MOTS MASCULINS A RIME FÉMININE
Le genre du mot n'entraîne en rien le genre de la rime :
Sous l'ombre envahissant le morne paysage La clarté lutte encor dans le vague lointain. Puis s'efface en tremblant, comme sur un visage Un sourire d'adieu qui dans les pleurs s'éteint.
(C. Bbtzens, Nox» Paul Dupont, éditeur.^
L'enfant avait cinq ans, et près de la fenêtre Ses rires et ses jeux faisaient un charmant bruit; Et la mère, à côté de ce pauvre doux être Qui chantait tout le jour, toussait toute la nuit.
La mère alla dormir sous les dalles du cloître Et le petit enfant se remit à chanter... — La douleur est un fruit : Dieu ne le fait pas croître Sur la branche trop faible encor pour le porter.
(V. Hugo, Les Contemplations: L'Enfance, A. L E M B R R E, , éditeur.)
Icare.
y ai souvent répété les paroles des sages, Que tout bonheur humain se paye, et qu'il vaut mieux^ Libre et fort, dans la paix immobile des Dieux, Voir la vie à ses pieds, du bord calme des plages.
Mais maintenant, l'abîme a fasciné mes yeux : Je voudrais, comme Icare, au-dessus des nuages Vers la zone de flamme où germent les orages M'éiancer, et mourir quand j'aurai vu les cieux.
Je sais, je sais déjà tout ce que vous me dites ; Mais la vision sainte est là ; je veux saisir Mon rêve et, sous le ciel embrasé du désir.
Braver la soif ardente et les fièvres maudites
Et les remords sans fin, pour ce bonheur d'un jour,
Le divin, l'infini, l'insatiable amour.
(Louis Menard, Rêveries d'un païen mystique, Â. Lemerre, éditeur.)
Ainsi paysage, visage, être, cloître, sages, nuages, orages, qui sont des mots masculins, n^en sont pas moins des Tivats féminines ,