‹ Traité de toxicologieChapitre 74 sur 103 · DU BICHLORURE DE MERCURE (SUBLIMÉ CORROSIF · texte numérisé non relu

DU BICHLORURE DE MERCURE (SUBLIMÉ CORROSIF

Action sur l’économie animale.

Expérience le, — Brodie à injecté dans l'estomac d’un lapin, au moyen d’une sonde de gomme élastique, 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 24 grammes d’eau distillée : trois minutes après l’injection, l'animal, sans avoir éprouvé la moindre souffrance, est devenu insensible ; ila eu quelques mouvements convulsifs , et il est mort quatre minutes et demie après que l'injection avait été faite. On a remarqué après la mort un tremblement des muscles volontaires, qui a duré pendant quelque temps. À l'ouverture du thorax, on a trouvé le cœur sans aucune action, ete Sang contenu dans le côté gauche de ce viscère d’une couleur écarlate. L’estomac, très-distendu, renfermait dans sa portion cardiaque la nourririture de l’animal délayée dans le fluide injecté ; la portion pylorique contenait quelques matières dures et solides ; il y avait au centre de ce viscère une forte contraction musculaire qui avait empêché le passage du liquide

vénéneux de la portion cardiaque à la portion pylorique. La membrane muqueuse de cette dernière partie était dans son état naturel; mais celle quiappartient à la portion cardiaque était d’une couleur grise brunâtre , et se déchirait facilement; sa texture était complétement détruite dans quelques endroits , au point de ressembler à une pulpe.

Expérience IL. — On à injecté dans l'estomac d’un gros chat 1 gramme 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 24 grammes d’eau distillée : cinq minutes après, l'animal a eu deux vomissements; il a été inquiet , souffrant , immobile ; ses pupilles étaient dilatées. Vingt-cinq minutes après le moment de l'injection du poison, il a éprouvé des mouvements convulsifs des muscles volontaires, et il est mort. A l'ouverture du thorax, faite immédiatement après la mort, on a observé que le cœur ne se contractait que très-faiblement. L’estomac était parfaitement vide; la membrane muqueuse offrait dans toute son étendue une couleur grise brune; elle avait perdu sa texture , et, comme dans l’expérience précédente, elle se déchirait et se séparait avec la plus grande facilité de la membrane muscuire; celle qui fait partie du premier quart du duodénum offrait une pareille altération, mais moins prononcée.

Expérexce LI. — L’injection d’une égale quantité de sublimé corrosif a

été faite dans l'estomac d’un lapin et d’un chat morts : l’altération de la membrane muqueuse a été la même , à peu de chose près , que celle que je viens d'indiquer.

- Expérrence IV. — On introduisit dans l'estomac d’un lapin, dont les nerfs de la huitième paire avaient été coupés, une dissolution de sublimé corrosif: les effets du poison-furent les mêmes que si les nerfs n’eussent pas été coupés. |

Expérrence V. — On coupa sur un lapin les nerfs de la huitième paire au cou, et la moelle épinière au milieu du dos; on injecta dans l’abdomen une dissolution de sublimé corrosif; l’action du cœur cessa dans le même instant.

Expéruence VI. — Une petite quantité de sublimé corrosif fut injectée dans l partie postérieure de l'abdomen d’une grenouille; cinq minutes après, le cœur ne se contractait plus, mais la sensibilité n’était pas diminuée; l'animal était encore un peu sensible au bout d’une heure. Les effets du poison furent lès mêmes que ceux qu'aurait produits l'excision du cœur.

Exréerence VIL. — On enleva la moitié postérieure de la moelle épinière, dé manière à empêcher la communication entre les nerfs des extrémités postérieures avec le reste du système nerveux ; alors on injecta une dissoluion de sublimé corrosif entre la peau et les muscles de la cuisse et de la jambe. Le cœur cessa de battre sept minutes après l'injection du sublimé.

Expérience VIIL — On injecta dans l'abdomen d’un lapin, qui était sous l'influence du woorara (voy. t. Il), et dont la circulation était soutenue par là respiration artificielle, une dissolution de sublimé corrosif. Le cœur cessa d'agir peu de temps après l'injection, comme si le woorara n’eût pas été administré ; cependant nous verrons que le propre de ce poison est de détruire là sensibilité du système nerveux.

Expérience IX. — On recommença l'expérience, avec cette différence que l’on coupa au cou la moelle épinière , et que l’on détruisit la substance du cerveau au moyen d’un instrument, avant de faire l'injection du sublime dans l’abdomen, lorsque lanimal était déjà sous l'influence du wooraraile cœur cessa de se contracter comme à l’ordinaire (1).

Expérience X. — Après avoir fait un certain nombre d'expériences, M. Lavort s'exprime ainsi (2) : «En supposant qu’une partie de sublimé ait passé dans les voies de la circulation, et en caleulant l'effet qu’il doit produire sur les liquides avec lesquels il se mêle, par l’action qu’il exerce sur les'solides qui lui sont soumis, on verra combien devrait être prompte la mortqui suivrait une pareille inoculation. En effet, il est facile de démontrer pardes observations journalières, et par des expériences faites sur les animaux wivants, que la plus petite partie d’un liquide âcre, caustique, ou même lépèrement acide , introduite dans les vaisseaux d’un animal, détermine la mort avec une promplitude extrême ; mais il faut bien noter que, dans ce cas, les accidents qui la précèdent et l’amènent ne sont pas du tout ceux que produit le sublimé appliqué à l'extérieur. Plusieurs animaux que l’on a soumis ces expériences, n'ont jamais survécu plus de quelques minutes à l'injection du liquide. Ghez quelques-uns, la mort a été si prompte, que l’on n’a pusaisir aucun des symptômes qui l’ont précédée. Presque tous ont passé de la vie la mort d'une manière si peu sensible, que l'on a eu beaucoup de peine s’apercevoir de ce changement d’état. Immédiatement après l'opération, l'animal tombait dans un état de torpeur ; les yeux se fermaient , la réspira tion devenait rare, les mouvements du cœur imperceptibles, etil expiraitsans avoir donné le plus léger signe de douleur. | kb

«Si l’on rapproche ce genre de mort de celui qui résulte de l'application à l'extérieur du sublimé corrosif; si l’on compare les accidents qui, dans'ces deux cas, la précèdent et l’amènent, on ne pourra qu'être frappé dupeu d’analogie qu'ils ont entre eux. Dans le premier, la sensibilité paraît étéinites l'animal meurt sans donner aucun signe de douleur. Dans le second, la sensibilité est portée à son plus haut degré, et l'animal périt livré aux douleurs les plus atroces. D’un côté l’on voit des spasmes, des convulsions , des sueurs froides, du délire, et cette longue série d’accidents qui caractérisent la lésion du genre nerveux; le coma, la torpeur, l’'insensibilité, caractérisent lese= cond état, et on peut dire que, si dans l’un et l’autre le système nerveux est lésé, il l’est du moins dans tous les deux d’une manière absolument 0p= posée. »

ExréRienCE XI.—M. Campbell, qui n’a fait qu’un très-petit nombred'expé= riences Sur cet empoisonnement, conclut que les chats qui ont été lob= jet de ses essais sont morts à la suite d’une vive corrosion déterminée parle

(1) Further experiments and observations on the action of poisons On the animal system , by C. Brodie ; Philosophical transactions, 1812, é (2) Dissertation inaugurale , p. 19, 22 thermidor an X.

sublimé, qui, du reste, agit sur les intestins et sur les glandes salivaires (1).

Expérrence XII. — Lorsqu'on applique sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien, depuis 20 centigram. jusqu’à 1 gramme de sublimé corrosif, même enveloppé dans un linge fin, latristesse, l’inappétence, quelquefois des vomissements, des déjections souvent sanguinolentes, la faiblesse , la paralysie générale, sont les seuls symptômes qui précèdent la mort, laquelle a constamment lieu sans symptômes convulsifs. En ouvrant Jecadavre, on remarque que l'estomac offre tantôt une inflammation évidente de la membrane muqueuse, avec exhalation sanguine à sa surface interne, tantôt des taches noires, tantôt enfin des ulcérations. Le rectum est le siége dedeuxaltérations bien distinctes : tantôt c’est un amincissement remarquable déses parois, qui ont contracté une lividité plus ou moins forte, par le contact d’un liquide roux, noirâtre, très-fétide, qu’il contient souvent ; tantôt, ebdans le plus grand nombre des cas, cet intestin est contracté sur lui-même, étles plis que forme alors la membrane muqueuse sont rouges ou noirâtres, soit dans leur totalité, soit seulement dans un point de leur étendue, et c’est le plus souvent à lapartie supérieure. On observe également cette altération des gros intestins lorsque le poison a été appliqué sur le cou ou injecté dans les veines. Le duodénum a offert quelquefois auprès du pylore quelques taches noires, semblables à celles qui existaient dans l’estomac. Les autres intestins grêles ont paru peu altérés. Dans une de ces expériences, le cœur présentait des taches noires dans son tissu charnu, immédiatement au-dessous de la membrane interne des ventricules. Les poumons sont souvent le siége d’une altération sensible ; quelquefois ils sont gorgés d’un sang noir, qui ne les empêche pas cependant d’être crépitants ; le plus souvent, ce sont des taches noires ou des infiltrations sanguines existant sur le bord antérieur de ces Organes, et dont le centre fait quelquefois une saillie comme tuberculeuse au-dessous de la plèvre.

On a remarqué les mêmes lésions organiques lorsqu'on à injecté dans Ja Véine jugulaire 5, 10 ou 12 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans Veau (Smith).

“Expérience XIII. — À onze heures du matin, j’appliquai sur le tissu cellüulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille 15 centigrammes de sublimé corrosif à l'état solide ; à six heures du SOir, l'animal paraissait un peu abattu. Le lendemain , à onze heures, le Douls était très-accéléré , la langue humide et de couleur naturelle ; du reste, il n’y avait aucun signe de paralysie ni de vertiges. À cinq heures, la respiration était difficile ; l'animal était couché sur le côté, sans pousser la moindre plainte. On le trouva mort le jour suivant.

