DU CYANURE DE MERQOURE
éetir soit un caractère constant après la mort par cet empoisonnement,
ind le chien périt très-promptement. Chez tous ces animaux, l'estomac tit fortement contracté sur lui-même , excepté chez le chien tué en cinq wifutes par l'injection du poison dans la veine jugulaire. Enfin chez tous ans exception , le foie était rempli d’un sang fluide très-abondant, (Olivier l'Angers , Journal de chimie médicale, juin 1825.)
Onsenvarion. — M..., demeurant à Paris, d’une constitution athlétique, ouissait habituellement d'une bonne santé, était toujours morose, taciifne, quoiqu'il n’eût d’ailleurs aucun sujet de tristesse, Il préférait la solitude à toute espèce de distraction. A1... avait déjà plusieurs fois manifesté son dégoût pour la vie, lorsque, dans le courant du mois d'avril 1823, près avoir tenté inutilement de préparer de l'acide cyanhydrique, il avala dun seul coup 13 décigrammes de cyanure de mercure. linmédiatement près , vomissements répétés de matières mêlées de sang, déjections alvines fréquentes et copieuses, douleurs atroces dans tout l’abdomen : le malade préid quelques boissons délayantes. Quatre jours après l'accident, Me Kapeler est appelé, et trouve le malade couché sur le côté droit, et appuyé sur le bras de ce côté ; son visage est sérieux, sa figure animée, les Yeux fixes, les conjonctives injectées. Après des instances réitérées, Île talade déclaré enfin qu’il s’est empoisonné, ainsi que nous venons de le dire.
D L'extérieur du corps ne présente rien de remarquable, à Pexception di scrottm qui est d’une couleur bleue foncée, ainsi que le pénis qui 5t dans üne demi-érection; céphalalgie atroce; contractions du cœur fortes, développéés, et repoussant la main appliquée sur les parois de Ia poitrine; pouls médiocrement fréquent, presque lent, mais en même lemps plein et dur, respiration libre, toux légère; la poitrine résentie pârfaitement dans toute son étendue; les lèvres, la langue , la face interne dés joues sont parsemées d’une multitude d’ulcérations recouvertes d’une pulpe d’un blanc grisâtre; la soif est très-vive; les glandes salivaires sont gonflées, tuméfiées; uñe salive abondante découle sans cesse de la bouche ; cette salive exhale l'odeur particulière à la salivation mercurielle ; là déglutition est facile; il y a des nausées, des envies continuelles de vomir, ét souvent des vomissements après l’ingestion des boissons dans Vestomac ; le ventre est souple, nullement douloureux à la pression; le Malade est tourmenté par de fréquentes envies d'aller à la garde-robe, qui sont précédées et accompagnées de ténesme ; les selles sont rares; les matières expulsées sont mêlées de sang; l'urine ne coule point. (Vingt sang- Ses à l'anus, eau de veau pour boisson, lavements à l'eau de son, Gargarisme d'eau d'orge et de miel rosat.) Le lendemain, cinquième jour, même état; application de trente sangsues sur l'abdomen , et cata plasmes souvent renouvelés.
