésicatoire sur l'estomac. La difficulté d'avaler ne céda point à ces remèdes; le spasme s’étendit même à tous les muscles du cou, au point d’entraver la circulation : le malade avait le visage rouge, les yeux injectés, et dès qu'il voulait lever la tête, il éprouvait des vertiges qui l’obligeaient de la replacer sur le chevet. Cet état durait depuis trénte-six heures, lorsque j'arrivai auprès du malade. Je fis de suite appliquer les sangsues au cou pour dissiper la congestion locale. Cette saignée procura l’effet qu’on en attendait : les vertiges cessèrent, le visage fut moins rouge , et on put placer le malade dans un bain tiède qui amena un peu de relâchement. Cet homme, qui, loin d’avoir de l'horreur pour les liquides, semblait les désirer ardemment , ne put avaler une cuillerée de décoction de quinquina , que j'avais fait préparer dans la prévision d’un éMpoisonnement par le tartre stibié. 11 fut plus heureux en mettant dans sa bouche une cuillerée à café d’une marmelade faite avec le sirop d’althæà, la manne , la gomme arabique, et l’huile d'amandes douces : elle parvint dans l'estomac. Des lavements d’asa fœtida, des frictions avec l’opium sur la répion de l’estomac et de l’œsophage, des vésicatoires volants, dissipèrent, au bout de vingt-quatre heures, ce spasme de l’œsophage, qui cependant réparaissait encore de temps en temps les jours suivants (1).
J'ai déjà vu plusieurs cas d’empoisonnement produit par des doses trèsfortes de tartre stibié, depuis que l’exercice de notre art est devenu le parlâge des empiriques de tout sexe, et qu’on a négligé de faire exécuter les lois qui défendaient , en Savoie, aux épiciers droguistes de vendre des médicaments. J'ai vu entre autres, il y a peu d'années, une femme qui avait pris au moins 1 gramme 10 centigrammes de tartre stibié : outre les douléurs atroces , les vomissements répétés à chaque instant, elle éprouvait un Sérrement spasmodique des mâchoires, des convulsions, etc. L’infusion tès-forte de quinquina et l’opium dissipèrent le vomissement. Elle à con-
(4) J'ai eu occasion d'observer un cas analogue. Un enfant de dix ans auquel j'avais prescrit 5 centigrammes d’émétique, dans le dessein d’exciter des vomissements , fut pris, une demi-heure après, d’une grande difficulté d’avaler et d’une vive douleur à la gorge. Lorsque j'arrivai auprès de lui, ces symptômes duraient dépuis deux heures , et le malade n’avait eu aucun vomissement : il ne se plaignait d'aucune douleur. L'application de dix sangsues sur les parties latérales du coli calma les accidents dans très-peu de temps, mais on ne parvint à faire vomir le malade qu’en administrant 1 gramme 20 centigrammes d’ipécacuanha.
servé depuis un état d'irritabilité de l’estomac qui n’a jamais cessé entiérement, et qui n’a pu être modéré que par l’usage habituel du lait et des mucilagineux. (Obs. du D' Carron d'Annecy; voy. Journal général de médecine, janvier 1811.)
OsservaTiON IL. — Un juif avait acheté 32 grammes de tartre stibié,. au lieu de 32 grammes de crème de tartre soluble ; il mit une partie de: ele substance dans de la tisane de chicorée sauvage, et il en prit un verre le matin, à jeun. J'estimai qu’il y avait environ 1 gramme de tartrate anti nié de potasse dans ce verre de tisane. Peu d’instants après l'avoir alé des douleurs dans la région de l'estomac se firent sentir; elles allèrenten augmentant, et amenèrent même des syncopes; puis il survint des vomissements excessifs de matières bilieuses. Quand j’arrivai , les vomissementssse succédaient avec une rapidité effrayante. Le malade commençait à se plaindre de coliques abdominales: elles devinrent bientôt violentes; des déjections alvines avaient lieu sans cesse; les matières qui sortaient par le bas étaïen aqueuses et très-abondantes ; A pouls était petit et concentré, la figure pâle; il y avait prostration des forces ; des crampes très-douloureuses dans les jambes se répétaient à chaque niduie c'était le symptôme dont.le malade se plaignait le plus. Je lui ordonnai une décoction de guimaune pour boisson, et des lavements émollients. J'avais commencé par lui faire prendre quelques tasses de décoction de quinquina , et deux lavementssfai avec cette même substance; de temps à autre, on lui donnait une poto
opiacée : ce dernier mé sd carnent parut lui être très-utile. L’irritation que cette grande dose de tartre stibié alluma sur la surface alimentaire. à À duisit des symptômes que je comparai à ceux du choléra-morbus. Get état de maladie ne dura que cinq ou six heures; à cette époque, les accidents calmèrent. Le soir, le malade ne se plaignit plus que d’une grande fai: blesse. Les jours suivants, il était tourmenté par des digestions pénibles: ces accidents secondaires cédèrent facilement à l'emploi d’une légère infusion de camomille romaine et de feuilles d'oranger , et de 50 à 60 centigrammes de thériaque pris avant chaque repas. (Observation du docteur Barbier d'Amiens.)
Onservariox IV.— M. N..., âgé de quarante-trois ans, résolu de sedé truire, fut demander de l’arsenic chez divers pharmaciens, qui le luies fusèrent. Sans changer de résolution , il se détermina à s’empoisonner avec l'émétique. Quand il en eut rassemblé environ 1 gramme 12, pris dans diverses boutiques , il entra dans un café, demanda un verre d’eau sucrée, et fit dissoudre cette quantité d’émétique dans le tiers du liquide, quil avala. Il sortit aussitôt du café; mais à peine avait-il fait vivgt pas, quil sentit une chaleur brülante à la région épigastrique, accompagnée de mous vements convulsifs et de perte de connaissance. On le transporta dans cet état à l’Hôtel-Dieu, dix minutes environ après l’accident. Reyenu un peu à lui-même, 11 fit écarter les assistants, et avoua à la religieuse de la salle et à moi qu'il s'était empoisonné avec l’émétique. Nous lui fimes donner aussitôt trois pots d’une forte décoction de quinquina , qu’il but dans l'espace d’une heure et demie environ, Il est à remarquer qu'au momentde
son arrivée, la peau était froide et gluante à la tête et aux extrémités; la réspiralion un peu courte, le pouls petit et concentré, la région épigas- {rique un peu gonflée et douloureuse : il y avait un hoquel assez fréquent, mais point de vomissement. La plupart de ces symptomes diminuèrent que dès les premiers verres de décoction de quinquina qu'il but; deux heures après, il fut à la selle copieusement : il y fut cinq fois dans l'espace de trois heures; il sua ensuite considérablement, et changea deux | trois fois de chemise. 11 continua, la nuit, une faible décoction de quin- ’ nina unie aux mucilagineux : néanmoins, le lendemain, il y eut plusieurs yomissements dans la matinée ; il succéda une gastrite qui dura plusieurs jours. Un mois après, il éprouvait encore de loin en loin des picotements dans k région épigastrique. Ce fait offre deux choses remarquables : 1° l’absence du vomissement après avoir pris une si grande quantité d'émétique; 2° l'espèce de dévoiement qui se manifesta après l’action de la décoction de quinquina : cet effet ressemble beaucoup à celui que produit le bolus ad quartanas, qui, comme on sait, est un mélange d’émétique et de quinquina. Cette combinaison se serait-elle faite dans l'estomac? Tout porte à le croire. (Observation du docteur Serres.) | Ogservarion V.— La femme d’un pharmacien , âgée de vingt-trois ans, d'une faible santé et d’une très-grande susceptibilité nerveuse, avale par mégarde, et d’un seul trait, un verre d’une dissolution dans laquelle il y vait environ 3 grammes !/ de tartrate de potasse et d’antimoine. Le docdr Sauveton, appelé dix minutes après, la trouva couverte d’une sueur froide. Elle pensait que les secours de Part ne la tireraient pas de l’état affreux ‘où elle était, à cause de la grande quantité d'émétique qu’elle avait prise. Redoutant chez cette dame des accidents graves qu’auraient produits des efforts de vomissements longs et opiniâtres, on eut recours à l'alcool de quinquina jaune mêlé avec de l’eau froide : en quelques heures, la malade en prit cinq ou six verrées, qui pouvaient contenir à peu près 64 grammes de cette teinture. On observa quelques nausées et des coliques bien supportables; mais il y eut pendant près d’un mois des douleurs épigastriques, qui cédèrent cependant à des boissons adoucissantes et au régime. (Journal général de médecine, mai 1825.) … Onservarion VI. — Un homme de cinquante ans environ, d’une constitütion forte, éprouve des chagrins domestiques, et conçoit le projet de slempoisonner ; il se procure 2 grammes 4 décigrammes d'émétique, et les prend , un samedi matin, dans une petite quantité de véhicule. Il ne tarda pas à avoir des vomissements, des selles fréquentes (superpurgation), et dés convulsions. Il entra à l’Hôtel-Dieu le dimanche au soir. Le lundi matin , il se plaignit de douleurs violentes à l’épigastre, qui était tendu; il avait peine à remuer Ja langue ; il se trouvait dans un tel état qu'on l'aurait pris pour un homme ivre de vin; il parlait seul; son pouls était imperce- Ptble. Dans la journée, le ventre se météorisa, l’épigastre se tuméfia con- Sidérablement et devint plus douloureux; dans l'après-midi, il se manifesta du délire, Le mardi, tous les accidents augmentérent; le soir, délire furieux; les convulsions s'y joignirent, et il mourut dans la nuit,
Ouverture du cadavre. Les membres sont très-roides et demi-flé. chis; un liquide visqueux et blanc s’est écoulé par la bouche quand a remué le cadavre. La tête était penchée du côté gauche. Vers la pari antérieure de l'hémisphère du cerveau, du même côté, ossification dell dure-mère dans une étendue circulaire d’environ 3 centimètres de dia: mètre; opacité, épaisseur augmentée de l’arachnoïde qui double la fac supérieure des deux hémisphères; rougeur uniforme, inflammation ré cente de la portion de cette membrane qui revêt les lobes antérieurs d cerveau, plus apparente du côté droit; anfractuosités remplies d’un li quide séreux teint en rouge, et amassé en plus grande quantité à la bas du crâne; substance cérébrale plus molle; ventricule gauche renferman quatre ou cinq cuillerées d’un liquide séreux, transparent, incolore; l droit contenait moins du même liquide (1). La poitrine était saine. Le péri toine offrait généralement une teinte briquetée. L’estomac et les intestin: étaient distendus par des gaz; la membrane muqueuse de l'estomac, à l’éta normal dans le grand cul-de-sac, était rouge, tuméfiée, et recouverte d'u enduit visqueux , facile à enlever dans tout le reste de son étendue ; cell du duodénum était dans le même état. Les autres intestins n’ont offert au: cune altération ; ils ne contenaient pas la moindre quantité de matières fé cales. (Observation du D' Récamier.)
