‹ Traité de toxicologieChapitre 91 sur 103 · DU CUIVRE · texte numérisé non relu

DU CUIVRE

expériences tentées par MM. Hervy et Devergie, et qui sont loin d’être assez nombreuses pour que l’on puisse adopter ces résultats sans réserve: 1° la proportion de cuivre naturellement contenue dans le corps de l'homme augmente avec l’âge; elle est extrêmement faible chez l'enfant pouveau-né ; à trente ans, elle est quatre à cinq fois plus grande. 2° Le cuivre est en proportion variable dans l'estomac et les intestins de l'homme et de la femme adultes ; celte proportion ne dépasse pourtant pas 46 millièmes pour les intestins; cependant ce chiffre ne repose pas sur un nombre suffisant d'expériences pour qu’on puisse l’établir comme un terme invariable. 3° Une maladie prolongée, pendant laquelle Palimentalion ne s'opère pas, paraît apporter une grande différence dans le poids du métal obtenu. 4° Cette différence vient à l’appui de la supposition la plus naturelle à faire sur la source de ce mélal dans léconomie animale, à savoir, qu’il y est introduit par la viande et les végétaux qui servent d'aliments. (Devergie, Médecine légale, 1. IT, p. 537, 2° édition.)

On voit, par ces données, que l’on ne sait rien de positif sur la quantité de cuivre naturellement contenu dans nos viscères, et qu’il y aurait par conséquent témérité à répondre affirmalivement à la question que j'ai posée plus haut. On dira, sans doute, que, la proportion de cuivre naturel étant ordinairement très-faible , si l’on en trouve beaucoup dans un organe déterminé, le foie par exemple, après l'avoir incinéré, tout portera à croire que cette forte proportion provient du cuivre d’empoisonnement et non du cuivre naturel. À cela, je répondrai qu’il faut éviter d’incinérer les viscères, pour y chercher le cuivre d'empoisonpement, par les motifs énoncés plus haut, et parce qu'il est préférable d'agir avec l’eau bouillante; que si l'on voulait à toute force suivre ce mauvais procédé, il pourrait certainement arriver que l'on trouvât une quantité de cuivre tellement abondante dans la cendre, que fout porterait à croire que ce cuivre provient d’un empoisonnement, Sans que pourtant on pût l’affirmer. Mais aussi, après avoir fait cette légère concession , je dirai que l’on se créerait les plus grands embarras, si l’on érigeait en principe qu'il faut procéder par incinération ; combien de fois, en effet, n’arriverait-il pas que la quantité de cuivre recueillie, après un empoisonnement, serait très-minime, parce que déjà une parlie du poison cuivreux aurait été éliminée ou par d’autres motifs; quel parti prendrait-on alors? Évidemment on ne pourrait pas dire que ce cuivre provient plutôt d’un empoisonnement qne de celui qui existe naturellement dans nos viscères. En me résumant sur ce point, j’établirai donc que, dans beaucoup de cas, l'expert ne saurait affirmer, d’après la quantité de cuivre extraile d'un organe, que ce mélal provient d’un empoisonnement, tandis qu'il peut le faire constamment

en agissant avec l’eau distillée bouillante, comme je l'ai prescrit à læ page 772.

Cuivre contenu dans certains aliments. Voyons maintenant sil est possible de reconnaître que le cuivre retiré des matières des vomissements, et de celles que l’on trouve dans le canal digestif de l'homme, provient d’une préparation cuivreuse naturellement contenue dans cer= tains aliments, ou d’un composé cuivreux qui aurait été introduit dans l'estomac ou dans les intestins comme poison ou comme médicament: Je n'hésite pas à répondre par Paffirmative, du moins pour un très= grand nombre de cas; il est toutefois des écueils qu’il faut éviter, et que je ferai bientôt connaître. Si, après avoir fait bouillir les matières dont il s’agit pendant une heure avec de l’eau distillée, la liqueur filtrée est desséchée, et que le produit, carbonisé par l’acide azotique pur, fournisse du cuivre, et que d’ailleurs le commémoratif, les symptômes; et les altérations de tissu, annoncent l’ingestion d'un poison irritant, on pourra affirmer qu'une préparation cuivreuse a été prise à une dose capable d’empoisonner, à moins qu'il ne soit prouvé que lé sel cuivreux avait été injecté dans le canal digestif après la mort. Quoiqué les sels de cuivre ne se dissolvent qu’en petite quantité dans l’eau bouillante quand ils sont intimement combinés avec des matières or= ganiques , la dissolution contient cependant assez de métal pour qu'une lame de fer puisse lextraire.

