‹ Traité de toxicologieChapitre 75 sur 103 · RE · texte numérisé non relu

RE

Fallope, Fernel, Petronius , qui disent avoir trouvé le mercure dans les os; par iwinger, Schenkius, Bonnet, etc., qui prétendent avoir vu ce métal dans l’arachnoïde et dans les ventricules du cerveau; par Fontanus, Rhodius, Moulin , Honorius, Vieussens, Mead , etc., qui assurent en avoir trouvé tantôt dans les apsules synoviales , tantôt dans la cavité des plèvres , dans les humeurs de œil ju dans le tissu cellulaire du périnée ? Le professeur Pickel de Wurtzhbourg, au rapport de M. Haindorff, aurait retiré du mercure métallique en distillant le cerveau d’un individu qui avait pris péndant longtemps une préparation mercurielle. M Duméril, après avoir ouvert ou fait ouvrir sous ses yeux environ deux mille adavres, a observé huit ou dix fois des globules mercuriels dans diverses parties du corps. Ces divers faits ne pourraient servir à établir Pabsorption des préparaions mercurielles, qu'autant qu’il serait bien démontré 1° que les cadavres qui ont té l’objet des observations n'auraient pas été injectés avec du mercure, dans le but d'étudier ou de préparer les vaisseaux lympbhatiques ; 2° que lors de leur inhumation ils n’ont pas été soumis à l’action de quelque préparation mercurielle employée dans le dessein de les conserver : or des documents précis manquent à cet égard, en sorte que, sans nier que ces faits soient de nature à fournir la preuve de Pabsorption des composés mercuriels, je pense qu’il y à lieu de se tenir sur ses mardes , et de ne pas accepter légèrement toutes les conséquences que lon a voulu tirer de la présence du mercure dans les diverses parties mentionnées. Suivant moi, les exemples d’exhalation du mercure par la peau, dans cer-

tains cas où des individus faisaient usage de préparations mercurielles ou bien tenaient une partie dé leur corps plongée dans un bain de mercure , ne prouvent pas davantage, d’une manière irrévocable, l'absorption des composés mercuriels, parce qu’il s’en faut de beaucoup qu'ils soient tous authentiques ; que plusieurs d’entre eux sont évidemment fabuleux ; que ceux qui ont été décrits par des observateurs éclairés et dignes de foi n’ont pas pu être constamment reproduits, et enfin parce que de nos jours on est à peu près certain de ne pouvoir pas les constater quand on répète les expériences. Citons quelques-uns des exemples mis en avant: 1° Walter Pope parle d’un homme qui depuis plus de six mois Wavait pas travaillé aux mines de mercure, et qui blanchissait à l'instant même une pièce de cuivre lors qu’il la frottait entre ses doigts. Cet homme, dont le corps aurait été imprégné de mercure, n’éprouvait pourtant, ce qui est inconcevable, qu'une paralysie incomplète , un affaiblissement dans les mouvements , une sorte d'atonie du système nerveux.

. 20 M. Colson rapporte (voy. 4rchives générales de méd., septembre 1826) que M. Duméril, ayant plongé une des mains de trois individus pendant quelques insiants dans un bain de mercure, vit blanchir, chez l’un d’eux seulement, la boîte d'une montre en or qui était tenue dans l'autre main. L’amalgame se forma si rapidement, dit M. Colson, qu’il n’est guère possible de concevoir que le mercure ait d’abord été absorbé et ensuite exhalé par la peau.

… 3° Schelarius raconte, ce qui est vraiment incroyable , qu’un ducat placé dans la bouche d’un homme qui avait le gros orteil dans du mercure ne tardait pas à blanchir (£phemerid. nat. curios., an. 1684, déc. 2, obs. 159).

40 On lit dans les Maladies des artisans, de Ramazzini, ouvrage traduit par

Fourcroy, page 42, un fait rapporté par ce dernier, dans lequel il s’agit d’un do-

gauche du cœur conserve sa couleur écarlate; 4° que l’action sur le cœur a lieu sans l’intermède du système nerveux. |

Le physiologiste anglais n’hésite pas à considérer les lésions du cer- | veau et du cœur comme la cause immédiate de la mort, puisque l’inflammation de l'estomac ne peut pas la produire d’une manière aussi subite ; il lui paraît impossible, mais à {ort , d’après l’état dans lequel se trouve la membrane muqueuse gastrique, d'admettre que le poison soit absorbé et porté dans le torrent de la circulation.

