ESS
l'estomac ; quelques-uns égalaient la grosseur d'un grain de millet. Le Cœcum contenait du mercure en gros globules ; il y en avait aussi dans lé colon et dans le rectum. On pouvait évaluer à 8 grammes la quantité de mercure trouvée dans le canal digestif de cette femme.
Il résulte des expériences nombreuses que j'ai tentées, soit en ouvrant des chiens empoisonnés par des préparations mercurielles quelques jours après la mort, ou après deux mois d'exposition des cadavres à l'air, ou au bout de trois ou quatre mois d'inhumation dans des bières de sapin , soit en mettant une préparation mercurielle dans une portion d'intestin que j'avais conservée dans un bocal exposé à l'air pendant plusieurs mois :
1° Que ni le sublimé corrosif ni le bioxyde de mercure ne $e décom= posent dans Le canal digestif des chiens auxquels on les a fait avaler, de manière à fournir du mercure métallique ; qu’on n’aperçoit nulle part des globules de ce métal, et qu’il est encore possible, au bout de plu- Sieurs mois d’inhumation, de démontrer dans ce canal l'existence d’un composé mercuriel.
20 Que cependant la masse noire connue sous le nom de protoxyde de mercure, étant retirée de l'estomac, desséchée et comprimée, laisse apercevoir du mercure adhérent à la membrane muqueuse, non réuni en globules mobiles, mais bien tel qu'on peut le voir dans cette masse, avant qu’elle ait été avalée.
3° Que l'azotate et le sulfate de protoxyde de mercure, qui jouissent de la propriété d’être ramenés en Lotalité ou en partie à l’état métallique par l’albumine et par la gélatine, peuvent au contraire, dans certains cas, être revivifiés, surtout au bout de quelques jours, par les tissus de l'estomac ou des inteslins ou par les aliments qu'ils renferment ; mais alors le mercure métallique, mis à nu, resle Comme incorporé avec la matière qui l’a séparé des sels, ef, loin d’être réuni en globules mobiles, né peut souvent ètre apercu qu’à l’aide d’une loupe el après avoir fait sécher les tissus.
4° Qu'il existe un très-grand nombre de mélanges de composés mercuriels et d’autres corps, dans lesquels, à la suite de réactions chimiques, le mercure peut étre réduit à l’état métallique, à froid ou à l'aide d’une légère chaleur, tantôt presque instantanément, tantôt seulement au bout de plusieurs heures, et même de quelques jours. Ainsi l’azotat el le sulfate de protoxyde de mercure, l’azotate et le sulfate de bioxyde mèlés avec l'huile essentielle de térébenthine, de l’arsenic, du fer, du cuivre, du phosphore ou du sulfate de protoxyde de fer, sont décomposés même à la température ordinaire, el donnent du mercure métallique au bout de plusieurs heures ou de plusieurs jours. L’éther sulfurique, l’eaude-vie, l'alcool à 40 degrés, le sucre et l'huile d'olives, ne séparent point
le mercure métallique des azotates de ce métal à la température ordinaire, tandis que l’alcool chauffé à 50° peut revivifier le métal de ces sels. Le bioxyde de mercure ne donne du mercure que lorsqu'il est mélangé avec le sulfate de protoxyde de fer. Le sublimé fournit du mer cure mélallique quand il est en contact à froid avec le fer , le cuivre, le zine, l’arsenic ou le phosphore ; l'huile essentielle de tér A rar ne parait pas l’altérer; l’albumine, la gélatine, l’eau-de-vie, l'éther, et lhuile d'olives, ne leréduisent pas à Pétat métallique. J'ai administré 2 gr. d’azolate de protoxyde de mercure à un chien, et bientôt après je lui ai donné 4 gr. de sulfate de protoxyde de fer : l’estomac et les intestins apr ès avoir élé desséchés, laissaient apercevoir, à l’aide de la loupe, du mercure métallique en globules très-divisés et adhérents. J'ai trouvé des globules de mercure visibles à la loupe et incorporés dans la membrane muqueuse de l'estomac d’un chien auquel j'avais fait prendre { gramme de sublimé dissous dans 30 grammes d'eau et mélés à 12 grammes de cuivre pulvérisé ; après la dessiceation de la membrane muqueuse, on voyait aussi de ces globules à sa surface. J'ai obtenu le même résultat après avoir donné à un chien 2 gr, d’azolate de mercure délayé dans l'eau distillée et mélangé avec 60 gr. d'huile essentielle de tér ébenthine.
