‹ Traite de versification françaiseChapitre 12 sur 51 · DIVERSES ESPÈCES DE RIMES · texte numérisé non relu

DIVERSES ESPÈCES DE RIMES

Signalons, pour terminer, les vieilles rimes qu'on n'emploie plus aujourd'hui, telles que : r Annexée, la Batelée, la Brisée j la Couronnée, VEmpérière, VEnchainée, VÉquipoquée, et la Rime à Écho,

Dans la rime antiexée, chaque vers commençait par un composé du mot terminant le vers précédent, ou par un mot à assonance semblable à la rime précédente :

Dieu gard ma maistresse et récente, Gente de corps et de façon !

(Cl. Ma rot, Chansons, m.)

La rime batelée est celle qui est placée à la fin du vers et dans le mot faisant césure au vers suivant :

Amyde nom, de pensée et de/aict,

Qu'ay-je mesfaicty que vers moy ne prens voye ?

Grâces à Dieu, tu es dru et refaicl ;

Moy plus de{faict que ceulx que mortz on /aict ;

Mort en ef/ec/, si Dieu toy ne m'envoj'e,

Et ne pouri^ois au mal qui me dQsvoye.

(Cl. Ma rot, Epigramme : A Monsieur LAmy,

médecin.)

Dans la rime brisée, on fait rimer entre eux les deux moitiés de vers, en observant le même croisement qu'aux rimes finales :

De cœur parfait chassez votre douleur^ Soyez soigneux, n'usez de nulle /etn/e, Sans y\\B\ïifait, entretenez douceur^ Vaillant eipreuxy abandonnez la crainte.

(O. DE Saint-Gelais.)

La rime couronnée répète deux fois le même son :

DE VEnSIFICATlON FRANÇAISE bj

La blanche colombelle belle.

Souvent je voys priant, criant :

Mais dessoubz la cordelle d'elle Me jecte un œil friand, riant.

(Cl. Ma rot, Chansons, ni.)

La rime empérière répète trois fois le même son :

Bénins lecteurs, très d'iVigents^ gens, gens, Prenez en gré mes imparfaits, faits, faits.

(Cl. Marot.)

La rime enchaînée est une répétition de mots, d'un vers à l'autre, de manière à former un sens gradué :

Dieu des amans, de mort me garde.

Me gardant donne moy bonheur, Et le me donnant prens ta darde, En la prenant navre son cueur.

(Cl. Ma ROT, Chansons, m.)

La rime équivoquée s'obtient par un jeu de mots fait sur la rime, tantôt dans le même vers, tantôt dans le vers suivant :

Brief, c'est pitié d'entre nous rithmail leurs. Car vous trouvez assez de rithme ailleurs, Et quand vous plaist mieulx que moy rithmasse\. Des biens avez et de la rithme asse^.

(Cl. Marot, Epttre au Roy.) La rime en écho a été employée par quelques

contemporains, entre autres V. Hugo; mais elle a surtout été en honneur dans les siècles précédents, excepté le xviiP :

J'aime de mon pays tous les fleuves, en somme^

Somme, Charente, Meurthe, Allier, Rhône qui n'est pas doux^

Doubs; J'aime l'Eure, l'Escaut, la Sarthe, la Vilaine^

L'Aisne^ Le Furens, fils des monts qui sont ton boulevari/,

Var.

(Amédée Pommier, Colifichets ; Staaf, Poètes vivants.)

Le Dialogue (Vun A moureux et d'Écho (J. du Bellay. La Pléiade française. A. Lemerre, éditeur) fut fort admiré des contemporains et a été souvent cité. En voici quelques vers :

Qui estraulheur de ces maulx Vivenu\?

Vénus.

Comment en sont tous mes sens devenu^?

Nuds, Qu'estois-je avant qu'entrer en ce passai^j?

Saige.

Et maintenant que sens-je en mon coxiraige?

Raige, Qu'est-ce qu'aimer, et s'en plaindre souvent?

Vent.

Que suis-je donq' lors que mon cœurenfendZ

Enfant,

Sous le règne du Roi-Soleil, lorsque tous les poétesse croyaient obligés de brûler au moins une cassolette d'encens en Thonneur de la grande

idole, on composa la pièce suivante, qui est bien dans l'esprit du temps et que cite Larousse (Dictionnaire universel, t. VU) : ^

Nos yeux par ton éclat sont si fort éblouis,

LouiSj Que lorsque ton canon qui tout le monde étonne

Tonne, D'un si profond respect nous sentons nos esprits

Pris ; Que ton seul nom partout, ton bras et ta personne,

Sonne,

Depuis le xvii* siècle, ce genre de poésie a été presque entièrement abandonné. Il se trouve cependant quelquefois employé avec bonheur dans des vaudevilles. Tout le monde connaît le spirituel couplet de Panard sur Paris (Œuvres choisies f par Armand Gouffé, 2« vol., i8o3) :

On y voit des commis Mis Comme des princes.

Qui jadis sont yeuus Nus De leurs provinces.

Victor Hugo qui, unissant son génie à la curiosité d'un artiste habile, s'est plu à vaincre toutes les difficultés de la versification, a composé en écho la ballade intitulée La Chasse du Burgrave (Odes et Ballades) :

« Daigne protéger notre chasse^ Châsse De monseigneur saint Godefroi Roi!

6o TRAITÉ

u Si tu fais ce que j'e dés/re, SirCy Nous t'édifierons un tombeau^ Beau; B Puis je te donne un cor d'ivoire.

Voire

Un dais neuf à pans de \elours, Lourds, « Avec dix chandelles de cire, Sire /

Donc, te prions à deux genoux, Nous, « Nous qui, né de bons gentilshommes, Sommes Le seigneur burgrave Alexis Six ! »

Voilà ce que dit le burgfave.

Grave, Au tombeau de saint Gode/roi Froid.

€ Mon page, emplis mon escarce//e, Selle Mon cheval de Calatrav<2 ; Va!

« Piqueur, va convier le comte.

Conte Que ma meute aboie en mes cours.

Cours !

« Archers, mes compagnons de /êtes.

Faites Votre épieu lisse et vos corne/s Nels :

« Nous ferons ce soir une chère Chère.

Vous n'y recevrez, mailre-queux, Qu'eux!

« En chasse, amis ! je vous invite.

Vite,

DE VERSIFICATION FRANÇAISE 6l

En chasse ! Allons courre les cerfs^ Serfs! »

II part, et madame Isade//e, Belle, Dit gaîment du haut des remparts :

« Pa/s! • Tous les chasseurs sont dans la plaine, Pleine D'ardents seigneurs, de sénéchaux Chauds.

Ce ne sont que baillis et prêtres.

Retires Qui savent traquer à pas lourds Lours, Dames en brillants é<\mpages. Pages, Fauconniers, clercs, et peu bénins Nains, En chasse ! — Le maître en personne Sonne.

Fuyez, voici les paladins.

Daims!

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