‹ Traité de toxicologieChapitre 77 sur 103 · GE GER · texte numérisé non relu

GE GER

(1) L'observation suivante de Sydenham a pour objet un empoisonnement de sublimé guéri par l’eau.

Duobus abhinc mensibus quidam in vicinia me rogabat ut servum inviserem, qui haud modicam mercurii sublimali corrosivi quantitatem dez glutiverat. Hora fere elapsa erat, a qua venenum hauseral, cum ad eumn -accederem ; jamque os et labia valde intumescebant. Vehementer ægrotæ bat, ardente ventriculi dotore, caloreque tantum non confectus. Ego tres aquæ tepidæ congios (environ 9 litres de Paris) repetitis haustibus summna qua polui celerilaie ct diligentia ebibendos inperavi, alque ut toties nova ingerereltur copia, quoties ventriculus jam ingestam per vomilui ejeceral : volui eliam ut eluerentur intestina aqua tepida sine ullo add tamento copiose per sedem injecta, ubi primum ventris tormina admonerent venenum jam per inferiora exitum quærere. Paruit miser, jam vilæ avidus, el plures etiam aqueæ libras quam præscripserim, absorpsit. Amitis qui ægro utpole in casu insolilo, assiderent, ab eo didicerunt, quas primum evomuil aquas guslu perquam acres fuisse, sale scilicet venenalo plenius esaturatas ; singulis autem vicibus rejectas aliquam semper acredinis partem amiültere, donec tandem nihil prorsus saperent. Quæ mo0% ur- Scbant tormina, sola aqua injecta ad modum encematis leniebantur. HoC tamen nullo rerum apparalu, benedicente numine, intra paucas horas convaluil æger, nisiquod labia non statim detumescerent, ore eliam a ve=

Les boissons abondantes albumineuses et mucilagineuses doivent être référées aux divers émétiques pour provoquer ou favoriser le vomisement , lorsqu'on a été empoisonné par le sublimé corrosif; en effet, es boissons jouissent du triple avantage de pouvoir être administrées vec promptitude , d’expulser le poison après s’élre combiné avec lui, t de modérer l’irritation qu’il aurait déjà produite (1).

En employant ces boissons, il faut surtout se rappeler que leur effacilé dépend principalement de leur quantité, el-que par conséquent lMaut les administrer lors même que le malade ne se sent aucune envie le boire.

Les huiles et les substances grasses ne sont en général d'aucune utiilé, et doivent être abandonnées, parce qu'elles peuvent s'opposer à 'action des vrais dissolvants.

Le traitement de cet empoisonnement devra ètre plus actif si les ganes du bas-ventre sont phlogosés. Ainsi il n’est pas rare de voir une gastrite, une entérite, et même une péritonile , se développer à la uile de cet accident : ce cas, en général fâcheux, exige de la part du médecin une très-grande attention. Si l’inflammation n’est qu'à sa première période , il faut avoir recours aux saignées générales et locales, À l'application, par exemple, de 10, 12, 15, 20 sangsues sur les régions louloureuses, Si l'individu est fort et vigoureux, il ne faut pas craindre de faire une ou deux saignées au bras, afin de prévenir, autant que possible , les inflammations violentes produites par ce poison. L'emploi des lavements émollients et narcotiques offre dans ce cas des avantages incontestables : on peut les préparer avec la décoction de racine de guimauve, de graine de lin, et avec du laudanum.

IL est essentiel de ne pas négliger de faire des fomentations émollientes sur toutes les régions de l’abdomen : on ne doit s’en abstenir que dans le cas où la douleur rend insupportable le poids de ces médicaments. Les demi-bains tièdes et même les bains entiers doivent être mis en usage ; le malade peut y rester plusieurs heures, pourvu que la tem- —— neni parliculis, quæ aquam quam evomuerat penitius infecerant, «dhuc exulcerato. Quæ symptomala diæta e lacte solo ad quatriduum adhibita mox evanuere. Aquam oleo (quod hic una Cum opere ignari solent Perdere) atque aliis omnibus liquoribus ideo præluli, quod cum ea magis esuriret, exinde magis idonea mihi videretur devorandis salinis hujus veneni particulis, quam alius quilibet liquor, qui vel crassior esset, vel particulis alieni corporis jamdiu prægnantior. (Sydenham, Opera medica , epist. 1, p. 200.)

(1) Fomitoria tamen non sint fortiora ac maligna, sed leniora , et cum periculum sit in mora, nec semper operosa medicamenta componere liceaf,

quæ ad manum sunt vomitoria exhibere donec alia parentur, necessarium est ex aqua tepida (Sennert, Opera, t. IE, cap. 7, p. 616; Lugd., 1670),

pérature de l’eau soit {toujours à peu près la même. Enfin il faut prescrire une diète absolue et des boissons adoucissantes.

Si Pinflammation est déjà parvenue à un certain degré, ou si ait. parcouru ses périodes, il faut renoncer aux saignées, car on aurait: craindre la gangrène : le (traitement, dans celte circonstance, doit être le même que celui des gastro-entérites.

Lorsque les accidents seront dissipés, que le malade entrera en con: valescence, on le nourrira d'aliments amylacés et de boissons adou: cissantes, tels que le lait, les crèmes de riz, de gruau d'avoine, d'orge. la fécule de pommes de terre, les gelées , les panades légères etdes bouillons préparés avec des viandes de jéunes animaux.

Si le poison a été pris par un individu déjà malade, il est évident qu’il faudra, dans le traitement, avoir égard à la complication et varier les moyens AE la nature de l’affection préexistante. |

Depuis que j'ai fait connaître ce mode de traitement, M. le D°' Poumet s’est avisé d'adresser à l’Académie des sciences un mémoire tendant à prouver que le protochlorure d’étain est le contre-poison du sublimé corrosif. On est douloureusemement affecté lorsqu'on voit un corps aussi illustre que l’Institut favoriser par son approbation des recherchés aussi inutiles et aussi dangereuses que celles qui ont été tentées par M. Poumet, dont j'apprécie d’ailleurs le talent et la probité scientifique (1). Qu'on lise le mémoire inséré par ce médecin dans le tome XXXW des Annales d'hygiène et de médecine légale, et l'on restera convaineu de Ta justesse de mon observation. Que verra-t-on, en effet ? Huit séries d'expériences que je vais successivement analyser.

Première série. L'auteur confirme ce que l’on savait des effets funestes du sublimé corrosif; à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, dissous dans 30 grammes d'eau, ce sel a tué cinq chiens dans un laps de temps qui a varié depuis vingt jusqu’à soixante-douze heur és, quo les animaux eussent la faculté de vomir.

Deuxième série. On cherche à prouver par deux expériences que le protochlorure d’étain à la dose de 2 grammes en dissolution dans 30 grammes d’eau ne tue pas les chiens. À la vérité, M. Poumet avait déjà dit,äla page 184, qu’il avait FAIRE deux fois ce sel en poudre fine incorporé Et de la graisse à la dose de 2 grammes, quatre fois à la dose d'un gramme, quatorze fois à la dose de 2 grammes dans 30 grammes d’eau; mais ii ne fait pas connaître les résultats de l’ingeslion de ces diverses doses de protochlorure d’élain. Ici les observations critiquesse présentent en foule. 1° J'ai prouvé, dès l’année 1815, qu’à la dose d'un

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(1) Le mémoire de M. Poumet a été honoré d’une médaille d'encouragement décernée par l’Académic des sciences, dans la séance du 10 mars 1845.

gramme, le protochlorure d’étain solide {ue les chiens en {rois ou quatre jours, lorsqu'on les empêche de vomir ; que s’il est administré à la dose | de 6 à 7 gramimes, à l’état solide, ces animaux meurent au bout de huit à dix heures, alors mème qu'ils ont la faculté de vomir ; dans l’un comme dans l’autre cas , la membrane muqueuse de l'estomac est le siége d’altérations inflammatoires très-graves ; 2° dans Les deux expériences ciiées par M. Poumet à la page 199 , et dans lesquelles cet expérimentateur n’avait administré que 2 grammes de ce sel, les animaux ont été empoisonnés , quoiqu'’ils ne soient pas morts; en effet, l’un deux a vomi cinq fois pendant la première demi-heure ; l’autre, après avoir fait des efforts pour vomir, eut deux vomissements sanguinolents le second jour , et ce n’est que le quatrième jour qu’il était complétement rélabli; 3° M. Poumet annonce qu’il a constamment fait usage du prolochlorure d’étain pur, et non du sel d’étain du commerce; il ajoute que là dissolution doit être préparée à l'instant même de l'ingestion; car lorsqu'on attend, le protochlorure se décompose ; il dit enfin s’élre toujours servi d’eau distillée quoiqu'on puisse, sans grand inconvénient, avoir recours à l’eau ordinaire. Toutes ces restrictions ne constiluentelles pas des obstacles au succès de la médication et ne seraient-eiles pas de nature à en diminuer singulièrement la valeur, alors même qu’il aurail été démontré, ce qui n’est pas, qu’elle est utile et exempte de dangers ?

Troisième série. Ici l’on administre à un chien le liquide provenant de l’action de 4 grammes de protochlorure dissous dans 60 grammés d’eau , sur 2 grammes de sublimé dissous dans une égale quantité d’eau; le mélange de ces deux sels avait été fait deux jours auparavant. Cette expérience , tentée pourtant dans les conditions les plus favorables au système de l’auteur, donne encore des résultats fâcheux ; en effet, l'animal, fortement muselé, fit des efforts de vomissement pendant les premMières vingt-quatre heures, et Le second jour, dès que la muselière fut enlevée, il eut deux vomissements sanguinolents; il ne fut rétabli que Je troisième jour, ce qui prouve apparemment que le liquide dont il s'agit conservait des propriétés délétères.

Quatrième série. Je ferai la même remarque, à l'occasion de deux chiens qui avalèrent le précipité noir résultant du mélange dont il est parlé à lastroisième série; en effet, l'animal, qui en avait pris 4 grammes 50 centigrammes, eut trois vomissements.

Cinquième et sixième séries. Dans ces deux séries, qui comprennent trois expériences, le protochlorure d’élain et le sublimé solides ou dissous avaient été intimement mélangés avant leur administration, et cependant tous les animaux eurent des vomissements avant d’être rélablis. D'ailleurs que prétend-on conclure de plausible, lorsqu'on se place

dans des conditions aussi complétement différentes de celles dans lesquelles se trouveront les individus empoisonnés par du sublimé corrosif, lesquels , loin de prendre le toxique et le prétendu contre-poison en méme temps, n’avaleront ce dernier peut-être qu’au bout d'une demi-heure, d’une heure, etc. ?

Septième série. Septchiens reçoivent le sublimé dissous, puis ensuite, et sans désemparer, la dissolution de protochlorure d’étain; quatre d’entre eux ne sont point muselés : l’un a trois vomissements, un autre vomit une fois, le troisième a des vomissements ardoisés pendant les deux premiers jours et trois vomissements sanguinolents, le quatrième enfin ne vomit pas ; tous ces animaux sont guéris vers le troisièmejour, Les trois autres chiens sont muselés : l’un d'eux vomit un quart d'heure après l’ingestion et rend une selle sanguinolente ; deux heures après a deux vomissements ; un autre, mieux muselé, ne vomit pas ; enfinMle troisième succomba le Hit d’après M. PR à l’asphyxie déterminée par le passage dans les voies aériennes des malières gastriques portées par les efforts de vomissement de l'estomac jusque dans le larynx.

Il faut convenir que ces expériences, tentées dans les condilions les plus heureuses pour les animaux, conditions qui ne se réaliseron£ jamais dans la pratique, n’ont sd fourni de résultats bien encour geants; excepté dans un cas, loujours le mélange toxique a conservé une action délétère Rue. moindre à la vérité que ne l’eût été celle du sublimé administré seul , mais pourtant assez sensible pour nepas engager les praticiens à recourir à une médication aussi irrationnelle,

Huitième série. Iei le contre-poison a été administré non plus immé= diatement , mais un quart d'heure après l'ingestion du poison. Sur huit animaux, siæ sont morts, plus ou moins longtemps après l’empoisonne= ment, quoiqu’on leur eût laissé la faculté de vomir, et la nécropsiesa révélé les altérations les plus graves. Les deux autres furent rétablis du troisième au quatrième jour; mais l’un d’eux, qui n'avait pris que 50 centigrammes de sublimé, avait vomi trois fois, sept minutes après l'ingestion du toxique, et avait eu des vomissements, trois minules après la prise du protochlorure d’étain : il avait encore vomi le lendemañmet il avait bu copieusement ; l’autre, qui avait avalé { gramme de sublimé, avait vomi sept fois, dans les cinquante premières minutes qui avaient suivi l'introduction du toxique dans l’estomac.