5° Qu'il peut arriver, en faisant avaler de pareils mélanges à.des animaux vivants, et en FE ouvrant après la mort, de ne pas trouver du mercure mé ste dans l’estomac et dans les HR ce qui lient à ce que les animaux périssent trop vile pour que la décomposition de la préparation mereurielle en mercure mé lallique ait eu le temps de s’opérér, et, si l’estomac contient des aliments, à ce que le contact entre le poison mercuriel et la substance qui doit le réduire à l’état métallique peut ne pas avoir été intime; d'ailleurs, par suite de l’irritation que détermine le poison , il y a une sécrétion plus abondante de liquides, et ce poison se trouvant plus affaibli, on conçoit que sa décomposition puisse ne pas avoir lieu. Ainsi, que l’on administre À des chiens un mélange de sublimé corrosif ar et d’un métal susceptible de le revivifier, tel que le zinc, le cuivre, le fer, elc., ce métal, beaucoup plus et que la ici , pourra tomber au fond de l estomac, 5e loger entre les replis de Ja ee muqueuse, ef agir à peine sur le solutum du sublimé, qui, de son côlé, pourra déjà s’étre combiné avec les aliments.
6° Qu'il existe toujours du mercure métallique globuleux dans une partie du canal digestif, lorsque les animaux ont avalé du sucre mercuriel et qu'on ne les a tués qu’au bout de quelques heures. Il est évident que le mercure gommeux, l’onguent mercuriel, et toutes les autres préparations dans lesquelles ce métal n’est que divisé, doivent se comporter comme le sucre mercuriel ;
0 Que l'existence d’une certaine quantité de mercure métallique dans les voies digestives d’un individu qui a succombé après avoir éprouvé les symptômes d'un empoisonnement aigu me parait suffisante pour rendre l’empoisonnement par un composé mereuriel très-probable, lorsqu'il est avéré que le mercure n’a été ni avalé ni injecté ‘dans le rectum à l’état métallique (sucre mercuriel, onguent gris, onguent napolitain , mercure gommeux , eic.),
8° Que cette probabilité sera encore plus grande lorsque, dans le cas dont je parle, on découvre dans les voies digestives, indépendamment du mercure métallique, un reste de la substance qui a décomposé et reyivifié la préparation mereurielle, ou du moins le nouveau composé que celle substance a dû fournir. Il peut se faire, par exemple, que le poison mercuriel ait été avalé avec du cuivre ou du fer, et que l’on trouve, outre le mercure métallique, des restes de fer ou de cuivre, ou un sel de ces métaux formé aux dépens de l'acide ou du corps avec le-. quel le mercure élait combiné dans le poison mercuriel.
Mais, objectera-t-on, vous n’admettlez donc pas que, chez des individus soumis depuis longtemps à l'usage de petiles doses d’une préparation mercurielle ou de frictions de même nature, le mercure puisse se présenter à l'état métallique dans les voies digestives? Des médecins dont l'autorité est d'un grand poids nient la possibilité d’une pareille décomposition, et traitent de fabuleuses toutes Les observations ayant pour objet d'établir le fait. Je partage leur opinion ; toutefois, comme en médecine légale il pourrait être dangereux d'établir un précepte d’après des données qui ne seraient pas positivement prouvées, j'engage les experts à user de la plus grande circonspection, el à ne pas affirmer que du mercure métallique , trouvé dans le canal digestif d’une personne qui faisait depuis longtemps USafe de préparations mercurielles, ne peut pas provenir de ces préparations qui seraient décomposées dans nos organes ; mais je pense aussi qu’ils doivent faire sentir l’invraisemblance de l'opinion contre laquelle ils n’osent pourtant pas se prononcer d’une manière absolue. Faisant application de ces données à l'affaire de la dame Villoing, je résumai ainsi ma consultation :
1° Il est impossible d'affirmer que celte femme soit morte empoisonnée, parce qu'on n’a découvert aucun poison dans les matières soumises à l'examen des experts ; 90 dans l'espèce, on ne saurail considérer comme des traces d’une substance vénéneuse le mercure métallique qui existait dans le canal digestif, parce que Ce métal, en admettant qu'il agisse comme poison, ne détermine jamais les accidents ni les lésions de tissu observés chez la femme Villoing, et que d’ailleurs, rien ne fait supposer, COMME je crois l'avoir bien établi, que ce mercure provienne d’un composé mercuriel vénéneux qui aurait été revivifié dans les voies
digestives; 3° néanmoins les symplémes qui ont précédé la mort, et les lésions de tissu dont le canal digestif était le siége, sont de nature à faire soupçouner que Pempoisonnement pourrait avoir eu lieu ; 4° il est à peu près certain que le mercure a été avalé en nature, soil qu’on Vait administré dans une istention criminelle pour faire prendre le change, soil qu'il ait été employé, d’après des idées populaires, dans le dessein de faire cesser les douleurs dont la femme Villoing se plaignait depuis quelques jours. (Voyez mon mémoire dans le Journal de chimie médicale, t. VI.) 4
B. Est il possible de découvrir du sublimé corrosif dans l’estomac, dans le foie, la rate, les reins et l'urine d’un individu qui n’a jamais fait usage de ce composé mercuriel ? Un individu peut-il périr empoisonné par du sublimé corrosif, lorsqu'il n’en a pas pris ?