Élimination du sublimé corrosif.

Il était intéressant de savoir pendant combien de temps le sublimé cor: rosif, ingéré dans l’estomac, restait dans l’économie animale. Mon neveu, le D'I.-L. Orfila, s’est livré à cet égard à des expériences nombreuses, d’où il résulte : 1° que certains chiens auxquels on avait faif prendre pendant trente jours des aliments renfermant 2 milligrammes de sublimé corrosif, contenaient du mercure dans leurs estomacs et dans leurs foies, dix-huit jours après qu’ils avaient cessé d’avaler du bichlorure, tandis qu’on n’en trouvait pas chez d’autres chiens placés dans les mêmes conditions ; 2 que ces organes n’en fournissaient plus un mois après la cessation de l'alimentation mercurielle; à plus forte raison, n’en décelait-on pas deux et trois mois après ; 3° que l’urine des Syphilitiques soumis à un traitement par les pilules mercurielles, et qui ne prenaient plus ce médicament depuis cinq jours, donnait encore du mercure , mais qu’elles n’en contenaient plus huit jours après que l'on avait cessé de faire prendre des pilules (dissertation inaugurale soutenue à la Faculté de médecine de Paris en 1851). |

Traitement de l’empoisonnement par le sublimé corrosif.

Erviste-t-il un contre-poison du sublimé corrosif ? Navier, dans son ouvrage sur les contre-poisons (1), se prononce

reur sur métaux, dont les jambes et les cuisses étaient le siége de phlyctènes qui s’ouvrirent et donnèrent beaucoup de sérosité que l’on recueillit dans des vases au fond desquels il existait une infinité de globules mercuriels. On n'indique pas quelle était la proportion de sérosité recueillie, ni quel était le volume et le nombre des phlyctènes ; cette omission est d'autant plus fâcheuse qu’on ne conçoit pas facilement la possibilité de se procurer par ce moyen une quantité un tant soit peu notable de sérosité.

5° On a souvent annoncé que les bijoux en or de certaines personnes qui subis- Salent un traitement mercuriel étaient blanchis. Or ce fait est en opposition avec ce que Pon voit tous les jours, alors même que l’on examine dans les grands hôpi= taux des centaines de femmes dont les bijoux conservent leur couleur jaune, pendant l’action prolongée de la médication mercurielle à laquelle elles sont soumises.

(1) Contre-poisons de l’arsenic, du sublimé corrosif, etc., t.1, p. 188, année 1777.

DU BICHLORURE DE MERCURE. 681 pour l’affirmative, et il indique plusieurs substances qu'il regarde comme les contre-poisons de ce corps: par exemple, les alcalis salins et terreux , les sulfures de potassium et de calcium, les teintures martiales alcalines , et les eaux de Spa. J'ai entrepris une série d’expériences dans le dessein de constater l’utilité de tous ces réaclifs considérés comme contre-poisons, et j’ai obtenu ie résultats qui détruisent l’assertion de Navier. Cette différence tient à la manière dont chacun de nous a envisagé cet objet. Le médecin de Châlons tire ses conclusions de fails purement chimiques ; les miennes découlent d’une multitude d'expériences faites sur les animaux vivants.

Alcalis salins et terreux. — Expérience l'°. —Vingt centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau distillée ont été précipités par un excès de potasse carbonatée du commerce.

L’oxyde jaune déposé a été parfaitement lavé et débarrassé du chlorure de potassium; on l’a administré dans une petite quantité d’eau à un chien de moyenne taille, Deux minutes après, vomissements de matière épaisse, jaunâtre, dans laquelle on apercevait une portion de l’oxyde; nul air de souffrance. Dix minutes après, abattement extrême, immobilité ; nouveaux vomissements d’une matière blanche, écumeuse , mêlée de salive concrète, et rendue avec effort; continuation de ces vomissements pendant une heure, insensibilité générale. Dix-huit heures après, mort précédée d’un tremblement des muscles volontaires.

