HIATUS
Quand une voyelle, autre que Ve muet, est placée à la fin d'un mot et que le mot suivant commence par une voyelle, ou par un h muet, il y a hiatus, mot qui étymologiquement signifie « bâillement. »
Nous venons de voir qu'il n'y a pas hiatus quand deux voyelles se rencontrent par l'élision d'un e muet; il en est de même quand les diphtongues o/, eu, au, ou, se rencontrent dans la même circonstance :
Les fleurs au front, la boue aux pieds, \a haine au cœur.
(V. Hugo.)
Quand h est aspiré, il n'y pas hiatus :
Nous volons au hasard un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.
(Ch. Baudelaire, Fleurs du mal, Au Lecteur.
Poulet-Malassis, éditeur.)
Il y a hiatus lorsque la conjonction et, quoique terminée par une consonne, qui ne se prononce pas, rencontre une voyelle ou un h muet :
Et en cent nœuds retords Accourcis, et a/longe, et allonge ton corps.
(Ronsard.)
L'hiatus est toléré lorsqu'on répète une interjection : ah! oh! eh! oui :
go TRAITE
Oui, oui, je m'en souviens!
(A. ChénieRj Églogues : Le Mendiant.)
Eh! eh! dit une voix, parbleu, mais le voilà.
(A.. DE Musset, Premières poésies :
Pensées de Raphaël.)
Vhiatus est encore toléré lorsqu'on emploie une phrase toute faite, une locution proverbiale :
Aux tours joués toujours succédera Quelque bon tour, et qui a bu boira.
(La Fontaine, Contes. \
... Les plantes désolées Ne voudront plus aimer, nourrir, ni concevoir ; Les feuilles des forêts tomberont une à une ; Et vous, noirs fossoyeurs, sur la bière commune Pour ergoter encor vous viendrez vous asseoir.
(A. DE Musset, La Coupe et les Lèvres.)
Nos anciens poètes admettaient parfaitement Vhiatus :
Il est vray que mon sort en cecy est mauvais : C'est que beaucoup de gens sçavent ce que je fais. Quelques lieux si cachez où mon péché se niche, Aussitost mon péché au carrefour s'affiche.
(Théophile de Viau, Plainte de Théophile à un sien amy.)
Un doulx Nen»/âvec un doulx soubrire.
(Cl. Ma rot, Epi grammes : De Ouy et Nenny.
Ronsard lui-même en commit quelquefois:
D'où eS'tu ? Où vas-tu ? D'où viens-/u à ceste heure ? De quels parens es-^u? Et où est ta demeure ? » Je luy respons ainsi : Je suis de Vendomois, Je n'ay jamais servi autres maistres que Rois, J'ay long temps yoyagé en ma tendre jeunesse. »
(Ronsard, Le Bocage royaly u« partie.)
Malherbe le proscrivit absolument; et, malgré la satire de Régnier :
Cependant leur savoir ne s'estend seulement Qu'à regrater un mot douteux au jugement, Prendre garde qu'un qui ne heurte une diphtongue ;
{SalireSj ix. A. Leherre, éditeur.)
cette régie a prévalu, et avec raison. Il faut éviter aussi les vers léonins, c'est-à-dire les alexandrins où la césure médiane a la même assonance que la rime, soit du vers lui*même, soit encore du vers précédent.