Complainte de Fr. Sagouin
SoAl ieé BêoaêUnê lavéM. (MioN.)
Qui vaillant plat* ni aouelk
N'eut oncques, n'un brin de persil, villon.
Déjà dans Crétin la synérèse a lieu :
Pot, plat, BseuêlU et corbiUon.
Duel est resté de deux syllabes, et ruelle de trois :
Un duel met les gens en mauvaise posture, mol. Benserade en tout lieu amuse les ruelles, boil.
Suède est trisyllabe dans cet exemple :
0 Suède, à Mosoow, Pologne, Autriche, hélas 1
Quels changemens, premier que vous en soyez las 1 d'aibionk.
et disyllabe dans cet autre :
Toi que la StUdeen vain désire, gresset.
Ui. — 1* L'infinitif /îiï'r, qu'on écrivait aussi /ot> (prononcé fotr), fouir ^ et plus tard/wyr, était anciennement de deux syllabes :
Et, pour plus tôt/u't'r ^ se priât à se courcier. (bërtue.) Que vous dit Nicolas? s'en voira il fuir? (Alexandre.)
Parmi les champs véissieî gens /uVr. (gaAlV.) Cil ne savent que faire, ne savent où fiiir. (ttou.)
El maint fuir, et maint combattre, (brit.) Pour mort f\iir et esquiver, beroist.
Qu*il m*en convient fuir en eslrange contrée, (jcbinal.) Et je ne puis consuivir Le cerf qui si sait fuir, Thibaut.
Qui, pour/tij/r^ couroienl comme chats maigres, j. marot. Et a désir d*eu fuyr ie danger, uarot. Quand bien de mort pourrois fuyr rapproche, st. -gelais. Pour s*enfuyr long espace devant. hoa'SARD. Les oiseaux tout ravis demeuroient sans fuyr. desportes.
Cette diérèse se trouve encore dans Malherbe, et se con* serva pendant une partie du xvn* siècle :
i. Qui n'eut \aUlant ni plat...
2. Je mcLs le tréma pour farilitoi- la Ipcluro. — Se courcier, retrousser sa robe.
QUANTITÉ BYLLABIQUE. 315
Misérable qu'il est, se condamne lui^-mème A /tiyr el mourir, malii.
N'a point eu de meilleur remède Que de fuyr et se cacher, ib»
Pour fuyr un si beau danger Je n*ai pas une &me assez basse, lbstoilb. Nous ne saurions ^u|/r^ les rois courent partout, théoph. Je trouve beau le désert que j*habite, Et connois bien qu'il faut céder au temps, Fuyr réclat, et devenir ermite. lUYfiABD. Pour fuyrd*un grand roi la colère sanglante, gooeau. Comme du ciel serein on voit fuyr les nues. BëgAAis. Souvent je me résous de fuyr ses appas, gombaud.
Fuir est indiqué comme de deux syllabes dans la poétique de Sibilet. « Malherbe qui avoit Toreille bonne, dit Ménage, a toujours fait fuir de deux syllabes , et fuit d'une syllabe ; et en cela il a été suivi par plusieurs poètes célèbres, et approuvé par Yaugelas. »
» F'uir, dit La Harpe sur le vers de Maynrad , était alors de deux syllabes. L'oreille apprit depuis à n'en faire qu'une. » Mais il est bien probable qu'en faisant jadis la diérèse , on suivait également le conseil de l'oreille. C'est la prononciation qui a changé : elle est devenue plus rapide.
Rien de mieux établi maintenant que la quantité du mot fuir. Corneille paraît être le poëte qui l'a fixée :
Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd, cûiln. Tu peux bien fuir mes yeux, et ne me voir jamais, id. Vient des'mfuir, chargé de sa seule misère, bou.. El mes derniers regards ont vu fuir les Romains* rag. Et tout ce que je fais pour en fuir les rigueurs, mol. L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits, la pont.
Aux prétérits : je/uy5, j'ai/uj^^ les anciens comptaient deux syllabes :
Si compagnons en sont /uVi (BaûT.) Mais li reië fu vaincu, et ses Daûeia /Utronl. (hou.) Por ceo sommes a Vous fui, BBifOisr« Je m'en fuis jusqtteê à Rome. ( jUbinal.) Mais quand on dut le prendre, taiitdt s'en eéifu%> ( la.)
S'en fuirent à celle fois. ( romaii de la rose.) Puisque mon mal s'en est par vous foui, mesghinot. Tournent le dos, jusqu'à Bresce fuyrenL j. marot. Le Nil fuyt, effrayé du meschief, Au bout du monde, et retira son chief. marot. L'Ame en baisant qui s'en fuyt de moi. ronsard.
L'Académie reprochait encore à Corneille d'avoir fait monosyllabe le participe /mi .
Je ne puis te blâmer d'avoir fui l'infamie.
« Fui, disait-elle, est de deux syllabes. » Voltaire répond : •< Fui est d'une syllabe, comme lui, bruit, cuit. »
A la fin du xvii* siècle , De Lacroix rangeait encore les mots fuir, fui, parmi ceux dont l'usage n'est pas encore déclaré pour le nombre des syllabes, tant les autorités les plus légitimes ont de peine à se faire accepter.