L’estomac ne contenait qu’une partie de l’oxyde administré, et une trèspetite quantité de liquide. La membrane muqueuse était enflammée dans toute son étendue, sans présenter des points gangréneux ; les intestins et les autres organes étaient sains.

- Expériences Il. — On a donné à un autre chien une égale quantité de sublimé mêlé avec de la potasse, et les résultats ont été les mêmes.

Expérience III. — La soude et la chaux se sont comportées comme le sel de tartre. IL faut donc conclure que les alcalis ne sauraient être des contre-poisons du sublimé » puisque l'oxyde jaune de mercure ; à très-petite dose, agit comme poison, lors même que les animaux en ont vomi une Dartic.

Navier lui-même ne semblait pas attacher beaucoup d'importance à ces réactifs”, car il dit en parlant de l’oxyde de mercure : «Or ce précipité n’est. pas entièrement exempt de corrosion. Ainsi, le moyen de corriger l’action vénéneuse du sublimé par les alcalis salins étant insuffisant, il est prudent d'en employer de plus efficaces, s’il est possible » (4).

Sulfures alcalins. Le sublimé corrosif, dit Navier, sera entièrement décomposé par ces sulfures , et transformé en sulfure noir de mercure

insoluble.

ER

(1) Ouvrage cité, t.1, p. 192.

Expérrexce IV.— On a donné 1 gramme 20 centigrammes de sulfure de mercure noir, sec et réduit en poudre fine, à un chien de taille moyenne: il est mort vingt heures après, sans avoir éprouvé d’autres symptômes que des douleurs vives dans l'abdomen et des mouvements convulsifs. Ces symptômes ne se sont manifestés que seize heures après avoir pris le poison. L’estomac contenait quelques aliments et un peu de sulfure de mercure; la membrane muqueuse qui fait partie de ce viscère était générale ment enflammée.

ExpéRiENCe V.— Soixante-quinze centigrammes de sublimé corrosif ont été décomposés par du foie de soufre. Le sulfure noir résultant a été parfaitement lavé, et administré, dans 30 grammes d’eau, à un petit chien. Cinq minutes après, agitation, grande souffrance, mouvements convulsifs. Au bout d’une heure, l'animal n'avait point vomi; il était calme et n'avait plus de mouvements convulsifs : il est mort deux heures après l'ingestion du poison. Estomac presque vide; membrane interne tapissée de sulfure noir, fortement enflammée, et d’une couleur brunâtre ; mucosités dans les bronches. Cette expérience a été répétée avec 20 centigrammes de sublimé dissous et 2 grammes de sulfure de potassium : les résultats ont été les mêmes. y

Expérience VI. — Quinze centigrammes de sublimé, dissous dans 30 grammes d’eau, ont été donnés à un petit chien. Immédiatement après on lui a fait prendre 1 gramme 60 centigrammes de sulfure de potassium, dissous dans trois verres d’eau : l'animal n’a pas tardé à éprouver les plus vives souffrances ; il a vomi des matières épaisses, d’une couleur noire. IL est mort dix heures après. L'intérieur de l'estomac était fortement er flammé ; la portion de la membrane muqueuse voisine du cardia et du Pylore était gangrenée, l’œsophage peu enflammé, les intestins sains. ds

Ges expériences ont été faites sur d’autres chiens, en substituant du sul fure de calcium au sulfure de potassium, et les résultats ont été les mêmes. Donc ces réactifs ne peuvent pas être des contre-poisons du sublimé,.

Teinture martiale alcaline (1). — Exvérwnce VIL — J'en ai donné 8 grammes, étendus dans 90 grammes d’eau, à un chien qui venait de

prendre 20 centigrammes de sublimé corrosif dissous. L'animal est mort six heures après.

Il résulte de ces expériences que les réactifs conseillés par Navier ne sont d'aucune utilité dans le cas d’empoisonnement par le sublimé corrosif liquide. Ils doivent être nécessairement plus inutiles encore si ce poison a été pris à l’état solide, car la force de cohésion oppose un grand obstacle à l’action chimique qui doit avoir lieu entre le poison el le contre-poison.