Je le demande, après ce court exposé, la question n’est-elle pas jugée, et peut-on supposer qu’il entrera jamais dans l’idée d’un praticien, quel qu'il soit, de recourir à une méthode qui n’est pas sans danger quand elle est appliquée à temps, et qui, alors même qu’elle serait d'une ins nocuilé parfaite, ne pourrait étre employée que beaucoup trop tard? Que l’on se place dans les circonstances les plus favorables, et admettons

que, dans un cas d’empoisonnement par le sublimé corrosif, un homme de Vart soit présent au moment de l'intoxication, et qu’il sache, à ne pas en douter, que la substance avalée est bien du sublimé; il prescrira, je le veux bien, du protochlorure d’étain pur, qu’il faudra aller cher= cher chez un pharmacien : songez au temps qui s’écoulera avant que le sel d’étain puisse être administré au malade, et vous verrez que le prétendu contre-poison ne sera donné que lorsque déjà il sera inefficace, d'après M. Poumet lui-même. Il en résultera deux graves inconvénients: celui d'avoir perdu un temps précieux, pendant lequel on aurait administré un autre contre-poison, et surtout celui d’avoir fait avaler inutilement un sel vénéneux, qui ne manquera pas d’exaspérer la maladie. Que sera-ce donc, si, comme cela aura lieu & coup sûr, le médecin n'arrive auprès d malade qu'un quart d'heure, une demi-heure ou beaucoup plus tard après l'intoxication, et qu’il ne parvienne pas facilement à savoir quel est le poison qui a été ingéré! Et j'insiste sur ce dernier fait parce qu’il faut de toute nécessité, pour conseiller le protochlorure d’étain, que l'homme de l’art ait la certitude que c’est bien un sel mercuriel qui à élé pris ; quel blâme ne mériterait pas celui qui prescrirait, par exemple, le sel d'élain dans une intoxication arsenicale , plombique, euivrique, antimonique, etc. ? Or, pense-t-on qu’il soit bien aisé, dans beaucoup de cas , d'apprendre au juste quelle est la nature du Loxique avalé?

Tout cela n’a rien de sérieux, et chacun partage déjà l’étonnement que j'ai exprimé plus haut, de voir l’Institut de France donner une sanction à de pareilles ulopies.

Recherches médico-légales.

Sublimé corrosif solide (bichlorure de mercure). S'il a été oblenu par sublimation, et que l'opération ait été conduite lentement , il est sous forme de prismes télraédriques réguliers, comprimés el déliés. Si la sublimation n’a pas été ménagée , il est en masses blanches, compactes, demi-transparentes sur les bords, hémisphériques et concaves ; La paroi externe de ces masses est polie et luisante; l’interne est inégale, hérissée de petits cristaux brillants, tellement comprimés, qu'on ne peut en distinguer les faces. Lor sque le sublimé corrosif a été cristallisé en faisant évaporer l’eau dans laquelle il avait été d’abord dissous, il offre des faisceaux aiguillés très-distinets qui, suivant Fourcroy, sont des pralélinipèdes obliques ; Les auteurs les ont comparés à des barbes de plume et à des lames de couteau et de poignar d. Quelquefois aussi il cbistallise en cubes ou en prismes hexaèdres très-réguliers, on en pr ismes Guadrangulaires, à pans alternativement étroits el larges, terminés par

des sommets cunéiformes , et présentant deux plans inclinés. Il à une saveur extrêmement âcre et caustique ; il occasionne une sensation de styplicité métallique très-forte , très-désagréable, el un resserrementà la gorge, qui persistent quelque temps; son poids spécifique est trèsconsidérable : Muschembroeck le faisait monter jusqu’à 8,000; mais, par de nouvelles recherches , on s’est assuré qu’il est de 5,1398 (4).

Mis sur les charbons ardents, le sublimé corrosif pulvérisé se sublime, et répand une fumée épaisse, d’une odeur piquante, rougissant le papier de tournesol, et ternissant une lame de cuivre parfaitement décapée. Lorsqu'on frotte la partie ternie, elle acquiert la couleur blanche bril= lante argentine qui caractérise le mercure.

Si on fait fondre ensemble dans un petit tube de verre de la pofasse pure et du sublimé corrosif, mélangés auparavant dans un mortierde verre, on obtient presque aussitôt du mercure métallique volatiliséen globules adhérents aux parois internes du tube; il se dégage duaz oxygène, et il reste au fond du tube du chlorure de polassium.

Le sublimé corrosif se dissout dans environ onze fois son poids d'eau froide; d’après plusieurs expériences faites par Henry, 100 grammes d’eau distillée à la température ordinaire (de 12 à 16°) peuvent dissoudre 8 grammes %/, de sublimé corrosif. L'eau bouillante en dissout heaucoup plus, puisque deux parties suffisent pour en tenir uneen dissolution : ce solutum ainsi chargé cristallise par refroidissement, et fournit des cristaux qu’on a comparés à tort à des pointes d’épée“ou de poignard (voy. p. 703). Si le sublimé corrosif contient du proto= chlorure de mercure, la dissolution n’est jamais complète, puisquete corps est insoluble dans l’eau. La dissolution de bichlorure est trans parente, incolore, inodore, d’une saveur styplique, métallique, désagréable; elle rougit le papier et l’infusum de tournesol, et verdit lesitop de violettes. :

: Dissolution aqueuse concenirée. Gelte dissolution, distillée dansume cornue à laquelle on adapte une allonge et un récipient, donne unhi= quide qui vient se condenser, et dans lequel on peut démontrer la présence d’une portion de sublimé corrosif volalilisé; avec l’eau ce failmla porté à recommander de ne jamais procéder à l’évaporation d’unesdissolution de sublimé corrosif à l’air libre. M: Devergie, en ‘niant qu'il en füt ainsi, a commis une erreur grave, comme le prouventles expériences suivantes : 1° Qu’à l’aide d’un entonnoir qui plonge jusqu'au fond d’une cornue de verre tubulée, on introduise dans ce vase 60 gram= mes de dissolution concentrée de sublimé corrosif; qu’on adapte un-ré- Ps 1 ETREONE eIs PR MORE EE VÉNUS CE PASS

(1) À system ofchemistry, by J, Murray, 2° édition , vol, 1, Quicksüver or mercury.

cipient, que l’on chauffe la cornue au bain-marie, et de manière que la température ne dépasse pas 80° centigrades; que l’on suspende l'opération lorsque la moitié du liquide environ aura passé dans le récipient , l’on pourra s'assurer que le produit de la distillation contient une quantité notable de sublimé. 2° Que l’on substitue à la dissolution concentrée une dissolution faite avec 5 centigrammes de sublimé corrosif et 60 grammes d’eau, et que l’on opère de mème : le premier tiers du liquide distillé renfermera à peine du sublimé ou n’en renfermera pas du tout; tandis que le second tiers en contiendra sensiblement, comme on pourra s’en assurer, soit par l'acide sulfhydrique, soit à Paide d’une lame de cuivre. |

La potasse pure, versée en petite quantité dans une dissolution sa- {urée de sublimé, en précipite du sous-chlorure de mercure d’un jaune rougeatre. Si, au contraire, on emploie un excès de potasse , le précipité qui se forme est du bioxyde de mercure, d’un beau jaune: cet oxyde, lavé et mis sur un filtre jusqu’à ce qu’il soit sec, prend une couleur verte à sa surface, tandis qu’il est jaune dans l’intérieur. Si on le chauffe dans un tube de verre, il se dessèche de plus en plus et devient rouge ; en élevant graduellement la température ; il se décompose en oxygène et en mercure métallique, qui se volatilise et adhère aux parois du tube. Si cet oxyde est pur, il ne doit y avoir aucun résidu.

L'eau de chaux en petite quantité précipite la dissolution du sublimé corrosif en jaune un peu foncé ; si on augmente la quantité d’alcali, le précipité devient rouge, et il est formé de bioxyde de mercure retenant un peu de sous-chlorure; enfin, par l'addition d’une nouvelle Quantité d’eau de chaux, il se transforme en bioxyde d’un très-beau jaune; chauffé, il donne de l'oxygène et du mercure métallique.

L’ammoniaque précipite le sublimé corrosif en blanc; le précipité (chloramide de mercure) n’a pas toujours la même composition. Si l’on a employé un excès d’ammoniaque, il peut être représenté par Hg?CI, H?A7. Ibne devient pas ardoisé, comme l'avaient annohcé la plupart des auleurs de médecine légale, et il conserve même sa belle couleur blanche lorsqu'il a été lavé et desséché à la température ordinaire ; chauffé, il jaunit, et passe ensuite au rouge, en donnant du gaz ammoniac, du gaz azote, du protochlorure de mercure (mercure doux), el du mercure métallique.

L'acide sulfhydrique et les sulfures précipitent en noir la distolution dé sublimé corrosif; cependant, si on mettait très-peu d'acide ou de Sulfure , on obtiendrait un précipité mélé de gris et de blanc, qui ne de- Viendrait noir que par l'addition d’une plus grande quantité du réactif, C@ précipité noir, composé de soufre et de mercure, peut, suivant les circonstances , offrir une couleur plus ou moins rougealre, et il pour

rait même être {rès-rouge , ce qui dépend des proportions différentes dans lesquelles le soufre et le mercure sont susceptibles de s'unir, Tous ces sulfures , desséchés , et chauffés dans un petit tube avec de la limaille de fer, donnent, dans un espace de temps très-court, du mercure qui se volatilise et adhère aux parois du verre, et du sul£ure de fer qui reste au fond. |

L’azotate d'argent est précipité par la dissolution du sublimé corrosif, el le précipité est formé de chlorure d'argent blanc, caillebotté, trèslourd, insoluble dans Feau et dans l'acide azotique même bouillant, soluble dans l'ammoniaque, et noircissant à la lumière.

Le cyanure jaune de potassium et de fer donne un précipité blancqui tourne au jaune, au bout de quelque temps, et passe ensuite au bleu“de Prusse clair; tous ces changements de couleur sont opérés pour l’ordinaire dans lPespace de trente-six heures, et dépendent du chloruredk fer contenu dans le sublimé.

Si on met du mercure métallique-dans la dissolution de sublimé , sur: le-champ le mercure se Lernit, et la liqueur se trouble; au bout de cint ou six minutes, on voit un précipité grisâtre placé au-dessus de la portion de mercure métallique non attaquée : ce précipité, lavé, desséché, et débarrassé de l'excès du métal, n’est que du protochlorure de mercure et la dissolution ne contient que du sublimé.

Si on plonge une lame de cuivre parfaitement décapée dans la disso: lution concentrée de sublimé corrosif, et qu’on la laisse pendant ut heure ou deux, on remarque qu'il se dépose au fond du vase une poudre d’un blanc légèrement grisâtre; la lame de cuivre,se recoug d’un enduit terne qu’on peut facilement enlever avec le doigt,*8 qui est formé par la même substance; enfin la liqueur, auparavan incolore, devient verte. Cette poudre blanchâtre, qu’on a dit étre“ mercure très-divisé, est un mélange de protochlorure de mercure (mer: cure doux), d’un amalgame de mercure et de cuivre, et d’un peudk mercure. :

Si on prend la lame de cuivre qui a servi à décomposer la dissolutior du sublimé corrosif, et dont on a détaché avec le doigt l’enduit terne. on remarque que la couleur de cette lame est presque noire : cependant par le frottement fait avec un morceau de papier, elle devient blanche. brillante, argentine, phénomène qui dépend de la couche de mereum métallique dont elle est revêtue : si, dans cet état, on l’expose à lactior de la chaleur, le mercure se volatilise, et on la voit prendre la couleu propre au cuivre.

Si, au lieu d'agir ainsi, on porte une goutte de sublimé corrosi dissous sur une lame de cuivre parfaitement décapée , on produit um tache brune qui, par le frottement fait avec l'extrémité du doigt ouwr

ôrceau de papier, devient blanche, brillante, argentine, Enfin, si, au lieu de frotter celte tache brune, on la laisse sécher sans agitation, on la voit devenir d’un très-beau vert, couleur qui est due au chlorure de cuivre qui s’est formé.

