RIMES MASCULINES ET FEMININES
La rime est dite masculine quand le mot qui la forme est terminé par un son plein, sans e muet ; et on appelle vers masculin celui où le dernier mot es& terminé par ce son plein, sans e muet.
La rime est d'itt féminine quand la dernière syllabe est muette, c'est-à-dire comprenant un e muet, soit seul, soit suivi de la lettre s ou ides lettres nt (S™» personne du pluriel); et on appelle \crs féminin celui où le dernier mot est terminé par un son faible, avec un e muet.
Exemples :
La Vie harmonieuse.
Jadis j'aurais vécu dans les cités antiques, (F) Svelte comme un héros, plus libre qu'un vainqueur, (Ai) Et tous mes jours, pareils aux visions plastiques, {F) Se fussent déroulés noblement comme un chœur. (A/)
Là, j'aurais contemplé Tavenir et la vie (F) Sur le blanc piédestal de la Sérénité, (M) Sans élan surhumain, sans orgueilleuse envie, (F) Heureux d'un idéal visible et limité. {M)
J'eusse borné mes vœux et mesuré mon rêve (F) Au soleil fugitif, au mois, à la saison, {Ai) A tout ce qui se voit, à tout ce qui s'achève, (F) Aux contours arrêtés d'un petit horizon. (Af)
J'eusse été citoyen de quelque république, (F) Songe de Pythagore, œuvre d'un ûorien, (A/) Harmonieux état réglé par la musique, (F) Où la loi se conforme au rythme aérien. (A/)
Puis dans une agora j'aurais avec ivresse (F) Admiré longuement les poses et les sons (M) De ces beaux orateurs dont la phrase caresse [F] L'oreille inattentive aux rigides leçons*, (M)
Et devant la tribune, étendu sur le stade, (F) J^aurais senti descendre à moi, sous «m ciel clair, (M) Le flot sonore et pur qu'épanche Alclbiade, (F) Et monter le murmure éloquent de la mer. (A/)
O la vie adorable, élégante et facile ! (F)
Du lierre sur le front, des myrtes dans les mains, (A/)
Des jardins embaumés où le sage s'exile, (F)
Et l'accueil de la flûte au détour des chemins ! (A/)
Ainsi, franc de remords, étranger à la plainte, (F) De mon droit au bonheur fermement convaincu, (A/) Un jour je serais mort sans regrets et sans crainte, (F) Harmonieusement, comme j'aurais vécu ! (A/)
(Emmanuel des Essarts, Les Elévations.
A. Le M ERRE, éditeur.)