Protosulfure de fer. M. Mialhe a annoncé, il y a quelques années À

"Te 0 NOTE

(1) On prépare cette teinture avec du borax, de l’eau , de la crème de tartre et du sulfate de fer (Navier, p. 106).

l'Académie de médecine , qu'ayant introduit dans sa bouche une dissolution de sublimé corrosif , il avait sur-le-champ fait disparaître la sa- Veur désagréable de ce corps, en mettant en contact avec lui du protosulfure de fer récemment préparé et délayé dans l’eau ; d’où il a conclu que le protosulfure de fer est l’antidote du sublimé, qu'il décompose instantanément, en donnant naissance à du chlorure de fer et à du sulfuré de mercure, composés qui n’exercent aucune action nuisible sur économie animale. J’ai voulu savoir à quoi m'en tenir à cet égard , ef j'ai tenté Les essais suivants :

MExrérience VIL — J'ai préparé 100 grammes de protosulfure de fer en décomposant du protosulfate de fer par du sulfhydrate d’ammoniaque ; javais placé le mélange dans un grand flacon bouché à l’émeri, que je tethis constamment plein d’eau, afin d'éviter le contact de l'air, qui n'aurait

pas manqué de transformer le protosulfure de fer en persulfure ; le précipité étant déposé, j'ai décanté le liquide à laide d’un siphon, puis J'ai rempli le flacon d’eau et je l'ai bien bouché. Lorsque, par des lavages réitérés et toujours à l'abri du contact de l'air, la liqueur ne contenait plus de traces de sulfate de fer ni de sulfhydrate d’ammoniaque, j'ai administré a un chien de moyenne taille, assez faible, la dixième partie environ du protosulfure suspendu dans l'eau , et immédiatement après je lui ai donné 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 100 grammes d’eau. L'œsophage a été lié et maintenu dans cet état pendant douze heures. À l'exception de quelques selles, l'animal n’a éprouvé aucun des symptômes de l'empoisonnement que détermine le sublimé corrosif, et il ne paraissait

as incommodé. Le lendemain et les jours suivants, il se portait à merveille. Cette expérience, répétée sur un autre animal, a fourni les mêmes résultats.

Exrérrence VIII. — J'ai introduit dans l’estomac d’un chien de moyenne taille , à l’aide d’une sonde de gomme élastique, 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 100 grammes d’eau, et immédiatement après Jai injecté par le même moyen une quantité de protosulfure de fer égale à celle de l'expérience 1°; l'œsophage à été aussitôt lié et maintenu dans cet état pendant douze heures. L'animal n’a pas été plus incommodé que le précédent, et le lendemain il était parfaitement rétabli.

Esvériencr IX. — Dix minutes après avoir fait avaler à un chien de moyenne taille 60 centigrammes de sublimé dissous dans 100 grammes d’eau, je lui ai donné une dose de protosulfure de fer égale aux précédentes, et j'ai lié l’œsophage; déjà ce conduit avait été lié immédiatement après l’ingestion du sublimé, afin d'empêcher le vomissement. Au bout de Muatre heures, j'ai détaché la ligature de l’œsophage. L'animal est mort

» dans la nuit, après avoir éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement “par le bichlorure de mercure, et surtout après avoir rendu plusieurs selles icintes en noir par le sulfure de fer. À l'ouverture du cadavre, je me suis

assuré que l’estomac était enflammé, ecchymosé et altéré, comme il l’éût été si l’animal n’eût pas pris de protosulfure de fer. |

ExPériENCE X. — Cette expérience, répétée dans les mêmes conditions a fourni les mêmes résultats. 4

D'où il résulte : 1° que le protosulfure de fer anéantit complétement les propriétés vénéneuses du sublimé corrosif, s’il est administré en dose suffisante immédiatement après l’ingestion de ce poison ; 2° qu’à l'instar des antidotes les mieux accrédités, il est inefficace s’il n’est donné qu’au bout de dix ou quinze minutes, lorsque déjà le sublimé a eu le temps d'exercer une action délétère assez forte pour déterminer la mort; 3° que tout en accordant qu’il agit plus énergiquement que l’albumine, pour s'opposer aux effets délétères du sublimé, et qu’il doit par conséquent lui être préféré dans tous les cas où il pourra être administré immédiatement ou peu de temps après l’empoisonnement , il n’en estpas moins vrai que presque toujours, pour ne pas dire toujours, dans la pra= tique, on retirera plus d'avantages de l’albumine que du protosulfure de fer, parce que celui-ci, ne se débitant que dans les pharmacies, ne pourra être ingéré qu’au bout d’un temps assez long, et lorsque le su= blimé aura déjà exercé ses ravages, tandis que le blanc d'œuf délayé dans l’eau , qui est à la portée de tout le monde, pourra être donné peu d’instants après l’intoxication.

