‹ Traite de versification françaiseChapitre 44 sur 51 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes : Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau, Hier je me suis mis auprès de mon chevreau :

Par PoUux et Minerve! il ne pouvait qu'à peine Faire arriver sa tête au niveau de la mienne. D'une coque de noix j*ai fait un abri sûr Pour un beau scarabée étincelant d'azur ; Il couche sur la laine, et je te le destine. Ce matin, j'ai trouvé parmi l'algue marine Une vaste coquille aux brillantes couleurs :

Nous l'emplirons de terre, il y viendra des fleurs. Je veux pour te montrer une flotte nombreuse, Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse.

Le chien de la maison est si doux! chaque soir, Mollement sur son dos je veux te faire asseoir, Et, marchant devant toi jusques à notre asile. Je guiderai les pas de ce coursier docile.

(André Ghénier, £'^/o^ues, xxii.)

u Le but de la satire est de corriger les hommes en décriant les vices et en les rendant ridicules. » (Saint-Evremond.) Voilà la satire purement morale, générale surtout, a La satire est sœur de l'élégie; si l'une plaide pour les opprimés, l'autre combat contre les oppresseurs. » (H. Taine.) Voilà la satire humaine.

sociale. Elle est politique et particulière, quand au lieu de tomber directement sur les mœurs et de ne frapper les personnes que par réflexion, ainsi que récrivait Molière, elle attaque en face l'homme, sa vie, ses actes, et voue au pilori sa criminelle ambition ou sa fausse gloire, son triomphe taché par le sang. La satire absolument littéraire, en vers, semble avoir disparu de nos jours.

Régnier fut le premier en France qui publia de véritables satires (i6c8) à l'imitation d'Horace; sa satire visait les défauts de l'homme et principalement ceux de ses confrères les poètes. Elle est morale, elle est littéraire. Les satires de Boileau (1698), qui ne sont souvent que de pures imitations de celles des anciens, entrent dans le même genre, et peuvent être classées comme morales et littéraires. Dans ses satires (1778^, Gilbert, malgré ses inégalités choquantes et ses vers parfois durs et hérissés^ est plein d'audace, de verve, d'énergie; il inaugure la satire générale, la vraie satire de mœurs, avec des traits à Temporte-pièce. Les noms de Barthélémy et de Méry nous rappellent le souvenir de leurs vigoureuses polémiques, sous la Restauration et Louis-Philippe. Les satires de M. Louis Veuillot (i863) ne sont que des injures mal versifiées. Mais Victor Hugo nous a donné un chef-d'œuvre de satire politique dans ses Châtiments^ que presque toute la jeune génération contemporaine sait par cœur. Les Poèmes civiques de V. de Laprade, les Colères d'Amédée Pommier, sont encore remarquables dans le genre. Un autre jeune poète

excelle aussi dans ce genre : Clovis Hugues, dont la verve est peut-être trop féconde, les pièces trop nombreuses, pour pouvoir arriver à produire un volume entier tout à fait digne de l'avenir; et cependant que de beaux vers, même dans ces pièces produites dans la hâte quotidienne du journal qui attend !

Le Manteau impérial.

Oh! vous dont le travail est joie, Vous qui n'avez pas d'autre proie Que les parfums, souffles du ciel, Vous qui fuyez quand vient décembre, Vous qui dérobez aux fleurs l'ambre Pour donner aux hommes le miel,

Chastes buveuses de rosée, Qui, pareilles à l'épousée, Visitez le lys du coteau, O sœurs des corolles vermeilles.

Filles delà lumière, abeilles, Envolez-vous de ce manteau !

Ruez-vous sur l'homme, guerrières !

O généreuses ouvrières.

Vous le devoir, vous la vertu, Ailes d'or et flèches de flamme, Tourbillonnez sur cet infâme 1 Dites-lui : • Pour qui nous prends-tu 1 *

« Maudit! nous sommes les abeilles!

Des chalets ombragés de treilles Notre ruche orne le fronton ; Nous volons, dans l'azur écloses, Sur la bouche ouverte des roses •Et sur les lèvres de Platon.

« Ce qui sort de la fange y rentre.

Va trouver Tibère en son antre,

Et Charles neuf sur son balcon.

Va ! sur ta pourpre il faut qu'on mette.

Non les abeilles de l'Hymète,

Mais l'essaim noir de Montfaucon 1 »

Et percez-le toutes ensemble, Faites honte au peuple qui tremble, Aveuglez l'immonde trompeur, Acharnez-vous sur lui, farouches !

Et qu'il soit chassé par les mouches Puisque les hommes en ont peur!

Jersey, juin i853.

(V. Hugo, Les Châtiments.)

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