Ces deux questions doivent être résolues affirmativement, d’après le beau travail de M. Mialhe. En effet, tous les composés mercuriels autres que le sublimé, y compris le mercure, fournissent une plus où moins grande quantité de bichlorure de mercure lorsqu'ils ont été en contact avec des chlorures alcalins, comme ceux de potassium, de sodium et de baryum, ou avec du chlorhydrate d'ammoniaque, ou avec de l'acide Chlorhydrique. Le chlorhydrate d’ammoniaque surtout possède au plus haut degré la propriété d'opérer la transformation dont je parle. Le Contact de l'oxygène la favorise beaucoup : aussi les préparations mercurielles qui peuvent être changées en bichlorure, en l’absence de l'oxygène, sont plus rapidement et plus complétement transformées si ce corps agit sur elles ; il en est même qui ne subissent cette transfor= malion que par l’action combinée d’un chlorure et de l'oxygène : tel est le mercure métallique. La quantité de composé mercuriel qui passe à l’état de sublimé dépend à la fois de la nature de ce composé et de la proportion de chlorure alcalin: ainsi les sels solubles de bioxyde de mercure el les cyanures sont entièrement transformés, landis que toutes les autres préparations ne le sont que partiellement ; pour celles-ci, la transformation est d'autant plus considérable que l’on a employé plus de chlorure. Les sels de protoxyde commencent par passer à l'élat de protochlorure de mercure, puis se changent en bichlorure, tandis que les sels de bioxyde se transforment de suite en sublimé. Soixante centigrammes de prolochlorure de mercure donnent, terme moyen, 15 milligrammes de sublimé. Le proloxæyde, le sulfate, l’acétate, le tartrate de protoxyde de mercure, et le mercure de Hahnemann, sont à peu près dans le même cas. L'azotate de protoxyde en donne moins que le calomel. Le protoiodure exige le contact de l'oxygène pour être transformé, et fournit à peine autant de sublimé que le protochlorure. Avec le mercure mélallique, on n'obtient guère de bichlorure qu'autant qu’il y a contact
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES. 761 de l'oxygène, que la température est un peu élevée, et que la dissolulion du chlorure alcalin est plus concentrée. Le sulfure de mercure donne encore moins de sublimé que le mercure métallique. Le bioxyde en produit à peu près dix fois autant que le protochlorure; le biodure en fournit encore plus, et le furbith nitreux un peu moins. Ainsi que je Vai déjà dit, les sels de bioxyde solubles et le cyanure sont entièrement changés en sublimé. |
Ces divers résultats, obtenus par l’expérimentation directe dans des vases inertes, se reproduisent évidemment dans l’économie animale, parce que là les composés mercuriels sont incessamment en contact avec des chlorures alcalins et avec l’air ; on conçoit qu’alors l'oxygène contenu dans l’oxyde de mercure d’un sel de protoxyde où d’un sel de bioxyde se porte sur le métal du chlorure pour l'oxyder, et que le chlore de celui-ci se combine avec le mercure de l’oxyde décomposé. Si La préparation mercurielle n’est pas à base d'oxyde, l’air fournit de l'oxygène, et les effets sont les mêmes: M. Mialhe à fait à ce sujet une expérience curieuse. Douze heures après avoir pris 6 décigrammes de protochlorure de mercure, son urine contenait un composé de mercure Soluble qu’il dit être du sublimé; il suffisait de filtrer ce liquide et d’en mettre une goutte en contact avec une lame de cuivre parfaitement décapé, pour que celle-ci se recouvrit à l'instant même d’une couche de mercure métallique.
