‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 123 sur 243 · I. Voyoj! rinlf'MUS, p. 26fl, un dlxaln de Le Bnin · texte numérisé non relu

I. Voyoj! rinlf'MUS, p. 26fl, un dlxaln de Le Bnin

282 CHAPITRE XYI. *--* DBS STANCES.

0 lemp«, suspends (on voll et vouSi heures prapioes,

Suspendez votre cours I Laissez-nous savourer les rapides délices Du pius beau de nos Jours!

Assez de malheureux ici-bas vous implorent : Coulez, ooulei pour eux;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ; Oubliez les heureux, etc.

NOTI 1 (page 3).

11 n'est pas sans intérêt de constater les variations qu'a éprouvées notre quantité syllabique. On a négligé jusqu'ici de recueillir sur ce point des faits qui tiennent intimement à l'histoire de notre poésie et de notre langue, et dont la connaissance est nécessaire pour la critique des anciens textes. Le résumé que je vais présenter pourra dispenser de beaucoup de recherches.

Je reprendrai successivement tous les groupes de voyelles dont la quantité a varié ou est encore incertaine.

Ia. — Primitivement ces deux voyelles ne formaient pas une diphthongue. Elles ont encore une valeur distincte dans la plupart des mots : les anciens n'admettaient aucune différence. On remarquera, dans tout ce qui va suivre, que, chez nos ancêtres , les règles étaient générales : les exceptions sont venues plus tard , à cause de la tendance naturelle à raccourcir par la prononciation les mots les plus usités, comme on voit s'effacer le relief des monnaies par la grande circulation.

1** Chez nos vieux poètes, le mot diable, qu'on écrivait aussi dyable et plus souvent déable, était de trois syllabes :

Si !i a dit : Vos estes vifs déabUs. (boland.) Icist diable nous veut tous desmembrer. (garin.) Com li déable les a morts et occis, (id.) A diable se livre et donne, benoist.

Figure porte de diable, (brut.) Enseigner veux par cette fable Que femme sait plus que déable, (méon.) Ou en aiguë noiée , ou au déable allée, (berthb.) Un déable d'enfer le fit argent nommer. Baudouin. Se nous servons bien Dieu, nous lairons le déable, (jubinal.) Le grand diable de Vauvert. coquillart.

Tel est Tusage constant des poètes avant le xv* siècle. Si quelques textes semblent infirmer cette règle , il faut les contrôler avec une critique sévère.

Le très-ancien art poétique provençal publié par M. Catien Amoult' établit que dyables fait trois syllabes.

Au XV* siècle , la quantité syllabique dé ce mot devient douteuse; mais Ton incline de plus en plus vers la synérèse. Sibilet la prescrit (1548). Au xvn* siècle, elle a tout à fait prévalu. Ex. :

Les diahlêB sont tous en abisme. maatin T.SFnAxc.

Invocation diabolique, id.

Tant seulement, mais notre artillerie Sans point de faute e$(t une diablerie, lb mairb.

Où Dieu veut bien, le diable ne peut nuire, j. mahot. Et noir comme un beau diable ou deux, marot. Ma foi, je Tenverrois au diable avec sa fraise* mol. Que le diable toujours hurlant contre les cieux. boil.

Survient un diable à titre de seigneur, la font.

Qui lui fait faire un cri de diable, nouss.

Dans un des exemples précédents nous voyons Tadjectif diabolique commencer par une dipbtbongue ; mais cette quantité varie , et les dictionnaires des Rimes la donnent avec raison comme douteuse. Des auteurs même qui font la synérèse pour diabfe, ne la font pas pour l'adjectif :

Où nous détient l'esprit diabolique, mrschtnot. Car qui autrement se soulace Ne fait qu'œuvre cftoèo/tçue. i. marot.

Luthériens, esprits diaboliques, d'aubigné.

C'est ainsi que christianisme n'a pas subi la même réforme que chrétien :

Toute vertu tient au christianisme, nouss.

2" Le mot diacre n'a que deux syllabes, mais anciennement il en avait trois :

Doien et chancelier, chantre et archedyacre, (jurtnal.)

i. Las Flots del gay saher.

Avoirs' fait bien, par Saiot-Fiacre,

Trésorier et archediacre, (jubinal.)

Augustins et nonnaios et moines,

Archediacres et chanoines*.

Puis appela Bel-Accueil , son diacre, le maiab. Ilucha' Danger, son diacre et ministre, id.

Ou s'étonnera qu'un poète du xv* siècle ait (ait la syiiorèse :

Qu'il est archedûicre ou chanoine, coquillart.

S"" Le mot liard est monosyllabe : ^

De peur de perdre un liard, souffrir qu'on vous égorge, boil. Ne manie aucun sou dont il ne prenne un liard. boursault. Merci de moi, chambrière d*un liard. la fo/st.

Anciennement il était disyllabe :

N*ait à piller lu valeur d'un liard. j. maaot.

