‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 138 sur 243 · Du roman d'imtt et Amile, % Avec, 3. Eut · texte numérisé non relu

Du roman d'imtt et Amile, % Avec, 3. Eut

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La question de cette muette élidée à la césure se discutait encore du temps d'Estienne Pasquier. « Quelques-uns ont estimé , dit-il , que ces hémistiches ou demi- vers estoient de pareille nature que la fin du vers , et que , quand ils se terminoient par 1'^ féminin , il ne falloit point craindre de les faire suivre d'une consonnante, comme si cest e se fust mangé de soy-mesme, tout ainsi qu'en la fin du vers. Posons, par exemple, au vers héroïque :

Si de mon âme quelque pitié avez.

» ou en l'alexandrin :

Si mon âme jalouse vers tous les vents se tourne

« qui est un vice. Car il feut, pour rendre le vers accomply , que Ye féminin soit embrassé par une voyelle suivante. Parquoy je diray ;

Si de mon âme avez quelque pitié.

Si mon âme jalouse à tous les vents se tourne.

« Et de cecy la raison est , d'autant que Ye féminin , fermé dedans le corps du vers, suivy d'une consonnante, fait une syllabe entière. Nous appelons cette césure , qui tombe en Ye féminin, la coupe féminine. »

La règle de la coupe féminine fit beaucoup de bruit au commencement du xvi* siècle. Un poète qui avait un bon sentiment de rharmonie, Jean Lemaire, pensa que cette syllabe surabondante de la césure ne devait pas être tolérée dans les vers , et il établit la règle qui l'interdisait. D vit bien que le cas était le même pour le grand vers que pour le vers de dix syllabes; mais comme l'alexandrin était alors fort peu en usage, la réforme sembla n'intéresser que le décasyllabe.

Dans le principe , Clément Marot n'observait pas la coupe féminine. Voici des exemples qu'on trouve dans une traduction de la première églogue de Virgile , ouvrage de sa jeunesse :

0 Mélibie, je vis ce jeune enfant...

Et des ruines fort je m'étonnerai...

0 Mâibée, plante arbres à la ligne...

D'un lieu lointain mène ci mes chevrettes, Aocompagnéês d'agneaux et brebiettes.

Il se corrigea sur ce point, grâce aux leçons d'un maître dont il reconnaît en ces termes les bons conseils. « Mais Fado- « lescencc (c'est-à-dire les écrits de sa jeunesse) ira de- « vant, et la commencerons par la première églogue des Bu- « coliques virgilianes , translatées certes en grande jeunesse , « comme vous devrez en plusieurs sortes cognoistre , mesmea ment par les coupes féminines, lesquelles je n'observois en- H core alors : dont Jean Le Maire de Belges, en me les appre- M nant , me reprit. »

Dans la suite, ce poëte ne fit presque jamais la même faute. Elle lui est cependant échappée en quelques endroits :

Et ne voulut permettre cette injure

Etre vengée, combien qu'elle fût grande...

Qui jà sont tant abattus et débiles

Qu*à leur goût treuvent bonnes viandes fades.

Sibilet parle nécessairement de la coupe fétninine, et il pose avec raison la même règle pour les vers de douze syllabes quep ur ceux de dix. « Cette coupe, dit-il, non observée des anciens, ni de Marot en son jeune âge, comme il l'avertit lui-même dans une épistre liminaire imprimée devant ses œuvres , toutefois est aujourd'hui gardée inviolablement par tous les bons poètes de ce temps. »

Voici un dizain ^ par lequel l'auteur, Jehan Dupré , s excuse de ce que n'a pas toujours observé la synalèphe es coupes féminines :

En plusieurs lieux la coupe féminine

Ai observée en la synalimphant*.

Autrefois non : François plein de doctrine

L'ont en haut prix ; Tboloose la défend ,

Disant raison que synalèphe offend

Le son du vers, vu qu'il faut qu'on repose

Sur le milieu ; or ce ressemble prose

Quand en la coupe on mange la voyelle.

Sous le vouloir de tous deux me dispose,

A tous adhère, et ne veux point querelle.

1. Tiré d'an ouyrage Intitulé : le Palais des nobles dames, écrit vers ISSô. %4 En faisant la synalèphe w Féli»lon«

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