Dissolution aqueuse de sublimé corrosif très-étendue d’eau. On ‘recouvre en spirale d’une petite feuille d’étain roulée une lame d’or ou décuivre, de manière toutefois que l'or ou le cuivre ne soient pas entièrement cachés par l’élain; ces lames doivent être flexibles eb parftilement polies ; on ajoute une ou deux gouttes d'acide chlorhydrique, eton voit au bout de quelques minutes , d’une demi-heure, ou quelquefois seulement de plusieurs heures, le mercure du sublimé se porter sur L'or ou sur le cuivre et les blanchir ; il suffit ensuite d'enlever la Jäme d’étain , d’essuyer l'or ou le cuivre entre deux feuilles de papier joseph , de rouler ceux-ci, et de les chauffer dans un lube fermé”dont on effile l’autre extrémité à la lampe, pour obtenir le mercure et faire reprendre leur couleur aux portions de l'or ou du cuivre qui avaient élé blanchies. Mais il importe de savoir que ce petit appareil, imaginé par James Smithson , ne peut servir à déceler des atomes d’une prépalation mercurielle, qu'autant qu'on retire du mercure métallique en chauffant la lame d’or ou de cuivre, et qu'il ne suffit pas, comme l'avait dit Smithson, de voir ces lames blanchir, puis reprendre teur couleur par l’action du feu; en effet, ce petit appareil blanchit lorsqu'on le plonge dans des liqueurs non mercurielles, légèrement acides, ou qui

contiennent seulement une petile quantité de sel commun; c’est alors Vétain qui s'applique sur les lames d'or ou de cuivre et les blanchit, {andis que, dans l’autre cas, c'était le mercure : ainsi blanchies par l'étain , les lames d'or ou de cuivre reprennent leur couleur par le feu, parce que l’étain qui était à la surface pénètre dans l’intérieur des lames ; mais elles ne fournissent point de mercure Iorsqu'on les chauffe dans le petit tube dont j’ai parlé, (Voy: mon mémoire dans le Journal de chimie médicale, t: V.) À l'aide de ce petit appareil, on peut recueillir des globules mercuriels d’une lame d’or ou de cuivre blanchie par une liqueur contenant à peine du sublimé. Toutefois, pour réussir dans ces sortes de cas, il faut , après avoir chauffé le fond du tube où se trouve la lame d'or ou de cuivre , et lorsque le mercure sera entièrement volatilisé, appliquer le feu plus loin dans une autre partie du tube, là où la va- Peur mercurielle s’était condensée , afin de faire passer celle-ci dans la Partie la plus capillaire du tube ; on conçoit, en effet, qu'il doit être plus aisé d’apercevoir un très petit nombre de NUS mercuriels ans un tube excessivement étroit que dans un tube large. On peut avant de chauffer la lame d’or, la mettre en contact avec de l'acide chlorhydrique pur et concentré, Si celte Jame est blanchie par Pétain, ce métal

sera promptement dissous par l’acide chlorhydrique , et l'or reprendra la couleur jaune, tandis que le mercure ne sera pas attaqué et restera blanc sur la lame d’or; quelquefois ce ne sera qu’au bout d’une demiheure ou d’une heure que l’étain aura été complétement dissous. Cette expérience, dont M. Devergie propose le rejet à tort, peut ètre facilement tentée; elle rend l’existence du mercure probable, et elle n'empêche pas l'application de l’action de la chaleur sur la lame, qui peut seule mettre la vérité dans tout son jour.

Cest ici le lieu de relever une erreur grave, commise par M. Devergie dans un mémoire publié en 1828. «L'or, dit-il, décèle la présence des plus petites proportions de mercure; mais, pour être certain que la lame est recouverte d’une couche métallique, il ne faut pas se contenter de l’examiner quand la lame est humide, il faut aussi la voir quand a lame est sèche» (Nouvelle bibliothèque médicale ). Or personne n’ignote que l’or n’exerce aucune action sur les liquides mercuriels.

Dans le travail surle mercure, qu’ils ont lu à l’Institut en 1845, c’est direseize ans après la publication de mon mémoire, MM. Flandin et Dan: ger, ayant pris toutes mes idées sans me citer, et commesi elles leur étaient propres, j'en ai réclamé la propriété, non pas à cause du fait en luis même, mais afin de faire ressortir aux yeux de tous la moralité de Pac tion. Ces messieurs ont été obligés de reconnaître qu'ils avaient voulu s'enrichir à mes dépens. |

J'ai voulu savoir jusqu’à quel point cette petite pile pouvait être plus sensible qu'une lame de cuivre parfaitement décapée, et qui ne serait pas surtout grasse : à cet effet, j’ai dissous 1 centigramme de sublimé dans 409 grammes d’eau distillée, et autant dans 800 grammes , c’est-à= dire dans 40,000 et dans 80,000 fois son poids d’eau; ces liqueurs ont été légèrement acidulées. En agissant comparativement, j’ai vu queda lame de cuivre, laissée pendant vingt-quatre heures dans la dissolution la moins étendue, était assez fortement recouverte de mercure dans toute son étendue, et qu’elle reprenait sa couleur rouge dès qu'onMla chauffait; après vingt-quatre heures de contact aussi, l’or de la petite pile placée entre les feuilles d’étain était fortement blanchi pare mercure, qui, par cela même qu’il s'était concentré sur une Surface moindre que celle de la lame de cuivre, paraissait beaucoup plus évident. La liqueur contenant une partie de sublimé sur 80,000 parties d’eau avait donné des résullats analogues, quoique moins sails lants : d’où il suit que la lame de cuivre est d’une sensibilité excessive, et comme elle n'offre pas quelques-uns des inconvénients de la petite pile, on doit la substituer à celle-ci pour déceler des atomes d'un sel mercuriel dissous dans des quantités énormes d'eau. Je dirai à celte occasion qu'en se déposant sur du cuivre, le mercure donne une tache

DU BICHLORURE DE MERCURE: 709 grise, qui a besoin d’être frottée pour devenir blanche, brillante, argentine ; (andis que la tache serait blanche, comme l’a vu M. Mialhe, si le sel mercuriel était mélangé avec un chlorure soluble. La couleur grise dépend d’une certaine quantité d'oxyde ou de chlorure de cuivre qui altère la couche mercurielle; il suffit de mettre cette lame en con- {act avec une ou deux gouttes d’ammoniaque ou d’acide chlorhydrique pour donner au mercure sa couleur blanche. Je ferai encore observer, d'après M. Mialhe, que tous les sels neutres mercuriels {achent la lame de cuivre en gris.

Quelle que soit la sensibilité de la pile ou de la lame de cuivre, l’expérience démontre qu’elles agissent avec d'autant plus de succès que les dissolutions sont moins étendues ; aussi y a-t-il avantage à concentrer ces dissolutions par la chaleur en vases clos, avant de les plonger dans les liquides supposés mercuriels.

En admettant, comme le prétend M. Devergie, que le protochlorure d'élain soit encore plus sensible que la petite pile pour déceler le sublimé dans une dissolution très-étendue , il ne faudra jamais lui préférer ce réactif ; que signifie, en effet, un léger précipité gris, qui peut se former dans mille autres circonstances , en présence du caractère si probant que fournissent la pile ou la lame de cuivre ?

Si la dissolution de sublimé n’est pas trop étendue , on pourra, après avoir agi sur la liqueur avec la lame de cuivre, extraire le bichlorure de mercure, et prouver que le métal obtenu ne provient pas d’un azo- {ate, d’un sulfate de mercure, etc., mais bien du sublimé. On introduira la dissolution dans un flacon, on versera par dessus 8 à 12 grammes d'éther sulfurique, on bouchera le flacon, et on agitera lentement pendant dix à douze minutes, de manière cependant que l’éther soit en contact avec toutes les parties du liquide. L'éther enlèvera à l’eau une portion quelquefois considérable du sublimé, et le liquide se parlagera en deux couches lorsqu’on cessera d’agiter ; la couche supérieure sera formée par l’éther tenant le sublimé corrosif en dissolution. On versera le tout dans un entonnoir dont l’ouverture du bec sera fermée avec le doigt indicateur; après quelques instants, lorsqu'on apercevra dans le corps de l’entonnoir les deux couches dont j'ai parlé, on laissera écouler la couche inférieure ou aqueuse, ce qu’il sera facile d'obtenir en écarlant du bec de l’entonnoir une partie du doigt indicateur qui en bouche l’ouverture. À peine cette couche se sera-t-elle écoulée, que Pon fermera de nouveau l'ouverture, pour empêcher la sortie de la couche éthérée ; alors on recevra celle-ci dans une petile capsule ou dans tout autre vase qui présentera beaucoup de surface ; l’éther se vaporisera , et le sublimé restera à l’état solide ; on le fera dissoudre dans une pelite quantité d’eau distillée , et l'on obtiendra une dissolution aqueuse cur-

centrée, facile à reconnaitre. $i l’agilation des deux liquides était vive et prolongée, ét que léther employé ne fût pas en assez grande quañs tité, l’expérience serait manquée, parce que l’éther serait entièrement dissous par l’eau , et l’on n’obtiendrait point les deux couches dontsjai parlé, et sur lesquelles repose tout Le succès de l'opération.

J'avais vu qu’à l’aide de ce procédé on pouvait facilement extraire du sublimé corrosif de 5 centigrammes de ce corps dissous dans 3,456 parties d’eau distillée. M. Lassaigne a constaté depuis : {° qu'avec 0,500 gram. de sublimé dissous dans 10 gr. d'eau, et un égal volume d’éther sulfu rique, ce menstrue enlevait à l'eau les sept dicièmes de sublimé; 2° qu'une liqueur aux quatre millièmes de sublimé ne cédait à l’éther que les tros dixièmes de son poids de sublimé.

Que penser, après de pareils faits , de l'opinion de M. Devergie,; qui veut que l’on rejette l’éther pour reconnaître les dissolutions de sublimé étendues d’eau, parce que ce moyen est trop peu sensible ? Il ne me sera pas difficile de montrer que cette manière de voir est insoutenable?l est de précepte, en médecine légale, qu'il faut autant que possible dés couvrir le corps du délit; or rien n’est si simple que de retirer parlé ther une partie du sublimé en nature. de certaines dissolutions aqueuses ou de quelques liquides alimentaires colorés. M. Devergie dira-t-il quil n’est pas nécessaire d'extraire le sublimé pour affirmer que l’empoison= nement a eu lieu par ce corps, et qu’il suffit de prouver que la liqueur contient du chlore par l’azotate d'argent et du mercure par Ia lameMde cuivre ? Ce serait méconnaître les principes les plus élémentaires deda science : en effet, que l’on fasse dissoudre 5 centigrammes d’azotate de bioxyde de mercure el autant de chlorure de sodium dans 60 grammes d’eau distillée, l’azotate d'argent donnera un précipité de chlorure d'argent, et la lame de cuivre décèlera le mercure contenu dans l'aZ0tale acide de bioxyde ; conclura-t-on qu'il y a du sublimé en dissolution? Ce serait une erreur grave. On voit done combien il pourra étre"ufile de recourir à l’éther pour déterminer si une matière suspecte renferme du sublimé, dans les cas nombreux où une préparation mercurielle aura été dissoule dans de l’eau impure ou dans des liquides colorés contenant des chlorures solubles. Je devais croire que ces réflexions si péremptoires , insérées dans Le tome III de ma Médecine légale (édition de 1836), seraient au moins discutées par M. Devergie, en 1840, lorsqu'il a publié sa deuxième édition de Médecine légale. 11 n’en est pas ainsi ; ce médecin ne réfute rien, et persiste dans son erreur,

En résumé, la petite pile et La lame de cuivre sont plus sensibles que l'éther pour établir qu’il existe du mercure dans une dissolution ; mais elles ne peuvent servir ni à faire connaître dans quel état se trouve le métal, ni à extraire 1e composé mercuriel, L'élher, au contraire, permet

de retirer le sublimé corrosif en nature, et d’en constaler tous les caractères. IL devra donc être préféré à la petite pile ou à la lame de cuivre, toutes les fois que les dissolutions seront étendues à un degré tel qu’il puisse leur enlever une portion quelconque de sublimé.

Je n’ai pas besoin d'ajouter que si les liqueurs contiennent fort peu de bichlorure de mercure, on devra, avant de les traiter par léther, les rapprocher en les distillant en vases clos et au bain-marie, pour agir ensuite sur le liquide restant dans la cornue, et qui aura été réduit à la moitié ou au tiers de son volume ; on devra également opérer sur le liquide qui aura passé dans le récipient.

Dissolution alcoolique concentrée. Elle se comporte avec les réactifs comme la dissolution aqueuse concentrée (voy. p.704), mais elle exhale une odeur d'alcool.

Dissolution alcoolique étendue. Elle peut être tellement affaiblie, que odeur de l'alcool soit inappréciable; mais on constalera la présence d'un composé mercuriel au moyen de la lame de cuivre. Si elle n’est pas trop étendue, on emploiera l'éther, qui jouit également de la propriété d'enlever le sublimé à la dissolution alcoolique. La liqueur de Van Sroieten, que l’on prépare le plus ordinairement aujourd’hui en dissolvant 5 centigrammes de sublimé dans 60 grammes d’eau , sera également reconnue comme je viens de le dire. Il en serait de même si elle avail été faite avec l'alcool; dans ce cas seulement, on aurait un caractère de plus , l'odeur alcoolique du liquide.

Dissolution éthérée. Il suffit d'exposer cette liqueur à Pair pour que l'éther s'évapore ; le sublimé reste à l’état solide.

