‹ Traité de toxicologieChapitre 76 sur 103 · FE · texte numérisé non relu

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Exrérrence XXV.—On a introduit dans l'estomac d’un petit chien, 4 l'aide d’une sonde de gomme élastique, 60 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau; au bout de huit minutes, il avaiteu trois vomissements de matières épaisses, violacées et peu abondante On

injecté huit blancs d'œufs délayés dans 60 grammes d'eau; ilen.a vomi une partie sur-le-champ; quelques instants après, il a vomi de nouveau , et les matières rejetces étaient blanches, troubles, et ressemblaient entièrement au précipité d’albumine et de sublimé corrosif. Cinq jours après, l'animal, qui avait peu souffert, était très-bien portant.

Expérience XX VI. — À onze . dix minutes, on fit avaler à un petit chien très-faible, 45 centigrammes de chine corrosif dissous dans 60 grammes d’eau distillée : l’animal souffrit beaucoup, et tomba dansun abattement tel, que tous les élèves qui étaient présents à cette opération crurent qu'il était mort. Un quart d’heure après, revenu à lui-mêmeul vomit pour la première fois des matières blanchâtres peu abondantes. On hi adminis{ra sur-le-champ de l’eau dans laquelle on avait délayé de lalbumine : il la vomit au bout de cinq minutes. À onze heures quaranté minutes, on lui fit prendre de nouveau de l’eau albumineuse qui ne fut point rejetée; on en donna encore quatorze minutes après, et il ne la rendit point, On peut évaluer la quantité de boisson qu'il avala à 436 grammes d’eau contenant l’albumine de sept à huit blancs d'œufs. Le soir, il paraissait fatigué et un peu abattu. Le lendemain, il mangea avec appétit, et il # portait à merveille, vingt jours après l'expérience. FA

Plusieurs {entalives que j'ai faites sur d’autres animaux placés p les mêmes circonstances que celui dont je viens de parler, n’ont pas été aussi heureuses; il arrive souvent qu’ils meurent quand on leuk donne l’albumine plusieurs minutes après leur avoir fait avaler le su= blimé : presque toujours cela tient à l'impossibilité dans laquelle onest de la leur faire prendre aussitôt qu’ils commencent à ressentir les dou: Leurs du caustique ; et lors même qu’on est parvenu , à laide de sondes, à en introduire dans leur estomac une certaine quantité, ils s'efforcent à la rejeler avant qu’elle ait eu le temps de se combiner avec le poison: Mais, je le répète, on ne saurait tirer de conclusion rigoureuse nhen faveur ni contre les réactifs chimiques proposés comme contre-poisons; qu’auftant que l’œsophage des animaux a été lié: aussi regarderaije les expériences 22 et 23 comme étant de peu de valeur.

Exvénience XXVIL — Soixante centigrammes de sublimé dissous dans 60 grammes d’eau ont été donnés à un chien de taille moyenne; immés diatement après, on a injecté trois blancs d'œufs délayés dans 90 grammes d’eau, ef on lui a lié l’œsophage pour empêcher le vomissement. L’animal a fait de grands efforts pour vomir; douze heures après, il est mort avec tous les signes de l'empoisonnement par le sublimé, La membrane

müqueuse de son estomac était fortement enflammée, surtout vers la portion cardiaque ; elle était noirâtre et très-dure; celle qui revêt le duodénum et le pylore était injectée d’une manière extrêmement sensible.

Expérience XX VIII. — Soixante centigrammes de sublimé corrosif dissous dans l’eau ont été mêlés avec deux blancs d'œufs délayés dans 120 grammes d'eau ; on a donné le mélange à un chien très-fort qu'on a muselé; des

souffrances horribles, des vomissements de matières blanches épaisses , des selles abondantes et une agitation extrème ont précédé la mort qui est sur venue deux heures après.