Ouverture du cadavre. Le membre opéré était infiltré et assez enflammé ; la partie sur laquelle le poison avait été appliqué était grisâtre. La Lo

(1) Tentamen medicum inaugurale de !venenis mineralibus, par Campbell ; Édimbourg, 1813,

membrane muqueuse de l’estomac, de couleur naturelle, offrait, près du pylore, six ou sept taches noires comme du charbon, produites par du sang veineux extravasé dans l'épaisseur de la membrane; les intestins gréles ne présentaient aucune altération; l’intérieur du rectum était un peu rouge. Les poumons, crépitants, d’une couleur brune, contenaient une ‘assez grande quantité de sang, et nageaient sur l’eau. La valvule mitrale du ventricule gauche du cœur était d’un rouge-cerise dans toute son étendue: du reste, cet organe paraissait dans l’état naturel. T0

Expérience XIV. — À onze heures du matin, jappliquai sur le tissu cel- Julaire de la partie interne de la cuisse d’un chien très-fort 30 centigr. de sublimé corrosif solide. À une heure, l’animal vomit; le lendemain,il'eut une soif ardente; du reste , il ne présentait aucun symptôme remarquable. Le jour suivant, il refusait les aliments , cherchait à avaler de l’eau , qu'il ne tardait pas à vomir ; il eut de légers vertiges, sans donner le moindre signe de convulsion ni de paralysie; il ne poussait aucun cri plaintif,*et mourut à quatre heures de l'après-midi.

Ouverture du cadavre. Le membre opéré était très-infiltré et fortement enflammé ; on ne découvrait plus un atome de sublimé corrosif ; la plaie était grisâtre. L’estomac contenait une assez grande quantité de mucusjau nâtre ; sa membrane muqueuse offrait çà et là quelques points d’un rouge cerise ; elle était légèrement ulcérée près du pylore. Les intestins grêles paraissaient dans l’état naturel. Le rectum était très-enflammé. La valvüle tricuspide ou auriculaire droite du cœur était parsemée de taches noires, de la grosseur d’une tête d’épingle, formées par du sang extravasé, et qu'il suffisait de frotter légèrement pour convertir en ulcères ; du reste, le cœur n’était le siége d'aucune autre altération. Les poumons étaient crépitants, un peu infiltrés, et nageaient sur l’eau. c

Expérience XV. — À onze heures du matin , j’appliquai 30 centigr.de sublimé corrosif solide sur le tissu cellulaire de la partie inférieure et las térale du cou d’un chien de moyenne taille; l'animal mourut au bout dé trente-six heures. 4-10

Ouverture du cadavre. La plaie et les parties environnantes étaient dans le même état que dans l'expérience précédente. La membrane mu queuse de l’estomac était très-enflammée; la portion cardiaque était d'un rouge-cerise; la partie qui avoisine le pylore offrait une couleur noirâtre, comme si elle eût été scarifiée; les autres portions du canal digestif étaient” un peu rouges. Îl fut impossible de constater quel était l'état du cœuret des poumons. |

Expérience XVI, — Le 13 septembre, à onze heures du matin, j'appli= quai sur le tissu cellulaire du dos d’un chien petit et faible 30 centigr: de sublimé corrosif solide. Le 15, l'animal n’éprouvait d'autre symptôme remarquable que de l’inappétence et une soif ardente; il vomit l’eau peu de temps après en avoir avalé. Le 16,le 17 et le 18, même état, accélération marquée des battements du cœur. 11 mourut dans la nuit du 18 au 19.

Ouverture du cadavre. Le canal digestif ne paraissait être le siége d'aucune altération. La membrane qui tapisse l’intérieur des deux ventricules du cœur était rouge et enflammée; on voyait plusieurs taches de lasmême couleur sur quelques-unes des colonnes charnues de cet organe; les paquets graisseux contenus dans les ventricules et dans les oreillettes étaient enflammés. Les poumons étaient gorgés et tachetés de points noirs,

Expérience XVII. — Le D° Gaspard injecta dans les veines d’une chienne de taille médiocre environ 7 centigr. de sublimé corrosif dissous dans l’eau, ebil survint une espèce de dysenterie accompagnée de vomissements et d'excrétion gélatineuse, sanieuse, sanguinolente; en outre, salivation considérable de temps en temps, et ce qui est surtout remarquable, des symptômes d’inflammation pulmonaire, et la mort trois jours après. Le rectum était très-enflammé, le foie noirâtre; la vésicule pleine de bile noire, épaisse ettrès-visqueuse; les poumons parsemés d’une foule de petits abcès séparés les uns des autres par le tissu du poumon , à peu près sain.

Expérience XVIII. — 5 centigr. du même poison injecté dans la veine ugulaire d’un grand chien ont bientôt causé la salivation, la dyspnée et les symptômes inflammatoires pulmonaires précédents. Les jours suivants, ces lerniers ont été plus graves, avec vomissements, déjections liquides, fièvre, mouvements convulsifs. L'animal est mort le quatrième jour. Les poumons aient parsemés de tumeurs noirâtres, grosses comme des pois ou des noietes, les unes enflammées, d’autres suppurées, quelques-unes gangreles ; le foie était noir et ramolli ; la vésicule était pleine de bile noire, paisse et visqueuse. |

Expérience XIX.— On à introduit dans la veine jugulaire d’une chienne 25 centigrammes de sublimé dissous dans 45 grammes d’eau distillée : l’aiimal à témoigné de la douleur vers la fin de l’expérience ; il a éprouvé de à dyspnée et un grand malaise, et a évacué de l'urine; il a péri au bout lé quelques secondes. Les poumons étaient déjà un peu tachés, ecchymosés t gorgés de sang.

Expérience XX.— On à injecté 7 centigrammes 5 milligrammes dé suimé dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille, qui a éprouvé lé la dyspnée et de la douleur à la poitrine, des vomissements bilieux, et quelques convulsions ; il à poussé des cris perçants et il est mort au bout le cinq minutes. Les poumons étaient un peu engorgés, parsemés d’une oule de points livides, et voisins de l’état d’inflammation.

Expérience XXI. — 4 centigrammes de sublimé dissous dans 16 grammes l'eau distillée ont été injectés dans la veine jugulaire d’une chienne. Quinze ninutes après, elle a été affectée de frissons, de malaise, de déjections lines, puis de vomissements, de dyspnée, de douleur à la poitrine, de alivation , etc.; enfin les symptômes péripneumoniques et dysentériques iugmentèrent ; 11 y eut ténesme, selles muqueuses et sanguinolentes, et la mort survint cinq heures et demie après l'injection. Les poumons étaient n grande partie enflammés, gorgés de sang, et se précipitaient au fond le l'eau. La membrane muqueuse intestinale était rouge, phlogosée, en

duite de mucosités sales, sanguinolentes et sanieuses. (Journal de physio logie expérimentale, t.1, 1821.) :

Expérience XXI. — Le 23 septembre, je fis avaler à un chien robuste de moyenne taille, 7 centigrammes 5 milligrammes de sublimé cortosi dissous dans 45 grammes d’eau. L'animal commenca à vomir au bout de quatr minutes ; le lendemain il refusa les aliments et parut un peu abattu. Le 25 on lui administra 4 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 gram: mes d'eau : il vomit à plusieurs reprises au bout de quatre minutes, € tomba dans l’abattement; il refusa les aliments, et mourut dans la fi du 30.— Ouverture du cadavre. État de maigreur remarquable. L’estoma et les intestins grêles contenaient une très-grande quantité de bile jaunâtr etfilante ; du reste, leurs tuniques ne paraissaient pas altérées. L'intérieur di rectum offrait plusieurs rides d’un rouge foncé. Le cœur était flasqué; le paquets graisseux contenus dans les cavités de cet organe étaient dt rouge foncé. Les poumons semblaient plus compactes et plus ratatinés qu dans l’état naturel. Le cerveau ; le foie, et les reins, n’étaient le siége d'au. cune altération sensible. . | ÿ ExpÉRIENCE XXIIL. — Il est aisé de s'assurer que le sublimé corrosifan: troduit dans l'estomac des chiens, à la dose de 1 ou de plusieurs gramme en dissolution dans l’eau distillée, peut être retrouvé dans le foie. (voy.4 cherches médico-légales, expériences 4 et 5). ‘2

Opservarion I. — M. B..., négociant de Liége , âgé de trente ans, d'in tempérament bilieux, d’une constitution robuste, et n’ayant jamais éprotr aucune indisposition , vint à Paris terminer quelques affaires avec MD. chez lequel il logeait. Le 6 août 1813, il fut pris, sans cause apparente, d’un dévoiement léger qui dura trois jours, et qui fut heureusement combattu par l’ipécacuanha. Le 13 du même mois, il paraissait parfaitement rétabli. La température étant ce jour-là très-élevée, et M. B..., ayant soif, prit en rentrant chez lui, vers Les trois heures de l'après-midi, une certaine quantité d’un liquide spiritueux et limpide renfermé dans un flacon sans étiquette (1). La saveur horrible de cette boisson causa à M. B.. un tel dégoût et une crainte si grande du danger imminent dans lequel il pouvaitse trouver, qu'il cessa tout à coup de boire, rejeta tout ce qui était contenu dans sa bouche, et brisa en plusieurs morceaux le flacon, dans lequel il y avait encore un peu de liquide. Malheureusement M. B... en avait ayalé une partie. Un resserrement à la gorge et des douleurs atroces dans la région épigastrique furent les premiers symptômes qui se manifestèrent. Jéfus appelé sur-le-champ, et j'arrivai auprès de lui à quatre heures cinquante minutes : on me dit qu'il avait vomi beaucoup de matières verdâtres, amères,

(1) Je me suis assuré que ce liquide contenait du sublimé corrosif dissous dans Vaicool , reste d’une composition que M. D., son ami, avait employée quelques jours auparavant pour se traiter d’une maladie yénérienne, M. B, ne connaissait pas la nature de ce corps.

nullement sanguinolentes, et qu’il avait eu trois selles. Voici quel était son état :

Décubitus sur le dos; face rouge, gonflée et animée; les yeux étaient étincelants et d’une grande mobilité , la pupille resserrée, la conjonctive légèrement injectée, les lèvres sèches, gercées, et de couleur naturelle, là langue un peu humectée et enduite d’une couche jaune; des douleurs atroces se faisaient sentir dans toute l'étendue du canal digestif, principalement au pharynx; l'abdomen était tuméfié, douloureux, surtout par la pression. Les vomissements avaient cessé depuis quelques instants, mais les déjections alvines continuaient ; elles étaient peu abondantes et d’un carac= ière entièrement bilieux ; le pouls, régulier, petit et serré, donnait 112 pulsations par minute; la chaleur de la peau était intense et mordicante, surtout au front; la respiration gênée; l'urine rare, rendue avec difficulté, ét rouge. Intégrité parfaite des sens externes ; réponses tardives et pénibles; tendance à l’assoupissement; de temps en temps, mouvements convulsifs des muscles de la face, des bras et des jambes; crampes continuelles dans tous les membres. (Trois litres d'eau albumineuse froide donnée par verres, à peu de distance l'un de l'autre; vingt sangsues à la région épigastrique, qui furent posées à cinq heures précises; deux lavements émollients frais.)

