Répétant^ redisant
(^ue la nulure el l'art, et les hommes et Dieu Ornèrent à Tenvi, belle Italie, adieu 1
Jeté laisse ma sœur; vents, soyez-lui 6dèles; Doux zéphyrs, portez-lui la santé sur vos ailes ; Pour elle, froids hivers, tempérez vos frimas. Et que vos durs glaçons s'émoussent sous ses pas !
Marmontel condamne de la manière suivanle les stances en rimes plates :
« Des distiques accolés Tun à Tautre ne sauraient former une stance harmonieuse :
Il n'est rien ici-bas d'éternellç durée, Une chose qui platt n'est jamais assurée : L'épine suit la rose ; et ceux qui sont contens Ne le sont pas longtemps.
ce Cet exemple, de Malherbe ^ fera sentir que la rime plate soutiendrait mal le ton de Tode , et manquerait de grâce dans les stances légères. L'oreille y veut au moins quelque entrelacement de rimes, et permet tout au plus un distique isolé à la fin de la stanccy comme dans Toctave italienne; encore Fessai qu'en a fait Malherbe n'a-t-il rien de bien séduisant:
Laisse-moi, raison importune; Cesse d'affliger mon repos, En me faisant mal à propos Désespérer de ma fortune.
Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir.
c( Uousseau n'a pas laissé d'employer une fois celle stance; mais pour donner au distique Qnal une cadence harmonieuse^ il l'a formé de deux vers héroïques :
Seigneur, dans ta gloire adorable Quel mortel est digne d'entrer?
Qui pourra, grand Dieu, pénétrer
Ce sanctuaire impénétrable, Où tes saints inclinés, d'un œil respectueux Contemplent de ton iront Féclat majestueux? »
3^ Les stances ne sont pas toujours terminées par un repos complet^ marqué par un point. Quelquefois il n'y a qu'une simple suspension ; ce qui a lieu lorsqu'on annonce un discours , lorsqu'on fait une énumération , lorsqu'on introduit une longue phrase subordonnée , commençant ordinairement par si ou lorsque.
Ainsi nous voyons dans Rousseau :
Déesse des héros*, qu'adorent en idée Tant d'illustres amans, dont Tardeur hasardée Ne consacre qu'à toi ses vœux et ses efforts ; Toi qu'ils ne verront point, que nul n'a jamais vue, Et dont pour les vivans la faveur suspendue Ne s'accorde qu'aux morts ;
Vierge non encor née, en qui tout doit renaître, etc.
Voici encore un exemple du même poëte :
Si du tranquille Parnasse Les habitans renommés Y gardent encor leur place, Lorsque leurs yeux sont fermés; Et si, contre l'apparence, Notre farouche ignorance Et nos insolens propos.
Dans ces demeures sacrées.
De leurs âmes épurées Troublent encor le repos;
Que dis-tu, sage Malherbe,
De voir tes maîtres proscrits? etc.
1, Lu Pustérilë.
274 CHAPITRE XVi.
On trouvera une pareille suspension dans ce fragment d'une ode de Voltaire :
Si de l*or des Français les sources égarées. Ne fertilisant plus de lointaines contrées, Rapportaient l'abondance au sein de nos remparts,
Embellissaient nos villes,
Arrosaient ces asiles
Où languissent les arts;
Beaux arts, enfans du ciel, de la paix et des grâces, Que Louis en triomphe amena sur ses traces, Ranimez vos travaux, si brilians autrefois, etc.
V Dans la première moitié du xvii* sièole, il était de mode de partager en stances un monologue dans les tragédies.
Voici une des stances du Cid :
Percé jusques au fond du cœur D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle. Misérable vengeur d'une juste querelle, Et malheureux objet d'une injuste rigueur, Je demeure immobile, et mon âme abattue Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
0 Dieu ! l'étrange peine 1 En cet affront mon père est l'offensé, Et l'offenseur, le père de Chimène! coaN.
En Toici une autre de Polyeucte :
Vous étalez en vain vos charmes impuissans; Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire Les ennemis de Dieu pompeux et florissans : II étale à son tour des revers équitables
Par qui les grands sont confondus;
Et les glaives qu'il tient pendus
Sur les plus fortunés coupables
Sont d'autant plus inévitables
Que leui-s coups sont moins attendus, corn.
DK^ ST.4NGE8. 275
Racine méme^ encore sous le joug de rimitation, a introduit des stances dans sa Thébafde :
A quoi te résous-tu, princesse infortunée? Ta mère vient de mourir dans tes bras;
Ne saurois-tu suivre ses {Mis, Et finir, en mourant, ta triste destinée? A de nouveaux malheurs te veux-tu réserver? Tos frères sont aux mains, rien ne peut les sauver
De leurs cruelles armes.
Leur exemple t'anime à te percer le flanc ;
Et toi seule verses des larmes;
Tous les autres versent du sang '.
Mais déjà Fauteur d'Horace et de Cinna avait re* nonce à un ornement si aiTecté, et qui nuisait essentiellement à la vérité et à Tillusion du théâtre.
5^ De L^EMPLOl DES DIFFÉRENTES STANCES» —' Le
poëte peut n'être guidé dans le choix des stances que par le sentiment de Tharmonie. Mais d'autres fois son dessein est plus déterminé : il doit choisir son rhythme non pas seulement pour flatter l'oreille, mais d'après le caractère des idées qu'il veut exprimer. En général, les stances dont les vers sont courts et peu nombreux conviennent aux sujets légers, aux peintures rianles; au contraire, les systèmes qui ont beaucoup de vers , ou des vers d'une longue mesure , offirent une gravité plus propre à rendre des pensées élevées, des tableaux magnifiques.
La Harpe loue Rousseau d'avoir approprié ainsi ses stances à l'objet qu'il traitait. 11 cite la suivante :
I. On volt, par cette antithèse, que Racine n*avait pas encore osëdomlnef te mauvais goût de son siècle*
276 CHAPITRE X\l.
Seigneur, dans ta gloire adorable
Quel morlel est digne d'entrer?
Qui pourra, grand Dieu, pénétrer
Ce sanctuaire impénétrable, Où tes saints inclinés, d'un œil respectueux Contemplent de ton front Téclat majestueux?
Ces deux alexandrins, dit-il, où l'oreille se repose après quatre petits vers , ont une dignité conforme au sujets
La strophe de cinq vers composée de quatre alexandrins à rimes croisées, tombant doucement sur un petit vers de huit syllabes, convient davantage aux sentiments réfléchis. C'est celle que Rousseau a choisie dans l'ode qui commence par ces vers : QtÂC la simplicité d'une vertu paisible ^ et où Ton trouve cette strophe :
Comment tant de grandeur s'estrelle évanouie? Qu'est devenu l'éclat de ce vaste appareil? Quoi ! leur clarté s'éteint aux clartés du soleil ! Dans un sommeil profond ils ont passé leur vie, Et la mort a fait leur réveil.
Cette autre espèce de strophe, formée de quatre hexamètres suivis de deux petits vers de trois pieds, est très-favorable aux peintures fortes, rapides, effrayantes, à tous les effets qui deviennent plus sensibles quand le rhythme, prolongé dans les grands vers, doit se briser sur deux vers d'une mesure courte et vive. Tel est celui de l'ode sur la Vengeance divine, applicable à la défaite des Turcs :
L'ambition guidoit vos escadrons rapides ^ Vous dévoriez déjà, dans vos courses avides,