— À l'ouverture, on a trouvé l'estomac contenant (rès-peu de matières liquides, fortement enflammé dans son intérieur et sans aucune trace de gangrène ; la membrane muqueuse intestinale était parfaitement saine. ÆExrérience XXIX.—Deux lapins , auxquels on a donné 10 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 30 grammes d’eau et mêlés avec un blanc d’œuf délayé dans l’eau, sont morts quatre minutes après avoir pris le breuvage.

» 11 résulte de ces expériences et de beaucoup d’autres analogues : {° que le précipité d’albumine et de sublimé corrosif peut être pris sans danger à forte dose ; 2° qu'il est vénéneux lorsqu'il est dissous dans l’albumine, mais qu’il l’est beaucoup moins que le sublimé corrosif ; 3° que lorsqu'on administre du sublimé corrosif mêlé avee une quantité de blancs d'œufs plus considérable que celle qu’il faudrait pour obtenir le précipité, les animaux périssent, si on a empêché le vomissement, ce qui dépend de la dissolution du précipité d’albumine et de sublimé dans excès d’albumine : toutefois, l’action de ce mélange est beaucoup Moins énergique que celle du sublimé, puisque les animaux tardent beaucoup plus à périr , et qu'après la mort, on trouve à peine ou on ne découvre point des traces d’inflammalion dans le canal digestif (voyez | expér. 21, p. 688) ; 4° que les chiens, qui ont avalé 60 ou 75 centigrammes de Sublimé, et auxquels on a laissé la faculté de vomir, périssent l r irement lorsqu'on leur fait prendre abondamment du blanc d'œuf dé- | lavé dans l’eau, ce qui dépend de la propriété qu’a l’albumine de se com biner avec le Blue qu’elle trouve dans l’estomac, et de favoriser le |IWNomissement : en effet, le poison est rejeté à mesure qu’il se combine, étW'on a par conséquent peu à redouler l’action de la portion du pré- |MCipité qui pourrait être dissous par l'excès d’albumine ; 5° que tous les atimaux qui ne prenbent pas une assez grande quantité de blancs d'œufs | Meurent au bout de trois ou quatre heures, lors même qu’ils n’ont avalé que 60 centigrammes de sublimé, ce qui est d'accord avee ce que j'ai | établi ailleurs, savoir : que le sublimé corrosif, mêlé avec une quan- | tité moyenne d’albumine, donne un liquide dans lequel il y a encore du | Süblimé, et qui doit par conséquent agir comme poison; 6° enfin, que | dé toutes les substances proposées jusqu’à ce jour comme antidote du

692 DES POISONS fRRITANTS MINÉRAUX.

sublimé corrosif, l’albumine, employée en quantité convenable, és! la plus utile, quoiqu’elle ne neutralise pas complétement les propriétés vénéneuses de ce poison, parce qu’elle peut être prise impunément, qu’elle forme avec le poison un corps nullement délétère lorsqu'il nes! pas dissous, enfin parce qu'elle est à la portée de tout le monde, et que son application peut être faite immédiatement après l’ingestion du poison.