Osservarion VIT. — Un homme de quarante ans prit 15 centigrammes de tartre stibié dissous dans 125 grammes d’eau: il ne vomit point, quoiqu'i eût bu de l’eau tiède en abondance. Au bout de quelques heures, il éprouve du malaise, des nausées , de la chaleur à l'épigastre , de l'agitation, de vertiges, des syncopes, etc. Un peu après, il perdit le sentiment, et tombe dans un état de stupeur, interrompu de temps en temps par des convuls sions; dyspnée , bâillement, face livide, pouls lent et plein. L’émétique avait été pris vers sept heures du matin ; ce fut à trois heures du soir que se déclara la perte de sentiment. Le lendemain , à deux heures du matin, le Dr Sacli, qui voyait le malade pour la première fois, jugea qu’il étai trop tard pour chercher à retirer le poison de l'estomac, et même pout tenter de le neutraliser; il fit pratiquer deux saignées, l’une de 1 kilogr, l'autre de 750 grammes; on appliqua des sangsues aux tempes, derrière les oreilles et à l’épigastre; on fit prendre des bains frais généraux, des Javements émollients, de l’huile de ricin par la bouche, et des boissons dé
layantés êt laxatives. À midi, il y avait un mieux sensible, bien que la perte de connaissance persévérât. Le deuxième jour, il ne restait qu'une légère douleur à l’épigastre, un peu de pesanteur de tête, de faiblesse dans les membres, et d'embarras de la parole. (Gaz. méd., 18 décembre 1841.) Osservarion VIII. — Hoffmann rapporte qu'une femme éprouva les atcidents les plus fâcheux peu de temps après avoir pris du tartre émétique, et qu'elle mourut. A l'ouverture du cadavre, on trouva une partie de l’es-
nes nmntametrest ets, nn
(1) Cette affection de larachnoïde , Qui est évidemment ici la cause principale de la mort, peut-elle être attribuée à Vaction de l’émétique ?
tomac sphacelée; la rate, le diaphragme, le poumon, et les parties qui avoisinaient Ja portion de l'estomac affectée, étaient pourris (1).
Osservarion XL. — Panseron, âgé de cinquante-sept ans, eut, le 24 février 1813, une attaque d’apoplexie à laquelle il succomba le 1% mars. On lui administra, pendant les cinq jours qu’il fut malade, environ 2 grammes A décigrammes d’émétique , qui n’occasionnèrent ni nausées ni vomissements; il eut seulement quelques selles. À l'ouverture du cadavre, on trouva lescerveau injecté et contenant beaucoup de sérosité; la couche optique présentait, à sa partie inférieure , un corps oblong, de la grosseur d’une olive, formé par une pulpe verdâtre claire, et paraissant en suppuration à sassuperficie : ce corps se détacha facilement en entier de la substance cérébrale. Il est évident que la mort avait été produite par ces lésions; mais le canal digestif offrait des altérations qui dépendaient manifestement de Paction exercée par l’émétique. L’estomac était très-rouge, enflammé, remplide bile et de mucosités ; l’inflammation paraissait bornée à lamembrane mu queuse de ce viscère, sur laquelle on apercevait des taches irrégulières , d'un rouge-cerise, sur un fond rose violacé, et qui ne présentait aucune ulcération. Il ÿ avait aussi , à la fin de la deuxième et de Ja troisième courbure du duodénum, des taches semblables. Les intestins grèles, d’une couleur rose, ne paraissaient pas très-enflammés ; ils contenaient des mucosités et de la bile. Vers la fin du jéjunum, on remarquait un bouton blanc, de la grosseur d’un pois, rempli d’un pus blanchâtre, et situé entre les membranes séreuse et musculeuse de cet intestin. Le cœcum offrait trois taches d’un rouge foncé; il y en avait aussi plusieurs dans le colon, mais elles étaient d’un rouge moins vif; le rectum était sain. On voyait dans les poumons des taches noirâtres, irrégulières , qui s’étendaient plus ou moins profondément dans le parenchyme de ces organes. (J. Cloquet.)
… Symptômes de l’empoisonnement par le tartrate de potasse ct d’antimoine,
“Les symptômes généraux de cet empoisonnement peuvent être réduits aux suivants : goût métallique styptique » hausées, vomissements abondants , hoquet fréquent, -cardialgie, chaleur brülante à la région épigastrique, douleurs d'estomac, coliques abdominales, météorisme, selles copieuses, syncopes; pouls petit, concentré et accéléré: peau froide, quelquefois chaleur intense; respiration difficile, vertiges, perte de connaissance, mouvements convulsifs, crampes très-douloureuses dans les jambes, prostration des forces; mort. Quelquefois à ces Symptômes se joint une grande difficulté d’avaler ; la déglutition peut. ètre suspendue pendant quelque temps; les vomissements et les déjec-
D] DRE TONER RTE SUN ERREUR
(1) Friderici Hoffmanni Opera omnia, t. 1, pars 11, cap. 5, p. 219; Ge= nevæ, 1761,
tions alvines n’ont pas toujours lieu , ce qui augmente en général l'intensité des autres symptômes.
Lésions de tissu produites par le tartre émétique.
Ges lésions consistent principalement dans l’altération des poumons et du canal digestif; on trouve, chez les animaux qui ont succombéà l’action de ce poison, les poumons profondément altérés, d’une couleur orangée ou violacée, nullement crépitants, gorgés de sang et d’untissu serré ; ils sont comme hépatisés dans certains points et semblables au parenchyme de la rate dans d’autres. Chez l’homme, on a constaté l'exis: tence de taches noirâtres, irrégulières, s'étendant plus ou moins dans le parenchyme de ces organes, avec hépatisation du tissu. Quant au Canal digestif, on a vu sa membrane muqueuse, depuis le cardia jusqu'à l'extrémité du rectum, rouge et fortement injectée; quelquefois l'in» flammation de cette membrane était beaucoup plus intense, et lon apercevait des taches ecchymosées irrégulières, d’un rouge-cerise, sur un fond rose violacé; dans certaines circonstances, au dire dé Hoff. mann , l’estomac était gangrené.
Action de l’émétique sur l’économie animale. À
1° L’émétique est absorbé, soit qu’il ait été introduit dans l’estomaes dans le rectum, dans les cavités séreuses ou muqueuses, soit qu'il aitété appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané ou sur des surfaces uleérées.