» Le sixième jour, aucun des symptômes n’a diminué d'intensité; la Douche est dans le même état ; les vomissements, les déjections alvines avec fénesme, la suppression d'urine, persistent ; le ventre est mou, souple, sans
douleur à la pression ; battements de cœur violents et brusques ; le pouls a les mêmes caractères que précédemment. M. le D' Bourgeoïise se joint à M. Kapeler. ( Saignée du bras de six palettes, eau de veau alternée avec un mélange d'un litre d'eau battue avec deux blancs d'œufs, gargarisme émollient, demi-lavement de deux en deux heures, cataplasme sur l'abdomen, bain à 28° pour le lendemain matin.) Nuit agitée, insomnie ; le bain suspend momentanément les angoisses. (Saignée de trois palettes.) | Le septième jour, les contractions sont moins fortes, le pouls un peu plus faible, la salivation moins abondante, l’état de la bouche est le même, les symptômes persistent. Même prescription ; trente sangsues sont appliquées sur l'abdomen. Dans le courant du Jour, malgré la persistance des accidents, le malade est calme, répond aux questions qu'on lui adresses il n’accuse aucune souffrance, si ce n’est celle que font naître les ulcérations de la bouche; les membres sont agités de légers mouvements conyulsifs. ” Le huitième jour, faiblesse générale, syncopes fréquentes, continuation des mouvements convulsifs dans les membres , assoupissement, réveil facile; pouls petit, lent, concentré; vomissements moins fréquents, ventre toujours indolent ; Ja suppression d’urine continue; il en est de même de Ja demi-érection du pénis et de sa couleur violacée, ainsi que de celle du scrotum. On applique des vésicatoires aux mollets et des sinapismes aux pieds. Dans le courant de la journée, Tartra, que se sont adjoint MM. Bourgeois et Kapeler, reconnaissant comme eux l’existence d’une gastro-entérite intense, engage à Continuer le traitement déjà employé, et l’on ajoute des boissons émollientes frappées à la glace, l'application de glace sur l’abdomen, un demi-lavement huileux d'heure en heure. Dans la soirée, pouls lent, assez serré; extrémités froides; les vomissements sont remplacés par un hoquet qui fatigue beaucoup le malade , l'urine ne coule point. ; 5 Le neuvième jour, même état, mêmes prescriptions ; dans la matinée, prostration extrême, défaillances répétées, hoquet continuel; nulle émission d'urine, nulles déjections. Peu de temps après être retiré du bain, à deux heures et demie, le malade meurt dans une syncope. | Ouverture du cadavre, vingt heures après la mort. — Habitude extérieure. Gonstitution athlétique, taille de 1 mètre 65 centimètres; la couleur de la peau est d’un blane mat; les membres supérieurs et inférieurs sont roides et contractés, de telle sorte que le cadavre ne repose que sur le dos, et qu'on peut le faire tourner sur cette partie comme sur un pivot ; les muscles sont rouges, très-développés, et recouverts d’une couche graisseuse assez épaisse, | Appareil de la respiration. Le larynx, la trachée-artère, et les bronches contiennent une mucosité blanchâtre et abondante dont une partie s’écoulait par les narines; les plèvres, qui sont saines, renferment quelques grammes d’une sérosité rosée; poumons d’un blanc légèrement rosé, sains et très-crépitants; quand on les coupe, il s’en écoule une sérosité abondante. |
Appareil de la circulation. À l'incision de la peau des muscles et des
vaisseaux, il s'écoule un peu de sang pâle et très-liquide ; la veine cave inférieure est remplie par un caillot très-volumineux, élastique ét trèslenace ; cœur chargé de graisse; son volume paraît un peu plus grand que dans l’état normal, sans que ses parois soient hypertrophiées; peu de sang dans les deux ventricules, caillot de fibrine dans l'oreillette droite.
Appareil de la digestion. Mâchoires fortement serrées l’une contre lautre; la cavité de la bouche exhale une odeur fétide sui generis. La face interne des joues et les gencives sont recouvertes d’ulcérations tapissées d’un enduit grisâtre; la langue , beaucoup plus volumineuse que dans l'état de santé, est ulcérée sur ses bords, et couverte d’une couche grisâtre très-épaisse, sèche, âpre au toucher , et difficile à enlever. Le pharynx est Sain ; vers le milieu de la longueur de l’œsophage, il existe une tache rose marbrée, de la largeur d’un écu de 6 francs, plus foncée inférieurement que supérieurement. La cavité du péritoine contient un peu de sérosité jaunâtre; épiploon très-large et chargé de graisse. Estomac d’un volume médiocre , sans altération à l'extérieur ; intestins distendus par des gaz. La membrane muqueuse gastro-intestinale offre dans l'estomac, vers le petit cul-de-sac et le pylore, une couleur rouge brunâtre, et, vers le cardia et dans le grand cul-de-sac, une rougeur très-foncée, un boursouflement extraordinaire et de nombreuses ramifications vasculaires très-prononcées ; dans le duodénum et le jéjunum, elle est très-boursouflée, d’un rouge trèsfoncé, et même noirâtre dans certains endroits, comme gangréneux dans quelques autres, surtout près de la valvule iléo-cœcale; la rougeur offre les mêmes caractères dans le cœcum, pâlit dans le colon ascendant, redevient foncée dans le colon transverse, pâlit de nouveau dans le colon descendant , pour augmenter ensuite d'intensité dans le rectum. Dans toute la longueur des intestins, la membrane muqueuse est boursouflée, et dans quelques endroits, surtout dans les intestins grêles, elle est granulée, comme chagrinée ; dans tous les points où elle était ainsi soulevée, on obser-" vait une infiltration abondante de sérosité dans le tissu cellulaire sousmuqueux. | Le pancréas était très-volumineux, très-dur, sec; il se déchirait facilement et criait sous le scalpel; le tissu du foie, qui était d’ailleurs très-gros, n'offrait aucune altération; la vésicule biliaire , d’une capacité ordinaire, contenait un liquide vert noirâtre, filant et poisseux; la rate était petite, sans aucune altération appréciable.