Acide sulfhydrique.— Exrémence XI. — L’acide sulfhydrique gazeux ou liquide décompose le sublimé corrosif à la manière des sulfures : aussi tous les animaux auxquels je l'ai administré ont péri au bout d’un temps plus ou moins long. On doit donc le rejeter, quoique recommandé par des savants distingués.

Sucre. Marcelin Duval rapporte qu'après avoir donné à un chien ün morceau de lard qui recélait 1 gramme 30 centigrammes de sublimé Corrosif, cet animal éprouva des accidents qu’il parvint à apaiser en lui administrant une grande quantité d’eau sucrée (1). J'ai voulu déterminer si cet effet était dû au sucre ou bien au véhicule avec lequel il élait uni,

Exrérience XII. — Cinquante centigrammes de sublimé, dissous dans 60 grammes d’eau distillée, ont été donnés à un chien de moyenne taille. On lui a fait manger sur-le-champ 90 grammes de sucre blanc pulvérisé ; deux minutes après, il a vomi une très-grande quantité de matières alimentaires ; il a éprouvé des douleurs très-vives , il s’est beaucoup agité, et il a expiré au bout de deux heures. L’estomac était enflammeé. gt ul + OS

(1) Ouvrage cité, p. 38.

Expérience XIII. — On a donné à un lapin 30 grammes de sucre pulvérisé; immédiatement après on lui à fait prendre 10 centigrammes de sublimé dissous dans 30 gram. d’eau, on lui a de nouveau donné 30 gram. de sucre : il est mort au bout de quatorze minutes. Ces faits prouvent évidemment que le sucre n’agit pas comme contre-poison du sublimé, et que les. bons effets qu’on obtient de l’eau sucrée dépendent de l'énorme quantité de liquide qu’elle contient. C’est ce qui sera mis hors de doute par lexpérience suivante.

Expérience XIV. — On a fait boire à un chien environ 250 grammes d'eau ; deux minutes après, on lui a administré 50 centigrammes de sublimé dissous dans 180 grammes de ce même liquide. L'animal a beaucoup vomi. On a continué à lui donner de l’eau lors même qu’il ne vomissait plus : au bout de vingt-quatre heures, il était parfaitement rétabli.

Quinquina. M. Chansarel a annoncé qu'il avait fait prendre 50 centigrammes de sublimé corrosif à un chien, et que l'animal avait été guéri par une infusion de quinquina calisaya. L'auteur a conelu de ce fait que le quinquina était le contre-poison du sublimé (1).

Expérience XV. — L’œsophage d’un chien de moyenne taille a été détaché des parties environnantes et percé d’une petite ouverture par laquelle On a injecté dans sonestomac 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau. Une minute après, on a introduit dans ce viscère 210 grammes d’une infusion chargée de quinquina calisaya, et on à lié l'œsophage au-dessus de l'ouverture, pour empêcher le vomissement, L'animal n’a pas tardé à faire de grands efforts pour vomir , il s’est couché, et il est resté dans une immobilité complète ; une heure après, il a eu une selle presque liquide, et il est mort au bout de cinq heures.

L'inflammation de la membrane muqueuse de l'estomac était des plus intenses vers la portion cardiaque et dans tout le fond de ce viscère ; elle était d’un rouge noir, extrêmement durcie, et fortement adhérente au plan musculaire ; celle qui revêt la portion pylorique était très-rouge, mais beaucoup moins enflammée.

I y avait dans ce viscère une portion du liquide injecté et une trèsgrande quantité de mucosités gluantes.

Expérience XVI. — La même dose de sublimé a été injectée par le même procédé dans l'estomac d’un autre chien très-fort ; immédiatement après On lui a administré 240 grammes d’infusion très-chargée de quinquina gris. L'animal est mort au bout de cinq heures, et on a trouvé, à peu de chose près, les mêmes altérations que celles dont je viens de parler.

