‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 125 sur 243 · I. Même encore dans Ronsard · texte numérisé non relu

I. Même encore dans Ronsard

Obstinés, aveuglés : ainsi le peuple hébrieu M'avoit point de créance aux prophètes de Dieu.

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comme on le sait , du latin hedera : c'est un des mots dans lesquels l'article s'est incorporé avec le nom , comme lendemain, et quelques autres. Hedera, accentué sur la première, sonnait à peu près comme hèdre. Les Italiens disent encore edera, et par syncope poétique edra. Au premier e du latin nous avons ajouté un i, comme il est arrivé très-souvent : ainsi hier de heri, ital. ieri; hièble de ebulwn. Le d a été rejeté par une tendance assez commune : ainsi père vient de pater, ital. padre. Le mot Pierre a été formé d'après la même loi que Vierre : un i a été ajouté , et la dentale a disparu iPe* trus, ital. Pietro, espagn. Pedro).

2^ Pendant très-longtemps , ier, dans les noms et les adjectifs , fut une terminaison monosyllabique , et Ton ne ditioguait point le cas où elle se trouvait précédée de deux consonnes dont la seconde était une liquide. Ion r. Ainsi Ton scandait meur^trier et non meurtri^er, bcthclier et non bùucli-^. Sx. :

Puis sont montés sur leurs corans de$trers*, (roland.) Dur sontli colps, et 11 calpes' est grefs, (id.) Thiérl séoit sur un destrier de prix, (gauin.) De plaine terre saute, ne s'y prist à êstrter. (alexandub.) D'amour par qui amans vivent en ^V Prison. (lo.) Ma mère fut ouvrière; née fut vers Aussai. (aKaTU.) A leur dommage ont-ils les biens à ces Templiers, (iubinal)

Maçons et couvreurs eipMtriers. (m.)

Ains va les lévriers appeler, (m^on.)

S'en va bruiant par la bruière,

£q feu, en vent et en poudrière, (id.)

Mais le grief mal que c'est d'attendre. Alain OflAâtiBa.

Et sont si subtiles ouvrières^

Qu'elles entrent sans porte ouvrir, mabtim lbfaang.

Dès janvier et fehvrier mourront, msschinot.

Cette quantité syllabique se conserva pendant tout le XVI* siècle :

i. Ce texte supprime toi^oan Tt'i oomine smà dut» éHevaler, dener^ gref, etc. Destrier ne fait aussi que deux syllabes en italleih 3. Calpe, coup d*épéc.

Là les templiers font leurs processions, lk mairk.

L'an vingt et sept, février le froidureux. marot.

Là ménestriers ne sonnèrent aubades...

J'en crois tous les arbalesiriers. (lo.) Je veux soigneusement le coudrier arroser, ronsard.

Bas à tes pieds la meurtrière massue... Enferrer un sanglier de défenses armé... Vous me laissez tout seul en un tourment si grief, id. En voyant ce baudrier, en son cœur pensera, baïf. Ainsi chante Vouvrier en faisant son ouvrage, du bellay. Mais réchauffé destrier s'embride flèrement. du bartas. Tenant le fer tout nu dans sa dextre meuririà-e, desportks.

Moi le templier, et elle la prêtresse, do perron.

Qui perd son cours es prochaines /ondrières. ptbrac.

Nous la retrouvons au commencement et pendant une partie du xvii* siècle :

Le meurtrier que la peur bourrelle incessamment, théoph. C'est avec ce bouclier qu'il falloit se défendre, mairbt. Il sollicite les étoiles De prendre le vin de Vétrier. maynard.

C'est Corneille qui a fixé sur ce point la véritable quantité. Il avait déjà osé l'introduire dans le Cid. L'Académie lui en fit un reproche :

Il est juste, grand roi, qu'un meurtrier périsse.

«< Ce mot de meurtrier, qu'il répète souvent , le faisant de trois syllabes, n'est que de deux. » Voltaire répond : « Meurtrier, sanglier, etc., sont de trois syllabes. Ce serait une contraction très-vicieuse , et prononcer sangler, meurtrer, que de réduire ces trois syllabes distinctes en deux. »

Corneille a encore mis ailleurs :

Ne le recevez point en meurtrier d'un frère... Jamais un meurtrier en fît-il son refuge?... De tous les meurtriers te dirai-je les noms?