À cinq heures et demie, mieux-être marqué; le malade avait pris toute Ja quantité de boisson qu’on lui avait prescrite; ilavait beaucoup vomi, etil avait eu quatre selles. ( Deux litres de décoction de graine de lin donnée par verres, diète, impossibilité de faire usage de fomentations à cause de la sensibilité de l'abdomen.) À six heures, nouveaux vomisseihents ; cessation des crampes et des évacuations, pouls ne donnant que 100 pulsations et offrant le même caractère; persévérance des autres symptômes , désir de s’entretenir de tout ce qui lui était arrivé. À neuf heures sommeil très-imparfait. À minuit, sentiment de cuisson vers l’extrémité inférieure du rectum, selles abondantes et sanguinolentes , douleurs vives dans PS iliaque du colon; pouls toujours petit et serré, 115 pulsations. (Dix sangsues sur le trajet dela portion descendante du colon, trois litres d’eau saturée de gomme, deux lavements émollients avec addition de deux grammes de laudanum.) Nouveaux vomissements, quatre selles beaucoup moins sanguinolentes, cessation presque subite de la douleur, mieux-être bien marqué, envie de dormir. Le 14, à huit heures du Matin (deuxième jour de la maladie), abdomen peu tuméfié et moins douloureux , langue humectée, nulle envie de vomir ni d'aller à la selle , anus légèrement douloureux, pouls un peu développé et ne donnant que 96 pul- Sations , peau moins chaude, face moins rouge , membres un peu roides, nul mouvement convulsif, intégrité parfaite des sens et des facultés intellectuelles. (Potion antispasmodique faite avec 60 grammes d'eau distillée de fleurs d'oranger, 60 grammes d'eau de menthe, 30 gouttes de liqueur minérale anodine, et 45 grammes de sirop d’écorce d'orange; quatre litres de décoction de graine de lin, à prendre dans la journée; trois lavements émollients et narcotiques à deux heures

d'intervalle.) Nouveaux vomissements, nouvelles évacuations alvines non sanguinolentes; ce qui soulage beaucoup le malade. Le soir, exacerbation | 106 pulsations par minute, chaleur plus forte à Ja peau , sans augmentation des douleurs. (Eau de gomme, julep huileux , lavement émollient e narcotique.) Le 15,au matin (troisième jour de Ja maladie), le malade se sent beaucoup mieux; il à dormi une partie de la nuit: il ne désespère plus , il se plaît à parler du danger dans lequel il s’est trouvé; il demande à manger ; Ja langue est humide, les douleurs diminuées , la faiblesse grande ; le pouls est presque dans l’état naturel. (Eau d'orge, deux bouillons. potion antispasmodique, fomentations émotlientes.) Le soir, même état. Le 16, au matin (quatrième jour de la maladie), le malade a assez bien dormi, et il ne se plaint que de douleurs légères et non continues dans la région épigastrique ; l'appétit est bon. (Eau d'orge, bouillon.) Le 17 et le 18, même état. Le 19, les douleurs étant presque dissipées, on lui a permis de prendre deux potages. Le 21 et le 22, il est entré en convalescence. Le 30, il était très-bien portant, et il est parti pour son pays. 14

Pour peu qu'on fasse attention au début de cette maladie, on Verra combien il est aisé de la confondre, dans les premièrs instants, avec Je choléra-morbus; en effet, le tempérament de l'individu, l'affection bilieuse dont il avait été atteint quelques jours auparavant , les vomissements bilieux et les selles non sanguinolentes, les convulsions et les crampes dans les membres, lorsque la température de l'air était très-élevée, tout cela pouvait faire croire à l’existence de cette maladie : cependant le commémo=. ratif, l'analyse chimique des liquides vomis, et l’aveu du malade, prouvent jusqu’à l'évidence qu’il y a eu empoisonnement. La maladie dont M. B.. a été atteint est une véritable phlegmasie de la membrane muqueuse intestinale et du péritoine, compliquée d’une affection bilieuse, dont le développez ment tient à la présence du corrosif, et surtout à la disposition dans laquelle se trouvait M. B... M

Il est de la plus haute importance que le médecin ne perde jamais de vue l’analogie qu’il ÿ à entre les Symptômes produits par certains poisons et ceux qui constituent plusieurs maladies spontanées. L’ignorance de cette partie de la médecine entraînerait l’homme de l’art dans des erreurs très-graves. | +}

OBseRvATION IT (1). Un homme assez robuste, d’un tempérament san= guin, âgé de quarante ans environ, prit, vers les dix heures du soir, ON ignore pour quelle raison, un reste de sublimé corrosif qu'il avait chez lui pour faire crever les rats. La dose n'était pas petite. Il avait dissous ce pois son dans de la bière. Dès l'instant qu’il l’eut avalé, la bouche, l’œsophage, et l’estomac, se ressentirent de son effet caustique. L’inflammation de la bouche, une chaleur âcre et brülante à Ja région de l'estomac, des douleurs déchirantes, succédèrent bientôt à Ja première impression du su= bliné corrosif, et se communiquèrent promptement à tout le canal intestis

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(1) Dumonceau et Planchon, Journal de médecine, t, XLIX,, p. 86.

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nal; avec des douleurs aussi cruelles que celles de l'estomac. Bientôt le visage segonfla beaucoup et devint d’un rouge cramoisi. Les yeux étaient étince- Jants, la respiration des plus gênées. Il y avait des anxiétés précordiales, dés'inquiétudes, et des jactitations continuelles. Le pouls fut fébrile et petit, On donna d’abord 30 centigrammes d’émétique dans un verre d’eau : s’il n’en résulta que peu de vomissements, les douleurs en augmentèrent beaucoup: Dans cette perplexité, on fit avaler au malade 4 grammes de thériaque, qui n’apporta aucun calme. Le poison faisait des progrès rapides, et on ne tarda plus à demander M. Dumonceau, qui, vu les circonstances, se pressa déprescrire 4 grammes de sel d’absinthe dans un verre d’eau, pour décomposer les deux sels métalliques, spécialement le sublimé corrosif. Il y joignit des incrassants et des involvants. Je fus appelé en consultation , et ne pus qu'applaudir aux remèdes que M. Dumonceau , mon confrère, venait d'administrer, et nous jugeâmes à propos de les continuer. Les douleurs atroces reprenaient cependant par intervalles avec vigueur, et semblaient annoncer une corrosion de la membrane interne de l'estomac et des entrailles. Elle eut effectivement lieu. Le malade rendit des selles sanguinolentes: il trouva néanmoins , dans l'usage du sel d’absinthe, dissous à la dose de 8 grammes dans 6 grammes de décoction incrassante de Fuller (après en avoir pris 4 grammes en deux fois, à peu d’instants d'intervalle), il trouva , dis-je, un soulagement bien marqué. Quoique les douleurs revinssent encorè de temps en temps, avec violence, elles se calmèrent cependant peu à peu, de sorte que le lendemain au matin le calme avait succédé à l'orage. Tous les symptômes effrayants étaient dissipés; mais il restait une sensation douloureuse de tout le canal alimentaire, et un sentiment général de faiblesse du corps, qui avait été si rudement secoué. “ Orservarion ILE. — Un enfant de deux ans et demi, étant entré secrètement dans la boutique d’un orfèvre, y avala 40 centigrammes environ de sublimé corrosif. Il ne tarda pas à éprouver de violentes tranchées, le ventre se gonfla , il se déclara une salivation fort abondaute. Le médecin Sigismonde Konig administra un sirop émétique dans lequel il fit entrer du suc de coing, ce qui détermina des vomissements très-abondants; il fit boire ensuite au malade une grande quantité de lait de chèvre mêlé à une décoction mucilagineuse de psyllion. Le gonflement du ventre disparut, les tranchées se dissipèrent, et cet enfant dormit dans la nuit qui suivit immédiatement cet accident. Soixante et quatorze jours après, le malade étant menacé de phthisie, le même médecin erut devoir le mettre de nouveau à l’usage du lait de chèvre coupé avec une décoction de fleurs de mauve et de semences de coing. Il dit qu'il était en assez bon état lorsqu'il a communiqué son observation (1).

Onsevarion IV. — Le 25 février 1825, à neuf heures du matin, M: The-

mr og

(1) Jacobi Mangeti Biblioth. med.,t.1V, pars tr, p. 455, hist. 3 ex comimunicatione excell. D. D, Sigismundi Konig, physici bernensis ; Genevæ, 1739.

nard faisait à l’École polytechnique une lecon sur les azotates et en particulier sur l’azotate de mercure ; il avait à côté de lui et dans deux verres semblables de l’eau sucrée et une dissolution concentrée de sublimé corrosif: ilavale par mégarde une gorgée de ce dernier liquide, et éprouve aussitôt une saveur horrible; il demande de l’eau albumineuse, et en attendant, prend à plusieurs reprises de l’eau tiède; on se procure des blancs d'œufs, on les délaie dans de l’eau, et on les administre cinq minutes après l'ems poisonnement. Jusqu'alors il n’y avait point eu de vomissement, quoique le gosier et la luette eussent été titillés. Peu de temps après que l’eau albumineuse à élé avalée, les vomissements ont lieu , et la matière rendue présente les caractères du sublimé corrosif combiné avec l’albumine : en effet, le liquide est blanc, floconneux, et semblable à l’eau albumineuse dansa= quelle on a versé du bichlorure de mercure dissous. Dupuytren arrive lors que déjà il y a eu quatre à cinq vomissements, et que l'eau albumineuseà été prise plusieurs fois. M. Thenard se sent tellement soulagé, qu'il annonce à Dupuytren qu’il est quéri. On fait prendre de l'huile de ricin et quels ques Javements purgatifs. À neuf heures et demie du soir, M. Thenard, qui avait vomi jusqu'alors vingt à vingt-cinq fois, se trouvait à merveilles n'ya jamais eu de douleur à l’épigastre ni dans le canal intestinal. Une Selle très-abondante avait eu lieu dix minutes après l’empoisonnement et bien avant l'administration des purgatifs. (Journal de chimie médicales mars 1825.) We