IL est aisé maintenant de répondre à la double question posée plus haut. 1° On peut trouver du sublimé corrosif dans l'estomac, dans le foie, la rate, les reins, et dans l’urine d'un individu qui n’a jamais fait usage de ce composé mercuriel, si cet individu a pris un autre composé mercuriel, surtout un sel de bioxyde, du biiodure ou du cyanure de mercure. 2 Un individu qui n’a pas avalé du sublimé corrosif peut néanmoins étre empoisonné et périr par suite de l'action de ce corps. Sans nier les propriétés toxiques du bioxyde, du biiodure de mercure, du {urbith nitreux, du sulfate et de l’azotate de bioxyde de mercure, il est évident que, si quelques-unes de ces préparations ne déterminent pas une mort prompte, et qu’elles se transforment rapidement en sublimé corrosif, les effets funestes qui surviendront pourront bien être dus à ce sublimé plutôt qu’à la préparation mercurielle ingérée. Quant aux composés mercuriels qui ne se changent que lentement et incomplélement en bichlorure, ils occasionneront des symptômes d'intoxication , si, par une cause quelconque, ils séjournent longtemps dans le canal digestif; ces symptômes se développent lentement, et pourront avoir plus ou moins d'intensité; mais il est douteux qu'ils donnent jamais lieu à un empoisonnement aigu. | |
Comme conséquence de ces faits, M. Miathe attribue Les phénomènes
pathologiques de la salivation mercurielle, lors de l'ingestion du calo= mel, à la transformation de ce corps en sublimé corrosif et en mercure métallique, sous l'influence du chlorure de sodium el du chlorhydrate d'ammoniaque, que l’on sait exister dans les liquides du canal digestif, Ge qui prouve qw’il en est réellement ainsi, c’est qu’il est d'observation clinique que, lorsque le protochlorure ne purge pas, mais qu'il est longtemps digéré par les voies digestives, on observe une excrélion anormale des glandes salivaires, et cela parce qu’une plus grande quan tité de sublimé prend alors naissance. Le même phénomène arrive aussi lorsque l'on continue pendant longtemps l'usage du protochlorure de mercure, et par la même cause.
Gomme il ne peut jamais se former qu’une quantité de sublimé cor respondante à la quantité de chlorure alcalin que renferment nos viscères, les grands mangeurs de sel de cuisine, toutes choses étant égales d’ailleurs, doivent être plus sujets à saliver sous l'influence d’une mé= dication calomélique. |
Les propriétés antisyphilitiques du calomel lui sont probablement communiquées, en tout ou en partie, par le sublimé et le mercure auxquels sa décomposition chimique donne naissance. Il en est sans doute de même de ses vertus anthelminthiques ; c’est en produisant l’empoisonnement des ascarides par les deux agents précités, que le proto= chlorure de mercure nous débarrasse de ces vers.
Tout ce qui vient d’être dit sur l’action médicale du calomel peut étre appliqué au protoiedure de mercure, qui se transforme d’abord en protochlorure, puis en sublimé. +.
M. Mialhe, ainsi que je l'ai déjà dit, fut amené À entreprendre ces belles recherches par le récit d’un fait consigné dans un mémoire de Vogel (voy. p. 743).