Sublimé corrosif mélangé à des liquides alimentaires, à la matière des vomissements ou à celle que l’on trouve dans le canal digestif, ou bien combiné avec quelques-uns de nos tissus. Les eaux distillées de certaines plantes, les extraits, les huiles, Les sirops, les gommes, les mellitum, elc., précipitent la dissolution du sublimécorrosif au bout d'un temps variable. Le thé en dépose instantanément des flocons d’un jaune grisâtre. L’ecu très-chargée de sucre ne commence à se troubler qu'au bout de quelques jours, et l'alcool après trois ou quatre mois; les précipités obtenus fournissent tous du mercure métallique quand, après les avoir desséchés, on les chauffe avec de la potasse. Si l’on dissout dans 200 grammes de vin rouge 60 céntigrammes de sublimé, il n’y a aucun trouble; quand on ajoute au vin une plus grande quantité de sublimé, il se forme un dépôt violacé. Le lait n’est point précipité par une pelite quantité de dissolution concentrée de sublimé; il se forme au contraire un coagulum blanc très-lourd, soluble dans un excès de lait, si la proportion de sublimé est considérable. Le bouillon ordinaire, filtré, se trouble légèrement sans donner de précipité, lorsqu'on y verse une pelile quan-

tité de sublimé corrosif dissous ; si le sublimé est employé en plus forte proportion, il se dépose sur-le-champ des flocons blancs très-lourds. Quand on mêle à froid deux dissolutions concentrées de gélatine et de sublimé, il se précipite une matière blanche, collante, et comme gélatineuse, qui se dissout dès qu’on chauffe la liqueur. L'osmazome est précipité en jaune rougeâtre par le sublimé. Le sucre de lait et la matière résineuse de la bile ne sont point troublés. Le picromel fournit 4da ongue un précipité blanchätre, collant, et peu abondant. La fibrine et la chair musculaire donnent presque instantanément naissance à un précipité blanc, et la matière animale devient friable. La bile fourniten général un précipité jaune rougeâtre assez abondant. ”

Les divers précipités obtenus comme il vient d’être dit donnent tous du mercure mélallique quand, après les avoir desséchés, on les chauffe tantôt seuls, lantôl avec de la potasse. Les liqueurs qui les surnagent retiennent É plus ordinairement des proportions variables de sublimé; mais les réactifs propres à déceler ce sel sont loin d’agir tous comme ils le feraient dans une dissolution aqueuse pure; le plus souvent, at

contraire , ils donnent lieu à des précipités de couleur tout à-fait différente de celle que lon obtient avec le sublimé sans mélange: d’oùil suit que l’on ne doit pas recourir à ce mode d’expérimentation, quand on veul déterminer s’il existe ou non du sublimé dans une de ces liqueurs végétales ou animales, mais bien à une lame de cuivre; si celle-ci ne se recouvrait pas de mercure, il faudrait évaporer ces liqueurs jus= qu'à siccité, et chauffer avec de l’eau régale ou avec de l'acide sulfurique concentré le produit desséché, comme je le dirai en décrivantie procédé d'analyse qu’il me paraît préférable d'adopter.

Albumine. Si on verse beaucoup de sublimé corrosif dans de l'albumine (blanc d'œuf filtré), il se forme un précipité blanc floconneux qui se ramasse sur-le-champ, el qui, après avoir été bien lavé, se dissout lentement, et en pelile quantité, dans l’albumine. Si on n’emploie qu'une très-petite quantité de sublimé, la liqueur se trouble, de: vient laiteuse, et ne précipite qu’au bout de quelques heures; si on filtre, on dilleeh le précipité blanc dont j’ai parlé, et un liquide lim= pide composé d’albumine tenant en dissolution une portion de ce même précipité. Lorsqu'on emploie moins d’albumine que dans ce dernier cas, le liquide filtré en renferme, en même temps qu’il contient une portion du précipité blanc et une certaine quantité de sublimé corrosif. L'existence simultanée de l’albumine et du bichlorure de mercure dans ce liquide, signalée d’abord par moi, a été vérifiée, plusieurs années après, par M. Lassaigne, dans less d’un cheval empoisonné par le

sublimé.

Le jaune d'œuf enlève mieux encore que lPalbumine le sublimé cor- 1 Ç

DU BICHLORURE DE MERCURE. Dt3

rosif à la dissolution aqueuse. Que l’on verse comparativement, dans 70 grammes d’eau tenant 5 centigrammes de bichlorure de mercure en dissolution, un blanc ou un jaune d'œuf, que l’on agite pendant un quart d'heure, avec une baguette, ces deux liqueurs; qu’on les filtre : la liqueur contenant de l’albumine renfermera plus de sublimé libre que celle qui aura été mélangée avec le jaune d'œuf, comme on pourra s’en assurer par l'acide sulfhydrique ou par la lame de cuivre. Je suis d’accord sur ce point avec M. Devergie.

Le gluten agit avec beaucoup d'énergie sur le sublimé. Suivant le professeur Taddei, une dissolution de ce sel, mêlée avec quatre fois son poids de in ne renferme plus de mercure au bout de peu de temps.

Lé sang, les membranes muqueuses el séreuses, les tissus musculaire ebfibreux , le cerveau, le foie, la rate, etc., exercent uñe action analogue sur le sublimé, c'est-à-dire que les dissolutions de ce sel, mises en contact avec ces matières organiques, abandonnent une portion plus ou moins considérable de bichlorure de mercure, et l’on peut retirer du mercure de ces matières animales en les traitant convenablement.

Que se passe-t-il dans ces diverses réactions ; le sublimé corrosif se combine-t-il avec les substances végétales et animales dont jai parlé, ou bien est-il ramené à l’état de protochlorure, qui tantôt se précipite seul, tantôt se combine avec la matière organique, avec laquelle il forme un composé insotuble ? Berthollet, Taddei, Boulay, ete., ont admis qu’il se déposait du protochlorure de mercure lorsque le sublimé dissous était mis en contact avec de la fibrine, du gluten, et des extraits végétaux. J'ai cru pendant longtemps que le précipité que forme l’albumine avec ce sel élait composé de protochlorure de mercure et de matière organique; mon opinion, partagée par beaucoup de chimistes, a été combâttue par d’autres, qui n’avaient pourtant fait valoir aucune preuve concluante en faveur de leurs assertions. Tel était l’état de la science, lorsque M. Lassaigne, dans un travail riche de faits, établit que Le précipité dont il s’agit est véritablement formé d’albumine et de sublimé corrosif, et qu’à l'état sec il contient environ 5 pour 100 de ce dernier Corps. Quant aux composés que forme le sublimé avec les tissus animaux, M. Lassaigne ne s’en est pas occupé; en sorte que si l’on a admis qu'il en élait de même de ces composés que du précipité albumineux mércuriel, c'est uniquement par analogie. Je ferai voir bientôt qu'il na été impossible, en agissant sur l'estomac parfaitement lavé d'un auimal empoisonné par le sublimé corrosif, d’en retirer du bichlorure de mercure par le procédé de M. Lassaigne, quoique ce viscère contint Um composé mercuriel dont il était aisé rt démontrer la présence par

l’une des méthodes que je décrirai par la suite. Ces divers faits seront mis hors de doute par les deux expériences suivantes :

Exrënience [°. — On délaie trois ou quatre blancs d'œufs dans 250 grammes d’eau; on filtre, et l’on ajoute à la liqueur filtrée 1 gramme de sublimé corrosif dissous dans de l’eau distillée; on lave le précipité pendant plusieurs jours, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne soient plus colorées par un courant de gaz acide sulfhydrique. On agite à froid pendant un quart d'heure le précipité, encore gélatineux et très-humide, avec une dissolution aqueuse saturée de chlorure de sodium, que l’on ajoute par parties, et qui dissout le précipité ; cette dissolution ne serait pas complète si le précipité, au lieu d’étre gélatineux, avait été laissé sur le filtre jusqu’à ce qu'il fat à peu près sec. Pendant la dissolution , la liqueur mousséen raison de l’albumine qu’elle renferme ; on la filtre et on l’agite pendant huit à dix minutes, assez fortement, dans un tube de verre, avec son x0lume d’éther sulfurique; il se forme deux couches : la supérieure contient la majeure partie de l’éther, une certaine quantité de bichlorurede mercure, du chlorure de sodium, et d’abondants flocons d’albumine qui nagent dans toute son étendue. On sépare ces deux couches l’une de l’autre, à l’aîde d’un entonnoir et du doigt; on filtre la couche supérieure , afin de la débarrasser des flocons albumineux, et l’on évapore à une douce chaleur lai queur limpide et incolore filtrée. Le produit, fort peu abondant, contient du chlorure de sodium et du sublimé corrosif ; on peut, en effet, reconnaître celui-ci avec la potasse, l'acide sulfhydrique, la lame de cuivre, ete.

Exrérrence 11..— J'ai voulu savoir si, en traitant de même l'estomac d’un animal qui était mort empoisonné par le sublimé corrosif, j'obtiendrais du bichlorure de mercure. Ce viscère avait été lavé avec de l'eau distillée pendant plusieurs jours, et ne cédait plus rien à ce liquide.Le chlorure de sodium n'a pas enlevé la moindre trace de sublime; pourtant l’estomac contenait un composé mercuriel, puisque j'ai pu enre> tirer du mercure, C’est M. Lassaigne lui-même qui a eu l’obligeancede faire l'opération.

Bxvérience III. — J'ai empoisonné un chien avec 6 décigrammes de sublimé corrosif dissous dans 300 grammes d’eau distillée. L'œsophageret la verge ont été liés. Dix heures après, l'animal n'étant pas mort, je lai tué et je l'ai ouvert à l'instant même. La vessie contenait 45 gramuies d'urine un peu trouble; je l'ai mêlée avec quelques gouttes d'acide chlors hydrique, et je l'ai fait évaporer jusqu’à ce que le liquide füt réduitau tiers de son volume, puis je l'ai fait traverser par un courant de chlore gazeux, bien lavé : il s'est formé des flocons blanchâtres assez abon= dants. J'ai filtré et fait évaporer le liquide à une douce chaleur. À mesure que l’évaporation avait lieu, ce liquide se colorait en brun; au moment où il était déjà d’un brun très-foncé, je lai fait traverser de nouveau par un courant de chlore, ce qui a déterminé la formation de nouveaux flocons blanchàtres, J'ai filtré de nouveau et fait évaporer Ja dissolution jusqu'à

siceité, à une douce chaleur : Le produit a été délayé dans de l’eau aiguisée d'acide chlorhydrique et mis en contact avec une petite pile d’or et d’étain, Aubout de quarante-huit heures, la lame d’or était couverte çà et là d’un enduit blanc et terne; je l’ai lavée avec de l’eau distitlée, et il a suffi de la Jaisser pendant quelques minutes dans de l'acide chlorhydrique concentré pour faire disparaître cet enduit, qui n'était par conséquent pas formé par du mercure.

Le foie et la rate, séparés immédiatement après la mort et coupés par petits morceaux, ont été dissous à une douce chaleur dans l'acide chlorhydrique concentré. Au bout de vingt minutes, la dissolution était à peu près opérée , et la liqueur offrait une couleur bistre foncé. Dès qu’elle a étérefroidie , je l'ai Fait traverser pendant deux heures par un courant de chlore gazeux bien lavé : la matière s’est troublée et est devenue d’un vert noirâtre. Le lendemain, il s'était déposé un précipité assez abondant de même couleur. J’ai ajouté de l’eau distillée , et j'ai filtré : la liqueur, parfaitement transparente, était d’un brun rougeätre; jy ai fait passer un second courant de chlore gazeux pendant une heure et demie; alors il s’est déposé des flocons blancs très-abondants. La liqueur, excessivement trouble, avété filtrée de nouveau; elle était d'un jaune foncé. On l’a concentrée à l'aide d’une douce chaleur ; maïs bientôt après, voyant qu’elle se colorait en rouge, puis en brun, j'ai pensé qu’il était nécessaire de Ja traiter de nouveau par le chlore gazeux. Dès qu’elle à été réduite au quart de son volume, je lai soumise pendant une heure et demie à Paction de ce gaz, qui a encore déterminé la formation d’un assez grand nombre de flocons d’un blane jaunâtre; j'ai filtré et obtenu un liquide d’un jaune assez clair, que j’ai rapproché par l’évaporation à une douce chaleur; mais il n'a pas ardé à se colorer en rouge brun, ce qui m'a déterminé à la soumettre pour là quatrième fois, et pendant une heure et demie, à l’action du chlore gazeux, qui l’a encore troublée ; j'ai filtré et concentré le liquide , à l’aide d'une douce chaleur, jusqu'à ce qu’il fût réduit à 12 grammes environ: il était alors d’un brun noirätre et légèrement acide. Je l'ai étendu d’eau et Je l’ai mis en contact avec une petite pile d’or et d’étain. Trois jours après, j'ai retiré ce petit appareil, et après l'avoir bien lavé et essuyé, j'ai vu que, surtout dans les intervalles qui séparaient les portions d’étain, il était taché en gris bleudtre. J'ai chauffé le tout dans un tube de verre efflé, et disposé de manière que le mercure qui pourrait se volatiliser vint blanchir une lame d’or que j'avais préalablement introduite dans l'appareil. L'or de la pile à repris sa couleur jaune, mais je n'ai obtenu aucune trace de globules mercuriels, et la lame d'or n’a pas été blanche.