Opservarion V.—Un cuisinier condamné à mort pour avoir volé deux plats d'argent à son maître convint avec Gharles IX qu’il prendrait un certain poison, et immédiatement après du bézahar, antidote beaucoup vanté au roi, et dont le monarque désirait connaître l'efficacité. Le malheureux devait être mis en liberté s’il échappait à l’action du poison. Voici comment Ambroise Paré rend compte de cet événement extraordinaire : «Et tost après un apothicaire servant luy donna certain poison en potion, et subit delà dite pierre de bézahar. Ayant ces deux bonnes drogues en l’estomachsil Se print à vomir, et bientost aller à la selle auecques grandes épreintes, disant qu’il auoit le feu au corps, demandant de l’eau à boire, ce qui ne luy fut refusé. Vne heure après, estant adverty que le dit cuisinier avoit prins cette bonne drogue, ie priay le seigneur de La Trousse me vouloir permettre laller uoir, ce qu’il m'accorda, accompagné de trois deses archers ét trouuay le pauure cuisinier à qvatre pieds, cheminant comme une beste,la langue hors de la bouche, les yeux et toute la face flamboyante, desirant toujours vomir , auec grandes sueurs froides, et iettait le sang par les oreilles, nez, bouche, par le siége et par la verge. le luy feis boire enuiron demy-sextier d'huile, pensant luy aider et sauuer la uie; mais elle ne luy servit de rien, parce qu’elle fut baillée trop tard, et mourut misérablement, criant qu'il luy eust mieux vallu estre mort à la potence. Il vescut sept heures ou enuiron ; et estant décédé ie feis ouuerture de son corps en la présence du dit seigneur de La Trousse et quatre de ses archers, où ie trouuai le fond de son estomac noir, aride et sec, comme si un cautère y eust

passé, qui me donna cognoissance qu’il avoit avallé du sublimé, et par les accidents qu’il auoit eus pendant sa uie» (1). "Ossenvarion VI.— Une fille de petite stature, d’une constitution robuste, avala à onze heures du soir, le 23 janvier 1818, après avoir soupé avec du pain, du fromage et du jambon, 4 grammes de sublimé corrosif dissous dans de la bière; quelques minutes après , les gémissements qu’elle jetait appelèrent auprès d’elle les personnes de la maison où elle servait, et on la trouva genoux, se plaignant d’un sentiment de brülure qui partait du creux de l'estomac, et s’étendait à la gorge et à la bouche : cette douleur fut bientôt suivie de vomissements ; elle rendit son souper, mêlé de mucus visqueux. Ontlui donna 2 grammes de sulfate de zinc et des blancs d'œufs battus dans de l'eau tiède et dans de l’eau de gruau. On répéta le vomitif une heure après. Après qu’elle eut bu le blanc d'œuf, la matière du vomissement devint floconneuse, semblable à du lait caillé. À trois heures du matin, les Vomissements étaient bilieux et mêlés de sang ; il y eut trois selles brunâtres extrêmement fétides; le pouls était petit, serré, et battait 100 fois par minute; la douleur était diminuée; il y avait de l’assoupissement dont la malade était retirée par le retour dela douleur ; la face exprimait l’anxiété. A neuf heures du matin, on prescrivit un julep huileux et laxatif, des fomenfations émollientes sur l’épigastre, eau de gruau, blancs d'œufs : la malade paraissait mieux. Le soir, la douleur d'estomac était moins vive, mais la gorge était très-douloureuse et très-enflammée. ( Gargarisme émollient , lavement toutes les deux heures.) Le 23, à trois heures du soir, point de selles ; la malade n’a point uriné depuis hier matin ; point de tension ni de sensibilité à Pabdomen. On sonde la malade avec difficulté, à cause de Vinflammation et du gonflement de l'urèthre et de la vessie; quelques gouttes d'urine s’échappent. (Laæatifs salins, diurétiques, lavements.) Le 24 , évacuations alvines ; la sonde ne fait point couler l'urine ; estomac “moins douloureux, inflammation de la gorge, sentiment de constriction , gencives douloureuses , dents légèrement vacillantes , légère augmentation de la salive. (Boissons mucilagineuses.) Le 25, la malade est assise auprès du feu, elle se trouve mieux , mais il est évident qu’elle s’affaiblit et décline; selles fréquentes, très-fétides ; dents très-lèches , ptyalisme abondant, haleine extrêmement fétide; peu de douleur à la pression de l’abdo- “men. Le cathéter, introduit dans la vessie, ne fait point couler l'urine, et on d'en retire d’uné couleur bleue foncée qui ne disparaît qu’à force de frotter cet instrument avec de la craie. Dès ce moment, la malade s’épuisa de plus en plus, et elle expira sans douleur quatre-vingt-dix heures après l’ingestion du poison. L'ouverture du cadavre ayant été faite trois jours après Ja “mort, on ne put reconnaître les désordres qui existaient. Fétidité extrême ; abdomen ballonné, d’une couleur très-foncée ; bouche remplie de mucosités visqueuses; la face est restée dans des contorsions hideuses. (Observation d’Adjutor dans le Journal de Fothergill, mars 1819.)

DR UNE Rod, 5h, OLD A RE nee

(1) Œuvres de Paré, 11° édit. , liv. xx1, des Venins, chap. 44, p. 507.

Ce fait est loin de pouvoir être présenté comme un modèle de traitement, et si nous l'avons transcrit, c’est pour avoir l’occasion de faire ressortir les vices de la méthode curative employée et pour combattre certaines réflexions de M. Adjulor. On a dé la peine à concevoir qu’on n'ait pratiqué aucune saignée, et qu’on ait fait usage d’émétiques irritants et de laxatifs salins, lorsqu'il était certain que la malade était en proie à une gastro-entérite, à une angine, elc. Il est également difficile d'expliquer l’impossibilité où l’on a été de reconnaître les désordres cadavériques trois jours après la mort, pendant le mois de Janvier , c’est-à-dire à une époque où les cadavres tardent beaucoup à se décompôser.

Osservation VII. — Je fus appelé, le vendredi 6 mai 1825, à huit heures du soir, par M. M'*, pour donner des soins à sa femme , qui venait d’être affectée tout à coup d’une maladie aiguë. N'ayant pu m°y transporter qu'à onze heures, je la trouvai dans l’état suivant : elle était étendue dans son lit, les membres abandonnés à eux-mêmes ; la peau froide, couverte de sueur; la face pâle, décolorée; les yeux ternes, abattus, entourés d’une auréole bleuâtre, exprimant la souffrance et l'horreur de la position où se trouve une personne qui sent qu’elle n’existe plus que pour mourir: les lèvres et la langue étaient blanchâtres > Contractées ; la soif vive ; la déglu= tion était tellement difficile et douloureuse, que les moindres gorgées de: liquide , par l'irritation qu’elles déterminaient, amenaient des contractions de l’œsophage et de l'estomac, suivies de vomissements de matières blan= châtres, muqueuses, filantes, et de matières bilieuses vertes lorsque les ef= forts de vomissement étaient prolongés. La pression du cou était suivie de douleur ; un sentiment de chaleur et de cuisson existait dans tout le trajet de l’œsophage ; la peau de l'abdomen était froide dans tous les points: là région épigastrique seule dénotait de la douleur à Ja moindre pression. La. malade y aecusait la chaleur Ja plus vive et des douleurs insupportables, Des évacuations alvines avaient eu lieu , et des envies d’aller à la selle se répétaient fréquemment; elles étaient tellement pressantes, que la malade demandait avec précipitation qu'on la fit descendre de son lit pour l’asseoir sur le vase de nuit; elle a toujours eu le même courage jusqu’à ses derniers moments. Quant au pouls, il était faible, filiforme, à peine sensible; la respiration s’exécutait d’une manière très-lente. 517

Sur le plancher de la chambre , et le long du lit du malade, étaient des matières muqueuses blanches qui paraissaient provenir de vomissements nombreux. Dans d'autres points du plancher, existaient des matières analo= gues, mais plus blanches et plus grumeleuses; leur aspect était tel qu’on pouvait y soupçonner la présence du lait. Sous une table, et dans un coin de la chambre , on voyait un endroit humide parsemé d’une poussière blanche qui n'avait pas été dissoute dans le liquide, et qui, d’après l’aveu de la malade, était le reste d’une substance vénéneuse qu’elle avait avalée, Gette

poudre avait la saveur et l'aspect du sublimé corrosif. Chacune de ces majères fut recueillie isolément à l’aide de linges très-propres.

M. M*** m'apprit que , depuis la perte d’un héritage sur lequel il compait, sa femme était restée triste et rêveuse; qu’étant, en outre , affectée Yuñe amaurose complète de l’œil droit, et voyant que la vue de l'œil gauhe diminuait sensiblement , elle avait manifesté à plusieurs reprises son légoût pour la vie, ce qui avait engagé M. M°* à garder constamment sur uila clef d’une armoire où il déposait son argent, et où étaient renfermés rois paquets de sublimé corrosif de 14 grammes chacun , reste d’un traiement antisyphilitique par les bains mercuriels que je lui avais fait subir ; que, le vendredi 6 mai , à six heures du soir, étant occupé à travailler au rez-de-chaussée , il avait entendu beaucoup de bruit dans la chambre , et que, s’y étant transporté, il avait trouvé sa femme étendue sur le carreau, romissant fréquemment et exprimant des souffrances horribles; que, oupconnant qu’elle s'était empoisonnée , il en avait acquis la certitude en érifiant le nombre des paquets de sublimé qui lui restait ; qu'il s'était emiressé d'envoyer chercher du lait, et lui en avait fait prendre un litre nviron: (Eau albumineuse, quarante sangsues à l'épigastre, quinze e long des parties latérales du cou, un large cataplasme sur le ventre.)

À huit heures du matin, la malade me parla plus facilement qu'à ma preïière visite; le pouls était plus développé, il y avait plus de chaleur à la eau; la douleur de l'abdomen s'était étendue à la région ombilicale; la ‘éspiration était un peu plus accélérée. (Vingt-cinq sangsues sur l'abdomen, lavement opiacé, fomentations, eau gommée.) À midi, abattement plus grand, froid des extrémités; pouls petit, faible et rare ; parole dificile; la malade peut à peine me dire qu’elle sent la moitié inférieure de on corps morte ; la sensibilité était, en effet, éteinte dans toute l'étendue des membres inférieurs ; on pressait fortement la peau sans que la malade éneût reçu aucune impression; les mouvements volontaires s’exécutaient encore. J'appris que, peu de temps avant mon arrivée , la malade avait eu üné syncope dans laquelle on avait cru qu’elle allait expirer. À cinq heures dél'après-midi, elle cessa de vivre. La garde qui lui donna des soins m'as- Süra qu’elle avait conservé sa connaissance jusqu’à ses derniers moments, et qu'elle avait expiré dans une syncope. Je n’ai jamais remarqué de traces de délire dans tous les instants où je lai vue.