GC. Est-il possible que du sulfure de mercure trouvé dans le canal digestif d'un individu n'ait pas été avalé sous cet état, et qu'il soit le ré: sultat de la décomposition éprouvée par un poison mercuriel ou par un médicament à base de mercure ? Telle est la question qui m’a été posée dans une affaire d’empoisonnement jugée par la cour d'assises du département de la Seine. J’ai répondu affirmativement, et j'ai dit avoir vu un malade, atteint d’une gastro-céphalite , qui prenait tous les jours 40 ou 50 centigrammes de protochlorure de mercure en poudre impalpable, et qui rendait par les selles une quantité notable de sulfure de mercure noir: il se dégageait évidemment du gaz sulfhydrique dans le canal intestinal, et ce gaz transformail le protochlorure en sulfure de. mercure; celte décomposition était favorisée à la fois par la température du canal digestif et par les sues qui s’y trouvaient, car, à froid el à sec, elle n'arrive que lentement et d’une manière incomplète, surtout lorsque
QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES 163 le protochlorure est en fragments. Le sublimé corrosif et les sels mereuriels solubles et vénéneux qui existeraient dans les intestins, au moment où il se dégage du gaz acide sulfhydrique, seraient encore plus rapidement décomposés et transformés en sulfure noir que le prolo= chlorure. |
D. Comment reconnaître que le mercure métallique recueilli à la suite d'une expertise médico-légale provient non pas d’une préparation mercurielle soluble qui aurait été administrée comme poison, mais bien du protochlorure de mercure qui aurait été pris comme médicament? Un individu malade depuis longtemps, et habituellement constipé, prend, dans le dessein de se purger, quelques grains de calomélas (protochlorure de mercure); il meurt {rois ou quatre heures après. On soupçonne qu’il a été empoisonné. Le médecin est requis pour faire l'ouverture du corps : il trouve le canal digestif enflammé ; il fait l'analyse des liquides, qui ne lui apprend rien sur la véritable cause de la mort; il examine les solides, comme je l’ai conseillé, et il obtient, à la fin de l’expérience, du mercure métallique : tout Le porte à croire qu'il y a eu empoisonnement. Cette opinion est pourtant erronée dans le cas dont je m'occupe: car la rougeur du canal digestif tient à une phlegmasie chronique dont le malade était tourmenté depuis longtemps ; le mereure métallique provient de la petite dose de caloméias qu’il avait prise, et qui certes ne peut pas avoir accasionné l’empoisonnement.
Je crois pouvoir indiquer les moyens propres à éviter les méprises de ce genre. Il faut savoir : 1° que le calomélas que l’on a introduit dans le canal digestif peut bien se retrouver après la mort, mais qu’alors il est le plus ordinairement appliqué sur les tissus sous forme d’une poudre blanchâtre, que l’on peut enlever en ralissant les membranes, parce qu’il he se combine pas avec elles ; 2° qu’il est insoluble dans l’eau, et que, lorsqu'on le met en contact avec de l’eau de chaux à la température ordinaire, il acquiert une couleur noire, l’oxyde de mercure étant mis à nu; d’ailleurs il conserve toutes ses propriétés physiques. Si par hasard il était intimement mêlé avec les substances alimentaires solides contenues dans le canal digestif, il suffirait de diviser celles-ci dans l’eau : alors le calomélas, d'un poids spécifique très-considérable, gagnerait le fond du vase , tandis que les autres matières tarderaient beaucoup plus à se précipiter ; 3° que le composé qui résulte de la combinaison du sublimé corrosif avec les substances végétales ou animales, et dont l'existence suffit pour prononcer qu’il y a eu empoisonnement, n'est jamais appliqué sous forme de poudre sur les membranes du canal digestif; qu'il ne présente jamais les propriétés physiques du calomélas , Parce qu’il est intimement uni avec les tissus ; 4° enfin que, si on le met en contact avec de l’eau de chaux, on ne remarque aucun changement
de couleur. Indépendamment de ces données, qui sont immédiatement fournies par l'expérience, le médecin peut apprendre que le malade avait pris du mercure doux , ce qui doit nécessairement contribuer à rectifier le jugement qu’il aurait pu porter d’abord.
Des préparalions cuivreusese DU CUIVRE.
Quoique le cuivre métallique pur ne soit point vénéneux, je crois devoir en dire quelques mots, parce qu’il importe de le bien connaitre avant de tracer l’histoire de l’empoisonnement par les sels et les oxydes cuivreux. Thomas Bartholin, Amatus Lusitanus, Lamotte, Hévin , été, rapportent des observations d'individus qui ont avalé des pièces de cuivre sans avoir éprouvé la moindre incommodité : ces corps étrangers ont été rendus par le vomissement ou par les selles, au bout d’un temps variable. Antoine Dubois parlait d’un jeune enfant qui avait introduit dans son estomac une boucle de cuivre : il ne souffrait point ; seulement ses excréments étaient verdâtres et semblables , par la couleur, au baume tranquille. L'analyse prouva qu’il n’y avait aucun atome du métal dont on Soupçonnait la présence; la boucle, recouverte d’un léger oxyde brun, fut rendue cinq à six semaines après avoir été avalée (1).