ExPéRIENCE XXX.— Jaunes d'œufs (voy. p. 712). — J'ai mêlé 30 grd sublimé corrosif dissous dans 220 gr. d’eau distillée avec douze jaunes d'œufs: après avoir bien agité le mélange, j'ai laissé reposer le précipité; la Wiqueur a été décantée trois Jours après, et le précipité a élé lavé pendan huit jours, jusqu’à ce que l’eau de lavage ne se colorät plus par un cou rant de gaz acide sulfhydrique; le précipité, mis sur un filtre et presque sec, pesait 45 grammes; je présume qu'en le desséchant davantage, il aurai pu perdre encore 5 grammes. J’admettrai donc qu'il ne pesait en réalit que 40 grammes; tout porte à croire qu'il existe dans ce précipité sec unt proportion de composé mercuriel plus forte que celle qui se trouve dansk précipité albuminoso-mercuriel, et que dès lors les 40 grammes devaie contenir au moins 2 grammes d’une préparation mercurielle quelconque puisque M. Lassaigne a trouvé 5 ou 6 pour 100 de sublimé corrosif dm le précipité albuminoso-mercuriel sec. J'ai administré à un chien d moyenne taille, assez robuste et à jeun, les 40 grammes du précipité jaum mal desséché dont je parle, et j'ai lié l’œsophage sans le percer. L'animal eu plusieurs selles, dans les six premières heures qui ont suivi l’empoisonne ment, etil a rendu quelques fragments du précipité qu’il avait avalé; il a fai des efforts pour vomir, et il a paru souffrir. Huit heures après l’empoison nement, j'ai délié l’œsophage ; peu de temps après, l’animal a vomi des ma: tières muqueuses blanches et des fragments du précipité jaune; il a encore eu une selle de même nature. Le lendemain , il était abattu et sous lin: fluence évidente d’un toxique mercuriel ; il refusait les aliments et les bois sons. Il est mort trente-huit heures après l’empoisonnement. A l'ouverture du cadavre, le canal digestif ne présentait pas de traces sensibles d’inflam. mation.

Ge fait, insuffisant sans doute pour motiver une conclusion rigoureuse, est cependant de nature à engager les médecins à administrer des jaunes d’œufs délayés dans de l’eau , en même temps que l’on donne l’albumine ; il n’y a aucun inconvénient à agir ainsi, et il n'est pas impossible qu'on retire quelques avantages de son emploi.

Gluten. Guidé par les expériences que j'avais faites sur l’albumine, M. Taddei a proposé de remplacer celte substance par le gluten (voyez iecherches chimiques el médicales snr un nouvel antidote contre We sublimé corrosif, par J. Taddei; Paris, 1822). On fait une pâte liquide en triturant dans un mortier cinq ou six parties de gluten frais avec

dix parties de dissolution de savon de potasse (savon mou), et à défaut de celui-ci, de savon dur ; quand on n’aperçoit plus de gluten, on expose l’'émulsion à la chaleur de l’étuve sur des assiettes ; dès qu’elle est sèche, on la détache, on la réduit en poudre et on l'enferme dans des carafes de verre. Lorsqu'on veut s’en servir, on la jette dans une tasse contenant de l’eau à la température ordinaire ; on la remue avec une cuiller et on en fait avaler.

Voici les faits qui, d’après M. Taddei, établissent la supériorité du gluten sur l’albumine : 1° il en faut beaucoup moins pour décomposer la même quantité de sublimé corrosif; 2° l’albumine exige un certain témps pour être délayée dans l’eau, et dans le traitement d’un empoi- Sonnement il faut agir promptement ; 3° le blanc d’œuf ne peut exercer qu'une action faible sur le bioxyde de mercure, sur les sous-sulfates , et le sous-azotate de mercure, produits insolubles , tandis que le gluten pulvérisé , agissant à la fois physiquement et chimiquément, enveloppe ces poisons, se combine avec eux , et les dénature ; 4° la plus petite quantité de dissolution de sublimé est précipitée en flocons par émulsion glutineuse; tandis qu'avec l’albumine , on n’obtient qu’un liquide laiteux qui ne précipite qu’au bout de quelques heures , et même alors l'albumine retient une partie du précipité en dissolution.

Je suis loin de vouloir contester Le mérite de l’émulsion glutineuse proposée par M. Taddei; je reconnais qu’elle doit être d’une grande utilité dans l’empoisonnement par le sublimé corrosif : toutefois je pense que l’albumine lui sera souvent préférée, parce qu’elle est à la portée de tout le monde, et que son emploi facile est suivi de suecès toutes les fois qu’on l’administre à temps.

Charbon. M. Bertrand, médecin au Pont-de-Château, a publié en 1813 des expériences qui l'ont porté à croire que le charbon de bois pourrait arrêter l’action délétère du sublimé corrosif.