Autopsie cadavérique faite dix-sept heures après la mort. Cadâvre très-gras, très-fort; roideur cadavérique très-prononcée ; chaleur éteinte à l'extérieur; membres supérieurs dans la demi-flexion; membres inférieurs dans l'extension; aucune trace d’ecchymose à la peau, ni dans létissu cellulaire, ni dans les muscles. Vaisseaux de la dure-mère remplis désang ; arachnoïde injectée, principalement du côté gauche; 125 grammes environ de sérosité sanguinolente dans les ventricules du cerveau et le rachis ; substance cérébrale légèrement injectée, plus consistante que dans l'état naturel. Langue épaisse, contractée; ses papilles et ses cryptes muqueux très-développés ; ces derniers avaient presque le volume d’un petit

pois; cavité du larynx grisätre et injectée; face inférieure de l’épiglotte offrant une plaque d'apparence gangréneuse. Trachée-artère rosée; bron- | ches et toutes leurs divisions présentant une teinte violacée. Poumons crépitants, leur tissu rougeâtre; cœur plus volumineux que de coutume; cavi- {és droite et gauche dilatées; paroïs épaissies; surface interne sans aucune trace de rougeur. Pharynx rougeûtre, ses piliers fortement injectésven | arrière; une ecchymose à la partie postérieure de la luette. OEsophage presque dans son état naturel, excepté dans son tiers inférieur, où commence une injection qui se prononce de plus en plus à mesure que l'on approche de l’estomac. Ce dernier organe est enfoncé sous les côtes ,.contracté sur lui-même, épaissi; sa surface externe est d’un rouge-brique; on voit au-dessous de sa tunique séreuse une foule de petites ecchymoses | qui lui donnent un aspect marbré; les veines qui le parcourent sontdis tendues par de l’air; sa surface interne est d’un rouge noirâtre danstoute son étendue, et principalement sur les plis qu’elle forme par sa contraction la membrane muqueuse se laisse déchirer très-facilement ; le liquide quiest enfermé dans cet organe est verdâtre; on trouve entre les plicatures deïa tunique muqueuse un assez grand nombre de petits grains blancs, ana logues pour l'aspect à du subliméou à du calomélas. Le duodénum offredes! traces d’inflammation, mais beaucoup moins prononcées; il est rempli par de la bile verte. Les épiploons gastro-hépatique et gastro-colique présentent | des ecchymoses multipliées le long des deux courbures de l'estomac; les | autres intestins n’offrent rien de remarquable, si ce n’est le rectum, "qui, présente quelques traces d’injection. Le foie, la rate et les reins, sont dans l’état sain. L’ovaire droit offre une ecchymose dans le point par lequebil| correspondait au péritoine; cette ecchymose était de la largeur d’un pouce. L'analyse chimique, faite par Barruel, de la poudre ramassée dans le coïnde la chambre de la malade, et de celle qui était contenue dans les paquets dont | il à été parlé plus haut, prouva que cette substance était du sublimé corrosif, | Ni les matières vomies ni le liquide contenu dans lestomac ne renfermaient | aucune trace de bichlorure de mercure : cependant on en retirait du mer | cure métallique par divers procédés, ce qui prouve que le sublimé corrostf| avalé (12 grammes au moins) s'était entièrement combiné avec le lait, l'albumine , etc. (Extrait d’un rapport fait, à M. le procureur du Roi,le 9 mai 1825, par M. Devergie.) | Osservarion VIIE.—Une jeune femme suecomba à la gangrène du pharynx, six jours après avoir mis dans sa bouche 8 grammes de sublimé solide qu'elle n'eut pas le courage d'avaler ( Johnston, Essay of mineral poi-| sons, p. 52). | Osservarion IX. — Un homme de quarante-sept ans but par erreur une | demi-cuillerée de sublimé dissous dans un petit verre d’eau-de-vie. En l'avalant, il éprouva une sensation très-pénible de brûlure dans la gorge , | et fut pris immédiatement de roideur de Ja mâchoire, de vomissements , de : vivés douleurs dans le ventre, suivies de selles sanglantes et accompagnées de crampes. Le même soir, il survint de la salivation et l'inflammation de la bouche ; de temps à autre, les douleurs abdominales devenaient extrêmes. |

Le malade ne fit rien pendant neuf jours; au bout de ce temps, il entra l'hôpital. 11 se plaignait plutôt de faiblesse que de vives douleurs, si ce vest dans la bouche. Les gencives éfaient gonflées et saignantes, la saliation était considérable, l’haleine d’une fétidité mercurielle. Pas de douleurs dans le ventre, il est indolore à la pression. Pas de symptômes du côté des voies urinaires. Pouls à 96, un peu faible; la figure annonce l'abattement.

Malgré un traitement actif, les forces du malade continuèrent à décliner. 11 rendit plusieurs fois par la bouche des quantités considérables de sang, mais sans aucun effort de vomissement qui püt faire penser qu’il düt provenir de l'estomac. Le malade mourut le quatorzième jour.

Autopsie. La membrane muqueuse buccale est enflammée et ulcérée dans quelques points. I existe une petite ulcération sur l’une des amygdales. Le pharynx et l'œsophage offrent quelques plaques irrégulières , d'une couleur brune et mamelonnées. L’estomac contenait 190 grammes de sang coagulé; à sa face postérieure et immédiatement au-dessous de l'orifice cardiaque, la membrane muqueuse gastrique était ramollie ; verdâtre, et formait une eschare dont l'extrémité était flottante. Dans le reste de son étendue, la tunique muqueuse de l'estomac était d’une teinte rouge uniforme. Le duodénum paraissait sain; la membrane muqueuse de Vintestin grêle était uniformément rouge. À partir du cœcum, on voyait des plaques ecchymotiques, qui formaient des tumeurs d'apparence hémorrhoïdale , et qui devenaient plus nombreuses à mesure qu’on se rapprochait de l’anus.

Il existait beaucoup de sérosité dans les ventricules du cerveau et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien.

Rien dans la poitrine. |

L'appareil génito-urinaire était parfaitement sain. (A. Wood, Edindurgh medical and surgical journal, vol. LI, p. 114.)

À Oeservarion X. — Le 27 février, un homme de cinquante ans but 2 gram- “mes de sublimé corrosif dissous dans un demi-litre d’eau. Immédiatement après il fut pris d'efforts de vomissements, d'un sentiment très-pénible de Constriction à la gorge, avec une sensation de brülure et difficulté d'avaer. On lui administra de l'huile et 1 gramme de sulfate de zinc. Deux heures après l'accident, les vomissements continuaient, et faisaient rejeter Qu malade des mucosités mêlées de sang. Une selle composée de matières semblables avait eu lieu. Pouls à 120, faible; langue blanche et humide, hoquet très-pénible. Vers le soir, les efforts de vomissement et la gêne de là déglutition diminuèrent.

Le lendemain, évacuations abondantes de matières bilieuses par la bou- Che et par le rectum; pouls faible, au-dessus de 100; soif dévorante, hoquet. Depuis le moment de Pempoisonnement , le malade n’a pas uriné. Pas de sensibilité du ventre, si ce n’est à l'épigastre, où la pression est un peu douloureuse.

Les mêmes symptômes continuent les jours suivants jusqu'au #4 mars, où lon remarque de plus une très-grande fétidité de lhaleine. Mais la

membrane muqueuse buccale n’est nullement enflammée, et il n'y a pas de salivation. Il Y a de l’engourdissement des bras et surtout des jambes. | Le malade mourut le 5. L’autopsie ne put pas être faite. (A. Blacklock, Edinburgh medical and surgical journal, vol. XXXVI, p. 92.) OsservarioN XI. — Un jeune homme de quinze ans, immédiatement après avoir bu une liqueur qu’il ne connaissait pas, fut pris de vomissementset d'efforts pénibles, au milieu desquels il rendait des mucosités visqueuses méêlées de sang. Il avait une soif très-vive, un goût désagréable dans la bouche, et un sentiment de brûlure et de constriction à Ja gorge. Les tentatives de déglutition sont suivies de contractions spasmodiques deW'æsophage et des muscles profonds du cou. La sensation de brülure s'étend le long de l’œsophage jusqu’à l’estomac et à l'intestin. Le ventre est contracté et très-douloureux à la pression. La langue, les gencives et la mémbrane muqueuse buccale, sont ridées, et semblent avoir été touchées par une sub- Stance corrosive, Pouls faible, rapide et irrégulier. Figure pâle et contractée. La peau est couverte d’une sueur visqueuse. ; Les symptômes et les circonstances concomitantes firent penser au D'Réid que l'empoisonnement était dù à une solution concentrée de sublimé corrosif. Il administra quelques décigrammes d'oxyde de zine dans du lait, puis du blane d’œuf dès qu’il put s’en procurer. 4" Le 7 mai, il y avait eu des vomissements continuels de matières bilieuses contenant des caillots de sang , et des selles de même nature. On observait les symptômes d’une inflammation très-intense du canal digestif. Les traits étaient abattus et livides; la peau couverte d’une sueur froide. Pouls fré quent et à peine perceptible. Le soir, il survint de l’assoupissement, Get état de collapsus dura jusqu’au 9 dans la soirée, qu'il survint de l'éréthisme mercuriel. La salivation était modérée. Le malade parut tomber dans un état typhoïde, et succomba le 12 mai, cinq jours et dix heures après l’empoisonnement. Pendant tout ce temps, le malade n’urina pas. L'examen du liquide dont le malade avait bu une petite portion( un peu moins d’un verre à liqueur) montra que c’était une solution alcoolique concentrée de bichlorure de mercure. Le sel mercuriel y entrait pour 1/84 À V’autopsie, on trouva une vive inflammation avec uleération de la bot che , de l’œsophage et de l'estomac. La membrane muqueuse intestinale était généralement ramollie, et présentait des ecchymoses nombreuses, La vessie était très-contractée. Les autres organes étaient sains. (London medicochirurgical review , avril 1840, p. 615.) | Ouservarion XII. — Le 15 janvier, à six heures du soir, un jeune méde: ein avala 6 grammes de sublimé corrosif dissous dans de l’eau. À peine l'acte consommé , il s’en repentit, et but aussitôt du lait et de Fhuile. Vingt minutes après, il présentait les symptômes suivants : peau décolorée, froide, couverte de sueur; yeux rouges , brillants; lèvres livides et gonflées ; langue blanche; goût âcre et métallique ; douleur brülante dans le pharynx, l'œsophage et à l’épigastre; soif intense; nausées et efforts pénibles de vomis ement{s, au milieu desquels le malade rend des masses de mucus blan-

hâtre et gluant; selles nombreuses et accompagnées de beaucoup de téesme; urine rendue sans efforts : pouls petit, concentré, fréquent; respiation profonde , voix dure et rauque. On prescrivit au malade de boire de eau albumineuse, qui détermina des vomissements très-fréquents de mucus l'abord, puis de matières sanguinolentes. Il y eut du sommeil pendant la uit. Le lendemain 16, les douleurs persistant au pharynx et à Pépigastre, fit une application de douze sangsues au cou et de vingt sur le ventre. js douleurs diminuèrent, les vomissements devinrent plus rares, et l’état lmalade s’'améliora jusqu’au 20. Ce jour, après avoir pris quelques cuille- ‘ées à café de vin vieux, il y eut exacerbation de tous les symptômes, et moutre du hoquet. Le 21, ce dernier symptôme continue; il y a des vonissements et des évacuations alvines de sang liquide et coagulé.