Ges faits suffisent pour prouver l’innocuité du cuivre métallique*en masses ; mais en est-il de même lorsqu'il est extrêmement divisé?Ml résulte des expériences faites par Drouard qu’il n’y a aucun danger à prendre ce métal pur, quel que soit l’état de division dans lequel ile trouve. Ce médecin en à donné jusqu’à 32 grammes, à l’état de poussière {rès-fine, à une douzaine de chiens de différents âges et de diverses grosseurs, el aucun d'eux n’en à été incommodé; le lendemain, les mo lécules métalliques ternies étaient expulsées avec leurs excréments.
Désirant ensuite connaitre jusqu’à quel point l’huile et les corps gras, qui dissolvent si facilement l’oxyde de cuivre, agissaient sur ce métal dans l’estomac , Drouard fit les expériences suivantes :
ExréRiENce Le, — Seize grammes de limaille de cuivre, mélée à l'instant même avec 250 grammes de graisse, furent donnés à un gros chien qui n’en ressentit aucun mauvais effet.
Expérience II, — La même dose de limaille fut administrée à un chien de forte taille; on injecta dans son estomac 130 grammes d’huile, et on OR LE LA ll na La ae tale
(1) Expériences el observations sur l’empoisonnement par l’oxyde de
cuivre (vert-de-pris ); dissertation soutenue à l’École de médecine de Paris, en 1602, par Ciaude-René Drouard, p. 8.
DU CUIVRE. 765 l'ouvrit cinq heures après ; le métal avait conservé son brillant métallique, et il était en partie dans son estomac, en partie dans le canal intestinal : la Jimaille de cuivre, l'huile et les sues gastriques contenus dans l'estomac furent mis dans un vase ; toutes les portions métalliques se précipitèrent au fond; l'huile qui surnageait se colora en vert, et les sucs gastriques, garantis du contact de l'air par l'huile, ne donnèrent, au bout d’un mois, aucune marque de putréfaction, et n’avaient dissous aucune partie de cuivre.
“Drouard conclut de ces expériences que l'huile ne dissout point le cuivre dans les organes digestifs. ILen est de même du vinaigre que l'on fait agir dans l’estomac sur ce métal très-pur.
Portal rapporte une observation qui ne semble pas, au premier abord, s’accorder avec les expériences que je viens de ciler.
Onsenvarion.}— Des étudiants en médecine s'étaient imaginé de traiter ne hydropisie ascite avec de la limaille de cuivre incorporée dans de la mie de pain. Ils en administrèrent d'abord 3 centigrammes, qui ne firent point d'effet sensible; ils augmentèrent la dose par degrés, et allèrent jusqu'à 20 centigrammes par jour. Les urines devinrent très-abondantes, lenflure était sensiblement diminuée, et tout annonçait une convalescence prochaine , lorsque le malade se plaignit de ténesme ; des vomissements survinrént ; il éprouva des coliques atroces ; son pouls était petit, concentré, lorsque je fus appelé ; je lui fis boire beaucoup de lait ; je prescrivis la saignée, et le maintins plusieurs heures dans un bain à diverses reprises. Les symptômes se calmèrent; et par le moyen du lait d’ânesse, qui fut pris pendant longtemps, le malade recouvra sa santé et son embonpoint (1).
Ce fait ne suffit pas pour détruire ce que j'ai établi relativement à l'innocuilé du cuivre métallique; il est probable que la limaille de cuivre, enveloppée dans de la mie de pain, avait été préparée quelque temps avant son administration, el s'élait oxydée.
On a soutenu pendant longtemps que le lait, chauffé ou laissé dans des vases de cuivre non oxydés, dissolvait une portion de ce métal et agissail comme poison. Eller, physicien de Berlin, a prouvé que cetle assertion n’est pas exacte, Il a fait successivement bouillir, dans un chaudron bien décapé, du lait, du thé, du café, de la bière et de l’eau de pluie; au bout de deux heures d’ébullition, il lui a été impossible de découvrir dans ces liquides la moindre trace de cuivre. Drouard a vu également que l’eau distillée, laissée pendant un mois sur de la limaille de ce métal dans un bocal de verre, n’en dissolvait pas un atome. MM. d'Hauw et Van de Vyvère ont vu qu’en évaporant jusqu’à siccité une grande
TT ne no
(1) Observations sur les effels des vapeurs méphitiques chez l'homme, par Portal, 6° édit. , p. 437.