Ces expériences prouvent que l’infusion de quinquina n’est d'aucune ulilité comme contre-poison du sublime.

2 TE EE NER er CRE E TQU OT TG ENE tira

(1) Chansarel, Observations sur diverses substances vénéneuses , p. 47; Bordeaux , 1807,

Mercure. On trouve dans une ancienne épigramme d’Ausonius qu'une femme donna à son mari du mercure métallique, dans le dessein d'accroître l’énergie d’un certain poison qu’elle venait de lui faire avaler Loin de produire cet effet, le mercure rétablit entièrement la santé de l'individu empoisonné.

Le célèbre Goethe demande au professeur Doebereiner d'Iéna que était le poison qui avait été pris. Ce savant pense que c'était le sublime corrosif, puisque, de tous les poisons connus, c’est le seul dont l’actior puisse être affaiblie par le mercure. s

IL m'a semblé utile de tenter quelques expériences pour éclaircir & fait.

Expérience XVII — Quatre grammes de mercure métallique ontét donnés à un lapin ; immédiatement après on lui a fait prendre 15 centi. grammes de sublimé dissous dans 60 grammes d’eau : il a éprouvêmur tremblement général, et il est mort treize minutes après. |

Expérience XVIII, — On a fait avaler 50 centigrammes de sublime liquide à un chien très-fort ; une minute après, on lui à administré 4 gram. de mercure métallique et on la muselé. Il a beaucoup souffert, et best mort au bout d’un quart d'heure. L’estomac n’offrait aucune trace d'in flammation ; il contenait environ 60 grammes de liquide, très-peu dem tière solide, et du mereure métallique terni par une légère couche de protochlorure de mercure. Le liquide contenait uné partie du subliménon décomposé. 4

On voit, par cette expérience: 1° qu’une portion de sublimé corrosil a élé décomposée par le mercure métallique, qui l’a transformée en protochlorure; 2 qu’une autre portion n’a pas été décomposée et a exerce son action vénéneuse; 3° qu’il est impossible que la totalité du poison puisse être décomposée, parce que le métal très-lourd occupe le fond\de l'estomac et ne se trouve pas en contact avec le liquide, et parce quil cesse d'exercer son action dès qu’il est enveloppé par la première couche de protochlorure; 4° enfin que le mercure ne doit pas être considéré comme le contre-poison du sublimé.

Limaille de fer et poudre d’or. On lit dans le n° de mars 1842du Journal de pharmacie, que le D' Buckler, à la suite d’expériencéssur les animaux, à proposé, comme contre-poison du sublimé corrosif, la limaille de fer el la poudre d’or, qui revivifient le mercure à l'état métallique et le précipitent à l’état d'amalgame. Pour que la réactionsse fasse bien, les deux métaux doivent être enveloppés par un liquide; pour cela, il faut que ceux-ci soient assez divisés pour rester pendant quelque lemps en suspension dans les fluides de l'estomac. On peut se procurer facilement de l’or en poudre fine, mais il est plus difficile d’avoir dela poudre de fer impalpable, Le D' Buckler propose de réduire de l'acier

DU BICHLORURE DE MERCURE. 687 en limaille au moyen d’une lime très-fine, et pour obvier à ce qui lui manque de finesse , il conseille de le tenir en suspension avec un peu de mucilage. Mais celui-ci épaissit les liquides, ce qui est déjà un inconvénient, et en outre, si le fer ne reste pas mêlé à l'or, il agit pour former du calomel, qui se réduit plus difficilement que le sublimé. Le D° Buckler fait mélanger l’or et le fer à parties égales. Il conseille d’ad- -minisirer 2 grammes 20 centigrammes de chacun de ces métaux ; si Le malade les rejette, il en faut de suite administrer une autre dose pareille. M. Barry conseille de faire le mélange des deux métaux d'avance (en le conservant dans un peu d’eau de chaux, pour préserver le fer de loxydation); on l’acidule légèrement et on l’administre. Suivant lui, les particules de fer doivent être dans un état de division tel, qu’elles puissent rester en suspension pendant une ou deux minutes dans le liquide.