Voici comment l’auteur s'exprime.

Exrémence XXXL. — Le 2 février 1811, à dix heures du matin, je donna? À un chien âgé de six mois, qui avait l'estomac vide, 30 centigrammes de sublimé corrosif et 40 de poudre de charbon de bois mêlés ensemble dans une portion de boyau de volaille lié à ses deux extrémités. Get animal n’en fut nullement incommodé. Le soir, il mangea la soupe avec appétit ainsi que les jours suivants.

Expérience XXXIL — Le 24 du même mois, à dix heures dix minutes du Matin, le même chien prit encore 30 centigrammes de sublimé dans du beurre. Un quart d'heure après, il éprouva des efforts très-violents qui amenèrent bientôt des vomissements glaireux répétés et de plus en plus sanguinolents. Il était dans un état d’agitation vraiment douloureux, tenait sa tête toujours baissée , l'appuyait même quelquefois sur le sol comme pour

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la soutenir, et avait un reserrement télanique des mâchoires. A une heure moins vingt minutes, je lui fis avaler de l’eau de charbon tiède et miellée, en la dirigeant avec l’une et l’autre commissure des lèvres dont je formais une espèce d’entonnoir. Les efforts de vomissement et les vomissements sangulnolents devinrent un peu moins violents et moins répétés. À une heure quarante minutes, je donnai une autre prise de decoctum de poudre de charbon qui, cette fois, fut rendu plus épais, parce que l’animal, dont les mâchoires n étaient plus serrées, pouvait l’avaler plus facilement dans cet état, et dès lors les vomissements cessèrent entièrement. À deux heures et demie, le chien paraissait encore triste, mais tranquille; il refusa de manger de la viande

et empécha les autres chiens de s’en approcher par des attaques vigoureuses. À cinq heures, il eut quelques épréintes, et commença à prendre un peu de nourriture. Dès le lendemain , toutes les autres fonctions s’exée eutaient comme dans l’état naturel. fl

Expérience XXXIIL. — Le 6 février 1813, à huit heures du matin ,fé pris à jeun 20 centigrammes de sublimé corrosif dähs une tasse d’un fort decoctum de poudre de charbon de bois, sucré et aromatisé avec de l’eau de fleurs d'oranger. À huit heures vingt minutes Je ressentis une petite dou leur comme oppressive à la région précordiale, avec un peu de chaleur à l'estomac; j'éprouvai pendant une heure une très-légère sensation de soif que je ne cherchai point à satisfaire. A dix heures, ne ressentant pas la

moindre douleur, je déjeunai avec appétit, et je n’en fus nullement incom modé (1).

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Je me suis empressé de répéter les expériences que M. Bertrand à faites sur les chiens , en les multipliant et en les variant autant que je l'ai jugé nécessaire, et j'ai obtenu des résultats qui me permettent d’at firmer que ni le charbon ni l’eau de charbon ne sont des contre-poison du sublimé corrosif (voy. P. 33). à

Avant d'exposer les faits au moyen desquels je combats l’assertion de M. Bertrand, il est utile de rappeler, 1° que j'ai établi, d’après utie mul titude d'expériences, que Les recherches faites sur les contre-poisons ne sauraient avoir de valeur qu’autant qu’on a lié l’æsophage aux animaux auxquels on a fail avaler le poison ; 2° qu’on ne doit considérer comme contie-poisons des substances irritantes que les matières qui agissent assez efficacement sur elles pour les empêcher d’enflammer où dedétruire les issus avec lesquels on les met en contact (voy. p. 31): 0r le charbon donné à forte dose ne s'oppose en aucune manière aux effels corrosifs du sublimé lorsqu'on empêche le vomissement ; il en est de même dans presque tous les cas où l’œsophage n’a point été lié.