quantité d’eau dans une bassine en laiton , le produit Contient une fäble | proportion de cuivre, ce qui n’a pas ist lorsqu'on se borne à laiséer | séjourner l’eau où même à la faire bouillir dans le vase métallique,
Les phénomènes varient si on substitue à l’eau pure celle qui contient une certaine quantité de chlorure de sodium. Eller a démontré la présence d’une très-petile quantité de cuivre dans de l’eau qui contenait 139 de son poids de ce sel, et qu’on avait fait bouillir dans un chaudron de cuivre jaune ({). La quatiilé de cuivre dissoute a été plus grande lorsqu'on a fait bouillir la dissolution saline dans un chaudron de Cuivre rouge bien décapé; en effet, par l’évaporation de cette dissolution, on a obtenu une poussière qui a donné f gramme 30 centigrammes d'atélafe de cuivre quand on l’a fait dissoudre dans le vinaigre. Il est aisé dé sentir combien ces résullats peuvent éclairer lé médecin dans certains cas d'empoisonnement par des aliments assaisonnés, qu’on a fait chauffer
dans du cuivre rouge.
Eller dit encore que si, au lieu de faire bouillir dans des chaudtols de cuivre une simple dissélétioft de chlorure de sodium, on la méle auparavant avec du bœuf, du lard et du poisson, le liquide ne renferme pas un atome de cuivre, parce que ces subStances jouissent de la propriété de s'emparer de l’ étyde de cuivre à mesure qu’il se produit, et former avec lui un composé insoluble. Il est probable, ajoute-{-il , que plusieurs autres aliments annulent l’effel de la dissolution du sel come mun, ce qui doit par conséquent rendre extrêmement rares les ém= poisonnements par les aliments cuits dans des vases de cuivre non oxydés. Jai répété cetle expérience en mettant dans l’eau 130 grammes de sel commun, el j'ai obtenu des résultats tout autres : le bouillon filtré contenait di cuivre facile à reconnaître par une lame de fer bien décapée ; toutefois le bœuf, parfaitement lavé pendant plusieurs jours el jusqu’à ce que les eaux de lavage ne se troublassent plus par lPacide sulfhydrique , renfermait un composé cuivreux ; Car en le faisant bouillir avec de l’eau aïguisée d'acide acétique, j’oblenais une dissolu= lion qui, étant fillrée, évaporée et carbonisée par l'acide azotique, me fournissail du cuivre. Évidemment cette assertion d’Ellér n’est éxaclé qu'autant que l’on agit avec une petite quantité de sel commun et une forte proportion de substances alimentaires animales.
Emanations de cuivre. Les ouvriers qui travaillent le cuivre Sont exposés à deux sortes d’affections : la pr emière , due au plomb avec lequel le cuivre peut étre allié, ne diffère pas de ré colique des peintres (VOy. Plomb); l'autre se montre sous une forme très-différente, et porte le Ro
(1) Dans cctte expérience, le physicien de Berlin s’est servi de 2 Ft oi 500 grammes d’eau et de 130 grammes de sel,
DU CUIVRE. 767 om de colique de cuivre. Dans celle-ci, les douleurs sont permanentes aVec des exacerbations ; elles augmentent par la pression extérieure ; elles sont accompagnées de chaleur vive dans labdomen et d’un appareil fébrile proportionné à l'intensité des symptômes abdominaux; des vomissements verdâtres ont lieu, comme dans la colique saturnine , mais au lieu de constipation , il y a ici des selles abondantes, glaireuses, verdâtres, fréquemment répéléés, accompagnées quelquefois de téhesme : c’est une véritable inflammation gastro-intestinale produite par l'introduction du cuivre dans les organes digestifs. Les lapidaires, les monteurs et tourneurs én cuivre, les bijoutiers en faux, les marchands de vieux métaux, les chaudronniers , sont par leur profession spécialement exposés à la colique de cuivre, qui est infiniment plus rare que Ja colique saturnine.