M. John Barry rapporte que, pour constater la valeur du procédé, il fit dissoudre 50 centigrammes de sublimé corrosif dans 200 grammes d'eau tiède. Après avoir ajouté six gouttes d’acide sulfurique dilué à la mixture d’or et de fer , il le mélangea au poison et jeta le tout sur un filtre. Les premières gouttes qui passèrent, et cela une minute après ‘que le mélange avait été fait, ne contenaient plus du tout de mercure.

Exrérience XIX.-— Les essais que j'ai tentés sont loin de justifier l’assertion du docteur Buckler. Les chiens auxquels j'ai administré d’abord 4 grammes du mélange d’or et d'acier réduit en poudre impalpable, et suspendus dans 60 grammes d’eau légèrement acidulée, et qui ont pris immédiatement après 50 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau distillée, sont {ous morts au bout de quinze, dix-huit où vingt heures, après avoir fait de violents efforts pour vomir, et avoir horriblement souffert. L’œsophage de tous ces animaux avait été lié. À l'ouverture des cadavres, on trouvait çà et 1, sur la membrane muqueuse de lestomac et des intestins, des particules d’or et de fer séparées les unes des autres. L’inflammation du premier de ces viscères était des plus graves; non-seulement il était d'un rouge-cerise dans toute son étendue, mais on voyait encore à l’intérieur de nombreuses ecchymoses et une extravasation sanguine abondante.

D Ces faits suffisent et au delà pour qu’on n’accorde aucune confiance

“au contre-poison proposé par le D’ Buckler.

Expérience XX. — Bouillon. Le bouillon ne décompose pas le sublimé Corrosif avec assez d'énergie pour qu'on puisse le considérer comme Contre-poison ; cependant les chiens auxquels j'ai donné 50 à 60 centi-

grammes de sublimé, et qui ont pris 150 à 180 grammes de bouillon,

ont vécu plus longtemps que ceux qui avalaient le poison seul.

Albumine. La facilité avec laquelle l’albumine se combine avec le

sublimé corrosif, la nature du précipité qui résulte de cette décomposition, précipité qui me paraissait devoir être peu nuisible, enfin le désir de trouver un contre-poison parmi les substances d’un emploi fréquent et à la portée de tout le monde, sont autant de considérations qui m'ont porté à examiner si le blanc d’œuf ne serait pas l'an= tidote de ce corps. |

ExpériENCE XXI. — 3 grammes 3 décigrammes du précipité obtenu au moyen de lalbumine dans une dissolution de sublimé corrosif ont été donnés en poudre à un chien de taille moyenne : il n’a éprouvé aucune souffrance. La même quantité de ce précipité parfaitement lavé et'en gelée a été donnée à un lapin : il n’en est résulté aucune incommodité apparente, Un autre chien faible, et qui avait déjà avalé, quelques jours auparavant, une petite dose de sublimé, a pris 3 grammes 3 décigrammes de ce même précipité à l’état de gelée; il à vomi deux fois des matières blanchâtres sans éprouver la moindre souffrance, et il a été parfaitement rétabli. ExpérieNCE XXII. — 5 grammes de ce précipité en gelée, parfaitement lavé , ont été écrasés dans une dissolution d’albumine (6 blancs d'œuf délayés dans 500 grammes d’eau); au bout de trente-six heures, et après avoir agité plusieurs fois, on s’est assuré par les réactifs que Je précipité était en partie dissous dans l’albumine ; l’autre portion était suspendue dans le liquide. On à introduit le mélange dans l'estomac d’un chien robustéet de moyenne taille qui n’avait rien avalé depuis vingt-quatre heures, ébon a lié l’œsophage. Au bout de dix minutes , l’animal a fait des efforts pour vomir ; il a éprouvé des douleurs abdominales , et n’a pas tardé à rendrepar l'anus des matières fécales mêlées d’une partie du mélange employé : ces symptômes se Sont renouvelés plusieurs fois dans les quatre heures qui ont suivi l’empoisonnement , et ils n’ont cessé que pour faire place à un abattement ; léger d’abord , qui a duré pendant vingt-huit heures, c’est-à-dire Jusqu'au moment de la mort.