2° Il détermine la mort, au bout de quelques minutes, s’il est injecté dans les veines et dans les cavités séreuses, plus tard s’il est introduit dans la vessie ou dans Le vagin, et au bout de quinze, vingt ou trente heures, s’il a été appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané, à la dose de 12 à 15 centigrammes. S'il a été administré à des chiens même robustes, à la dose de 25 à 30 centigrammes, et qu’il n’ait pas été vomi, il tue dans l’espace de quatre, six ou huit heures; tandis que s’ilest expulsé peu de temps après son ingestion, comme cad a souvent lieu, les animaux ne tardent pas à se rétablir, On croira difficilement qu’un professeur de thérapeutique et de matière médicale à Padoue, Gas comini, ait eu l’imprudence de publier que la mort des chiens que M. Magendie d’abord, et moi ensuite, nous avions soumis à l'influence de 20 à 25 ou 30 centigrammes d'émétique, devait être attribuée à la ligature de l’æsophage, que nous avions pratiquée-dans le dessein d'empécher les animaux de vomir, et non à l’action délétère de l’émétique. J° ai déjà dit à la page 46, en parlant des effets de cette ligature sur l'é- Conomie animale, combien l’assertion de Giacomini est absurde, et Combien il est à regretter qu’un homme qui a précisément pour mission
DU TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE. 627 d'enseigner tout ce qui se rapporte à l’action des médicaments sur Péconomie animale n’ait pas mieux connu celle de l'émétique.
3° Il est vrai que dans certaines affections pathologiques l’émétique peut être administré à l’homme, à des doses assez fortes, sans qu'il soit vomi en entier , et pourtant sans qu’il occasionne aucun des symptômes del’empoisonnement. Rasori a signalé le premier cette singulière faculté qu'ont alors les organes de tolérer d’assez fortes doses de tartre stibié et de quelques autres médicaments.
4° Quelle que soit la voie par laquelle l’émétique est introduit dans Péconomie animale, il développe à peu près la même série d'accidents, 4 moins que les animaux ne meurent très-promptement.
5° On démontre facilement la présence de l’antimoine dans le canal digestif épuisé par l’eau, dans la rate, les reins, les poumons, le cœur, et surtout dans le foie des animaux qui ont succombé à l’empoisonnement par l’émétique, ainsi que je l’ai publié en 1840 (voy. tome VIII des Mémuires de l’Académie). MM. Millon et Laveran, après avoir confirmé ce fait en 1846, ont en outre décelé l’antimoine dans le cerveau, dans la graisse et dans les os. Rapprochons de ces données la singulière conclusion énoncée par MM. Flandin et Danger, le 13 juin 1842, c’estä-dire deux ans après mon travail. «Dans le cas d’empoisonnement par “les préparations antimoniales , disent-ils, c’est dans le foie que l’on re- “trouve plus spécialement l’antimoine. On ne le retrouve pas dans les Poumons, non plus que dans les systèmes nerveux, musculaire et osseu. » (Mémoire lu à linstitut.) Ceci n’a pas besoin de commentaire, surtout lorsque ces messieurs faisaient grand bruit de la découverte d'un nouveau procédé à l’aide duquel on parvenait à découvrir les plus petites traces d’un poison antimonial !!!
” 6° L’urine renferme aussi des quantités d’antimoine faciles à appré- Cier peu de temps après le commencement de l’intoxication, et si, à Vaide d’une médication diurétique active, on parvient à guérir les ani- Maux, on voit à chaque instant l'urine charrier une proportion plus ou moins considérable d’une préparation antimoniale soluble. J'avais dit que si l’on tuait les animaux, quand ils étaient guéris (dix, douze ou quinze jours après l’empoisonnement), on pouvait s'assurer, en traitant le foie et les reins par l'acide azotique mélangé d’un quinzième de chlorate de potasse, que ces organes ne retenaient plus aucune trace du composé antimonial qu’il aurait été si facile d’y déceler dans la première période de l’intoxication. MM. Millon et Laveran ont reconnu depuis, en employant un autre procédé (voy. p.634), que l'élimination de lPantimoine Wa pas lieu, ni à beaucoup près aussi promptement que je l'avais cru, Voici les faits intéressants qui ont été décrits par MM. Millon et Laveran.
A,"Un chien nourri pendant dix jours avec des aliments mélangés
d’émétique (3 grammes en tout) mourut six jours après que l'on eut cessé de lui donner cet aliment. La dissémination de l’antimoine était générale ; le foie, la chair musculaire, les membranes intestinales , les poumons, le cerveau, tout était également envahi. L’animal avait succombé à une sorte de diathèse antimoniale.
B. Un autre chien nourri comme le précédent mourut treize jours après la cessation de la nourriture antimoniale (il avait pris 3 grammes d’émétique). L’antimoine était répandu partout; mais le cerveauen avait condensé une quantité comparativement plus forte que celle des autres organes.
C. Un autre chien, nourri pendant dix jours comme les pr écédents, était parfaitement rétabli six semaines après la cessation de l’alimen= tation antimoniale, lorsqu'il mourut subitement par suite de la perfos. ration de l'intestin par un lombric qui fut retrouvé dans l'abdomen: L’antimoine existait en proportion notable dans le foie et dans la graisses mais il s'était surtout accumulé dans les os, c’est-à-dire dans un tissu où son séjour est compatible avec l’exercice régulier de toutes les fonctionss
D. Un chien fut tué trois mois et demi après qu’on eut cessé toute. administration stibiée (il avait pris 3 grammes d’émétique en dix jours)» On trouva que l’antimoïine s'était surtout condensé dans la graisse. Le foie en contenait ainsi que les os et les autres tissus ; mais 50 grammes de graisse en fournirent autant que 500 grammes des autres tissus réunis»
E. Chez un chien qui depuis quatre mois entiers u’avait plus pris d’émétique (3 grammes en dix jours), le métal s'était accumulé dans les
os ; le foie en contenait aussi beaucoup. Les autres tissus n’en ont donné que fort peu. É
F. Une jeune chienne prit de l’émétique pendant cinq jours, quinze jours environ avant de faire ses petits; ceux-ci vinrent à terme et furent sacrifiés ainsi que la chienne. Le foie des petits chiens contenait une quantité notable d’antimoine. |
MM. Millon et Laveran tirent de ces faits les conclusions suivantes :
Bien que l’antimoine semble s'organiser, on ne saurait affirmer encore qu'il se fixe à jamais dans nos tissus. Il ne faut pas non plus déclarer d'avance que les faits de permanence, qui se sont révélés dans l’admi= nistration de l’émétique, s’étendront à d’autres poisons métalliques; attendons l’expérience. Mais, pour affirmer qu’un métal provient d'une ingestion récente, pour préciser l’origine et fixer le moment de son in= troduction dans l’économie animale, il faut attendre aussi.
L’antimoine pénètre-t-il simultanément tous les organes essentiels; tels que les poumons, le cerveau, les parois intestinales, l'animal suc= combe à l’intoxication et semble mouriripartout à la fois, en réduisant les tissus au dernier degré de l’émaciation,
L'antimoine est-il condensé dans le cerveau, même atteinte à la vie générale; mais la mort frappe au milieu d’un cortége de symptômes nerveux qui indiquent le siége principal du poison.
Que le métal au contraire arrive à des organes moins sensibles ou d'une sympathie moins générale, à des tissus qui vivent lentement et facitement , tels que les systèmes cellulaire et osseux, et les effets du poison s’effaceront; on pourra croire à son élimination ou à son absence (mémoire cité).
7° L'émétique paraît porter son action irritante particulièrement sur lé tissu des poumons et sur la membrane muqueuse qui revêt le canal digestif depuis le cardia jusqu’à l'extrémité inférieure du rectum. On peut prolonger la vie des animaux, même lorsqu'ils ont pris une forte dose d’émétique, en leur coupant un des nerfs pneumogastriques, ef
mieux encore en les coupant tous les deux.
Traitement de l’empoisonnement par le tartrate de potasse et d’antimoine.