Avant lui, le mot ouvrier avait été fait de trois syllabes par quelques auteurs :

Dont mandèrent maçons vaiiians,

Bons ouvriers et biens sachans. (romancero.;

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Il n'est, parle vrai Dieu, jourouvner ni fêle, régnibr. Et /'ouvrier gravant l'image des humains, tbéoph.

Après le Cid, les poètes furent partagés entre Topinion de Corneille et celle de rAcadémle. Les uns suivirent Texemple du premier :

Un cruel sanglier eût terminé vos jours, th. corn. SurTor du 6ouciter de ses braves neveux, segrais. En forme d'un vieillard sous un peuplier verd... Comme un vieux sanglier écume de furie, id. L'âne, mauvais plaisant, railloit le sanglier. BENSBRAnK. Il charge encor Capot, qui perd les étriers, sarrasin.

Mais d'autres, et en particulier les poètes favoris ou courtisans de Richelieu , n'acceptèrent pas Tautorité de Corneille, et la synérèse continua d'avoir lieu pendant une trentaine d'années environ :

El le même howilier met ma tête à couvert, rotrou.

J'en connois le mewtrier, et j'attends son supplice, id.

Que même son howilier lui servoit de défense, du rtbr.

Le sanglier écumeux que le chasseur attend, lbmoinr.

Et cet ouvrier adroit qui toujours réussit, scudéry.

Parut dans son bouclier gravé si dextrement,

Qu'on n'eût pu sans Tourner cet ouvrage détruire, boisrobkrt.

Cependant un sanglier, monstre énorme et superbe, la font.

Que les ouvriers qui sont après son édifice, mol.

La diérèse f dans tous ces mots, est admise sans contestation depuis Boileau et Racine :

Ouvrier estimé dans quelque art nécessaire, boil.

Les Tyriens, jetant armes et boucliers, rac.

Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières..»

Les glaives meurtriers, les lances homicides, id.

Ne perdroit pas un coup de ses dénis meurtrières, mol.

Et ce m'est une double joie De le tenir de toi. Je vois deux lévriers, la font.

Même l'on dit que l'ouvrier

Eut à peine achevé l'ouvrage...

Selon son compte et son calendrier...

La plus griève des offenses,

C'est d'être ingrate : Dieu l'a dit. id.

Le mewrtrier d'un roi respire en ces étaU. volt. Armé d*un fer sanglant, couvert d'un boudiûr, id« Contre la fraude meurtrière De l'impie adroit et puissant, rouss.

S'expose à mettre un pied dans Vitrier.,, Lequel lui dit : Portez votre griefs Chez quelque sage et discrète personne, m.

Les auteurs didactiques qui furent témoins de la réforme l'approuvaient; mais de graves autorités laissaient encore quelque hésitation dans leur esprit. Ainsi , De Lacroix écrivait à la fin du xvu* siècle : « Les poètes font le plus souvent ter monosyllabe dans les noms de deux syllabes. Il y a pourtant quelques-uns de ces noms qui paraissent si rudes , en faisant ter d'une syllabe , qu'on a de la peine à les prononcer ; comme sont : meurtrier, sanglier, baudrier, ouvrier, etc. D est bon, dans ces rencontres, de consulter l'oreille : il n'est pas de meilleur juge de la prononciation et de la liaison des

mots tellement qu'on ne sauroit donner aucune raison

que grief ne doive être que d'une syllabe , ni ouvrier^ meur-- Mer, etc., que de deux. C'est, sans doute, pour cette raison qu'on a jugé mauvais ce vers de M. Racan : 0 nonpareil ouvrier des œuvres oonpareiUes 1

« Au contraire , on est très satisfait de ce vers de Corneille :

Mais le goût est bien diflérent De Vouvrier et de l'ouvrage. »

On s'étonne que Delille, dans la première édition de sa traduction des Géorgiques, ait mis encore : Livrer au fier sanglier un assaut courageux. Ce vers fut critiqué , et l'auteur retrancha Tépithète de fier, S"* Le mot quatrième est de quatre syllabes :

1. Ainsi que nous l*avons dit, Vi parasite a été supprimé dans une foule de mots en ié, ier, Brief a disparu , et n*a laissé que bref; conséquemment grief MraAi dû être cliangé en grêf, d*âutftnt pins que nous disons ^ever, et non griérer, Mais Yi ayanl été eowcné, grief d(M ftro dityUaiie.