La mort eut lieu dans la nuit du 27 au 28 janvier, douze jours après ’empoisonnement.

Autopsie trente-six heures après la mort. L'apparence extérieure lu cadavre n’indique rien d’anormal. La membrane muqueuse des lèvres t de la bouche offrait çà et là de petites excoriations. Le pharynx et Fœæsobage étaient vivement enflammés , et présentaient des traces de l’action orrosive du poison. À la partie inférieure de l’œsophage, existait un abcès. ‘estomac était généralement d’une couleur violacée, qui, dans son grand ul-de-sac et le long de la grande courbure, devenait noirâtre. La memjFane muqueuse gastrique etait emphysémateuse, escharifiée dans quelques bints , ulcérée dans d’autres. Près du pylore, existait une eschare qui comrenait toute l'épaisseur des parois. Le duodénum était vivement enflammé, intestin grêle violacé et très-injecté. Dans le gros intestin, existaient des Jints gangréneux. La vessie était vide et contractée. Tous les autres orranes étaient sains. ( Westrumb, Rust's Magazin fur die gesammite Heilkunde, vol. XLIL, p. 448.)

Osservarion XIII. — Un hômme de vingt-huit ans, fort et bien portant, ivala 16 grammes de sublimé. (On ne put savoir si le poison était en poudre ju en solution, si c'était un empoisonnement volontaire ou accidentel.) Aussitôt il essaya de rejeter le poison, et appela du secours. Vingt minutes iprès l'événement, le médecin vit le malade. La bouche était déjà très-tuméfiée, et laissait écouler un liquide filant, semblable à du blanc d'œuf. Iy avait des efforts de vomissement et des vomissements de mucus glaieux. La respiration était gênée, les extrémités froides, le pouls petit et fréquent avec des intermittences. Le malade ne se plaignait que de la bouche; il n'avait de douleur ni à l'estomac ni ailleurs. Pendant l’adminislation du blanc d'œuf, les accidents augmentèrent. La respiration devint déplus en plus anxieuse ; il y eut perte de la parole qui n’était plus qu'un bruit rauque. La dyspnée devint si menaçante, et s’accompagna de phénomènes d’asphyxie si effrayants , que le médecin pratiqua la trachéotomie, Cette opération rendit la respiration plus facile, et le gonflement de la bouche allant toujours en augmentant et ayant pris un volume énorme, on fit sur ces parties des incisions profondes. Une saignée fut pratiquée, des sangsues furent appliquées, mais tout cela sans succès, La nuit fut très-agitée, il

survint une diarrhée très-abondante et avec une évacuation de matières sanglantes. De continuelles lotions de lait et d’eau amenèrent seules quelque adoucissement à la douleur de la bouche, qui était toujours ce dont Ie ma: lade se plaignait le plus. Le visage et les extrémités étaient froids; le pouls à peine sensible. Le deuxième jour, on fit encore une application de sangsues, mais sans plus de succès. La faiblesse alla en augmentant, ainsi que la dyspnée, et le malade succomba à quatre heures du matin, trénte-huil heures environ après l’empoisonnement.

La membrane muqueuse de la bouche était transformée en une bouillie blanchôtre et diffluente , elle manquait même complétement dans quelques points. La partie interne des joues, le pharynx et le larynx étaient bleuâtres, très-gonflés et ramollis, et paraissaient revêtus d’une couche blanche. Hoso: phage offrait le même aspect. La trachée, au contraire, semblait lépèrement enflammée et remplie dans sa moitié supérieure d’une mousse sanguine La membrane muqueuse de l’estomac était enfammée et même gangronée dans quelques points. L’intestin grêle était remarquable par la rougeurdt toutes ses membranes et par la présence d’une couche membraniforme dun rouge foncé, due à une exsudation sanguine. II n’éxistait point de perfo: ration. (Lowenhardt, Medizinische Zeitung von Preussén, 1839, nt: méro 7.) & Osservarion XIV.— Une femme de trente-deux ans , mère de deux enfants, était affectée d’une maladie syphilitique pour laquelle on la traitait path méthode de Dzondi (30 centigrammes de sublimé pour 120 pilules"ethun gargarisme contenant 25 centigrammes dé sublimé ét 1 gramme délate danum). Le médecin fut appelé en toute hâte près de la malade; il Httroue pâle et les traits houlevérsés. La face et les mains étaient froides , lalangue blanche et sèche, le ventre distendu et douloureux , la soif intense. Aly avait des vomissements et des selles répétés ; le pouls étäit fréquente presque tremblant. La malade dit avoir pris, dans un temps très-court. deux doses des médicaments indiqués (pilules et gargarismes), équivalanità 1 gramme 20 centigrammes de sublimé. LA TPE 1] Le médecin preserivit des sangsues, de l’albuimine , etc. , mais sans té sultat. La malade succomba le lendemain, au milieu d’inexprimables dot leurs. Fes à L'’autopsie ne fut pas faite. (Lowenhardt, Médizinische Zeitung von Preussen, 1839, numéro 7.) 4 Osservation XV. — Un négociant de Nañtes vint à Paris pour se faire traiter d’urié tumeur à la partie moyenne et postérieure de la jambe gauche, du volume de deux poings, adhérente aux muscles, ét dont le caractère était carcinoniateux. è Un particulier promit la guérison de ce mal par l'application d’un caustique ; le remède fut appliqué, il fit une eschare. Déjà le malade se disait soulagé ; il séñtait sa jambe plus légère , et croyait la remuer avec plus de facilité qu'auparavant. L’émpirique emporta une partie de l’eschare at premier pansement , avec des chairs fongueuses qui s'étaient élévées et forme de chämpignons sur le pourtour de Ja partie cautérisée, et il sau-

poudra toute la surface découverte avec du sublimé corrosif. La végétation si prompte des chairs me fit mal augurer de l’état des choses, et mes idées, contraires à l'opinion des autres , ne furent malheureusement que trop justifiées dès le lendemain matin; car le domestique qui vint au lit de son maître pour lui faire prendre un bouillon le trouva mort. (Pibrac.)

Osservarion XVI. — Une jeune demoiselle, âgée de huit ans, avait deux oupes , l’une à la nuqué et l’autre à la partie supérieure de l’octipital. On én üt ouverture par l'application de l'esprit de nitre. Après l’évacuation de Phumeur qu’elles contenaient , et qui ressemblait à du suif, on se servit du sublimé corrosif pour consumer le fond du kyste. On en réitéra l'usage, et Ja jeune malade éprouva un Sort plus cruel encore que le sujet de l’obser- “ation précédente : elle mourut le cinquième jour dans les mouvements convulsifs les plus terribles. (Pibrac.) Ozsenvarron XVII. — Une femme forte et robuste, âgée de quarante-neuf ans, d’un bon tempérament, ayant un cancer ulcéré aù sein, fut confiée dun empirique, qui la mit à l’usage de sa poudre blanche, appliquée extérieurement : c'était du sublimé corrosif. La malade souffrit après l'application ; les douleurs augmentèrent considérablement, et au bout de quatre heures elles étaient intolérables. Il se manifesta à la fois une foule d’accidents : l'oppression, les nausées, le vomissement, qui fut porté jusqu’au saup, et les mouvements convulsifs les plus violents; enfin elle souffrit dans toutes les parties de son corps une torture affreuse, dont elle ne füt délivrée que le lendemain matin par la mort la plus horrible, (Pibrac.) (1)

Osservarion XVIII. — Le 22 mai 1815, sur les cinq heures du soir, je plongeai mes mains, à plusieurs reprises, dans une dissolution très-concentrée de sublimé corrosif, pour en retirer des pièces d'anatomie; j’oubliai de laver mes mains, et je me livrai à d’autres occupations. Je me couchai sur les onze heures, n’éprouvant aucune incommodité, Vers une heure du matin, je fus réveillé par des douleurs très-vives que je réssentais à l’épigastre; ces douleurs s’acerurent très-rapidement et devinrent “déchirantes. La flexion du tronc les soulageait un peu. Elles se faisaient sentir spécialement dans la région de l'estomac, et semblaient de Ià s’étendre à tout le diaphragme; le ventre était un peu déprimé, et la pression douloureuse dans la région épigastrique. d'éprouvais un sentiment de constriction dans toute Ja poitrine. Ma respiration était costale, gênée, inégale; mon pouls petit, concentré, irrégulier; ma bouche sèche, et j’é-

Jrouvais une soif assez vive; une sueur abondante me couvrait le front, des tempes, la poitrine et les mains, et je ressentais dans ces parties un froid très-incommode. Il y avait à peu près une demi-heure que j'étais dans cet état, lorsque plusieurs éructations se déclarèrent. Des nausées Sürvinrent; mais je fis d'inutiles efforts pour vomir : alors seulement je “oupconnai le sublimé d’être la cause de tous ces accidents. Je portai mes “4 à ma bouche, et je m’aperçus, à leur âcreté, que J'avais oublié de