Dans cette espèce d’empoisonnement, l’homme de Part doit surtout faire attention aux effets produits par l’émétique sur l’individu qui la avalé. Si ce sel a occasionné des vomissements abondants peu de temps après avoir été pris, si le malade ne se plaint pas de vives douleurs, s’il Wa aucun mouvement convulsif, des liquides albumineux pris à la dose de 30 ou 40 grammes à la fois suffiront pour rétablir la santé. Si Yindividu empoisonné n’a eu aucun vomissement, même après avoir avalé 30 ou 40 grains de ce sel, il faut avoir sur-le-champ recours à la tiillation de la luette et au chatouillement du gosier. Si, malgré l’emploi de ces moyens, on ne parvient pas à faire vomir dans un trèscourt espace de temps, on doit administrer sans délai une forte décoction de noix de galle ou de quinquina à la température de 30 à 40° : ce der- “nier médicament, proposé par Berthollet, a été souvent avantageux ; j'ai rapporté deux cas d’empoisonnement dans lesquels il a été suivi dun succès complet (observations 3 et 4, page 622). Luchtmans 4 fait prendre le tartrate antimonié de potasse à très-forte dose sans lé moindre inconvénient, lorsqu'il le combinait avec une quantité dé décoction de quinquina suffisante pour le décomposer entièrement ; il a remarqué que cette décomposition était plus complète dans le cas où on se servait de quinquina jaune, le précipité obtenu avec le quinquina rouge contenant beaucoup moins d’antimoine que celui que fournit le quinquina jaune (1). Mais est-il préférable, comme l’a annoncé D en
(1) Disputatio chemico-medica inauguralis de combinatione corticis Peruviani cum tartaro emetico, par Luchtmans ; Trajecti ad Rhenum , 1800.
M. Gendrin, de substituer le quinquina en poudre à sa décoction aqueuse ? (Journal général de médecine, mai 1825.) «Le quinquina avec lequel on a préparé une décoction, dit ce médecin, décompose encore l’émétique : 16 grammes de celte poudre qui avait servi soit à faire la teinture, soit à préparer une décoction, ont pu décomposer jusqu'à 50 centigrammes d’émélique dans l’estomac de trois chiens auxquels nous l’avons administrée.» J'ai élé curieux d’éclaircir ce fait par dé nouvelles expériences, et j'ai reconnu que la poudre de quinquima épuisée par l’eau , à l’aide de plusieurs décoctions , ne décomposait plus l’émétique, en sorte que son action décomposante réside non pas dans les parties insolubles dans l’eau, mais bien dans celles qui s'y dissolvent, et dès Lors il doit être plus avantageux de faire usage de la décoction aqueuse, parce qu’elle agit plus énergiquement et plus promptement que la poudre; toutefois je crois utile de faire prendre une certaine quantité de cette poudre délayée dans de l’eau, en attendant que s. ait pu se procurer de la décoction.
Le thé, les décoctions des bois, des racines et des écorces stringel® tés, peuvent être employés, à défaut de noix de galle ou de quinquina. On doit rejeter les terres, les alcalis, les sulfures alcalins, et l'acide sûls furique , médicaments qui, dans ce cas, sont inefficaces et qui peuvent augmenter l’irritation produite par le poison, : 14
Dès que le médecin pourra supposer que la majeure partie de l'émétique contenu dans le canal digestif, qu’elle ait été neutralisée où non, aura été expulsée par les vomissements et par les selles, il devra recois rir à l'emploi de liquides doux et diurétiques donnés en abondance , afin d'éliminer par lurine la portion du poison qui aurait été absorbéewef portée dans nos tissus (Voy. la formule à la page 453 ). Ces liquides, s'ils étaient pris dans la première période de l’émpoisonnement, auraient l'inconvénient grave de favoriser l'absorption de l'émétique en le délayant davantage s’il avait été donné en dissolution , où en le dissolvañt s’il avait été pris à l’état solide. On peut s'assurer, comme je l'ai fait, de l'efficacité de la médication diurétique en empoisonnant comparafis vement des chiens à peu près de même force, à l'aide de 10 à 12 centigrammes d'émétique pulvérisé, appliqué sur le tissu cellulaire Sous: cutané de la partie interne de la cuisse; ceux des animaux que Von abandonne à eux-mêmes périssent au bout de trente où de quaranlé heures ; on guérit au contraire tous ceux que l’on parvient à faire uriner abondamment. (Voy. mon mémoire inséré dans lé numéro de septembre 1841 des Archives générales de médecine.)
On devra également prescrire des tisanes mucilagineuses, des lavements émollients, et des fomentations adoucissantes sur le bas-ventre. Les sangsues et même la saignée générale devront étre employées dans
Jes cas où il y aurait Constriction au pharynx, ou lorsqu'il s’est développé une inflammation de l’œsophage, des poumons, de l'estomac ou des intestins. L'opium devrait êlre mis eu usage, si les vomissements étaient excessifs, surtout chez les individus d’un tempérament nerveux. Pendant la convalescence, il importe de recourir à des aliments légers et surtout au lait, dont l’usage devra être prolongé, afin de ne pas surexciter le canal digestif, beaucoup trop disposé, dans ces sortes de cas, à devenir le siége d’une nouvelle irritation.
Recherches médico-légales.
” Émétique solide. Le tartrate de potasse antimonié est composé d’acide {ärtrique, de protoxyde de potassium et de protoxyde d’antimoine. IL est solide, blanc, en poudre, ou cristallisé en tétraèdres réguliers, ou en “pyramides triangulaires, ou en octaëdres allongés, d’une saveur styptique et nauséabonde. Il est efflorescent. Introduit dans un appareil dit de Marsh , alors même que la dose est excessivement minime , il fournit du gaz hydrogène antimonié, qui, étant enflammé, dépose sur une cap- ‘sule de porcelaine froide des taches antimoniales dont j’ai donné les Caractères à la page 479. Si, au lieu de recueillir l’antimoine sous forme ide taches , on veut avoir un anneau métallique, on chauffera le tube à
hydrogène antimonié se décompose avec une telle facilité par l’action de la chaleur, que l’on ne tardera pas à obtenir un anneau métallique brillant et bleuâtre d’antimoine , tandis que Le gaz hydrogène se déga- | era par l'extrémité æ du tube; on chercherait en vain à condenser des Mäches antimoniales sur la capsule E, en même temps qu’il se forme un anneau , tant la décomposition du gaz est facile et complète, pour peu | que la température ait été suffisamment élevée à la partie C. On distin- | güera sans peine l'anneau antimonial de l'anneau ar senical aux carac- Mères suivants : 1° il se condense précisément à l’endroit même où l’on (Mchauffe le tube, tandis que lanneau arsenical se trouve à une petite (Mistance de la portion chauffée ; 2° celui-ci peut être promptement dé- | placé et porté dans les diverses parties du tube, suivant que la chaleur | de la lampe est concentrée sur tel ou tel autre point; l'anneau antimo- | mial, au contraire, ne subit aucun déplacement ; quand on le chauffe | pendant quelques minutes, s’il y a de l'air dans le tube, il s’oxyde peu | à peu, et blanchit partout où il a été oxydé, en sorte qu’il semble dimi- | nuer détendue, et alors il est en par tié composé d’une zone métallique | bleuâtre et d’uné zone d'oxyde blanc; 3° il suffit d'introduire quelques gouttes d’eau régale dans le tube jour dissoudre à la fois et instantané-
ment l’antimoine et l'oxyde ; 4° le solutum, évaporé jusqu'à siccité. laisse de l'acide antimonique jaune, très-soluble dans une petite quan: tité d’acide chlorhydrique pur; 5° cette dissolution fournit sur-le-chamy avec du gaz acide sulfhydrique un précipité jaune orangé de sulfur d’antimoine , bien différent du sulfure d’arsenic, et avec l’eau distil. lée un précipité blanc, pourvu que la liqueur ne soit pas trop acide.
Le tartre stibié se dissout aisément dans 14 parties d’eau froide.
Émétique en dissolution concentrée. Cette dissolution est incolore, transparente, d’une saveur styptique ; elle rougit faiblement le tourne. sol, et précipite en blanc par un excès d’eau de Chaux ; le tartrate de chaux et de protoxyde d’antimoine précipité se dissout dans l’acide a2otique ; l’acide sulfurique concentré précipite également en blanc cette dissolution ; l'acide sulfhydrique en précipite du protosulfure d'antimoine hydraté jaune orangé, qui devient rouge brun foncé par laddilion d’une nouvelle quantité d’acide sulfhydrique; ce précipité, loin de se dissoudre instantanément dans l’'ammoniaque avec décolorationde la liqueur, comme le fait le sulfure d'arsenic, se dissout à peine dans cet alcali, sans que la liqueur perde sa couleur jaune orangée. Enfinda dissolution concentrée d’émétique, mise dans l'appareil dit de Marsh,'à la dose de quelques gouttes, fournit presque instantanément des taches où Un anneau d'antimoine métallique (voy. page 479), ce qui dispense l'expert de réduire à l’état métallique l’antimoine contenu dans le sul fure jaune orangé dont je viens de donner les caractères.