On objectera sans doute que le vin, le cidre, la bière , le blé, ete., alors méme qu’ils n’ont pas séjourné dans des vases de cuivre, contiennent naturellement, et dans certains cas, des atomes d’un composé cuivreux (Pernetli, Boutigny, etc. ). À cela je répondrai que, mème dans le cas où lof parviendrait à démontrer la présence de ce cuivre parle moyen que j'indique, ce qui n’est pas, il serait aisé d'éviter l'écueil, parce que, dans aucun cas, les matières dont je parle ne renferment assez de cuivre pour donner lieu même aux plus légers accidents de l’empoisonnement. Je mé garderai bien, à cette occasion, d’imiter mon confrère M. Devergie, lorsqu'il établit comme un précepte médicolégal «qu’il faudra, pour être en droit de déclarer qu'il y a eu empoisonnement, pouvoir déceler la présence du poison par les réaelifs ordinaires des sels de cuivre (lame de fer, cyanure jaune de potassium, etc. },et ne pas conclure, lorsque , pour faire reconnaitre l'existence du cuivre, il aura fallu recourir à ce moyen si sensible, qui consiste à suspendre à l’aide d’un cheveu la moitié d’une aiguille fine au milieu du liquide préalablement acidulé» (t. III de sa Médecine légale, p. 526, 2 édition). Le principe que voudrait consacrer mon cenfrère ne sera admis par personne. Comment! on aurait la prétention de” faire croire que parce qu'une liqueur suspecte qui contient wn sel de

à s Et:

DU CUIVRE. 7175 euivre en dissolution n’en renferme pas assez pour que les réactifs ordinairement employés Le décèlent , elle ne peut pas provenir d’une préparation cuivreuse qui aurait servi à un empoisonnement ? M. Devergie ne conçoit donc pas que, par suite de vomissements réilérés, de selles fréquentes , et de labsorption, il puisse ne rester dans cette liqueur que des atomes de la préparation cuivreuse? Il aurait fallu dire : puisque le vin, le cidre, la bière, etc., contiennent naturellement, et dans certains cas, des atomes d’un composé cuivreux qui ne peuvent être décelés qu’à l’aide de la moitié d’une aiguille fine, toutes les fois que, dans une expertise médico-légale, l'homme de l’art ne découvrira du

“cuivre dans les matières suspectes qu’à l’aide de ce moyen, il devra se tenir en garde, et ne pas affirmer que ce métal provient d’un empoisonnement ; il se bornera à dire que le cuivre dont il s’agit peut avoir été donné comme poison , et il appellera à son aide, pour se prononcer sur l'existence d’un empoisonnement, le commémoratif, les symptômes éprouvés par le malade, et les altérations cadavériques.

On objectera encore qu'un individu aurait pu par mégarde avaler du vin, du cidre, de la bière , du raisiné, elc., qui, pour avoir séjourné pendant quelque temps dans des ustensiles de cuivre, contiendraïent une assez forte proportion d’un composé cuivreux pour se comporter avec les réactifs ordinaires des sels de cuivre comme le feraient les matières suspectes vomies , elc., trailées comme je l'ai indiqué. Je ne conteste pas la force de cette objection , cependant il est des cas où Pon peut facilement lever la difficulté. On sait, en effet, que les aliments liquides et solides dont je parle peuvent renfermer assez de cuivre pour que celui-ci soit décelé par les réactifs ordinaires, et ne pas en contenir assez pour donner lieu à des accidents d'empoisonnement, même légers; toutes les fois donc que l'expert aura affaire à un cas de ce genre, l’absence des symptômes de l’empoisonnement, des altérations cadavériques, le mode d’invasion de la maladie, seront des guides suffisants pour lui permettre de porter un jugement certain. Il n’en serait pas de

même si la proportion du composé cuivreux contenu dans les aliments était telle qu’elle püt être facilement décelée par les réactifs ordinaires, et qu’elle eût développé quelques-uns ou la plupart des accidents de l’intoxication cuivreuse : dans ce cas, le problème serait insoluble; car, en définitive, ces boissons accidentellement empoisonnées ne diffé: reraient pas de celles qui auraient pu être empoisonnées par malveillance. Il ne resterait, dans cette circonstance difficile, qu’une ressource pour éclairer le magistrat : ce serait de se procurer une portion de a même boisson dont l'individu aurait fait usage, et d'examiner attentivement combien elle renferme de cuivre pour un poids donné.

I y a encore un éèueil à éviter dans ces sortes d'analyses, Lorsqu'on

776 DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. | n'a pas {rouvé de cuivre en traitant les matières alimentaires ou exCrémentilielles par l’eau bouillante, on se gardera bien de soumetire ces malières à l’action des acides forts ou à l'incinération , dans l’espoir de découvrir le cuivre qui aurait pu empoisonner ; en effet, plusieurs substances alimentaires contiennent naturellement, comme je l'ai déjà dit, du cuivre que l’eau dissout à peine, el qui peut être décelé par l’action des acides forts et par l'incinération ; en sorte que l’on serait dans le plus grand embarras si l’on obtenait du cuivre, après l'emploi de ces moyens, pour décider si ce métal provient d’un sel cuivreux ingéré comme poison. Mieux vaudrait, dans ce cas, renoncer à la recherche du métal dans les matières vomies, excrémentilielles, etc., et soumellre à l’action de l’eau bouillante le canal digestif, le foie, la rate, el les reins. sc,

Je ne saurais donc n’élever avec assez de force contre l'opinion émise par M. Lefortier (Annales d'hygiène, juillet 1840), qui, après avoir Confirmé ce que j'avais établi depuis longtemps, savoir, que les sels solubles de cuivre sont en partie transformés par les aliments et par nos lissus en composés lrès-peu solubles, dit que l’incinération doit toujours étre employée pour rechercher les composés cuivreux dans les cas de chimie légale. Les résultats que j'ai obtenus, ajoule-t-il à tort, prouvent combien ce procédé est préférable au traitement direct par l'acide azolique.

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