Ouverture du cadavre. L’estomac, très-contracté sur lui-même , contenait 30 grammes environ d’un liquide brunâtre, résultant sans doute. de celui qui avait été ingéré, et qui se trouvait coloré par la bile : ce même liquide, mêlé à des mucosités de la même couleur, remplissait une partie des intestins grêles. La membrane muqueuse de l’estomac présentait çà etlà, dans le grand cul-de-sac , des taches ponctuées d’un violet assez foncé, qui étaient rapprochées dans quelques endroits; on voyait la même altération dans le gros intestin. Les poumons étaient sains et crépitants. La membrane interne qui revêt les colonnes charnues du ventricule gauche du cœur était soulevée dans une grande étendue par de petits amas de sang qui formaient au-dessous d'elle des ecchymoses d’un rouge violet; en incisant les parois de cet organe dans les points correspondants, on voyait que les épanchements sanguins avaient également lieu entre les fibres charnues les plus superficielles. Il est évident que dans cette expérience le mélange n’a agi comme poison que par la portion qui était dissoute dans l’albumine, car nous venons de voir (expérience 21) que la partie qui n’était que suspendue n’exerce

aucune action : toujours est-il que les effets de la portion active ont été beaucoup moins intenses que ceux d’une même dose de sublimé corrosif, puisque celle-ci aurait tué l'animal, dans l’espace d’une ou de deux heures, letqu'elle aurait produit des désordres beaucoup plus graves dans le canal

| Je dirai, à cette occasion, que l’on a singulièrement exagéré les incon- |vénients qui peuvent résulter de là dissolution du précipité albuminoso- |mercuriel dans l’albumine; il semblerait, à entendre certaines per- |sonnes que ce précipité se dissout dans lalbumine aussi facilement que le sucre dans l’eau. Il n’en est rien : que l’on agite pendant quelque (temps une petite proportion de ce précipité dans beaucoup d’albumine è letl'on s’assurera qu’il faut une grande quantité de cette matière ani-

[male pour dissoudre ce{te petite proportion de précipité. | ï

… Exrérrence XXII. — On a délayé six blancs d’œufs dans 120 grammes d'eau; le liquide résultant a été filtré et mêlé avec 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau : aussitôt l’action du sublimé sur le blanc d'œuf a eu lieu, et l’on s’est assuré que tout le poison lavait été combiné avec l’albumine contenue dans les six blancs d’œufs, On injecté le mélange dans l'estomac d’un chien de moyenne taille, et on a lémpêché le vomissement au moyen de la ligature de l'œsophage ; l’animal a (fait de grands efforts pour vomir, et il à paru incommodé; une heure après, il à eu une selle presque liquide. Au bout de vingt-quatre heures, il était abattu , triste ; il avait une soif ardente, et le pouls donnait 120 pulsations par minute. On lui a détaché la ligature de l’œsophage , qui était beaucoup trop serrée ; il a bu une très-grande quantité d’eau. Le lendemain, il était peu près dans le même état, et il est mort trois jours après l'injection.

L’estomac et le canal intestinal étaient parfaitement sains ; 1]s ne présentäient aucune trace d’inflammation; l’œsophage était fortement enflammé, presque gangrené dans l’étendue de 2 centimètres, près de l'endroit où la ligature avait été faite; il était presque coupé là où le fil avait été appliqué.

Expérience XXIV.— On a détaché et percé d’un trou l'œsophage d’un petit chien très-faible ; on a introduit dans son estomac 30 centigammes de Sublimé corrosif dissous dans 45 grammes d’eau distilée ; immédiatement après, on lui a fait prendre huit blancs d'œufs délayés dans un litre d’eau: ibest mort au commencement du quatrième jour sans avoir poussé le moindre cri plaintif. Quelques heures avant d’expirer, il était abattu, se tenait Couché sur le ventre, et paraissait souffrir un peu. L’estomac n’offrait au- Cüne trace d’inflammation ; la membrane interne présentait seulement quel- “ques plaques roses, couleur naturelle à la membrane muqueuse de l’estoäc de ces animaux, et que l’on remarque chez ceux qui n'ont pas avalé des substances vénéneuses. Les intestins n'étaient le siége d'aucune altération, Pa plaie de l'œsophage était fétide, noire et comme gangrenée.

Page 1