Dissolution très-affaiblie d'émétique. Si la liqueur est assez étendue pour que le papier de tournesol, l’eau de chaux et l'acide sulfurique, ne déterminent aucune des réactions qui viennent d’étre indiquées , on la traitera par l’acide sulfhydrique, qui la colorera en jaune orangé, etla troublera légèrement , surtout si l’on ajoute quelques gouttes d’acide chlorhydrique ; l’'ammoniaque pourra faire disparaître ce léger trouble avec décoloration de la liqueur, exactement comme cela aurait lieu avec une dissolution très-étendue d'acide arsénieux ; mais, du jour au lendémain, le précipité jaune, occasionné par l’acide sulfhydrique avant l'addition de l’ammoniaque, se sera déposé sous forme de flocons jaunes orangés qu'on ne pourra méconnaître pour du sulfure d’antimoine Il suffira en effet de traiter ceux-ci pendant trois ou quatre minutes par une faible proportion d’acide azolique chaud, dans une petite capsule de porcelaine, de délayer le produit dans l'eau bouillante, et de l’introduire dans un appareil dit de Marsh , pour obtenir des taches antimoniales. J’ajouterai que la dissolution très-affaiblie d'émétique, mise ellemême dans cet appareil, fournira également de ces taches. Enfin, si, après avoir fait ces divers essais , il reste encore de la liqueur, on la concentrera par l’évaporation jusqu’au sixième de son volume et même
davantage’, si cela est nécessaire , pour obtenir avec le tournesol, l’eau de chaux et l'acide sulfurique , les réactions que j’ai dit appartenir à la dissolution d’émétique concentrée. k
Émétique mélangé à des liquides alimentaires ou médicamenteux, ou à la matière des vomissements ou à celle que l’on trouve dans le canal digestif. Parmi les liquides végétaux et animaux dont on fait usage comme aliment ou comme médicament, il en est qui décomposent l’'émétique en totalité ou en partie, et qui le transforment en un composé entièrement insoluble dans l’eau; si la décomposition a été complète, loin de chercher l'émétique dans la liqueur , il faudra s’attacher exclusivement à démontrer que le précipité contient de loxyde d'antimoine; si elle n’a été que partielle, on examinera à la fois et la liqueur et le dépôt. D’autres liquides végélaux et animaux ne décomposeront pas du tout l’'émétique, en sorte que pour déceler celui-ci on devra nécessairement agir sur les portions liquides. Le vin, la bière, le thé, l’albumine, la gélatine, le lait, le bouillon, quelques infusions ou décoctions végétales, et les matières des vomissements, sont des liquides qui peuvent tenir en dissolution une certaine quantité d’émétique. Quoi qu'il en soit, l'expert appelé à résoudre le problème dont je m'occupe devra-t-il constater seulement qu’il existe dans les matières suspectes une préparation antimoniale, Qu bien faudra-t-il, de toute nécessité, prouver que le composé toxique est du tartrate de potasse el d’antimoine ? Il serait à souhaiter que, dans tous les cas, l'expertise eût pour résultat la découverte de l’émétique ; mais des difficultés nombreuses empécheront sans doute souvent qu'il en soit ainsi : comment, par exemple, établir l’existence d’une très-petite proportion d'acide tartrique au milieu de liqueurs ou de précipités fort complexes, et comment affirmer, en admettant que l’on eût décelé cet acide, qu’il ne provient pas de certains tartrates qui font quelquefois naturellement partie de ces liqueurs ou de ces précipités ? Aussi ai-je toujours donné, comme règle à suivre, de s'attacher surtout à mettre en évidence dans la matière suspecte un composé antimonial Soluble ou insoluble ; presque toujours la justice se trouvera suffisamment éclairée si l’on établit d’une manière péremptoire que la personne empoisonnée a dû prendre une préparation antimoniale, que ce Soit l’émétique, le chlorure, le sulfate d'antimoine, etc. Cela étant, Voyons comment on doit procéder, suivant les cas, à la recherche de la préparation antimoniale.
Premier cas. Le liquide filtré est transparent el nullement visqueux. On le fera traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique, qui préci- Dilera l’antimoine à l’état de sulfure orangé rougeâtre ; quand même le précipité, par suite de son mélange avec de la matière organique, serait
coloré en rouge brun ou en noir, on le laverait, et après l’avoir des-| séché dans une petite capsule, on le ferait bouillir à plusieurs reprises, avec de l’acide azotique pur et concentré, pour le transformer én'sulfate de protoxyde d’antimoine , tandis que la matière organique serait, en grande partie détruite par acide azotique; le sulfate obtenu ; mis dans un appareil dit de Marsh, ne tarderait pas à donner des taches antimoniales ou un anneau défi ous métallique.
Deuxième cas. Le liquide, transparent ou non, est visqueux, diff. cile à filtrer, et nullement susceptible de fournir avec l'acide sulfhy= drique un précipité de sulfure d’antimoine. On le fera bouillir pendant, un quart d'heure, pour coaguler une portion de matière animale; Me filtrera, et on évaporera la liqueur à une douce chaleur, jusqu'äce qu’elle soit réduite au tiers de son volume. Dès qu’elle sera refroïdié, on l’agitera pendant quelques minutes avec de l'alcool concentré, marquant 40 degrés à l'aréomêtre , qui coagulera une nouvelle quantité‘de malière organique; et comme, après cette opération , l’émétique se trouvera en partie dans la liqueur, en partie dans le coagulum (1) faudra le chercher dans l’un et dans l’autre. La liqueur sera filtrée,#t traitée par un Courant de gaz acide sulfhydrique, qui se comportéra avec elle comme je viens de le dire en examinant le premier cas. Quant aux deux coagulum obtenus soit par le feu, soit par l'alcool, ones traitera par le procédé que M. Millon a fait connaître en juin 1846. Voici ce procédé : on introduit dans un ballon de verre, de la capäcité d’un litre, 50 à 200 grammes de coagulum aussi divisé que possible; puis on ajoute de l'acide chlorhydrique pur et fumant jusqu'à ce fo en ait pris, en poids, la moitié de la matière organiqueOn abandonne le mélange sur un bain de sable chaud, qui ne doit pas néanmoins mettre l'acide en ébullition. Après cinq ou six heures de digestion, on chauffe davantage, et dès que le liquide bout, on y fait tomber du chlorate de potasse par petites pincées : on ajoute ainsi de 15 à 16 grammes de chlorate par 100 grammes de matière; celle addition, qui se fait en agitant le ballon , doit durer quinze minutes'environ. Dès qu’elle est terminée, on filtre la liqueur bouillante. Le fillre retient une matière jaune ou brune, résinoiïde, insoluble, variable suivant la nature du liquide organique ou des tissus. On lave le filtre et le produit insoluble avec un peu d’eau distillée, puis on plonge une lame d’étain dans la liqueur filtrée, qui est limpide et souvent incolore. Si l’antimoine est abondant, l’étain noircit fortement ; dans le cas contraire, il se térnit
(1) Lorsqu'on verse de l’alcool à 40 degrés dans un solutum fait avec 4 grammes d’eau et 5 centigrammes d’émétique, tout le sel reste dans la liqueur, en sorte qu’on w’obtient point de précipité.
DU TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE. 635 |\ peine ef se recouvre de quelques points noirs. Quoi qu’il en soit, après [an séjour de vingt-quatre heures dans la liqueur acide, on sépare la lame d'étain qui trempait, et dont l'épaisseur est déjà plus ou moins di- Iminuée; on l’introduit dans un petit flacon, et on l’arrose avec une quantité d'acide chlorhydrique suffisante pour le dissoudre à froid ; après quelques heures dé contact, l’antimoine qui serait appliqué sur la lame étain ne sera pas dissous par l'acide chlorhydrique. On dissout cet antimoine dans l’acide chlorhydrique, additionné d'une ou deux gouttes d'acide azotique. La dissolution est enfin portée dans un appareil dit de Marsh.
Troisième cas. Au lieu d'opérer sur des liquides, on n’agit que sur les dépôts ramassés au fond de ces liquides , sur les matières solides vomies, ou sur celles qui ont été retirées du canal digestif. Après avoir desséché ces matières, on les traite comme il vient d’être dit.
Émétique se trouvant à la surface du canal digestif. Après avoir enlevé les matières contenues dans ce canal, on fera bouillir celui-ci pendant un quart d’heure environ avec de l’eau Et afin de dissoudre le tartre stibié qui pourrait exister à sa sur face, à l’état solide ou liquide; le solutum filtré sera traité comme il tu d’être dit à Loccasion de l’émétique mêlé à des liquides alimentaires, etc. (Voy. p. 633.)
| Émétique absorbé et contenu dans le résidu de l’ébullition du canal digestif, dans le foie, la rate, et les reins. Après avoir desséché ces Wiscères, on les traité par l'acide chlorhydrique, etc. (voy. p. 634).