(1) Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. IV, p. 154 et suiv:

me laver les mains, ce que je m’empressai de faire sur-le-champ; je büsver grande abondance de l’eau sucrée, et je par vins à vomir sur les deux heures, c’est-à-dire une heure après mon réveil. Les vomissements furent d’abord très-violents et se succédèrent avec beaucoup de rapidité: Lama: tière des vomissemeuts était glaireuse, épaisse, et avait une saveur méfallique extrémement âcre, qui me causait une constriction pénible à la gorge. La région épigastrique était très-sensible au toucher, et la moindre pression m'occasionnait les plus vives douleurs. Les vomissements s’arrêtèrent vers les quatre heures et demie du matin. Je ressentis alors quelques co: liques dans la région ombilicale, et j’eus trois selles très-fluides et\accompagnées de ténesme; je m’endormis sur les cinq heures du matin; etje me réveillai sur les huit heures avec la bouche sèche et la peau couverte de sueur ; mais Je n'éprouvais plus le sentiment de froid au front , à l'estomac et aux mains : les envies de vomir avaient disparu, mais la région épigastrique était restée très-douloureuse. Je ne pris dans la journée quessix bouillons et trois crèmes de riz; le lendemain, je pus vaquer à mes occupations : cependant je conservai encore pendant huit jours un sentiment de gène dans la région épigastrique. (J. Cloquet.) d Osservarion XIX.— Plenck parle d’une dame qui périt misérablement pour avoir appliqué sur son corps un emplâtre où entrait du sublimé corrosif. Les symptômes qui précédèrent la mort furent de grandes douleurs, des convulsions, l'enflure de la gorge, et la salivation. le Osservarion XX.— La tête d’une petite fille, qu’on avait graissée-aÿec une pommade dans laquelle il y avait du sublimé corrosif, pour tuersles poux, devint tellement enflée qu’on craignit pour sa vie. Elle fut secouruê par une lotion faite avec la lessive des cendres; les cheveux lui tombèrent, et elle guérit (1). | Osservarion XXI. — Un empirique appliqua du sublimé corrosif surtune petite dureté qu’une dame avait à Ja cuisse; le poison produisit une eschare très-épaisse, des douleurs violentes, et une tumeur inflammatoire du volume du poing, outre des angoisses, des faiblesses, et des convulsions effrayantes. Ces symptômes furent suivis d’une salivation immodérée. La complication de tous ces accidents emporta la malade en quinze jours (2). il Osservarion XXII. — M**%*, tourmenté par des morpions, fit usage, pour s’en débarrasser, d’une pommade faite avec du calomel et du cératordinaire. Ce moyen lui réussit parfaitement bien; mais, au bout de quelque temps, ses hôtes incommodes reparurent plus nombreux qu'auparavant. Force lui fut de recourir de nouveau au moyen qui lui avait déjà réussi, mais, au lieu de calomel, on lui remit par erreur du sublimé corrosif. Ilmêla 25 centigrammes de ce sel réduit en poudre très-fine avec un peu de beurre An ua gun Héplue GGiéumnns à: 200 SO RPMRRONRSS (1) Plenck, Toxicologia Mercurius sublimatus corrosious, p. 263 ; Viennæ, 1785. :

@) Degneri Historia medica de. Dysenteria biliosa contagiosa, p. 240, année 1738,

salé, et fit avec ce mélange des frictions sur toute la partie inférieure de Pabdomen , sur la verge, le gland excepté, sur le scrotum et sur le périnée. Au bout de deux heures environ , il ressentit dans toutes ces parties de violentes douleurs ; la peau s’enflamma très-fortement, et il se forma dans plusieurs points de petites vésicules remplies de sérosité; des applications d’eau froide et de farine apaisèrent les douleurs , et le lendemain il ne restait plus qu'un sentiment de fourmillement. L’épiderme de toutes les parties enflammées se détacha en larges plaques, et il n’éprouva pas d’autres accidents; mais sept jours après avoir fait des frictions, en frottant un anneau d’or qu’il poriait à l’un des doigts, avec un doigt de l’autre main, il fut tout étonné de levoir blanchir, et, en continuant le frottement, l'anneau devint bientôt tout blanc comme s’il eût été argenté. Il fit part de ce fait à un médecin de ses amis, qui répéta l'expérience avec trois pièces d’or, qui en peu de temps furent couvertes d’une couche de mercure. Le lendemain matin , la même chose eut lieu en frottant un petit lorgnon et plusieurs objets d’or sur la face interne du bras; on examina la bouche avec beaucoup d’attention, et on ne put y découvrir la moindre trace de ptyalisme, de rougeur et d’ensorgement ; la santé était excellente ; M. ne s'était pas exposé au froid, et son régime avait été des plus simples et des plus modérés. Des faits de ce genre sont assez nombreux. On a observé des phénomènes semblables chez les personnes qui avaient fait usage de mercure à l’intérieur et à l'extérieur ; mais ce qui paraît incompréhensible, c’est la petite quantité de sel mercuriel qu'il a fallu pour amener ce résultat. (The London medical and physical journal, mai 1831.)

Ossenvarion XXII. — Un ouvrier, âgé de vingt-quatre ans, fut pris, à a suite d’une affection vénérienne mal soignée, de douleurs à la gorge; a déglutition devint génée; la voix rauque, faible, finit par s’éteindre out à fait. Le voile du palais et la luette étaient ulcérés , et les amygdales ronflées. On lui fit respirer des fumigations de bichlorure de mercure à laide de l'appareil de M. Richard. Après les premières fumigations, il resentit quelques picotements au larynx et un sentiment de sécheresse à la orge ; il les continua néanmoins. Ce fut quarante-huit heures après la première fumigation que Survinrent la dyspnée et tous les accidents qui ignalèrent l'existence de l’œdème de la glotte. (Voy. Archives générales dé médecine, t. XXVII, p. 545.)

Symptômes de l’empoisonnement par le sublimé corrosif.

Les symptômes produits par une forte dose de sublimé corrosif peu vent être réduits aux suivant(s : saveur âcre, styptique, métallique, Nsupportable ; sentiment de resserrement et de chaleur brûlante à la Jorge, qui ne tarde pas à êlre le siégé d’une inflammation vive qui peut fre suivie de la mort, alors même que le sublimé n’est pas arrivé jus- Ju'à l'estomac (voy. obs, 8, p. 667); anxiété, douleurs déchirantes dans | [, 43

la bouche, le pharynx, l’æsophage, et surtout dans l'estomac et les intes tins ; nausées, vomissements de matières filantes diversement colorées mais souvent mélées de stries de sang ou d’une assez grande quantité d ce fluide ; diarrhée, quelquefois dysenterie. Ges évacuations par haute par bas sont en général plus fréquentes que dans les autres empoisonne. ments par les préparations métalliques. A cette première période,“e succède une autre pendant laquelle les mêmes symptômes persistent. tandis que les malades sont plongés dans un grand abattement, les“bat: tements du cœur sont profonds et lents, et tendent de plus en plus : s’affaiblir ; le pouls est petit, filiforme, serré est fréquent : : la réspiratior est singulièrement ralentie, la peau est froide et couverte de sueur,.e les membres dans un grand état de relâchement. Bientôt après l'abatte. ment devient extrême; il survient des syncopes, une insensibilité géné rale, qui commence presque toujours par les pieds, et qui est telle-qu Von peut pincer la peau des membres sans que les malades s’en'aper: coivent; quelquefois il se manifeste des convulsions; le corps continu à être couvert d’une sueur glaciale, et la mort ne tarde pas à arriver Dans la plupart des cas, la sécrétion urinaire est diminuée et quelque fois même supprimée sd ee plusieurs jours et jusqu’au moment de L mort. Il est des cas cependant, suivant la dose de sublimé ingéré 6 l'état de dilution dans lequel il a été pris, où les malades urinent, sur tout lorsqu’on leur administre d’abondantes boissons aqueuses. On av également une érection douloureuse du pénis. En général, les faculté intellectuelles conservent leur intégrité jusqu’au dernier moment. Late imprudent et continué d’une petite dose de sublimé corrosi pris à l’intérieur ou appliqué à l'extérieur (2 ou 3 centigrammes,pai exemple) produit des coliques, des vomissements ; les glandes salivaire s’enflamment et deviennent très-douloureuses ; la salive, sécrétéeser plus grande quantité, est âcre, corrosive et d’une odeur infecté langue et les gencives se tuméfent et offrent des ulcères rongeant{s {res douloureux ; les dents commencent à noircir, à vaciller ; elles tombent et leur chute est souvent suivie de celle des os palatins ou maxillaires l’haleine est fétide; la face et toute la tête deviennent enflées, ce qu rend la déglutition et la respiration difficiles ; la voix s'éteint où devien semblable à un mugissement. La cardialgie , la dyspepsie, la diarrhée la dysenterie, diverses inflammations, la dyspnée, l’hémoptysie, la toux une bronchite chronique, la phthisie pulmonaire, des douleurs trèsviolentes dans les muscles, dans les tendons ou dans les articulations. des tremblements des membres, la paralysie, le tétanos,, la fièvre lente le marasme et la mort , Peuvent être la suite du mauvais emploi de & Corps. Je suis loin de prétendre que ces SYEAPLORES se “manifestent tou

chez un même individu, car on peut n’en observer qu’un certain nombre à des époques différentes de l’empoisonnement.

Lésions de tissu produites par le sublimé corrosif.

. Le sublimé corrosif détermine une inflammation plus ou moins intense des parties qu’il a touchées ; lorsqu'il a été introduit dans l’estomac, on découvre une rougeur plus ou moins foncée de la luette, des piliers du voile du palais, de l’épiglotte; les cartilages du larynx, la trachée, et jusqu'aux dernières ramifications des bronches, sont injectés ou enflammés ; ordinairemement l’œsophage est blanchâtre, quelquefois cependant il est profondément altéré par quelques particules de sublimé solide qui l’ont touché pendant un certain temps; lestomac plus ou moins contracté est fortement enflammé dans son intérieur, d’un rouge-brique, avec des ecchymoses çà et là, notamment sur les replis de la membrane muqueuse et avec des érosions plus ou moins multipliées; tous les vaisseaux sont fortement injectés et paraissent noirs. Il arrive quelquefois que, dans cet empoisonnement, les tissus sur lesquels Le sublimé corrosif a été appliqué sont d’une couleur grise blanchâtre, méme du vivant de l’individu ; en général, les intestins sont peu altérés , si ce n’est le rectum, qui est ordinairement enflammé. On voit des ecchymoses nombreuses, noirâtres, dans les épiploons. Le cœur peut également être le siége d’une lésion remarquable ; ses cavités offrent une ou plusieurs taches rougeâtres ou noirâtres (voy. expérience 16, p. 657). Le cerveau a quelquefois été trouvé gorgé de sang.

Les diverses altérations de tissu qui résultent de l’action des poisons “sont-elles assez bien connues, ou présentent-elles des caractères assez tranchés pour qu’on puisse reconnaître à leur inspection la substance vénéneuse qui les a produites ?

Sallin, dans son mémoire sur la recherche des traces d’empoisonhement sur le corps de Lamotte fils, soixante-sept jours après avoir été déposé dans la terre, se prononce pour l’affirmative, et dit que cet individu a été empoisonné par le sublimé corrosif. IL compare les lésions qu’auraient dû produire l’arsenic, les renoncules, la mandragore, l'opium, la belladone, la ciguë, les acides minéraux, etc., avec celles qu'offre le cadavre qui fait le sujet de ses investigations ; et, ne pouvant altribuer ces lésions à aucun des poisons énumérés, il arrive ainsi, par voie d’exclusion, à conclure que c’est le sublimé corrosif qui a été employé. « Ce sel, dit-il, ne produit jamais la perforation du tube di- Seslif, et il ne porte jamais son action sur la bouche ni sur l’œsophage ; il détruit, brüle et détache la membrane muqueuse de l'estomac, Sans

altérer la musculaire; il étend ses traces jusqu’auprès du cœcum, et il n’existe aucune éruption à la peau» (1).