Appareil urinaire. La capsule surrénale et le rein droit étaient d’un tiers plus volumineux que dans l'état ordinaire ; le tissu du rein était pâle et décoloré; le rein gauche était un peu moins volumineux et un peu moins pâle et décoloré que celui du côté droit ; la vessie urinaire, petite, était contractée sur elle-même, et contenait très-peu d'urine blanche et laiteuse; le pénis était dans une demi-érection, et conservait, ainsi que le scrotum, la teinte noire violacée qu’on observait pendant la vie. Les cavités du crâne et du rachis ne furent pas ouvertes. j
M. Caventou a analysé le sang et les matières fécales :la matière colo- “rante avait une couleur sombre de cinabre cristallisé qui n’est pas natu- L. "
relle à celle du sang, ce qui donnait à ce chimiste distingué l'epératéé "A retrouver quelques parcelles de mercure; mais, malgré des essais et des recherches multipliés, il n’a pu déceler la plus légère trace de cé métal soit dans le sang , soit dans les excréments. (Observation communiquée par le D' Kapeler.) |
Il résulte, suivant Ollivier, des faits qui précèdent : 1° que le | | de mercure est absorbé, et que cette absorption est plus rapide sur le | tissu cellulaire que sur fé membranes muqueuses ; Tiedemann et Gme- |
Jin ont trouvé ce poison dans le sang des animaux qui en avaient avalé | (voy. p. 18) ; 2° que son action immédiate sur la partie avec laquelle on le mel en contact, est à peu près nulle dans les premiers instants! ,; de: sorte qu’on ne or le considérer comme essentiellement irritants ce- | pendant il produit quelquefois des phénomènes évidemment inftandie | | toires, mais dont intensité n’est pas assez grande pour qu’on puisse | Jeur attribuer les sympiômes généraux qui se manifestent , et qui Sont bientôt suivis de la mort; dans l'observation rapportée plus haut (voye
p. 736), l’estomac offrait dé traces non équivoques d’une inflammatiôt | a et Pon sait que l’individu avait vécu plusieurs jours; #4 | les ste semblent démontrer, lorsque la mort à lieu lrès- pr omptement , que ce poison agit spécialement sur le système ner veux cér rébro- | Spinal , ainsi que l’annoncent les convulsions générales et le trouble | très- grand des fonctions circulatoires et respiratoires ; en outre, tout porte à penser qu'il affaiblit directement la force contractile et: Pin | tabilité des muscles, car ils ont déjà cessé d’être irritables au moment | où l'animal vient d’expirer ; cet effet est d’ailleurs en rapport avec l'af- | ” faissement général qu’on observe après chaque convulsion:; les efforts | de vomissement qui ont eu lieu constamment, méme après l'injéction du cyanure dans le tissu cellulaire, pr ua que l'estomac est in- | fluencé soit directement, soit sympathiquement; 4° que lorsque la | mort est rapide, elle paraît résulter du ralentissement gradué, et enfin | de la cessation complète des mouvements du cœur et de la respiration, qui sont si intimement liés les uns aux autres; mais, lorsque la vie | continue quelque temps après l’ingestion du poison dans l’estomae, il semble que la mort est la suite du développement d’une inflammation très-intense de la membrane muqueuse gastro-intestinale.
Traitement de l’empoisonnement par le cyanure de mercure.
On se hâtera de faire vomir le malade en donnant de l’eau tiède al= bumineuse, ou en tilillant la luette et l'arrière-gor ge, et si les accidents persislent, on aura recours aux moyens antiphlogistiques les plus énergiques, [L est utile d'adminis(rer au malade de l’eau albumineuse, quoi-
DU PRÉCIPITÉ ROUGE. 739 qu velle rie Se combine pas avec le cyanure de mercure, comme cela à eu lieu pour le sublimé corrosif (voy. p. 36).