On peut encore recourir avantageusement à l’azotate de potasse, el Mraiter ces organes comme je l’ai prescrit en parlant de l'acide arsénieux (roy. p. 497). La masse obtenue après la décomposition complète de Vazotate et de l’azotite de potasse sera traitée par 60 à 80 grammes Veau distillée, qui dissoudra facilement et complétement le sulfate acide antimoine formé et une portion de sulfate de potasse ; ce solutum, mis dans un appareil dit de Marsh , fournira aussitôt de l’antimoine métalli- Que. La portion indissoute devrait également être introduite dans cel äppareil, si, contre toute attente, le liquide n’avait point donné assez d'antimoine métallique pour caractériser celui-ci.
Émétique contenu dans l'urine. On évapore le liquide presque jusqu’à Siccité, et on carbonise le produit par le tiers environ de son poids d'acide azotique concentré ; on fait bouillir pendant quinze ou vingt mifutes la cendre charbonneuse qui reste avec de l'acide chlor hydrique |: éléndu de son poids d’eau. Le solutum filtré, et mis dans un appareil dit de Marsh, donne aussitôt de l’antimoine.
On voit que, dans aucun des cas précités, je n’ai eu recours à l'emploi de l'acide tartrique, conseillé tour à tour par MM. Turner et Devergie,
dans le but de dissoudre le tartre stibié que des matières organiques! auraient rendu insoluble; c’est qu’il n’y a aucun avantage à compliquer! ainsi les opérations. Qu'importe, en définitive, que la préparation an. timoniale se trouve dans les parties solubles ou insolubles ? Il faudra toujours finir par en séparer l’antimoine métallique, et quand on aura celui-ci, on pourra le transformer facilement en sulfure d’antimoine + or le procédé de destruction que je propose pour atteindre ce but,“én. agissant sur les matières solides, est tellement simple, qu’il devient: inutile de recourir à un autre; il n’est pas d’ailleurs exact de dire. comme l’a établi M. Devergie, que la réduction de l’antimoine dans l'appareil dit de Marsh ne permette d'établir aucune évaluation quantitative ; rien n’est aisé comme de peser l’anneau antimonial condensé dans le tube G æ (voy. p. 467), ou le sulfure d’antimoine provenantde l'action du gaz acide sulfhydrique sur cet antimoine préalablement dissous dans l’eau régale.
Émétique dans un cas d’exhumation juridique. Le 29 mars 1826%0n mit dans un bocal à large ouverture, qu’on laissa exposé à l’air, 12 grammes de tartre stibié dissous dans deux litres d’eau’, le quart d’un foie humain , et une portion d’un canal intestinal. Le 9 avril suivant, lemélange était déjà pourri. La liqueur filtrée se comportait avec l'acide sulfhydrique, l’acide sulfurique , l’eau de chaux, et la noix de galle, comme une dissolution d'émétique. Le 28 avril, l'acide sulfhydriqueet les sulfures ne précipitaient plus la liqueur, preuve qu’elle ne contenait plus d’'émétique, ou bien, si elle en renfermait, que la matière animale qui avait été dissoute empéchait ces réactifs d’en démontrer la présence; l’acide sulfurique-et la noix de galle y faisaient naître un précipité blanc grisdtre, produit évidemment par l’action de ces réactifs sur la matière animale tenue en dissolution. “y
En filtrant cette liqueur, et en l’évaporant jusqu’à siccité à une douce chaleur, on obtenait une masse qui ; étant agitée pendant quelques mi= nules avec de l’eau distillée tiède, fournissait une dissolution qui contenait de l’émétique, puisqu'on pouvait précipiter du sulfure d’antimoine par l'acide sulfhydrique. Le6 juin de la même année, la liqueur ne renfermait plus d’émétique , car l'acide sulfhydrique n’agissait plus sur elle, lors même qu’on l’avait fait évaporer, et qu’on avait traité le produit par l’eau; mais alors les matières solides , desséchées et cal= cinées pendant un temps suffisant, fournissaient de l’antimoine mé= tallique,
Le 18 juillet 1826, on a dissous dans 1 litre 1, d’eau 30 centigrammes de tartre stibié, que l'on a placé dans un bocal où il y avait environ le tiers d’un canal intestinal. Le 2 août suivant, l’acide sulfhydrique et les sulfures ne troublaient point la liqueur. Les matières solides, d’une
DU TARTRATE DE POTASSE ET D'ANTIMOINE. 637 odeur infecte, desséchées et calcinées pendant un temps suffisant, donnaient de l’antimoine métallique.
résulte des faits qui précèdent : 1° que le tartre stibié, mêlé avec es matières animales, se décompose au bout de quelques jours, de manière que l'acide tartrique soit détruit et l’oxyde d’antimoine précipité ; 2° qu’il est alors impossible de démontrer sa présence en raitant la liqueur par les réactifs que l’on met ordinairement en usage pour reconnaître les sels antimoniaux ; mais que l’on peut retirer de lantimoine métallique des matières solides, même au bout de plusieurs mois; 3° que l’altération dont il s’agit est plutôt le résultat de l’action leW'eau et de l’air sur le sel, que des matières animales; car l'expérience rouve qu'une dissolution de 12 grammes d'éméidha dans 1 litre 1/, l'eau distillée , exposée à l'air, éprouve la même décomposition, et qu’il vest pas plus possible d'y démontrer la présence du sel antimonial au Jout de trente à quarante jours en été, que dans une pareille dissoluion à laquelle on aurait ajouté de l’albumine et de la gélatine.
Je ne terminerai pas sans faire connaître les principales conclusions lu mémoire que j'ai lu sur ce sujet à l’Académie royale de médecine, 610 mars 1840. On voit, disais-je: 1° qu’il est indispensable de reourir à l'extraction de l’antimoine, de la portion d’émétique qui aura lé absorbée, lorsqu'on n’a pas trouvé le poison dans le canal digestif ju dans les autres parties sur lesquelles il avait été immédiatement ap- Jiqué, ou dans la matière des vomissements ; car, en se bornant à rehercher le tartre stibié dans l'estomac et les intestins, on court d’auant plus le risque de ne pas le découvrir, qu’il est très-facilement vomi, andis que l’on pourra obtenir le métal d’une id au moins de la porion qui aura été absorbée.
2° Qu'un rapport médico-légal devra être déclaré incomplet et insuffisant , par le seul fait que, dans le cas indiqué, on aura omis de reshercher le tartre stibié dans les tissus où il peut se trouver après avoir lé absorbé, et notamment dans le foie.
3 Que si l'émétique est décomposé par le sang et par les organes dans lesquels il se rend, cette décomposition n’est pas complète, puisqu’en lraitant ces organes par Kau bouillante, on obtient un liquide trèssensiblement antimonial ; à la vérité, il ne serait pas impossible que l'acide tartrique seul fût ra et que le tartre stibié fût réduit à del’hypoantimonite de potasse soluble dans l’eau bouillante.