Expérience IV. — J'ai introduit dans l'estomac d’un chien à jeun 2 grammes de sublimé corrosif dissous dans 210 grammes d’eau distillée. Pœsophage et la verge ont été liés. L'animal est mort au bout de dix heures, et a été aussitôt ouvert. La vessie était vide. L’estomac contenait des aliments solides et liquides, de couleur grisâtre; j'en ai acidulé une partie par l’acide chlorhydrique, et j'y ai plongé une lame de cuivre parfaitement décapée. Au bout de quelques minutes, ce métal était recouvert

d'une couche de mercure métallique, qui apparaissait blane et brillant dès que l'on frottait la lame avec du papier joseph, après l'avoir lavée avec de l’eau et lavoir bien essuyée. L’autre portion du mélange alimentaire, gristre el un peu épais, à été filtrée : le liquide ne se coloraitni ne se troublait par la potasse ni par l'acide sulfhydrique. L’esomacde cet animal, lavé pendant plusieurs jours avec de l’eau distillée froides*et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne fussent aucunement affectées pale gaz sulfhydrique, à été coupé en petits morceaux et traité à une douce chaleur dans une eapsule e de porcelaine par un mélange de trois parties d'acide chlorhydrique et d’une partie d'acide azotique concentrés. Quelques minutes après, le viscère était dissous; il s’était formé de la mousse blanche et il se dégageait du gaz bioxyde d'azote. Au bout d’une heure et demie, il ne restait guère que 120 grammes d'un liquide jaunâtresu milieu duquel nageaient des flocons blanchâtres, semblables à ceux “qui, dans la première expérience, avaient été produits par le chlore. Dès que cette liqueur a été refroidie, on l’a fait traverser pendant deux heures par un courant de chlore Éareux bien lavé; celui-ci a à-peine précipité quelques nouveaux flocons. On a laissé ré éabir Je chlore excédant jusqu'au lendemain, et on a filtré : la liqueur était limpide, et d'un jaune excessivement clair; ; on la évaporée au bain-marie, presque jusqu à sicité, et on y a ajouté 40 grammes d’eau distillée; le mélange était jaune, un peu trouble, et très-légèrement acide. On en a mis une faible portionen contact le une lame de cuivre, qui n’a pas tardé à être ternie par du mercure mélallique, que lon a obtenu sous forme de globules “en chauffant Ja lame de cuivre dans un tube effilé à la lampe. L’autre portion filtrée à Été évaporée de nouveau au bain marie, pour la concentrer jusqu'à réduction au tiers de son volume. Dans cet état, et après avoir ététréfroidie, elle à été agitée avec de l’éther sulfurique froid. Dès que les*deux couches ont été formées, on a évaporé la couche éthérée, en exposanta capsule au soleil; mais il a été impossible d'obtenir un résidu solide, par suite de Ja présence dans le liquide d’une grande quantité de matière grasse que l’éther avait dissoute. On a versé dans le liquide graisseuxvainsi évaporé une quantité suffisante de dissolution de potasse pure poursæ turer l'excès d abite et saponifier la matière grasse, et on l’a laissé agir pendant quatre jours; au bout de ce temps, il s'était déposé un peu de graisse jaune : on a filtré, et l'en a obtenu un liquide jaune et limpide, quelona fait évaporer à une douce chaleur ; quand ce liquide a été réduit au sixième de son volume, il était jaune, huileux, et presque transparent; la potasseret l'ammoniaque le précipitaient en brun-café ; l'acide sulfhydrique liquidemne Je colorait pas, et en précipitait à la longue une très-petite quantité de ma üière jaune, tirant sur le rouge, qu'il était impossible de considérer comme étant du sulfure de mercure ; cependant une lame de cuivre y décelait promptement la présence d’un composé mercuriel. Quelle pouvait être la nature de ce Composé ?

Le foie, séparé immédiatement après la mort, et coupé en petits morpeaux, à ÉLé traité à uuç douce chaleur, dans une capsule de porcelaine,

par un mélange de trois parties d'acide chlorhydrique , et d’une partie d’aeide azotique concentrés; il s’est formé de la mousse et il s’est dégagé du gaz bioxyde d'azote. Le viscère a été promptement dissous, et au bout d'une heure et demie, il ne restait qu’une liqueur jaunâtre, troublée par des flocons blancs. Alors on a fait passer un courant de chlore gazeux, parfaitement lavé, à travers cette matière refroidie, ce qui a déterminé la formation de nouveaux flocons blancs, peu abondants et comme graisseux. Au bout de deux heures, on a cessé de faire passer du chlore, et on a laissé réagir jusqu’au lendemain l’excès de celui qui se trouvait dans la dissolution ; on a filtré : la liqueur était parfaitement limpide et d’un jaune doré; onla évaporée presque jusqu'à siccité au bain-marie; dans cet état, elle conservait sa couleur jaune, quoique la nuance füt plus foncée; on Fa étendue d’eau , et on y a plongé plusieurs lames de cuivre après lavoir légèrement acidulée. Au bout de douze heures, ce métal était couvert d’une couche grisâtre qui paraissait mercurielle; on a lavé ces lames dans de eau ammoniacale, pour les débarrasser du sel cuivreux et d’une matière grasse dont elles étaient enduites; on les a essuyées après les avoir lavées avec de l’eau, puis on les a frottées avec du papier joseph. Elles ont paru blanchir et sont devenues plus brillantes; alors on les à chauffées dans un tube effilé à la lampe, et l’on a obtenu de l’huile empyreumatique, du carbonate d’ammoniaque, et plusieurs petits globules de mercure que l'on à rassemblés sur une feuille de papier. La liqueur au milieu de laquelle ces lames avaient séjourné pendant douze heures a été agitée pendant quelques minutes avec de l’éther sulfurique, et elle s’est comportée comme celle qui provenait de l'estomac; après avoir été saturée par la potasse pure, elle est devenue d’un rouge brun, tandis qu'auparavant elle était d'un jaune foncé, et elle s’est troublée. Quatre jours après, il ne s’était encore rien déposé; on voyait seulement au milieu de la liqueur un précipité hydrophane, qui n’avait aucune tendance à gagner le fond; on a dû rénoncer à rechercher s’il existait dans ce mélange un sel de protoxyde ou de bioxyde de mercure.

Expérience V.— J'ai introduit dans l'estomac d’un chien 4 grammes de sublimé corrosif dissous dans 150 grammes d’eau; l’œsophage et la verge ont été liés. L'animal est mort au bout de huit heures, et a été ouvert aussitôt. La vessie contenait à peine 2 grammes d'urine que j'ai acidulée avec de l’acide chlorhydrique; une lame de cuivre laissée pendant deux jours dans cette liqueur s’est à peine ternie; en sorte qu'il me serait impossible de dire si elle contenait ou non un composé mercuriel,

Le foie, séparé immédiatement après la mort, a été coupé en petits morcéaux et introduit dans un matras avec le sixième de son poids d’acide sulfürique concentré et pur; à ce ballon, était adapté un tube qui venait se rendre dans une éprouvette contenant de l’eau distillée. On a chauffé graduellement le matras jusqu’à ce que le liquide entrât en éballition, et on Pa | maintenu à cette température; vers la fin de l'opération, il s’est dégagé des Yäpeurs abondantes d'acide sulfureux , et il n’est resté dans le ballon qu'un

charbon sec et friable; l’eau de l’éprouvette s’étant échauffée pendant l’ex-

périence, par suite de l'arrivée des gaz résultant de la décomposition del'a. cide sulfurique et de la matière organique, à été changée À plusieurs re prises. On a versé dans le ballon les divers liquides recueillis danse éprouvettes; on à saturé l'excès d'acide par de la potasse pure, t'on : chauffé le tout pendant une heure, à la température de 80°, avecutmeé: lange de parties égales d'acide azotique et d’acide chlorhydrique: on #fltr et fait évaporer la liqueur jusqu’à siccité, à une douce chaleur, afin dé chasse l'excès d’acide ; le produit a été dissous dans l’eau distillée, et liqueu jaunâtre et limpide, après avoir été acidulée, à été laissée pendant plusiéur heures avec une lame de cuivre parfaitement décapée qui n’a pasété affectée Tout portait à croire que l’eau régale employée n'avait pas dissous lé compos. mercuriel que pouvait contenir le charbon, soit parce qu’elle avaitrété "pa trop affaiblie par les liquides recueillis dans les éprouvettes, soit parce qiellt n'avait pas été suffisamment chauffée. Pour lever toute incertitude à cetégard j'ai fait bouillir le charbon avec de l'eau régale pendant vingt minutesspui J'ai continué à chauffer jusqu’à ce que la majeure partie de l'acide fütévaporée, et que Îe charbon füt à peine humide; alors J'ai traité le charborpa l'eau distillée bouillante, et j'ai filtré; une portion de la liqueur filtrée” pas tardé a ternir plusieurs lames de cuivre bien décapé. Dès quelam moniique ou lacide chlorhydrique ont touché les couches ternies, ces couche: sont devenues blanches : il a suffi de chauffer ces James blanchies!dafiéun tube de verre effilé pour obtenir une quantité très-notable de globules mercuriels. L'autre portion de la liqueur, jaunâtre et parfaitement limpide. a été agitée avec de léther sulfurique , qui, à l'instant même, a détermine Ja formation de deux couches ; la couche supérieure , éthérée , séparée 4 l'aide d'un entonnoir et évaporée à une douce chaleur, a laissé un résidu d'ü blanc jaunâtre qui était du bichlorure de mercure; en effet, il précipitai en jaune par la potasse ; en rouge par l'iodure de potassium, en noïf par l'acide sulfhydrique,et en blanc par lazotate d'argent. nt) | L’estomac de cet animal était recouvert intérieurement d’une couche grise. comme cela à souvent lieu dans les empoisonnements par le sublimé. Jel'anave jusqu'à ce que les eaux de lavage ne se colorassent plus parle gaz acide sulfhydrique, puisje lai carbonisé dans une cornue par le sixième de son poids d'acide sulfurique, comme je l'ai dit en parlant du foie. J'avais eu la précatition d'adapter à la cornue un ballon qui communiquait avec une éprouvette contenant de l'eau distillée; ces deux vases plongeaient dans de l’eau très*froide. Examen du charbon. Je l'ai fait bouillir avec de l’eau régale, et jélai traité comme je l'avais fait en expérimentant sur le charbon donné parle foie; la quantité de mercure recueilli sur les James de cuivre a été des plus considérables, quoique je n'eusse employé que la dixième partie des la dissolution; on voyait même cà et là sur les lames une matière blanche opaque, qui se comportait avec les réactifs comme le sublimé corrosif; Jes neuf autres dixièmes de la dissolution , agités avec de l’éther, ont fourni beaucoup de bichlorure de mercure.

Examen des liquides distillés dans le ballon et dans l'éprouv'ette. de les ai réunis et je les ai chauffés pendant un quart d'heure environ avec

le l'eau régale, afin de transformer l'acide sulfureux en acide sulfurique t de détruire la majeure partie de la matière organique, puis J'ai fait asser un courant de chlore gazeux bien lavé à travers la liqueur ; il s’est Lpéine déposé quelques parcelles de matière jaune comme graisseuse ; j'ai iltré et fait évaporer la liqueur au bain-marie; quand le liquide à été réuit à peu près au sixième de son volume, je me suis aperçu qu’il cristalisaitpar le refroidissement; et, en effet, le lendemain il y avait au fond léla capsule 1 gramme 2 centigrammes de sublimé corrosif cristallisé, Heile à reconnaître par l’iodure de potassium, Pammoniaque, la potasse, “acide sulfhydrique, etc. ; l'eau mère tenait encore en dissolution une ceraine quantité de bichlorure de mercure.

Expérience VI. — J'ai introduit dans l'estomac d’un chien à jeun 4 gramfes de sublimé corrosif dissous dans 120 grammes d’eau, et j'ai lié l'œsophage et la verge. Deux heures après, j'ai tué l'animal, et je lui ai ouvert aussitôt l’aorie ; j'ai cbtenu par ce moyen 230 grammes desang , que j'ai soumis à l’action de 39 grammes d'acide sulfurique concentré et pur, dans iné cornue à laquelle j'avais adapté un récipient vide qui plongeait dans de l'eau froide, et d'où partait un tube qui venait se rendre dans une éprouvétte contenant de l’eau distillée, et qui était entourée elle-même d’eau fraîche ; la cornue ayant été graduellement chauffée, l'opération a été con duite, comme je l'ai dit à l'expérience 5,à l’occasion du traitement de Pestomac (voy. p. 717), et je n'ai obtenu aucune trace de mercure. La vessie contenait 8 grammes d'urine; j'ai fait passer un courant de chlore gazeux à travers ce liquide ; j'ai filtré, et j'ai rapproché la liqueur au bain-marie, lant pour la concentrer que pour chasser l'excès de chlore : la lame de cuivre n’a pas éprouvé Je moindre changement dans ce liquide.

Expémignce VII — J'ai répété la même expérience en ouvrant Paorte, vingt minutes après l'empoisonnement ; le sang , examiné comme le précédent, n’a fourni aucune trace de mercure.