L’assertion de Sallin n’est pas admissible. Des expériences faites sur les animaux et une foule d'observations d’empoisonnement recueillies avec soin prouvent d’une manière incontestable : 1° que l’inflammation générale du canal digestif peut être produite par tous les poisons irritants ; 20 qu’il existe un bon nombre de substances vénéneuses de cette classe qui ne déterminent jamais la perforation de ce canal ; 3° queMla membrane muqueuse de l’estomac peut être détachée par plusieurs de ces poisons ; 4° que le sublimé corrosif n’est pas le seul poison corrosif qui n’excite aucune éruption à la peau; 5° enfin que les plaques pangréneuses des téguments peuvent également appartenir à tous Les poisons qui agissent avec une très-grande activité.

(1) «Nous n’avons observé à l'extérieur du cadavre de Lamotte, dit Sallin,mni plaies , ni fractures , ni contusions ; seulement un commencement de putréfaction de l’épiderme, du corps papillaire et muqueux de la face, du cou, et'du haut de la poitrine et des épaules. Après avoir fait l’ouverture, nous avons trouvé l'estomac excessivement distendu ; à l’extérieur, ses membranes enflammées légèrement et par places, mais décidément vers le pylore et le duodénum les intestins grêles très-distendus , les gros intestins dans leur état naturel.

«Après avoir enlevé l'estomac, nous avons trouvé la rate gorgée de sang "et près du double de son volume ordinaire ; le foie aussi très-volumineux , gorgé de sang, son parenchyme ayant sa couleur et sa consistance naturelles ; les meme branes seulement qui recouvrent la partie convexe et la portion du diaphragme qui les revêt gangrenées et sans adhérence, les poumons gorgés de sang;4a base du lobe inférieur du poumon droit enflammée, adhérente et gangrenée par parties ; le cœur flétri, ridé et vide de sang; l'œsophage légèrement phlogosé à la face interne de sa partie inférieure.

« L’estomac ouvert, nous y avons trouvé quelques cuillerées d’une matière brune rougeâtre, .de la consistance d’une bouillie très-claire ; sa membrane veloutée noire par ondes , brûlée, détruite et dissoute, s’enlevant avec le doigt comme uné mucosité qui aurait été appliquée sur sa membrane nerveuse, qui, à raison de Sa blancheur, nous parut saine pour la plus grande partie; les membranes du petit cul-de-sac étaient fort fans et tachetées de gangrène, et le pylore rétréci.

«Nous ouvrîimes le duodénum et environ deux pieds du jéjunum ; nous remarquèmes leur membrane veloutée moins dissoute et détruite que celle de Pestomac, et enduite de cette même substance brune rougeâtre contenue dans le ventricule, mais plus gluante et tenace. De distance en distance, nous fimes des sections aux intestins jéjunum et iléum ; nous y avons observé les mêmes phénomènes, mais avec moins d'intensité, et ce, en raison de leur éloignement de V’estomac. Le gros intestin, depuis le cœcum, était plein et enduit de matières fécales , glaireuses et jaunâtres. Le mésentère, les reins , la capsule de Glisson, ont été trouvés à peu près dans leur état naturel. » (Recueil périodique de la Sociélé de médecine, t. VI, p. 33 et suiv., ou ancien Journal de médecine,

Action du sublimé corrosif sur l’économie animale.

1° Le bichlorure de mercure est un des poisons irritants les plus énergiques du règne inorganique.

2 Il détermine la mort en très-peu de temps, soit qu’on l’injecte dans les veines, soit qu’on l’introduise dans l'estomac, ou qu'on l’applique sur le tissu cellulaire du cou ou de la partie interne de la cuisse. Il'est moins actif lorsqu'on le met en contact avec le tissu cellulaire du dos.

3° D’après le docteur Gaspard, il paraît agir spécialement sur les poumons, lorsqu'il est injecté dans les veines, tout en exercant également une action sur les glandes salivaires et sur la membrane muqueuse des intestins. (Journal de physiologie expérimentale, t. 1°", 1821.) M. Smith avait pensé, au contraire, qu’il déterminait la mort en agissant sur le cœur sans qu’il y eût aucune lésion primitive du système nerveux et du cerveau (Dissertation sur l’action et l’usage des caustiques ; Paris, 1815).

4° Appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané ou introduit dans le Canal digestif, il est absorbé, transporté dans le torrent de la circulation, et il exerce son action délétère sur le cœur et sur le canal digeslif (1). La lésion du premier de ces organes paraît prouvée par l’inflammation dont il est souvent le siége, et par le trouble de la circulation pendant la vie (voy. les expériences rapportées aux pages 655 el suiv.). L'action de ce poison sur le canal digestif, et en particulier sur la porlion de la membrane muqueuse voisine du pylore, et sur le rectum ï est mise hors de doute par l’inflammation qu’il y détermine (2). Nina Mi un RUE, QU ni LUON 0.

(1) Je ne partage en aucune manière l'opinion de Dehorne , qui pense que Vapplication extérieure du sublimé corrosif n’est pas aussi dangereuse qu’on l’a annoncé. 11 dit même que les observations consignées dans le mémoire de Pibrac, ét que jai citées, ne prouvent rien contre l’innocuité de ce corps ; que les faits rapportés par cet auteur sont relatifs à des tumeurs cancéreuses qui ne doivent être excitées par aucune substance stimulante ou caustique; que ce n’est point le remède qu’il faut inculper en ce cas , mais celui qui l’a appliqué aussi témérairement. (Exposition raisonnée des différentes méthodes d’administrer le mercure, par Dehorne, p. 126, année 1775.) Je répondrai à ces remarques : 1% que la demoiselle qui fait le sujet de l'observation 16 (p. 672) n’était affectée d'aucune tumeur cancéreuse ; elle n'avait que deux loupes, lune à la nuque, Vautre à la partie supérieure de l’occiput ; 20 que les chiens auxquels on fait une plaie un peu large, que Pon saupoudre avec du sublimé corrosif, meurent, après avoir éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement par le sublimé , notamment l’insensibilité générale dont j'ai parlé.

(2) 4bsorption du sublimé corrosif: Personne , que je sache, n’avait encore ‘démontré que le sublimé corrosif füt absorbé. Christison n’a pas trouvé de mercure dans le sang ni dans les solides de deux lapins qu’il avait empoisonnés avec

M. Brodie à conclu de ses expériences : 1° que le sublimé, dissous et introduit dans l'estomac, corrode la portion de membrane sur laquelle il séjourne; 2° que le cerveau et le cœur sont affectés consécutivement,

du sublimé corrosif, Zeller disait en avoir retiré du sang et de la bile; mais Klaproth et Bergmann cherchèrent en vain du mercure dans une portion du même sang et de la même bile qui leur avait été envoyée par Zeller. Buchner prétendait avoir trouvé du mercure dans la salive, dans l'urine et dans la bile d'animaux qu’ils avaient tués avec du sublimé. Schubart disait en avoir extrait du sang ; mais Rhades, Meissner et Schwergger, ont repris ensemble les recherches de ces auteurs , et ne sont pas parvenus à déceler la moindre trace de ce métal. Rodius Breger, Van Guidot, Vercelloni, Burgard, Didier, Haschhlter , etc, prétendaient avoir extrait du mercure de l’urine des syphilitiques. Faiiope afitie que, chez des malades atteints de sälivation, le mercure vient se fixer à la surface de l’or que l’on place dans leur bouche ; d’un autre côté, M. Colson assure qu'ayant laissé en contact du sang provenant de trois individus dont deux avaient pris du sublimé corrosif à l’intérieur, et dont l’autre avait fait usage de frictions merctrielles, avec des lames de cuivre, ces lames s’étaient recouvertes de pladt es biièles qu’il dit être formées par du mercure. Mais ces assertions ne s'accordent aucunement avec les faits observés depuis par M. Devergie. « Une femme de vingtsix ans, dit ce médecin , entre le 23 mars 1826 à l’hôpital des Vénériens ;.le 9 août Hat on la mÉtE Deux cent six pilules d’onguent mercuriel, contenant chacune 5 centigrammes de mercure métallique, avaient été prises depuis l'entrée de la malade. Le sang est recu sur une tige de laiton de 6 millimètres de diamètre ; la même tige reste vingt-quatre heures dans le sang , ét après ce temps écoulé , je ne trouve pas d'apparence mercurielle.

«Le même jour, la nommée R., âgée de vingt et un ans, ayant pris soixante dix pilules analogues aux Rae ns fut saignée pour des symptômes de congestion sanguine au cerveau. L'expérience, répétée comme ak le cas précédents donne les mêmes résultats.

«Une pièce d’or, décapée est laissée pendant vingt-quatre heures dans le sg de ces deux malades : elle ne change pas de couleur.

«Une pièce d’or plongée pendant vingt-quatre heures dans le sang d’un troi sième malade, qui avait pris cent dix pilules d’onguent mercuriel, ne nous a fourni aucune trace de mercure. De pareils essais ont été plusieurs fois r'épélés depuis , et toujours sans succès.

«Un malade étant affecté d’une salivation mercurielle abondante avec tuméfaction des gencives et des joues, je lui fais garder dans la bouche une pièce de 20 francs depuis sept heures du matin jusqu’à sept heures du soir ; les infirmiers surveillent le malade. À cette époque , la pièce de monnaie fut placée jusqu'au lendemain matin dans la salive rendue pendant la journée : elle n’avait pas changé de couleur. Ainsi se trouve détruit le reproche adressé à Cullerier oncle , alors qu’il niaït la coloration en blanc de l'or par la salive des syphilitiques.

« Le sang que nous avons exploré par le cuivre (après lavoir traité par le chlore), dans les exemples que nous venons de rappeler, ne contenait pas un atome de mercure ; il en était de même de la salive et de dix litres d'urine du matin re cueillie dans une salle d'hommes en traitement par des frictions mercurielles:» (Méd. légale , t. NL, p. 387.)

On verra ce que je dirai du travail de M. Cantu. |

Quelle foi ajouterons-nous à tant d’assertions vaguement énoncées par Gallus ,

re qui explique les convulsions, l’insensibilité, l'état du pouls, et la cesation subite des mouvements du dernier de ces viscères, 3° que les poumons ne sont aucunement intéressés, puisque le sang du côté

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