Æ Que l’on peut déceler ce poison en traitant convenablement un des viscères de l'économie animale préalablement desséché, surtout lorsque ce viscère est un organe de sécrétion; mais qu'il est préférable
d'agir à la fois sur plusieurs d’entre eux, afin de se’ procurer une plus |
grande quantité d’antimoine métallique, et de le reconnaître plus faci lement. | 5° Qu'il pourrait cependant arriver, dans une expertise médico-lé gale, que l’on ne retiräl aucune trace de ce métal en analysant les vis cères, seuls ou réunis, parce que l’émétique ne séjourne que pendan un certain temps dans ces viscères, et que déjà il aurait pu les aban donner pour se mêler aux liquides des sécrétions; alors on pourrai obtenir une proportion notable d’antimoine en agissant convenablemen sur ces liquides, et en particulier sur l'urine. (Voy. le travail q MM. Millon et Laveran , p. 634.) 6° Que l'extraction de l’antimoine métallique des viscères ou de lütrin des cadavres d'individus qui n’avaient pas été soumis à l'usage médi camenteux d'une préparation stibiée prouve d’une manière incontes table qu’il y a eu empoisonnement, à moins que cette préparationn soit arrivée dans les organes par suite d’une imbibition cadavérique puisque ni les viscères ni l’urine de ces individus, traités de la mêm manière, ne fournissent aucune trace d’antimoine. 4 Quel n’a pas dû être mon étonnement en voyant MM. Flandin et Dan ger venir à l’Institut, deux ans après la publication de mon mémoire pour émellre, comme faits nouveaux, les idées et les résultats quils trouvaient tout au long dans mon travail! À la vérité, tout dans’ note de ces messieurs n’était pas du plagiat, puisqu'on y trouvait tt mot nouveau, une contradiction, et plusieurs erreurs qui n’existaien pas dans mes écrits. La localisation, mot dont on ne s'était pas encof servi, était présentée comme une donnée précieuse, qui ouvrait ti voie nouvelle aux recherches physiologiques et thérapeutiques. «O'es «dans le foie, plus spécialement, que l’on retrouve l’antimoine, ‘di «Saient-ils ; les préparations de ce métal sont porlées dans cel organé «où elles sont localisées : aussi ne Les trouve-t-on pas dans les poumonÿ pas plus que dans les systèmes nerveux, musculaire et osseux: Cette «découverte menait tout droit à la solution du problème concernäi «les empoisonnements simulés.» IL m'était impossible de garder le si: lence et de ne pas réduire à leur juste valeur de pareilles prétentions: aussi adressai-je une note à la commission de l’Institut, chargée de réndre comple à l’Académie du travail de MM. Flandin et Danger. Dans celte note, je démontrai que j'avais fait voir le premier que les poisons se concentrent particulièrement dans le foie, où ils arrivent par les vaisseaux de la veine porte; que, dans les recherches médico-légales, l'expert doit choisir le foie de préférence, lorsqu'il sera appelé à déceler le poison qui aura pu être absorbé, et je m’élevai contre le rapt qui m'élait fait de celte donnée physiologique importante: en un mot, tout
mn laissant à ces messieurs l'honneur d’avoir inventé un mot nouveau , e revendiquais la chose. On ne tarda pas à me répondre que je ne pouais avoir aucun droil de priorité à cet égard, puisque ni dans les exyertises que j'avais faites, ni dans les expériences que j'avais tentées jurles animaux , je n'avais jamais agi sur le foie seul, et que j'avais vofstamment cherché les poisons absorbés dans les mélanges de plusieurs wganes ; dès lors, disait-on, vous ne pouviez pas savoir si la proporion du toxique était plus forte dans le foie que dans un autre organe, Jette assertion était complétement fausse. J’écrivis à l’Académie des ciences pour lui signaler les nombreux passages de mes mémoires où tonpouvait s'assurer que j'avais souvent expérimenté sur le foie seul, que j'avais insisté sur la quantité notable de toxique qui existait dans éborgane par rapport à celle que l’on trouve dans les autres viscères. résultat de celle seconde réclamation fut d'amener Les deux auteurs Wconvenir que, par le fait, ils me dépouilleraient de ma propriété, fils persistaient à s'approprier l’idée qui m’appartenait : aujourd’hui ersonne ne songe à d'attribuer à MM. Flandin et Danger. Mais je me hâte labandonner ces misérables questions de priorité, pour arriver à ce (uäil peut y avoir de sérieux dans le mémoire lu à l’Académie des ciences . le 13 juin 1842, par MM. Flandin et Danger ; j'ai annoncé ine contradiction et plusieurs erreurs. La contradiction consiste en étque , après avoir dit, dans le corps du mémoire, que l’on a retiré lel’antimoine , par exception il est vrai, des poumons et des systèmes terveux et musculaire, on établit, dans la quatrième conclusion, qu'on ien trouve point dans ces organes. Quant aux erreurs, elles se pressent n foule ; je me bornerai à en relever quelques-unes. 1° «Les poisons (Sont portés de l'estomac au foie par la veine porte ; ils séjournent là pendant quelque temps, sans jamais entrer dans la circulation géné- “ale ; aussi n’en découvre-t-on pas la moindre trace dans le sang des tabimaux empoisonnés que l’on saigne, ni dans le sang que l’on retœueille après la mort, alors même que l’on a soumis à l’expérience la (fotalité de ce sang.5 Nier l'existence des toxiques dans lé sang des ani- Maux empoisonnés , c’est nier que le soleil éclaire; aussi, après la réclamation adressée par moi à l’Institut à ce sujet, avons-nous vu ces messieurs reconnaître que l’acide arsénieux et l’antimoine peuvent être extraits de ce liquide. La nouvelle théorie, réduite à néant par cel aveu, recevait au besoin un nouvel échec de ce fait important, savoir : que lorsqu'on applique de l’acide arsénieux, de l'émétique, un sel de morphine , etc., sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse, les animaux sont empoisonnés, et les toxiques absorbés ; dira-t-on, dans ce cas, que ces toxiques arrivent au foie par les vaisseaux de la veine
porte!!! 2° « L’antimoine ‘est éliminé par l'urine, contrairement à «d’arsenic.» Il semblerait, d’après cet énoncé, qu’on ne doit plus trouver d’antimoine dans l'urine quelques heures après le commencement de l’empoisonnement ; or il est aisé de prouver, chez les chiens , que lurine de ceux qui ont été empoisonnés par 10 centigrammes seulement d’émétique placé sous la peau de la cuisse fournit encore de lantimoine au bout de six jours. 3° «La localisation des poisons estune «donnée précieuse pour résoudre la question des empoisonnemenitsssi- «mulés.» Je retourne la proposition, et je dis : La localisation des poisons , si l’on y avait égard, serait une donnée funeste pour résoudrela question des empoisonnements simulés. On sait que j'ai soulevé lepremier la question des empoisonnements simulés ; j'ai fait voir quelles poisons , introduits dans l'estomac ou dans le rectum, après la mort, se transportent à la longue, par l’effet d’une imbibition cadavérique, dans les organes éloignés du point où ils avaient été»placés , et j'aimindiqué les moyens de distinguer si ces poisons avaient été mis en contact avec le corps de l’homme avant ou après la mort. MM. Flandinet Danger, tirant parti de cette découverte, ont cru pouvoir Pexploiter pour résoudre la question des empoisonnements simulés. Suivant eux «les poisons introduits pendant la vie se localisent dans le foie, et nee «trouvent pas indistinetement, du moins pour la plupart, danses «autres tissus ; donc, si on en trouve dans les poumons, dans le cœur, «dans le cerveau, etc., c’est qu’ils y ont été portés par imbibition après «la mort.» I suffit du plus léger souffle pour renverser une pareille théorie. Supposons qu’il s'agisse d’un empoisonnement par l’acide arsé: nieux: les poumons, le cœur, la rate, les reins, les muscles, etc, traités séparément, fourniront de l’arsenic; direz-vous que ce toxique a été porté dans ces organes par suite de l’imbibition qui aurait eu lieu après la mort? Vous pourriez vous tromper grossièrement. S’agit-ilde l'émétique , vous avouez vous-mêmes que vous avez trouvé quelquefois de l’antimoine dans les poumons des animaux que vous aviez tués*avec ce sel. Eh bien! direz-vous qu'il y a eu imbibition après la mob, parce que ce métal a été décelé ailleurs que dans le foie ? Au surplus; le travail de MM. Millon et Laveran ne réduit-il pas à néant votre fabuleuse élucubration ? (voy. p. 627 ) (1). |
(4) Voici les conclusions du travail de MM. Flandin et Danger, et la note qu’elles provoquèrent de ma part.
«1° Il est facile de déceler l’antimoine uni en faibles proportions aux matières animales ; nous sommes arrivés à le recueillir avec la même précision que l’arsenic.
Les oæydes d’antimoine obtenus en calcinant l’antimoine métallique, en chauffant ce métal avec l'acide azotique, etc., se revivifient facile-
Cm
«2° Le procédé qui nous a donné les meilleurs résultats est le suivant : désorganiser les matières animales par l’acide sulfurique ; au moment de la liquéfaction, ajouter de l’azotate de soude; terminer la carbonisation et reprendre le charbon desséché par l’eau aiguisée d’acide tartrique. Le liquide est soumis aux investigations ultérieures propres à caractériser l’antimoine,
«3° Dans le cas d'empoisonnement par l’arsenic compliqué par la présence de Pantimoine , l'appareil que nous avons proposé pour la recherche de l’arsenic nous a paru simplifier et faciliter les opérations propres à séparer les deux corps. | «4° Contrairement à l’arsenic, lantimoine est facilement éliminé par les urines. Dans le cas d’empoisonnement par les préparations antimoniales , c’est dans le foie que l’on retrouve plus spécialement l’antimoine. On ne le retrouve pas dans les poumons, non plus que dans les systèmes nerveux, musculaire et osseux (1).
«o° Le fait de la localisation des poisons est une donnée précieuse pour résoudre certaines questions médico-légales, les questions d’empoisonnements simulés , par exemple.
«6° Ce fait nous paraît devoir ouvrir une voie nouvelle aux recherches physio- Jogiques et thérapeutiques.» (Comptes rendus des séances de l’Institut, 13 juin 1842.)