Exvénence VIIL — Cinq minutes après avoir empoisonné un chien avec 8 grammes de sublimé corrosif dissous dans 180 grammes d’eau, je lai saigné , et j'ai traité 288 grammes de sang par l'acide sulfurique, comme il a été dit à l’expérience 6. Une heure après, j'ai encore extrait de la veine jugulaire 90 grammes de sang , et j'ai tué l’animal ; ces deux quantités de sang, soumises séparément à l’action de l'acide sulfurique concentré, comme iba été dit à l'expérience 6 , m'ont donné en dernier résultat deux liquides que j'ai laissés pendant longtemps en contactavec plusieurs lames de cuivre, celles-ci ont été légèrement ternies, comme si elles eussent été plongées dans un liquide contenant des traces d’un sel mercuriel; en les frottant elles acquéraient une couleur blanche argentine; toutefois, lorsque je les ai soumises à l'action du feu dans deux tubes de verre effilés , j'ai obtenu üne vapeur blanche excessivement légère , au milieu de laquelle il m'a été impossible d'apercevoir des globules mereuriels bien caractérisés. Le foie de cet animal, carbonisé aussi par l'acide sulfurique et traité par le même procédé que le sang, m'a donné, au contraire, un trés-grand nombre de globules de mercure.

Expérience IX. — J'ai introduit dans l'estomac d’un chien à jeun 5 cen tigrammes de sublimé corrosif dissous dans 200 grammes d’eau ; l'œso phage et Ja verge ont été liés, et l'animal a été tué trente heures aprè J’empoisonnement. La vessie contenait 160 grammes d'urine que j'aifil trée et soumise à l’action d’un courant de chlore gazeux; j'ai ensuite Jaïss réagir pendant vingt-quatre beures l'excès de chlore sur la matière orga nique ; alors la liqueur a été filtrée de nouveau et évaporée au bain-mari presque jusqu’à siccité; je l’ai étendue d’eau distillée, et jy ai plongé plu sieurs petites lames de cuivre parfaitement décapées. Le lendemain , toute ces lames étaient fernies et comme recouvertes d’une couche mercuriell très-mince ; je les ai lavées dans l’eau distillée, et après les avoir essuyée entre deux feuilles de papier joseph, je les ai coupées en petites lanière pour les soumettre à l’action de la chaleur dans un tube de verre effilé} lampe , et fermé par un bout. Bientôt après il s’est condensé dans la parti étroite du tube un assez bon nombre de globules mercuriels parfaite ment caractérisés. ?

Urine des individus soumis à un traitement mercuricl. Vaïét curieux de savoir si, comme l’a annoncé M. Cantu, cette urine contient composé mercuriel. Voici comment avait procédé le chimiste de Turin Après s'être assuré que la portion liquide de 30 kilogrammes d'urin provènant de malades soumis à l'usage de frictions mercurielles ne four nissait pas à l'analyse le plus léger atome de mercure, il a cherché ce méta dans le dépôt qui s’était formé spontanément, et qui était ramassé au fon du liquide. Il a mélangé ce dépôt avec parties égales de carbonate de po tasse et de charbon; il en à fait une pâte à l’aide d’une certaine quantif d'eau, et il l’a chauffée dans une cornue à laquelle il avait adapté un réct pient contenant de l’eau; le col de la cornue plongeait dans ce derniemliquide. Après la décomposition de la matière par le feu, il a été aisé de voi que le liquide empyreumatique recueilli dans le récipient ne renfermai aucune trace d'un sel mercuriel; il n’en était pas de même, suivant l'au: teur, d'un dépôt brun qui s'était condensé dans le ballon, et qui en occur pait le fond ; en effet , si l’on desséchait ce dépôt et qu'on le comprimätst une carte, on voyait un nombre infini de globules mercuriels. Lec0 de la cornue en était également tapissé. (Specimen medico-chemicunrdl mercuru præsentia in urinis syphiliticorum mercurialem curationen patientium ; Mémoires del Académie de Turin, t. XXIX, année 1823. Voici les expériences que j'ai tentées à ce sujet.

Expérience X. — J'ai laissé déposer, pendant huit jours du mois dé mai 1842, 16 kilogrammes d’urine provenant de malades soumis à Vaction du sublimé corrosif pris à l'intérieur comme antisyphilitique ; le dépôt grisâtre , lavé et desséché, du poids de 135 grammes, a été traité comm l'avait fait M. Cantu, dans une cornue que j'ai chauffée jusqu'au pointde la fondre, Il m'a été impossible d’apercevoir aucun globule mereuriel dans le col de cette cornue ni dans le ballon ; on voyait bien une multitude de petites bulles d'air et de globules huileux, offrant l'aspect des globules mer: curiels; mais, par us examen attentif, on pouvait se convainere qu'iln"y

avait là aucune trace de mercure. Le liquide empyreumatique contenu dans le ballon a donné, au bout de deux jours, un léger dépôt brun, que j'ai séparé, desséché et écrasé sur une carte, et au milieu duquel à! m'a été impossible de déceler aucun globule mercuriel ; J'ai alors traité ce dépôt par l’acide azotique concentré, j'ai évaporé la liqueur presque jusqu’à siccité, puis je lai étendue d’eau ; une lame de cuivre bien décapée, laissée dans cette dissolution pendant vingt-quatre heures, n’a point été ternie.

Expérience XI. — L’urine qui avait fourni le dépôt grisâtre sur lequel j'avais opéré (16 kilogrammes) a été filtrée et évaporée à une douce chaleur jusqu'à ce qu’elle fût réduite à 2 kilogrammes ; dans cet état, elle était d'un brun foncé; je l'ai décantée, et je l'ai fait traverser pendant plusieurs heures par un courant de chlore gazeux. Le liquide résultant de ce traite ment, d'un jaune rougeâtre, contenait un grand excès de chlore ; il a été abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures, afin que la réaction de cet agent füt complète. Dans ce moment, je l'ai filtré et évaporé au bainmarie presque jusqu’à siccité; j'ai ajouté de l’eau distillée au résidu, et j'ai plongé plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées dans la liqueur préalablement acidulée ; il ne s’est déposé aucune trace de mercure sur ces lames.

Expérience XII — J'ai traité par l’eau régale à une douce chaleur 135 grammes du dépôt grisätre fourni par 16 kilogranmes de la même urine qui m'avait servi à faire les expériences précédentes, et qui avait également été abandonnée à elle-même pendant huit jours. Après trois quarts d'heure d’une légère ébullition, le dépôt était entièrement dissous, et la matière organique en grande partie décomposée; j'ai fait traverser la liqueur par un courant de chlore gazeux parfaitement lavé, et j'ai obtenu des flocons blanes assez abondants; le lendemain, après avoir laissé réagir l'excès de chlore pendant vingt-quatre heures, jai filtré. La liqueur, d’un jaune clair, a été évaporée au bain-marie presque jusqu’à Consistance sirupeuse; alors je lai étendue d’eau, et j'y ai plongé plusieurs James de cuivre parfaitement décapées qui n’ont pas tardé à se recouvrir d'une couche grise évidemment mercurielle; après avoir lavé ces lames dans de l’eau ammoniacale , je les aï séchées entre plusieurs feuilles de papier joseph; puis je les ai coupées en petits fragments, que j’ai chauffés jusqu'au rouge dans un petit tube de verre effilé à la lampe; à l'instant même j'ai obtenu une multitude de globules mercuriels que j'ai réunis, à l’aide de la pointe d’une épingle, en plusieurs globules assez volu- | mineur. |

|" Conclusions. Il résulte des expériences qui précèdent et de beaucoup d’autres analogues qu’il est inutile de décrire en détail : 1° que si les travaux de M. Lassaigne prouvent que le précipité fourni par l’albumine et le sublimé corrosif contient, après avoir été desséché, environ cinq pour cent de bichlorure de mercure, il n’en est pas moins vrai qu’il est impossible d'appliquer à la médecine légale le procédé que ce chimiste a fait connaître, lorsqu'il s'agira de déceler dans les tissus du [. 46

canal digestif, dans nos viscères, ou dans certaines substances alimeñis taires, la présence d’un composé mercuriel insoluble dans l’eau, Soit que ce composé contienne du bichlorure de mercure à l’état de combinaison, soit que le mercure s’y trouve à l’état de protochlorure ; en effet, le chlorure de sodium proposé par ce chimiste distingué n enlève pas ce composé mercuriel aux masses charnues dans lesquelles il existe ordinairement en très-petite proportion (voy. expér. 2, p. 714).

20 Que le procédé de M. Devergie, qui consiste à dissoudre l'organe ou toute autre matière solide dans de l'acide chlorhydrique concentrés, puis à faire traverser la dissolution par un courant de chlore gazeuxs doit également être abandonné, parce qu’il est quelquefois insuffisant pour décéler le mercure qui existe dans une matière suspecte, et qu’alors même que l’on parvient à le découvrir, on n’en obtient pas, ni à beaucoup près, autant que l’on peut en extraire par d’autres moyens, Le chlore gazeux, en effet, ne détruit pas assez complétement la matière organique , à moins qu'on n’en ait fait passer pendant plusieurs heures, ce qui est long et fastidieux ; le plus souvent il reste une matière grasse jaunâtre, qui est, en partie du moins, le résultat de lPaction de cet agent sur les substances organiques ; cette matière huileuse peut être tellement abondante dans le traitement du foie et de quelques autres vis: cères, si l’on n’a pas employé assez de chlore, que les liquides en dernier ressort soient obtenus fortement colorés par elle en rouge ou en brun rot geâtre, et qu’elle s’oppose à la précipitation du mercure soil sur une lamé de cuivre ou sur la petite pile d’or, soit à l’aide des réactifs ; il arrive même, dans les cas dont je parle, que le cuivre ou la pile se AR d’une couche terne , d’un gris bleuâtre, que l’on serait tenté d’abord de prendre pour du mercure, et qui pourtant n’en contient pas un atome (voyez expérience 3, p. 714). |

3° Qu'il est au contraire facile d’extraire du mércuré métallique de matières suspectes , quelles qu’elles soient, en les traitant d’abord par l'eau régale à une douce chaleur pendant une où deux heures , et en faisant passer un seul courant de chlore à travers la dissolution obtenues, qui est ordinairement jaunâtre et déjà troublée par des flocons d'un blanc tirant sur le jaune; il ne s’agit, après avoir laissé pendant plusieurs heures cette liqueur en contact avec l'excès de chlore que le Courant y avait amené, que de la filtrer et de l’évaporer au bain-märiejus= qu’à siccité, poir chasser la majeure partie de l'acide, puis de l’étendre d'eau distillée. Une lame de cuivre plongée dans cette liqueur se recouvre bientôt de mercure métallique, que l’on peut recueillir sous forme de globules, en chauffant la lame dans un tube effilé à la lampe. Je dirai toutefois qu’il ne m'a jamais été possible, en suivant ce procédé, d’ex traire de celte liqueur mercurielle, à l'aide de l’éther, ni du sublimé

corrosif ni un autre sel mercuriel susceptible d’être caractérisé, ce qui tient à la présence de cette matière grasse jaune dont j'ai parlé, et qui, pour êlre beaucoup moins abondante que dans le cas où l’on a traité dlaprès la méthode de M. Devergie, ne se trouve pas moins encore en assez grande quantité pour s'opposer à la séparation du sublimé corrcsif par l'éther.

4° Qu'il est beaucoup plus avantageux, pour établir l'existence du sublimé dans une matière suspecte, de carboniser celle-ci en vases clos laide de l'acide sulfurique concentré ; le charbon et surtout les liquides volatilisés fourniront du mercure et du sublimé corrosif en proportion notable ,; dès qu'ils seront soumis aux opérations que je vais décrire eñ parlant du procédé qui doit être préféré (voy. expérience 5, p. 717:

5° Que tout en admettant que le sublimé corrosif est facilement transformé par plusieurs malières alimentaires ou par nos tissus en un cor posé itisoluble, il n’en est pas moins nécessaire, dans toute expertise médico-légale relative à ce sujet, d'opérer d’abord sur les portions liquides filtrées, parce qu’il arrivera souvent qu’elles contiendront encore une certaine quantité de sublimé en dissolution facile à réconnattre à Paide d’une lame de cuivre, mais surtout en carbonisant la liqueur évaporée jusqu'à siceilé par l'acide sulfurique concentré (voyez la 5° expérience ). Dans ces sortes de cas, on ne devra jamais mettre la liqueur fillrée en contact avec des réactifs , tels que la potasse, l’iodure de potassium, l’acide sulfhydrique , etc., parce que souvent ils ne la troublent pas, et que presque toujours ils fournissent des précipilés tout autrement colorés que ceux que doit donner la dissolution de sublimé corrosif.