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Dans racle quatrième.,, 0 Dieu, cher Amidor, J'entends quelqu'un venir pour nous troubler encor. dismarets. Et si quelqu'un de vous touche à la quatrième, etc. la fort. Le quatrième jour, cet augure est certain, dbullb.

On le faisait autrefois trisyllabe :

Le quatrième de juin, jour de la Trinité, i. marot. La sœur du roi a la tierce partie, Toi la quatrième. Or ils donnent leurs droits, marot. Des Muses la dixième et la qttatrième Grâce, ptsrac. A peine la quatrième lune Commence de faire son tour. malh.

El le quatrième jour, la nuit se rapprochant, lemoinb.

4*' Le mot chambrière est de quatre syllabes, suivant la règle moderne :

Il étoit une vieille ayant deux chambrièreê. la pont.

Il a également quatre syllabes dans les textes anciens ; ce qui semble contraire à l'analogie. La raison en est qu'on prononçait et qu'on écrivait chamberière, forme sous laquelle ce mot est plus voisin de sa racine latine cameraria, Ex. :

Sa chamberière appelle, ce li dit : ça, venez, (gautrikr.) Valet y faut et chamberière. (jubui al.) Or se prend à sa chamberière, (id.) Par jeunesse sa chamberière, (romax db la rosr.) Que la dame et la t^ambetière. coquillart. Ils endorment les chamberières, marot.

Peut-être même Régnier a-t-il encore écrit :

Qu'on me rioil au nez, et qu'une chamberière, etc.,

au lieu de chambrière^ que je lis dans les éditions.

5° Anciennement , comme aujourd'hui , la terminaison iez, dans les verbes, était en général monosyllabique. Il n'y avait pas d'exception pour le cas où elle était précédée de deux consonnes , comme dans mon-triez, sem-bliez, vou-driez.

Je citerai, sans remonter au delà du xvi* siècle :

Vous la prendriez, malgré tous ses gendarmes, j. marot. Comme voudriez vous-même être traitée, marot. Par quoi devriez, si vous étiez bien sage, etc. lo. Voudriez trouver à qui querelle prendre, sajnt-gblais.

Veuve maison, pleurer vous devriez bien, eonsard. Que vous ne voitdriez pas pour l'empire du monde, malh. Vous ôliez leur vive couleur, Et livriez de si belles choses A la merci de la douleur, lo.

Molière, dans ses premières pièces, a suivi ces exemples :

Elle n'est pas fort bonne, et vous devriez tâcher... Vous me voudriez encor payer pour précepteur... Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter, etc.

Mais Corneille, consultant mieux le jugement de roreille , avait établi la véritable quantité, et depuis Racine elle est restée invariable :

Vous estimez trop Rome, et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père. corn. J'ai cru qu'au sang vous r^tuinaz justice, th. corn. Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux. moi.. Eh quoi 1 vous voudriez, Valère, injustement... Ne voudriez-Mous point par vos belles sornettes, etc. in. Ahl mon fils, à ce prix voudriez-wous régner? racine. Comment souffriez-vous cet horrible partage? id. Vous yous plaindriez bien si j'en usois de même, pontknelle Vous perdriez le temps en discours superflus, id.

u On en excepte encore voudriez, perdriez, devriez^ dit De Lacroix , qui ont chacun trois syllabes. La remarque en est fort nouvelle , et je ne crois pas qu'elle soit encore généralement reçue : ce qui n'empêche pas qu'elle ne plaise , à cause que l'on trouve que iez, dans ces mots , a la prononciation plus conforme à l'oreille , en le faisant de deux syllabes, que lorsqu'on ne le fait que d'une, suivant la coutume. »

Quelques exemples , mal écrits dans des éditions modernes, pourraient faire croire que très-anciennement cette finale comptait pour deux syllabes. Mais il y avait intercalation d'un e muet y et l'on disait deveriez ', au lieu de devriez. Ex. :

Ne deveriez pour mil marcs d'or penser, (garin.) Ne deveriez Soissons mettre en oubli, (id.)

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