Note adressée par moi à l’Institut, le 6 juillet 1842. J'avais déjà établi dans mon mémoire sur le tartre stibié, lu à l’Académie royale de médecine le 10 mars 1840 :
1° Qw’il est aisé de déceler l’antimoine uni en faibles proportions aux matières animales. (3° conclusion , p. 636);
2° Qu'on trouve plus spécialement l’antimoine dans le foie, et que les poumons
et le cœur en renferment à peine (voy. expérience 7, p. 618 , et la conclusion 6, p. 637).
“J'étais tellement convaincu que c’est particulièrement dans le foie que l’on trouve les poisons qui ont été absorbés, que dans mes travaux ultérieurs sur les sels de plomb , de bismuth, détain, d'argent, d'or, de zinc et de mercure, publiés dans les numéros de juin et de juillet 1842 du Journal de chimie médicale, ilne m’est jamais arrivé de les chercher dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les muscles ; constamment je me suis borné à l’examen du foie, de la rate et de l'urine, et parfois des reins.
“3° Que s’il est vrai que l’acide arsénieux $’échappe dufsang, puis des viscères, pour se mêler aux liquides sécrétés, cet effet n’a pourtant pas lieu, ni à beau- Coup prés, aussi rapidement qu’on pourrait le croire.
Et je disais à cet égard : « Quoi qu’il en soit, il est curieux, sans que cela puisse surprendre, de voir l’émétique et l’acide arsénieux , après avoir été abandonnés
(1) Je ferai observer à cet égard que, dans le corps de leur mémoire , MM. Flandin et Danger disent, au contraire, avoir trouvé l’antimoine, par exception, il est vrai, dans ces mêmes tissus, J'avais déjà fait voir que les poumons en fournissent quelquefois une très-petite proportion. Il jmporte d'autant plus de Signaler cette contradiction, qu’elle suffit à elle seule pour réduire à néant la 5° conclusion , celle qui est relative à la localisation des poisons, :
ment lorsqu’on les chauffe avec du charbon dans un creuset de terre; ils sont insolubles dans l'acide azotique; mis en contact avec l'acide chlorhydrique, ils se dissolvent et donnent un chlorure précipitable en blanc par l’eau, et en rouge plus ou moins foncé par l'acide sulfhy-
par le sang, et déposés dans les divers tissus de l’économie animale, rester beaucoup plus longtemps et en plus forte proportion dans les organes sécréteurs que dans les autres , avant qu’ils aient été complétement éliminés de ces viscères pour se mêler aux lattes sécrétés. Mais ce qui me paraît plus important comme fait physiologique, ainsi que je le démontrerai plus tard, c’est la différence n0table que présentent ces deux poisons, et que présenteront , je n’en doute pas, plusieurs autres , sous le rapport du temps pendant lequel chacun est gardé par nos organes. »
J'avais également prévu le cas où du tartre stibié aurait été administré à une personne empoisonnée par lacide arsénieux , et où il faudrait séparer l’antimoine de l’arsenic, sous forme de taches ou d’anneau, d’un composé de ces deux métaux ; et dès l’année 1840, j'avais indiqué dans mes écrits et dans mes cours les moyens de procéder à cette analyse (Æ/manach général de médecine, année 1841, p. 16, et cours fait à la Faculté dans l'hiver de 1841 à 1842; voy. aussi la page 479 ).
Si MM. Flandin et Danger s’étaient bornés à rappeler ces données, jer me garderais bien de dérober quelques instants à la commission pour l'occuper d’une question de priorité; mais il n’en est pas ainsi : ces messieurs pensent pouvoir appliquer à la médecine légale le fait qu’ils désignent sous le nom de localisation des poisons, et ils citent notamment la question des empoisonnements simulés. Persuadé qu’il serait dangereux d'adopter cette proposition, je demande à la com misgion la permission de lui adresser quelques réflexions qui ne seront peut-être pas Sans intérêt.
La localisation des poisons, telle que la concoivent MM. Flandin et Danger, apporte à la théorie de l'absorption, si bien établie par les travaux de MM. Magendie, Fodera , etc., une modification notable; en effet : d’après ces physiolo= gistes, l'absOr D ton est un phénomène purement physique, et les poisons intro= duits dans l’estomac sont portés par le mouvement circulatoire dans {ous les organes, sans qu’il y ait lieu d'admettre une action quelconque de la part de ces organes sur les poisons ; tandis que MM. Flandin et Danger supposent que les substances vénéneuses agissent sur les éléments de ces mêmes organes , à raison de la constitution de ceux-ci et de la vitalité des sujets. Cette hypothèse a été évi demment imaginée pour expliquer ce fait, savoir que l'on retire beaucoup plus d’antimoine du foie que des autres tissus, dans lesquels on n’en trouve même pas du tout dans beaucoup de circonstances ; mais il est aisé de démontrer que ces phénomènes peuvent s'expliquer autrement et sans porter atteinte à la théorie généralement admise de l'absorption.
Le foie en effet recoit le premier, à l’aide des vaisseaux qui forment la veine porte, la presque totalité de la substance toxique; ce viscère, d’ailleurs trés= vasculaire, est un organe de sécrétion, et dans lequel le sang circule lentement; cela étant, on conçoit déjà pourquoi on trouve une plus grande quantité de substance vénéneuse dans ce viscère que dans ceux que le sang traverse rapidement, tels que les poumons, et pourquoi elle y reste plus longtemps. J’ajouterai
drique; mis dans un appareil dit de Marsh, ils fournissent de l’antimoine métallique. Ces caractères suffisent pour distinguer ces oxydes de tous les corps avec lesquels ils pourraient être confondus. Leurs propriétés vénéneuses sont assez énergiques.
qu'en général le sang ne tarde pas à se dépouiller, par la voie des reins, des poisons qu il ayait charriés , et qu’il ne serait pas impossible qu’à l’instar de ces derniers organes, le foie fût aussi un centre d'élimination. Toujours est-il que, d'après cette manière de voir, ce ne serait pas en vertu d’une action, en quelque sorte élective , de la part des organes, que se ferait le dépôt de la substance vénéneuse, mais bien par suite de la constitution anatomique de ces organes, dont les uns, à la fois très-vasculaires et d'élimination, retiendraient plus longtemps les poisons que d’autres, qui seraient dans des conditions contraires. Tel est le développement que je crois devoir donner aux idées déjà émises par moi, lorsque j'ai tant insisté sur l'énorme proportion d’antimoine , d’arsenic, etc. , que l’on décèle dans le foie et dans les reins, comparativement à celle que l’on découvre dans les autres viscères, dans le tissu musculaire, etc. Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, ce qu’il importe d'établir, c’est le danger
qu’il y aurait à les appliquer à la solution de la question des empoisonnements simulés. En soulevant, le premier, cette question, je disais que les substances yénéneuses introduites dans le canal digestif après la mort se transportent à la longue, par leffet d’une imbibition cadavérique, dans les organes éloignés du point où elles avaient été placées, et j’indiquais les moyens de distinguer si leur application avait eu lieu pendant la vie ou après la mort. (Mémoire sur l’empoisonnement par les sels de cuivre, p. 185.) MM. Flandin et Danger, partant de ce point que , lorsque l’empoisonnement a ‘eu lieu, les poisons peuvent être décelés dans le foie et non dans les poumons, les muscles, etc., tandis que si les poisons ont été injectés dans le canal digestif après la mort, on les découvre dans fous Les organes au bout d’un certain temps, croient sans doute possible de trancher la question, et de décider qu’il y a si- Mulation toutes les fois que l’on découvrira la substance vénéneuse dans un ‘organe où, suivant eux, elle ne se trouve pas quand le poison a été pris pen- ‘dant la vie. Si telle est l'application qu’ils entendent faire, il est aisé de la com- Pattre par le seul fait de la possibilité, qui résulte de Re expériences mêmes, ‘de constater quelquefois et par exception la présence d’un poison dans tels organes qui n’en renferment pas habituellement, Si le poison a été donné pendant la vie. Ainsi admettons que dans une espèce les poumons renferment une petite quantité d’antimoine ; dira-t-on que l’empoisonnement est simulé parce qu'on n'aurait pas retiré ce méfal des poumons, s’il y avait réellement eu empoisonnement ? On se tromperait étrangement dès qu’il résulte de mes expériences ét même de celles de MM. Flandin et Danger que dans certains cas d’intoxication par l’antimoine, on a retiré de ces organes une quantité quelconque de ce métal. “L'expérience prouve d’ailleurs que les poisons, même dissous , n'arrivent dans Beaucoup de nos organes, et notamment dans les poumons, par l'effet de l’imbibition, que longtemps après la mort, ce qui réduirait considérablement le nombre des applications possibles, en supposant qu’elles fussent fondées. -Jene terminerai pas cette note sans appeler l'attention de la commission sur élimination plus ou moins facile de l’arsenic et de l’antimoine par l’urine. On se