(1) Journal général de médecine, décembre 1813; et Annales de clinique de Montpellier, novembre de la même année.

Exrénisncr XXXIV. — On a détaché et percé d’un trou l'œsophage d’un

petit chien; on à introduit dans son estomac, à l’aide d’un cornet de papier, 90 centigrammes de sublimé corrosif parfaitement trituré et mêlé, dans un mortier d'agate, avec 6 grammes de charbon que l'on avait passé au tamis; na lié l'œsophage au-dessous de l'ouverture afin d'empêcher le vomissement. Le lendemain, l'animal n’avait point eu de déjections alvines ; il avait fait quelques efforts pour vomir; il était abaltu , et poussait des cris plaintifs de temps en temps. L’abattement augmenta de plus en plus, et1l mou- Tut à la fin du troisième jour de l'opération. La membrane muqueuse de Véstomac était un peu rouge; mais elle offrait, auprès du pylore, six petits uleéres de forme cireulaire et à bords noirs : la tunique musculeuse correspondant aux endroits ulcérés était rouge.

MES mence XXXV. — Un animal de même taille, dont l’œsophage était lié, et auquel on avait fait prendre le composé provenant de l’action de 14 grammes de sublimé corrosif sur de l’albumine, vécut cinq jours et demi , et le canal digestif w’offrit aucune altération après la mort.

Expérience XXXVI. — À dix heures ct demie, on a détaché et percé d'un trou l'œsophage d’un petit chien; on a introduit dans son estomac 30 grammes de charbon passé au tamis et enveloppé dans deux cornéis de papier. Immédiatement après, on a fait arriver dans le même viscère 40 cenligrammes de sublimé corrosif dissous dans 90 grammes d’eau et mêlés avec 4 grammes de charbon tamisé; on à lié l’œsophage. Quelques instants après, l'animal s’est considérablement agité; il a éprouvé des souffrances cruelles; il a poussé des cris excessivement plaintifs ; il s’est roulé par terre, et il a expiré à deux heures et demie. L’estomac contenait environ 125 ‘érammes d’un liquide, au fond duquel il y avait une très-grande quantité de charbon; la membrane muqueuse de ce viscère, d'un rouge vermeil dans toute son étendue, était évidemment enflammée. En analysant le liquide , on s’assura qu'il renfermait encore du sublimé. Cette expérience prouve évidemment que le charbon , à une très-forte dose, ne décompose point ce poison dans l'estomac.

Erpénence XXXVIL. — À midi trente-cinq minutes, on a détaché et Pércé d’un trou l’œsophage d’un chien de moyenne taille; on a introduit dans son estomac 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 45 | grammes d’eau distillée ; immédiatement après, on a fait arriver dans ce même viscère un litre d’eau que l'on avait fait bouillir pendant une demi- | heure sur 60 grammes de charbon, que l'on avait filtrée, et dans laquelle | on avait suspendu 6 grammes de la même substance ; on a lié l’œsophage. | Six minutes après, l'animal s’est couché sur le ventre, à commencé à se | plaindre , et a fait, à plusieurs reprises, des efforts infructueux de vomis- | sement. À une heure quatorze minutes, il souffrait horriblement, offrait | Un tremblement général, et continuait à avoir les plus grandes envies de | vomir. Vingt minutes après, | a eu une selle composée de matières liquides | mêlées d’une petite quantité d'excréments solides ; il faisait des hurlements | affreux, et s’efforçait de nouveau de vomir, À six heures du soir, il était