6° Que l'absorption du sublimé corrosif ne peut plus faire l’objet d’un doule, puisque j'ai retiré du mercure métallique du foie et de l'urine des chiens empoisonnés par ce sel, ainsi que de l’urine des malades atteints de syphilis, à qui l’on faisait prendre depuis quelques jours de petites doses de bichlorure de mercure en dissolution. Que sans nier que M. Gantu ait obtenu, en 1823, du mercure mélallique de l'urine des syphilitiques soumis à l’usage de friclions mercurielles, je ferai remarquer que Rhades, Meissner, Schwergger, et M; Devergie, qui on! répété les expériences du chimiste de Turin, n’ont pas retiré un atome de ce métal, quoiqu'ils se fussent placés dans les mêmes conditions que lui ; que je n'ai pas élé plus heureux que ces expérimen- {aleurs en agissant, exactement comme l’a conseillé M. Cantu, sur l'urine de malades qui avaient pris du sublimé à l’intérieur ; qu'à la vérité je ai opéré que sur le précipité fourni par 16 kilogrammes d'urine , landis que ee chimiste a fait ses recherches sur le dépôt provenant de 30 kilogrammes de ce liquide. En lout cas, le procédé suivi par M, Canty

est loin d’être le plus propre à extraire les atomes de mercure métallique que renferme une matière organique, comme cela résulte des expériences 10 et 12 ( voy. p. 720 ).

Je suis convaincu, disais-je en 1843 ( voy. ma 4° édition de cet ouvrage}), qu'en employant l’une des deux méthodes auxquelles je donne la préférence, on découvrira aisément le mercure dans le lait des nourrices et dans la salive des individus soumis à un traitement mercuriel. |

Depuis, M. Audouard de Béziers, après avoir retiré, à l’aide d'un de ces procédés , du mercure de l'urine des malades atteints de syphilis qui faisaient usage du bichlorure de mercure , en à également extrait de la salive d’un jeune commis marchand qui prenait depuis vingt jours“des pilules mercurielles de Dupuytren matin et soir (Journal de chimie médicale, mars 1843, p. 137) (1). On verra à la page 727 que M. Personne-a trouvé du mercure dans le lait des nourrices soumises à un traitement mercuriel (année 1851 ).

7° Que l'absorption du sublimé corrosif étant un fait acquis Ma science, il devient désormais indispensable, dans les expertises médico: légales relatives à l’'empoisonnement par les préparations mercurielles, de soumettre aux opérations qui vont être décrites le foie, la ratesçlés reins et l’urine, toutes les fois que l’on n’aura pas retiré du mercure ou du sublimé corrosif des matières expulsées par haut ou par basse celles qui ont été trouvées dans le canal digestif ou des tissus de’ce canal. | 8° Qu'il ne suffit pas, pour affirmer qu'un individu est mort empoi-

(1) 1 y a quelques semaines, un médecin , habitant à quelques lieues dé Mippet (Néerlande), consulta le D' Verves sur le fait suivant. Appelé près d’une famille de paysans , père, mère et trois enfants, il les trouva tous affectés d’un ptyalisme qui, chez la mère, avait déjà revêtu un aspect inquiétant. Cette famille n’ayaitfait pi à l’intérieur ni à l'extérieur usage d’aucune préparation mercurielle , ou autre, à laquelle on aurait pu attribuer le développement d'une salivation aussi intense.

Le médecin persévéra dans la recherche des causes de ce phénomène. Il appnt bientôt que le père de famille avait acheté une vache, quelques semaines auparavant; cette vache avait été languissante pendant tout le temps qu’il en avaitété possesseur, ef elle salivait comme toute la famille.

Le médecin ne douta plus que cette famille qui se nourrissait journellementdu lait de cette vache, soit en bouillie, soit d’une autre façon , ne füt affectée dece ptyalisme, par suite de la présence d’un sel mercuriel dans le lait, la vache ayant été soumise, chez son dernier possesseur, à des frictions avec des onguents mercuriels, dans le büt de faire périr les tiques dont elle était très-incommodée. Afin d’éclaircir le fait, ce médecin envoya au D' Verves une cruche de ce lait pour lanalyser. La recherche du mercure fut faite, avec succès, d’après le procédé indiqué dans le Traité de toxicologie de M. Orfila, auquel nous devons la com munica= tion de ce fait curieux. (4nnales d'hygiène, avril 1848.)

sonné par du sublimé corrosif, d’avoir obtenu du mercure métallique ou du bichlorure de mercure des matières précitées , parce que ce poison est journellement administré à des malades atteints de syphilis, que l'on emploie aussi d’autres composés mercuriels qui, d'après M. Mialhe, semblent se transformer en sublimé aussitôt qu’ils sont en contact avec des chlorures alcalins et avec l'air, et.que dans tous ces cas l'expert pourrait constater, soit dans le canal digestif, soit dans le foie, soit dans l'urine, la présence du mercure métallique ou du sublimé, en proportion , à la vérité, excessivement minime.

9° Qw’il importe dès lors, avant de conclure, de s’enquérir attentivement de la position antérieure de l'individu , afin de savoir s’il n'aurait pas été soumis à une médication mercurielle à une époque plus ou moins éloignée , du mode d’invasion de la maladie, de ses symptômes, de sa marche, de sa durée, el des altérations cadavériques qui ont été constatées après la mort. Dans la plupart des cas d’empoisonnement par le sublimé corrosif, les accidents seront tellement graves et subits, qu’il sera impossible d'expliquer la présence du mercure où du sublimé corrosif décelé dans les matières suspectes autrement que par un empoisonnement; dans la plupart des cas aussi, la proportion de mercure où de sublimé trouvée sera telle, qu’il sera facile de voir que le: composé mercuriel n'a pas été administré comme médicament ; en effet, le sublimé, se combinant rapidement avec les tissus organiques, n’est pas aussi complétement vomi que d’autres poisons solubles, ce qui fait qu’on trouve en général une quantité assez notable d’un composé mercuriel soit dans les organes digestifs, soit dans la partie solide des matières alimentaires vomies, ou de celles qui existent dans l'estomac ou dans les intestins.

Procédé. On fait bouillir pendant deux ou {rois minutes, dans une capsule de porcelaine, les matières vomies et celles qui ont été trouvées dans le canal digestif, afin de coaguler et de séparer une portion de matière animale ; on filtre , et après avoir acidulé la liqueur avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique, on y plonge une ou plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées. Si ces lames sont ternies au bout de quelques instants, d’une ou de plusieurs heures, qu’elles soient grises ou blanches, on les laisse pendant quelques minutes dans une dissolution d'ammoniaque faible qui dissout l’oxyde ou Le chlorure de cuivre qui ont pu se former ; on Les lave avec de l’eau distillée, on les essuie en les pressant entre deux feuilles de papier joseph, puis on les coupe en très-petits morceaux, et on les introduit dans un tube de verre effilé à la lampe. Que l’on obtienne ou non du mercure métallique dans la partie

Ja plus rétrécie du tube, on évapore jusqu’à siccité au bain-marie la liqueur dans laquelle ont séjourné ces lames ; le produit sec est alors

pesé et introduit dans une cornue de verre tubulée avec le sixième de son poids d'acide suifurique concentré et pur ; à cette cornue, est adapté un récipient qui plonge dans l’eau froide, et qui communique, 4 l'aide d’un tube recourbé, avec une éprouvette à moilié remplie d’eau distillée, et qui est également entourée d’eau fraiche. On élève successivement la température de la cornue, et bientôt la matière qu’elle contient noircit et entre en ébullition ; on pousse l’opération à une chaleurmeodérée, jusqu’à ce que celle matière soit réduite en un charbon peu près sec, el par conséquent jusqu’après le moment où il s’est dégagé des vapeurs abondantes d’acide sulfureux. On opère séparément"sut Je charbon et sur les liquides distillés. On fait bouillir le charbon avee50 à 60 grammes d’eau régale, composée de deux parties d'acide chlorhwdrique et d’une partie d'acide azolique concentrés , on cesse de chauffer lorsque la majeure partie de l'eau régale est évaporéé el que le charbon est à peine humide ; alors on traite celui-ci par l’eau distéllée botil- Jante, et on filtre; une pelile partie de la liqueur filtrée } en général incolore ou jaunätre, est mise en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre parfaitement décapées, qui ne tardent pas à se recouviir d’une couche grise et blanchâtre si cette liqueur contient du mercure; on agit sur ces lames comme il vient d’être dit plus haut, afin d'obtenir du mercure métallique. On agile le restant de la liqueur, c’est-à-diréla majeure partie, avec de l’éther sulfurique pur, dans un tube ou dat un petit flacon , et l’on ne {arde pas à voir deux couches se forniér"on sépare la couche supérieure éthérée à l’aide d’un entonnoir et du doigt, et en faisant évaporer l’éther à la température ordinaire ou à une trèsdouce chaleur, il reste du sublimé corrosif solide, facile à reconnaitre. Les liquides distillés contiennent ordinairement une quantité considérable de sublimé corrosif par rapport à celle qui se trouvait dans la matière suspecte ; ils renferment aussi une matière organique, de l'acide sulfureux , etc. On les réunit et on les fait bouillir pendant quinge ou vingl minutes avec de l’eau régale; puis on fait traverser la dissolution par un courant de chlore gazeux pendant une heure environ ; on‘filtre la liquenr, pour la séparer de quelques flocons blanes graisseux et albuineux qui ont pu se former, et on la fait évaporer au bain-mariensi la proportion du sublimé est un peu notable, il se forme vers la firune pellicule qui annonce que le sel va cristalliser; cela étant, on laisse refroidir lentement la matière, afin d'obtenir des cristaux, dont ilest aisé de reconnaitre la nature, et l’on peut encore constater la présence du sublimé dans l'eau mère. Si J4 quantité de sublimé est trop faible pour que la liqueur cristallise, on continue à la faire évaporer au bainmarie presque jusqu’à siccité, afin de chasser l'excès d'acide, et lorsque le produit est refroidi, on en prend environ le tiers, que Von étend

d'eau et que l’on met en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre, et L'on agit sur les deux autres tiers par l’éther, comme je l'ai dit tout à l'heure à l’occasion du charbon.

Si toutes ces recherches ont été infructueuses, on opère sur la por-

tion solide des matières vomies et de celles qui avaient été trouvées dans lécanal digestif, et qui étaient restées sur le filtre (voy. page 725); on Ja carbonise par le sixième de son poids d'acide sulfurique concentré eb pur en vases clos, en suivant la marche qui vient d’être tracée. « Admettons que l’on n'ait pas retiré du mercure, on carbonise alors l'estomac et Les intestins par un sixième de leur poids d'acide sulfurique pur et concentré; le plus souvent, on se borne à prendre certaines portions de ces viscères, celles qui offrent une couleur grisâtre ou qui sont trèsenflammées, et qui ont été évidemment plus atlaquées que les autres. IL ne faudrait cependant pas renoncer à trailer les autres portions, si les premières ne fournissaient pas le métal que l'on cherche. Il est préférable d'opérer ainsi de suite avec les tissus du canal digestif, que de faire bouillir ce canal dans de l’eau distillée, pendant une heure ou deux, et de carboniser le decoctum évaporé jusqu'à siccité, parce qu’en agissant de la sorte, on courrait risque de volatiliser une partie du sublimé que la matière pourrait contenir, el qu'il n’y a d’ailleurs aucun avantage à avoir une dissolution aqueuse, les réactifs ordinaires du sublimé n'étant d'aucun secours pour y déceler ce corps.

On agira de même sur le sang, le foie, la rate el les reins, si, malgré tant de recherches, on n’est pas parvenu à constater la présence d’un composé mercuriel. Pour peu que ces viscères contiennent du sublimé, on obtiendra du mereure en les carbonisant par l'acide sulfurique.

Quant à l'urine, il suffira de la filtrer el d'y faire passer un courant de chlore gazeux bien lavé ; on laissera réagir l'excès de chlore pendant

vingt-quatre heures, puis on filtrera ; la dissolution limpide sera évaporée au bain-marie, presque jusqu'à siccité; Le produit, étendu d'eau et légèrement acidulé par l'acide chlorhydrique, sera mis en contact avec une ou plusieurs lames de cuivre.

Si l'urine, avant d’être filtrée, avait laissé déposer un sédiment quelconque, on ne devrait pas négliger de chercher le composé mercuriel dans ce dépôt, dans lequel il se trouve le plus ordinairement à l’élat de

sel insoluble. On traitera ce dépôt par l’eau régale bouillante, el le solutum sera soumis à l’action du chlore gazeux, comme il a été dit à la douzième expérience (voy. p. 721).

Lait des nourrices soumises à un traitement mereuriel (voy. conclusion 6, p. 724). Voici le procédé que M. Personne vient de mettre en usage pour démontrer la présence du mercure dans ce lait. On traite le lait par un courant prolongé de chlore, jusqu'à ce que le caséum, bien

séparé, soit devenu {rès-friable; il faut, pour obtenir ce résultat, con- Linuer le courant de chlore deux ou trois jours de suite, suivant la ri: chesse du lait en caséum , en ayant soin, chaque jour , de bien boucher le flacon dans lequel se fait l'opération, pour laisser réagir le chlore pendant la nuil. On jette ensuite le tout sur un filtre, qui retient le*caz séum altéré et la matière grasse; ces derniers sont lavés avec l’eau dise tillée que l’on ajoute au produit filtré. Cette liqueur, répandant une forte odeur de chlore, est immédiatement saturée par un courant d'acide sulfhydrique, ou bien, pour éviter le trop grand dépôt de soufre provenant de la réaction de l’excès de chlore sur l'acide sulfhydrique, cet excès de chlore est enlevé en ajoutant peu à peu une légère dissolution d'acide sulfureux jusqu’à ce que l'odeur chlorée ait presque complétement disparu.

