‹ Traite de versification françaiseChapitre 31 sur 51 · TERZA RIMA · texte numérisé non relu

TERZA RIMA

C*est un système de versification usité chez les Italiens {ter:^aj troisième; rimUf rime) et consistant à couper tout le poème en tercets à rimes croisées, malgré la coupe de la strophe; le dernier vers, détaché, seul, doit toujours, comme dans le sonnet, contenir un beau trait, une belle image, une belle pensée. Th. Gautier a surtout excellé dans la terza rima.

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Ténèbres.

Sur les autels déserts des basiliques noires, Les saints désespérés, et reniant leur Dieu, S'arrachent à pleins poings l'or chevelu des gloires.

Le soleil désolé, penchant son œil de feu.

Pleure sur l'univers une larme sanglante ; L'ange dit à la terre un éternel adieu.

Rien ne sera sauvé, ni Thomme ni la plante ; L'eau recouvrira tout : la montagne et la tour; Car la vengeance vient, quoique boiteuse et lente.

Les plumes s'useront aux ailes du vautour, Sans qu'il trouve une place où rebâtir son aire. Et du monde vingt fois il refera le tour ;

Puis il retombera dans cette eau solitaire Où le rond de sa chute ira s'élar^issant :

Alors tout sera dit pour cette pauvre terre.

Rien ne sera sauvé, pas même l'innocent.

Ce sera, cette fois, un déluge sans arche; Les eaux seront les pleurs des hommes et leur sang.

Plus de mont Ararat où se pose, en sa marche, Le vaisseau d'avenir qui cache en ses flancs creux Les trois nouveaux Adams et le grand patriarche.

Entendez-vous là-haut ces craquements affreux?

Le vieil Atlas lassé retire son épaule

Au lourd entablement de ce ciel ténébreux.

L'essieu du monde ploie ainsi qu'un brin de saule ; La terre ivre a perdu son chemin dans le ciel; L'aimant déconcerté ne trouve plus son pôle.

Le Christ, d'un ton railleur, tord Téponge de fiel Sur les lèvres en feu du monde à l'agonie, Et Dieu, dans son Delta, rit d'un rire cruel.

Quand notre passion sera-t-elle finie ?

Le sang coûte avec l'eau de notre flanc ouvert ;

La sueur rouge teint notre face jaunie.

Assez comme cela! nous avons trop souffert; De nos lèvres, Seigneur, détournez ce calice, Car pour nous racheter votre Fils s'est offert.

Christ n'y peut rien : il faut que le sort s'accomplisse, Pour sauver ce vieux monde il faut un Dieu nouveau. Et le prêtre demande un autre sacrifice.

Voici bien deux milte ans que l'on saigne l'Agneau ;

Il est mort à la fin, et sa gorge épuisée

N'a plus assez de sang pour teindre le couteau.

I^ Dieu ne viendra pas. L'Église est renversée.

(Th. Gautier, Poésies complètes^ 1845.)

VERS RHOPALIQUES

Ce sont des vers dont la dénomination provient du grec rhopalorty massue, parce que les mots allant en augmentant de syllabes (le premier est un monosyllabe, le second est composé de deux syllabes, le troisième de trois, etc.) ont quelque rapport avec une massue, petite d'un côté, grosse de l'autre. On peut appeler de même les vers pyramidaux. Panard nous a laissé ses Losanges, sa Bouteille, son Verre, où les vers sont disposés et syilabiques, de

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telle sorte qu'une pyramide, un losange, une bouteille, un verre, sont exactement représentés.

Verre de Panard.

Nous ne pouvons rien trouver sur la terre Qui soit si bon, ni si beau que le verre.

Du tendre amour berceau charmant, C'est toi , champêtre fougère , C'est toi qui sers à faire L'heureux instrument Où souvent pétille, Mousse et brille, Le jus qui rend Gai, riant, Content.

Quelle douceur Il porte au cœur!

Tôt Tôt Tôt Qu'on m'en donne I Qu'on l'entonne! Tôt * Tôt Tôt Qu'on men donne Vite et comme il faut !

L'on y voit sur ses flots chéris Nager l'allégresse et les ris.

(A. Caillot, Dictionnaire de Littérature, Chamerot, éditeur.)

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