très-abattu. Il est mort dans la nuit. L'œsophage ne présentait aucune altération; la membrane muqueuse de l'estomac, couleur de lie de vin, Offrait plusieurs taches noires ayant l'apparence d’eschares , et qui étaient formées par du sang noir décomposé, et épanché entre cette tunique et la membrane musculeuse. À l'extérieur, ce viscère était d’un rouge clair. Les intestins étaient un peu enflammés. Len | Expérience XXX VIII. — À une heure vingt-cinq miuutes, on à fait avaler à un petit chien robuste 25 centigrammes de sublimé corrosif parfaitement mêlé avec 2 grammes 20 centigrammes de charbon finement pulvérisé, Cinq minutes après, l’animal à vomi une petite quantité de matières épaisses, d’un bleu noirâtre; ces vomissements se sont renouvelés quatre fois, dans l’espace des vingt premières minutes qui ont suivi immédiatement l'ingestion du poison. À deux heures, il paraissait souffrir, et Jespirait avec difficulté ; il a eu de nouveau un vomissement bilieux après avoir fait les plus violents efforts. À sept heures du soir, il était couché sur le ventre, et dans un grand état d’insensibilité. On a voulu le faire tenir sur ses pattes; mais les extrémités postérieures étaient tellement faibles, qu’elles ont fléchi tout à coup, et il est tombé de suite sur le côté. Il a expiré dans la nuit, La portion de la membrane muqueuse qui avoisine le cardia offrait deux cercles de la grandeur d’un écu de 3 francs, noirs, durs, comme tannés, que le scalpel détachait avec peine; dans le reste de son étendue, elle était d'un rouge vif; les intestins paraissaient être dans l’état naturel. ExrérencE XXXIX. — À une heure trente-cinq minutes, on a donné à un chien très-fort 60 centigrammes de sublimé corrosif trituré avec 5 grammes 5 décigrämmes de charbon; au bout de six minutes, l'animal a vomi sans effort des matières alimentaires noircies par le charbonsces vomissements s'étaient renouvelés quatre fois, à une heure quarante-six minutes; il était couché sur le ventre, et paraissait souffrir un peu. Le Jendemain matin, il a refusé les aliments et les boissons; il poussait des cris plaintifs, et il a vomi du sang. A dater de ce moment, il est tombé dans un abattement remarquable, et il est mort le jour suivant, à huit heures du soir, cinquante-cinq heures après l’empoisonnement. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge excessivement foncé dans toute son étendue ; elle offrait çà et 1à des taches noires formées par du sang veineux extravasé sur la tunique musculaire. L'intérieur des intestins grêles était d’un rouge écarlate. | EXPÉRIENCE XL: — À une heure vingt et une minutes, on a fait avaler à un chien très-fort, quoique de moyenne taille, 50 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau distillée ; cinq minutes après, il a vomi des matières molles, peu abondantes. À une heure trente et une minutes, on Jui a adminisré de l’eau contenant beaucoup de charbon en suspension , qu'il n’a point {ardé à vomir. À une heure quarante minutes, on lui a fait prendre une nouvelle dose d’eau et de charbon finement pulvérisé ; trois minutes après, il a eu des vomissements abondants. Enfin, à une heure cinquante minutes, on l'a forcé de nouveau à avaler du charbon

suspendu dans l’eau, qu’il a rejeté au bout de deux minutes. Il n'avait cessé

de souffrir depuis le moment de l’ingestion du poison ; il avait poussé des cris plaintifs et s'était roulé plusieurs fois par terre. On peut évaluer la quantité de charbon ingéré à 15 grammes, et l’eau dans laquelle il était suspendu à 360 grammes. À sept heures du soir, il a vomi du sang, et il éprouvait des souffrances cruelles. Le lendemain matin, il a refusé les aliments et les boissons, et il est mort à six heures du soir. L’estomac était raconi ; inflammation de la membrane muqueuse était portée au dernier dépré; cette tunique était noire et excessivement dure. Les intestins, rouges

dans leur intérieur , étaient évidemment enflammés.