4° La bivocûle ia est une de celles que la rapidité du langage familier altère le plus. Je citerai quelques exemples qui feront ressortir la valeur des deux lettres telle que la i>oésie Tcxige :

Notre justice laie et recclésiasiique, (jubinal.) Baillif, prévost, vicomte, officiai, vicaire... Et smni Mathias sied après, (ib.)

Opiniâtre en son premier propos, iiaiiot.

A tant de gens qui sont acariâtres. rabi£LA16.

A qui plus grunt familiarité

Veulent avoir et plus grant charité, id. Quand on verra finir ce galimatias, mol. Chez lui sirops exquis, ratafias vanlés. boil. Pouvant charger mon bras d'une utile liasse, w.

Mais par hasard si ce palliatif

N'opère rien sur leur esprit rétif, aoubs. Bon homme, ingénu , serviaJble, Tu te fais haïr comme un diable, id.

Profes d'abord, et sansytoricia/. grbssbt.

1. L*a\oir, la richesse. Sur Vs final de» iufinitifs pris 5ubslauti>emcul, >uyvz Raynouard, Grammaire de la langue romane, t. 1, p. 134. 1. Du romau de Fauve!»

«. Appela.

J*ai cité piaffer ooinm6 un des mots rares qui font la synérèse. En voici un exemple de J.-B. Rousseau :

Se rengorger, piaffer^ caracoler.

Je vois cependant que La Fontaine a fait la diérèse :

Or bien je sais celui de qui procède Celte piaffe : apportez-y remède.

Iài. — V Ce groupe de voyelles ne fait qu'une syllabe dans bréviaire. Voici des exemples :

Sont les missels, bréviaires et psautier, ii arot. J*ai mon bréviaire au poing, je chante quelquefois, ronsahd. Car il est des héros d'une douce manière, II en est de justice, il en est de bréviaire, sarrasin. Vous direz peu votre bréviaire, chapelle. Le moine disoit son bréviaire, la font. Si vous teniez toujours votre bréviaire, id. De lui présenter son bréviaire. Maître adam. Un curé, que le saint bréviaire^ etc. désaugiers.

Je ne connais que Le Franc de Pompignan [Voyage de Languedoc) qui ait fait la diérèse :

Ce fut, je crois,^ son bréviaire Qui causa sa désertion.

Cette prononciation semble plus douce.

2° Nous avons dit que le mot biais était généralement disyllabe , et quelquefois monosyllabe. Au xvi' siècle on ne le trouve que disyllabe :

Par leur descente en biais vagabonde, ronsard. Et tranche de biais tout le ciel arrondi, baïk. L'Âlpe, do la main gauche, en biais s^espandant. régnier.

Et pour les voir plus à son aise,

H tourne, il côtoie, il biaise, richbr. Ht vous deviez chercher quelque biais plus doux. mol. Il faut voir maintenant quel biais ie prendrai... Pour tâcher de trouver un biais salutaire... Et du 6tat3 qu'il faut vous prenez cette affaire, id. Je ne sais quel biais ils ont imaginé, racine*

Ailleurs , cependant , Molière n*a donné qu'une syllabe au

QUANTITÉ STLLABIQUE. 287

même mot, et cette quantité est plus confiDime à la prononciation actuelle :

Voyons, voyons un peu par quel biais^ de quel air Vous voulez soutenir un mensonge si clair. (Misanûir., V, 3.) Par Apollon savant joueur de poche', Je fais serment qu'avez jugé de biais, m-** dbshoulièabs.

S"" Le mot niais est toujours disyllabe :

Débousez* les pauvres niais, villon.

Et n*y ait si sot, ne si lourd ,

Si niais ne si mal bâti, coqoillart.

En voyant sa grâce niaise,

On n'étoit pas moins gai ni aise, harot.

Et je chante ml, fa, sol, la.

Et je fais ici du niais, saint-gblais.

Des niais, sans prier, je me mets â la place, régnier.

Ainsi, plus mats qu'un oison,

Je me vois dans une maison, racan.

Quelques oiseaux niais admirent le hibou*.

D'où vient cet animal si beau,

De quel pays, de quel troupeau?

Et fait ainsi de la niaise, richbr.

C'est donc à tort que La Fontaine n'a donné que trois syllabes au verbe déniaiser.

Un. — V Primitivement le mot viande était de trois syllabes. Telle est la règle donnée par Fart poétique provençal déjà cité ; Tétymologie est d'ailleurs un mot latin de trois sy 1 labes , vivenda (d'où le mot viande signifia d'abord vivres).

Puis orent tant viande, tuit sont assaaiés. oaothibr. Un borgeois riche, de viande garni, (oarin.) Qu'onc de viande ne goustèrent. bbnoist. Les nefs, le forment, la viande, (srut.) Et ce siècle moult précieux N'étoit pas si délicieux Ne de robes ne de viandes, (roman de la rose.;

Page 1