Mais trente ans auparavant , Port-Royal avait fait cette judicieuse observation : « On demande si fuir à l'infinitif, et au prétérit j'at /tiy, est d'une ou de deux syllabes. Mais , quoi qu'il en soit pour la grammaire, les poètes ont raison de ne le faire que d'une syllabe , puisque l'oreille , qui est le meilleur juge de ces choses, n'en est point choquée; et qu'au contraire, elle le seroit extrêmement si on le faisoit de deux syllabes, et le vers deviendroit si languissant qu'il seroit impossible que ce mot si nécessaire entrât jamais dans la poésie. »
D'après Corneille, il y a diphthongue au prétérit, comme au présent de l'infinitif.
Quant aux autres temps : je fuis (au présent), je fuirai, fuyant, etc., la synérèse a toujours eu lieu :
Pour Dieu, vous pri que ne seiez fuiant, ( roland. ) S'il a bataille, il ne s'en fuira mie. (ib.) A un port dessurmer s'en est fuiant tourné, (rou.) Vous fuiez trop vilainement, (brut.) S^en fueient es fortelesces. benoist.
Autresi comme oisel s'enfuit devant faucon, huon de viij.en. En aucun grand désert m'en fuirai égarée. ( jubinal.) Pauvreté tous nous fuitei trace, villon. Ne me haïr, si je fuis mon contraire, marot.
En voyant le bateau qui s'enfuyait de moi. ronsard. Ainsi fuit la gloire du inonde, malh.
A plus forte raison les poètes postérieurs à Malherbe offrentlis cette quantité.
Il en est de même du substantif fuite, dont la bivocale a toujours fait une seule syllabe, et de l'adjectif /tetït/, qu'on trouve encore au commencement du xvi' siècle : fugitif est un mot de seconde formation et calqué sur le latin par les
savants :
Amena de Troie fuiiis. (brut.) Chassés, fuitis et essilliés. bbnoist.
Peureux, fuitifs, là et deçà piles, martin lefranc. Les fuitifsûe la ville n'y avoient laissé rien, j marot.
2*" Juif a été longtemps disyllabe :
Le Juif et Fenfant allèrent en Téglise. ( jubinal. ) Une Juive avoit en icelle assemblée, ccvglier. Lors des Juifs environné, guillevillk.
Et les Juifs indignés
Demeurent fols obstinés, alain ciiartier. Adone allez sus les /ut/s. christi.nf..
Bien montrez au Juifs infâmes Remplis d'opprobres et diffames, etc. crétin.
Mais, malgré ce dernier exemple, on doit noter qu'au XV* siècle , Juif était monosyllabe * :
Il eut jadis un Juif en France :
Au roi avoit grant accointance. (jlbinal.)
Plus animés à faire leur emprise
Que Juifs à faire en Jésus-Christ leur prise, j. marot.
Or les corbeaux sont les Juifs eiilés. marot.
Sibilet range ce mot parmi les monosyllabes , et blâme les poètes qui lui donnent l'autre quantité. 3" II y a synérèse dans les mots juin et juillet :
Le premier jour de juin, qui fut le lendemain, s. marot.
Mon septembre est plus chaud que mon jutn de fortune', ronsard.
4. Villon a employé celte quantité dans un vers qu'il n'est pas permis de citer.
i. Par haaard, iMir cxiraordinaii'c?»
Au mois de juin! Pour moi, j'étoi^ si IransporU). boil.
Juillet lui fait sembler février, butbbbut.
En mois d'aoust et ôe juillet (iubimal.) Faisant par leurs rayons un juillet dans les cœurs, dpsportes.
Il en est de même de pituite :
Qui décentre une natte étudiant, arrachent Mélancoliquement la pituite qu'il crachent, ronsamd.
Gravelle, goutte, toux, pituite
Âfiligentla caducité*.
4* Sibilet prescrit la diérèse dans circu-it. C'est toujours d*après Marot qu'il établit ses préceptes :
Faisant en Tair maints cirouyts et tours, maiot.
Et ctrctiys* le terrestre domaine, id.
Car sept vingts pieds avoit de circuyt, j. marot.
Mais ce mot ne doit faire que deux syllabes :
Peut de la périphrase éviter le circuit, hillsycte.
d"" Il y a eu de Tincertitude dans la quantité syllabique du mot Suisse. Voici d'anciens exemples de la synérèse :
Brettes, Suisses n*y savent guères, villon.
Les Suisses dansent leurs morisques. coquillart.
Mais alors même, et surtout au commencement du \\v siècle, les deux voyelles furent divisées :
Comme un hocqueton de Souisse. coquillart. On vit marcher Suysses en avant, i. marot. De trois mil combattans, Suysses, gens d'élite, marot. Qui vous émeut, Suysses, Venir contre la loi Et branler droit vos piques Contre un si noble roi'?
Corps d'Espagnole, cl ventre de Sou/^'^^^ rabklais.
On revint bientôt à la diphthongue; car on voit dans une cpitre attribuée à Marot, laquelle est du moins de son époque :
i. Anonyme cité par Mourgues.