Le cuivre métallique est solide, rouge, brillant, malléable , et soluble à froid dans l'acide azotique concentré, et même dans celui qui a été "étendu de son volunie d’eau. Cette dissolution , qui fournit à l'instant de l'azotate de cuivre bleu verdätre, s'opère avec dégagement de vapeurs orangées d'acide hypoazotique. S'il s'agissait de reconnaître du cuivre métallique appliqué sur une lame de fer, par suite de la décomposition d’une minime proportion d’un sel cuivreux dissous, on laveraitcette lame avec de l’eau distillée, et après l'avoir essuyée entre deux feuilles de papier joseph, on verserail sur la partie rouge une goutte d'ammoniaque liquide ét on l'exposerait au soleil; bientôt après, la goutte serait colorée en bleu par du bioxyde de cuivre; d’un autre côté, à l’aide d’un canif, on détacherait avec précaution le cuivre qui recouvrirail les deux faces de la lame, et on l’obtiendrait en limaille parfaitement re- Connaissable, quoique mélangé de fer. Afin de lever toule incertitude à cel égard, on chaufferait cette limaille avec de l'acide azotique étendu de son poids d’eau, qui la dissoudrait, el en évaporant la liqueur jusqu'à »siccité, il resterait de l'azotale de cuivre et de l’azotate de fer : on séparerail ce dernier métal à l’aide de l’'ammoniaque, de l’ébullition et du filtre ; Pazotate de cuivre ammoniacal, filtré et évaporé jusqu’à siccité, se colorerait fortement en rouge brun par le cyanure jaune de potassium et de fer, etc.
Cuivre naturellement contenu dans le corps de l'homme et dans certains liquides alimentaires.
En 1830, M. Sarzeau (de Rennes) publia dans le Journal de pharmacie, t. XVI, un mémoire dans lequel il établissait positivement l’exisence du cuivre dans certains végétaux et dans le sang, et où se trouve Je passage suivant: J} est naturel de penser que les matières animales » en contiennent ; à se trouve nécessairement dans les muscles, dans les
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os, dans toute l'organisation. I défermina par des expériences rombreuses combien le quinquina, le café, la garance, etie sang, renfermaient de ce métal, el il arriva à celte conséquence, qu'en général ces substances en nec très-peu ; ainsi, pour ce qui concerne Le sar FA il prescrivit d'agir au moins sur 500 grammes de ce fluide, si l'on voulait en démontrer la présence. Dans une autre partie de son mémoire, il calcula la quantité de cuivre avalée, avec le pain seulement, par les habitants de la France, au nombre de trente millions, pendant une année (année 1830), et il évalua cette quantité à 3,650 Kilogrammes 4 enfin il fit pressentir combien l'existence naturelle du cuivre dans le corps de l’homme pouvait compliquer les expertises médico-légales relatives à l’empoisonnement par les sels cuivreux. Déjà, bien avant M. Sarzeau , Gahn, Meissner, et Vauquelin, avaient retiré du cuivre de certains végétaux ; ce dernier savant avait mème trouvé ce métal dans le sang, plusieurs années avant M. Sarzeau ; mais, comme il s'était servi d’un vase de cuivre pour faire l'expérience, il crut, à tort, que le métal provenait du vase, et non du sang. En 1832, M. Pernetti, de Rome, annonça Pontet du cuivre dans les vins; en 1833, M. Bouligny en retirait du blé et d'un grand nombre d’autres substances; en 1837, M. Bouchardat le trouvait dans les moules ; en 1838, MM. Hervy et Devergie oblinrent quelques traces de ce métal en incinérant plusieurs des organes de l’homme et de la femme, quel que fût leur âge, et quelle que fût la maladie à laquelle ils avaient succombé ; ils constatèrent en= core sa présence chez un enfant nouveau-né.
En mars 1848, M. Millon adressa à l’Institut un mémoire dans lequel il établissait que le sang contient du cuivre. En décembre de la méme année, M. Deschamps écrivit à ce corps savant qu’il avait extrait du sang une Cerlaine quantité de cuivre { Annales d'hygiène, janvier 1849),
Après avoir reconnu, en 1840, que le sang, le foie, le canal digeslif, elc., de l’homme, renferment du cuivre, j'indiquai un procédé simple et exact à l’aide duquel il est permis de décider si du cuivre 0btenu en faisant une expertise médico-légale provient d’un empoisonnement, où de la pelite proportion de, celui qui est naturellement contenu dans le corps de l’homme ( voy. les nombreuses expériences que J'ai tentées à cet égard, {. VIII des Mémoires de l’ Académie nationale de médecine ).
Le croira-t-on ? Après tant d’imposants travaux, MM. Flandin et Danger poussèrent la légèreté el l’imprudence jusqu’à dire qu'il n'existe point de cuivre dans le corps de l’homme. Dans un premier travail, lu a l’Académie des sciences le 24 avril 1848, ils soutiennent cette preposi- Lion avec un aplomb imperturbable, et ils s'appuient sur ce qu'ils n'ont point trouvé ce métal en procédant par une méthode nouvelle, qui , sui-