‹ Traite de versification françaiseChapitre 16 sur 51 · DU NOMBRE · texte numérisé non relu

DU NOMBRE

Dans les vers précédemment cités, Toreilledéjà un peu exercée a pu remarquer que tous les vers à rime féminine comptaient toujours une syllabe de plus que les vers à rime masculine :

Ah! pauvres insensés, misérables cervelles, (i3 F) Qui de tant de façons avez tout expliqué, {12 M) Pour aller jusqu'aux deux il vous fallait des ailes; (i3 F) Vous aviez le désir, la foi vous a manqué. {\2 M)

(A. DE Musset, Poésies nouvelles :

L'Espoir en "Dieu.)

Si vous avez peur lorsque la nuit est noire, (12 F) Mon Dieu 1 vous direz : « Je vois clair avec vous. ( 1 1 A/) Vous êtes la nuit, voilé dans votre gloire, (12 F) Vous êtes le jour et vous brillez pour nous. » (11 M)

(M»« Desborde s- Valmork, Elégies et Poésies nouvelles.)

Fort (I M) Belle, (2'Fj

DE VKRSiriCATION FRANÇAISE 83

Elle (2 F) Dort, (i M)

(J. DE Rességuier, Voir ci-dessus page 65.)

Comme une verte corbeille, (8 F) Tout autour de la maison (7 M) Montent les bras d'une treille : (8 F) , C'est un nid dans un buisson. (7 M)

(A. ScHOLL, Denise.)

Dans les vers alexandrins, on a pu remarquer qu'ils pouvaient aisément se partager en deux parties égales. Ces parties se nomment hémistiches (en grec, demi-vers) et le point de séparation fut appelé césure (en latin, coupure) parce que le sens était ainsi coupé en deux parties :

Que toujours dans vos vers | le sens coupant les mots Suspende l'hémistiche, | en marque le repos.

(BoiLEAu, Art poétique^ ch. i.)

Cette règle, innovée par Pécole de Ronsard, consacrée par Boileau, n'est pas juste au point de v,ue de l'harmonie générale, qui prendrait un caractère de monotonie ennuyeuse. Aussi, même les poètes du siècle classique par excellence s'en sont affranchis, et avec beaucoup de raison. Il s'agit du vers alexandrin :

Viens me venger I

— De quoy ?

— D'un affront si cruel Qu'à l'honneur de tous deux | il porte un coup mortel^ D'un soufflet. | Vinsoient en eust perdu la vie; Mais mon âge a trompé ma généreuse envie, Etce fer | que mon bras ne peut plus soutenin

Je le remets au tien i pour venger et punir. . . Meurs^ ou tue.

(Corneille, Le Cid^ A. I, se. v.

A. Le M ERRE, éditeur.)

J'entens déjà, | j*en/en5 la trompette sacrée ; Et du Temple bien-tost | on permettra l'entrée. Tandis que je me vais | préparer à marcher, Chantez, [ louez le Dieu que vous venez chercher.

(Racine, Athalie, A. i, se. m.)

MÉRON

J*y consens ; | porte-luy cette douce nouvelle. Il la verra, |

Page 1