M Exrémence XLI.— À une heure vingt-cinq minutes, on à fait prendre à Un chien de moyenne taille 30 centigrammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes d’eau et mêlé avec 4 grammes de charbon : au bout de

deux minutes, il a vomi une grande quantité de matières noires; il s'est

roulé par terre dans un état de grande agitation, et il a vomi des matière

blänches, écumeuses, peu abondantes. À une heure quarante minutes, on lui a fait avaler 4 grammes de charbon suspendu dans 16 grammes d’eau, ébil ne l’a point rendu; on lui en a donné autant dix minutes après, Sans qu'il l'ait vomi. À sept heures du soir, il poussait des cris plaintifs et il

était couché sur le ventre. Le lendemain , il a mangé un peu de pain etil Continuait à se plaindre. Le troisième jour, il était assez agile ; il a mangé @t il s’est échappé. Ce chien a-t-il péri? Je crois que non, d’après l'état dans

léquel il se trouvait le jour de sa fuite. Mais peut-on conclure que, dans cette expérience, le charbon ait empêché les effets meurtriers du sublimé

-corrosif? Non, certes : n'est-il pas robable que l'animal a dû son rétablis- 9 li

“sement à l'expulsion prompte du poison, qui s'était d’ailleurs en partie

combiné avec les matières alimentaires contenues en assez grande quantité

dans l'estomac ?

Iodure de potassium (voy. le travail de M. Melsens, à l’article Traite-

ment de l’empoisonnement par les composés plombiques ).

Je vais maintenant indiquer la marche que le médecin doit suivre

dans le traitement de l’empoisonnement par le sublimé corrosif.

ere 4 " . pie Dès les premières apparences des symptômes qui le caractérisent, on

“féra prendre au malade quelques verres de blanc et de jaune d'œuf délayés dans l’eau, ou d’émulsion glulineuse (Voy. expér. 21 et suiv.):

à défaut de ces substances, on donnera de la décoction de graine de lin, de racine de guimauve, de feuilles de mauve, ou de l'eau de riz, de

Veau sucrée, des bouillons gélatineux, et même de Peau commune à la

température de 25 à 30°; par ce moyen, l'action du sublimé se trouvera

affaiblie, et l'estomac rempli de liquide. La plénitude de ce viscère

déterminera le vomissement , et par conséquent l'expulsion d’une cer-

fine quantité du poison. On continuera à faire boire abondamment, ant que le vomissement aura lieu, et jusqu'à ce que les accidents soient

considérablement diminués. Si l'individu ést tellement organisé qu'il ne puisse pas vomir, On aura recours au moyen proposé par Boerhaave (voyez page 30).

L'observation suivante prouve combien il est avantageux, dans l’empoisonnement qui m'occupe, de gorger les malades de liquides.

Il y a environ cinquante ans que le pharmacien chargé de préparerda dissolution de sublimé corrosif dont on fait usage à l’hospice des Vénériens, par mégarde, employa une plus grande quantité de sublimé qu'il m'en fallait pour obtenir la boisson convenable, Deux cents malades soumis au traitement anlivénérien prirent une portion de ce liquide et furent empoisonnés. Des douleurs déchirantes à l’estomac et dans tout l’abdomen,-des vomissements copieux et un resserrement à la gorge, furent les symptômes qui annoncèrent les premières atteintes du poison. Gullerier, chirurgienen chef de cet hospice, instruit de cet événenement, eut sur-le-champ recours aux boissons mucilagineuses ; il ordonna du lait, de la décoction de graine de lin et de l’eau tiède ; il fit prendre à chaque malade environ 7 à 8 litres de liquide dans l’espace de six à sept heures, et au bout de ce témps 16 accidents étaient presque dissipés : dix ou douze malades seulement ressen* tirent des douleurs à l'estomac pendant douze on quinze jours, mais aucun ne mourut. La douleur était d'autant plus vive que l’estomac était plus vide, et elle était presque nulle immédiatement après l’ingestion du liquide. Cul lerier ignore quelle dose de sublimé corrosif fut donnée à ces malades, mais il pense que le minimum fut de 10 à 15 centigrammes (1).

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