Dans tous les cas, on laisse bien déposer le précipité obtenu par l'a cide sulfhydrique, on le lave à plusieurs reprises, par décantation, avec de l’eau distillée, puis on le reçoit dans une capsule et on le desséche’au bain-marie. Ce précipité est formé par un mélange de sulfure de mercure , de soufre en excès, el d’une petite quantité de matière organique qu’il est impossible d'éliminer complétement.

Pour en isoler le mercure, on place ce précipité au fond d’un tube de verre vert bouché, de 0,20 à 0,25 cent. de long, et on le recouvre de fragments de chaux légèrement calcinée, de manière que le tube soit rempli aux trois quarts; on recouvre la colonne de chaux avec un petit tampon d'amiante, puis on étire à la lampe l'extrémité du tube en th tube étroit et recourbé.

L'appareil ainsi disposé est placé sur une grille et chauffé d’abord par la partie antérieure renfermant la chaux seule ; quand celle-ci*est bien rouge, on porte le feu jusqu’à l'extrémité fermée où se trouvellé précipité, qui se réduit en vapeurs, traverse la colonne de chaux, sur laquelle il dépose tout son soufre, et le mercure vient se condenser en très-petits globules dans la partie effilée du tube, qu’ on à eu le soin de refroidir en la plongeant dans l’eau froide.

J'ai pu, par ce procédé, extraire du mercure du lait de deux femmes prenant chacune 0,05 de protoiodure de mercure, el en agissant sur 50 à 75 centilitres de lait.

J'en ai également trouvé dans le lait de chèvres prenant 0,5 à 0,6 de protoiodure par jour, et en opérant sur 1 litre 1 à peu près.

La quantité de mercure est si petile, comme on doit le penser, qu’il m'est arrivé plus d’une fois de ne pouvoir constater parfaitement, à l'œil même armé d’une loupe, les globules mercuriels adhérents aux parois du petit tube; mais il m’a suffi, pour le rendre évident, d’essuyer l’intérieur de ce tube avec une petite spirale de papier à à fire, qui, frotlé

suite sur une lame d’or, y produisait des taches remarquables de mercure.

Sublimé corrosif dans un cas d’exhumation juridique. — 1° Le 3 mars 1825, on a mis dans un grand bocal à large ouverture, contenant > litres d’eau, 12 grammes de sublimé corrosif dissous dans 60 grammes l'eau bouillante; on a ajouté de la viande, de la matière cérébrale et des portions d’intestin. Le 19 mars, le mélange n’exhalait aucune odeur fétide; les matières animales étaient dures et comme tannées; la liqueur filtrée, brunissait à peine par l’acide sulfhydrique ; la potasse et l'ammoniaque la : rendaient tout au plus opaline; mais la petite pile se recouvrait d’une couchéde mercure métallique aussitôt qu’on la plongeait dans cette liqueur et qu'on ajoutait quelques gouttes d'acide chlorhydrique. La viande, la matière cérébrale et l'intestin, lavés et bien desséchés, fournissaient du mercure métallique lorsqu'on les calcinait avec de la potasse dans une cornue où dans un petit tube de verre. Il en était de même le 18 juin 1827.

Dès le 18 avril 1825, on avait pris la moitié de la liqueur dont il s’agit et dans laquelle il y avait déjà si peu de sublimé, et on l'avait mise en contaët avec d’autres matières organiques (foie, rate, intestins). Le 28 du même mois, le mélange exhalait une odeur des plus fétides, et la liqueur ne se colorait plus par l'acide sulfhydrique ; la petite pile n’était pas blanchie non plus au bout d’une heure.

20 Le 18 juillet 1826, on mit dans un bocal à large ouverture un litre d’eau, une portion d’un canal intestinal, et 30 grammes de sublimé corrosi$, Le 2 août suivant, le mélange exhalait une odeur très-fétide; la petite pile n’était blanchie qu’au bout de plusieurs heures. Les intestins, bien lavés , desséchés et calcinés avec de la potasse, fournissaient du mercure métallique.

30 Gi l'on enterre dans une bière de sapin blanc, à la profondeur d'un mètre , des chiens morts empoisonnés par 2 ou 3 grammes de sublimé s0lide, sans que l’œsophage ait été lié, et qu’on les exhume quelque temps après, on verra qu'il existe point de mercure métallique dans le canal digestif; mais, dans un certain nombre de cas, les tissus de ce canal, desséchés et calcinés avec de la potasse, donneront du mercure; si, au contraire, les animaux avaient promptement et considérablement vomi avant de mourir, on pourrait bien ne pas découvrir dans ces tissus Îa moindre trace d'un composé mercuriel.

4° Si l’on enferme dans un gros intestin 1 ou 2 grammes de bichlorure dé mercure dissous dans 16 ou 20 grammes d’eau, et mêlé à de la viande hachée, à du pain émietté et à de l’eau albumineuse , et que l’on place cet intéstin dans une boîte de sapin que l’on enterre à 6 ou 7 décimètres de profondeur, on remarquera, trois ou quatre mois après, que la matière renfermée dans l'intestin n'offre aucune trace de mercure métallique, quoiqu’au premier abord on soit disposé à prendre pour ce métal une foule de globules graisseux , brillants, qui font partie de la masse; pourtant on pourra démontrer dans le mélange la présence d’un composé mercuriel, en

730 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. s

le desséchant et en le calcinant dans une cornue avec de la potasse ; e1 effet, on en retirera du mercure métallique. sb Il résulte de ces expériences: 1° qu’il suffit de quelques jours d'inhu: mation pour qu’il ne soit plus possible de constater la présence dusu blimé corrosif dans la liqueur, autrement que par une lame de cuivr ou par la petite pile; 2° que cet effet est d'autant plus prompt qu'il : une plus grande quantité de matière animale mélangée avec le sublime . 3° que dans tous les cas on peut, en traitant par l’eau régale ot carbonisant par l'acide sulfurique (voy. page 722) les maières ani males qui ont élé en contact avec le sublimé, en extraire du mer cure métallique, même plusieurs années après l’inhumation : or la pré sence de ce mélal, si elle ne prouve pas qu’il y avait du bichlorure di mercure dans les matières enterrées, ne laisse aueun doute surl'exis. tence d’une préparation mercurielle dans ces matières.

Sublimé corrosif introduit dans le rectum après la mort. -— Ex: RIENGE [°°. — Un gros chien caniche a été pendu à huit heures trois quart du matin; einq minutes après, on a introduit dans le rectum 4 granmesdk sublimé corrosif sous forme de poudre et de petits fragments. On afai l'ouverture du cadavre le lendemain, à deux heures de laprès-midi.Le gros intestins ne contenaient point de matières fécales; mais le rectun offrait une altération remarquable depuis Panus jusqu'à quatre traversdi doigt au-dessus ; il était extérieurement d’une belle couleur blanche: tunique séreuse était opaque, épaisse, dure, et semblable, jusqu’à un cer: tain point, à une aponévrose; les vaisseaux du méso-rectum étaient légère ment injectés en rouge noirâtre; la membrane musculeuse était blanch comme de Ja neige. On voyait sur la tunique muqueuse correspondante à la portion lésée la majeure partie du sublimé corrosif employé; cette tuniqu était rugueuse, comme granuleuse , un peu durcie, et présentait plusieur plis d’un rose clair , imitaut, par leurs dispositions , des ramificationswei: neuses; ces plis étaient séparés par des portions d’une couleur blanche d’albâtre; en étendant sur la main cette membrane interne, on pouai faire disparaître les rugosités et la rendre lisse. Immédiatement au-dessu: de ces quatre travers de doigt, les intestins offraient leur couleur naturelle, et les membranes étaient minces et molles au toucher : en sorte quil y avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée entre les parties sur lesquelles le sublimé avait été app liqué et celles qui n'avaient pas été en contact avec lui. On mit dans l’eau les portions d’intestin attaquée: par le sublimé; et vingt jours après, il ne s'était manifesté aucun signe de putréfaction. On les soumit à l’analyse chimique après les avoir épuisée: par l’eau bouillante, et on en retira du mercure métallique. (és.

ExréRexce 1, — À neuf heures du matin, on introduisit dans l'intestin rectum d’un chien bien portant 2 grammes 60 centigrammes de sublimé corrosif sous forme de poudre et de fragments. Au bout de trois minutes :

l'animal se plaignit, et rejeta quelques matières fécales teintes de sang. Un quart d'heure après, il poussa des cris aigus et parut agité. Le lendemain, on recommença l'expérience, et on introduisit la même dose de poison ; l’animal succomba au bout de dix heures. On en fit l’ouverture le jour suivant. Les intestins étaient enflammés dans l'étendue de cinquante centimètres, en commençant par l'anus : loin d'offrir la couleur blanche et l'épaisseur dont j'ai parlé, la membrane séreuse était rouge, très-injectée, et mince; cn méretrouvait plus de sublimé corrosif dans l'intérieur des intestins (il avait “étéprobablement rejeté par les selles); Ja membrane muqueuse paraissait d'un gris noirâtre dans les deux travers de doigt qui sont immédiatement Au-dessus de l'anus; cependant, en la détachant et en la plaçant entre l'œil ébla lumière, on voyait qu'elle était d'un rouge excessivement foncé. La Pürtion qui était immédiatement placée au-dessus, et qui s'étendait jusqu’à lbauteur de 22 à 24 centimètres, était aussi d’un rouge très-intense, et sé détachait facilement par le frottement; la rougeur diminuait ensuite d'intensité, et n’était plus sensible à la hauteur de 60 à 64 centimètres ; mais cette diminution s'opérait d'une manière graduée, et n'offrait point, comme dans l’expérience précédente , une ligne de démarcation tranchée entre les parties saines et les parties lésées. La membrane museuleuse était d'un rouge vif dans toute l’étendue des portions affectées. Il est aisé dé voir que, dans cette expérience, l’altération organique ne s'était point bornée là où le poison avait été appliqué, mais qu'elle s'était étendue beaucoup plus loin.

Exvéeence IL — Un gros chien caniche a été pendu à midi. Trois quarts d'heure après, on a introduit dans le rectum 96 grammes d'une dissolution concentrée de sublimé corrosif. On en a fait l'ouverture le lendemain, à deux heures de l'après-midi. Presque tous les gros intestins avaient été en contact avec la dissolution ; leurs membranes étaient blanlches et épaisses; la tunique muqueuse présentait plusieurs bandes en zig- (zag, d'une belle nuance rose, qui contrastait avec la couleur blanche des Nautres portions. Immédiatement au-dessus de la partie avec laquelle le poison avait été en contact , l'intestin était dans l'état naturel, en sorte qu'il y avait une ligne de démarcation parfaitement tranchée, phénomène | qui n'existe jamais lorsque cette substance vénéneuse a été introduite penldant la vie.

Exrimexes IV.— Un petit chien a été pendu à midi. Une heure et |-demie après, on à introduit dans le rectum 4 grammes de sublimé cor- |rosif réduit en poudre fine. L'ouverture du cadavre n’a été faite qu’au bout | de quatre jours. L’altération cadavérique s’étendait seulement jusqu'à trois | travers de doigt au-dessus de l'anus; les membranes musculeuse et séreuse |étäient d’un blane d’albâtre, épaisses et durcies; la tunique muqueuse offrait des franges roses, comme dans l'expérience 1° (voy. p. 730), qui étaient | séparées par des portions recouveries de sublimé corrosif et d’un composé | méreuriel d’une couleur grisätre. I y avait encore ici une ligne de démar- | cation excessivement tranchée entre les portions sur lesquelles le sublimé avait été appliqué et celles qui n'avaient pas élé en contact avec lui,

Expérience V. — Un petit chien fut pendu à midi. Le lendemain , À onze heures, on introduisit dans le rectum 4 grammes de sublimé corrosifré duit en poudre fine, et on fit l’ouverture du cadavre le jour suivant, à midi, c’est-à-dire vingt-cinq heures après l’introduction de la substance vénéneuse. Il n’y avait d’altération sensible que dans les quatre travers de doigt au-dessus de l'anus; les membranes musculeuse et séreuse étaient blanches comme de la neige, épaisses et dures; il y avait au-dessus de la tunique interne une couche grisâtre mêlée de points blanes, et formée par du sublimé corrosif libre et combiné ; cette couche grisètre était tellement adhtrente à la membrane muqueuse, qu’il était impossible de détacher l’une sans l’autre : du reste cette membrane offrait la même couleur grise "et ne présentait aucune zone rose ni d’un rouge clair. |

Expérience VI. — La même expérience, répétée trois fois sur des cadavres humains, a fourni des résultats analogues. Nul doute que si l'injection: eùt été faite quelques minutes après la mort, et même une heure après , lorsque la vie n’était pas encore détruite dans les petits vaisseaux sanguins. du rectum, nous n’eussions observé les zones rougeâtres qui, dans cette circonstance, se sont constamment manifestées sur les cadavres des chiens. |

Conclusions (voy. page 59).

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