‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 151 sur 243 · V0TB · texte numérisé non relu

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cette prononoiaiion dans signet (aiaet). De là une foule do rimes qui sont fausses maintenant :

Dans Christine de Pisan : digm et mine;

Dans Coquillart : signe et capeline, bénigne et féminine, lignes et matines; dans Heschinot : désigne et racine; dans Crétin : dignes et dines; dans I. Marot : signe avec les différents mots origine, mine, incline, discipline, domine, et cygnes avec poupines;

Dans Cl. Marot : bénigne et cuisine, résigne et détermine, insigne et buccine, indigne et incline, digne et ruine, signe et s'enracine, signe et médecine, signes et voisines, règne et cf^ne.

Les puérils jeux de mots de Crétin ont i<À de l'intérêt : Sur ce papier posez TOtre signet (sioet)... En beau françois, apparent et si net...

Ronsard fait encore rimer cygne avec Jaqueline.

Rime pour l'oreillb. — Le principe qui demande la rime pour l'oreille n'est combattu par personne. On a vu que Voltaire le proclame en plusieurs passages ; nous emprunterons encore ses paroles :

« II est indubitable que la rime n'a été inventée que pour l'oreille... On fait rimer abhorre, qui a deux rr^ avec encore, qui n'en a qu'une ; par la même raison terre peut rimer à père. — Tonnerre, ferre. On voit là ce misérable esclavage de la rime : ce tonnerre n'est mis que pour rimer à terre. On s'est imaginé, grâce à ces malheureuses rimes, si souvent rebattues, qu'il n'y avait que tonnerre et guerre qui pussent rimer à terre, à cause des deux r qui se trouvent dans ces mots : on n'a pas fait réflexion que cette double r ne se prononce pas. Abhorre, qui a deux r, rime bien avec adore et Aonore, qui n'en ont qu'une. L'usage fait tout ; mais c'est un usage bien condamnable de se donner des entraves si ridicules. La rime est faite pour l'oreille; on prononce terre, comme père, mère; et, puisque abhorre rime avec adore, terre doit rimer diyec père. » — Enfin , dans le Dictionnaire philosophique. Voltaire dit encore : « Nous avons toujours été

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persuadés qu*il fallait rimer pour les oreilles » non pour les yeux. »

C'est l'opinion de tous les critiques. Nous la trouvons exprimée par La Harpe : « Je ne reprocherai point à l'auteur (Racine) la rime de Jîers et de foyers i rien n'était plus facile que de mettre ces conquérans altiers. Mais l'exemple de Ra-* cine et de Boileau, les deux meilleurs versificateurs français , prouve qu'alors il était de principe qu'une rime exacte pour les yeux était suffisante. Voltaire, qui d'ailleurs rime bien moins richement que ces deux poètes, est pourtant celui qui a insisté le premier sur la nécessité de rimer principalement pour l'oreille. Il a eu raison : c'est une obligation que nous lui avons , et qu'auraient dû reconnaître ceux qui lui ont reproché avec justice de rimer trop négligemment. ^

Mais cet ancien principe n'a pas toujours prévalu. Au xvr siècle encore, la rime jouissait d'une assez grande liberté, que la raison autorise. A part quelques rimes devenues fausses par le changement de la prononciation , et que nous venons de signaler, on peut dire que Marot , Ronsard et son école rimaient à peu près comme on rime aujourd'hui , et avaient égard à la similitude des sons plutôt qu'à celle de l'orthographe. Leur exemple était érigé en doctrine par les auteurs de poétiques. Sibilet approuve dans Marot les rimes suivantes : démets eijantais^Jlsses et sacrifices j peux et bcntfs, grâce et grasse, ceinte et sainte, champs et chants, fois et doigts, tt et autres tels , ajoute-t-il , plus soutenus par le son « de l'oreille (que je te dis encore estre le principal du collège « de la rime) que rejetés par l'orthogri^be , qui n'est que le a ministre du son. »>

J'ai déjà cité plusieurs fois un poëme fort curieux de la fin du xv« siècle, l'An des sept dames. Cet ouvrage, dont l'impression gothique est très-incorrecte, offre un long errata qui contient d'utiles renseignements sur la question qui nous occupe ; l'auteur s'insurge bien souvent contre l'autorité des clercs, qui exigeaient pour la rime la similitude des lettres. Ainsi, ayant fait rimer molle hvec parole, il dit en note : « Je fay différence entre la rime olle et de oie ; toutefois le son se

ressemble tant, que qui n*eir feroit point de diffi^'ence, je ne l'oseroye reprendre ; mais je l*ay fait pour monstrer aux clercs que je le savoye bien. » Il revient souvent sur ce point, et justifie également par la prononciation les rimes suivantes : palais et exprès, maistre et estre, àme et femme,, retraite ti fillette, etc.

Il faut Tavouer : le grand réformateur de la versification française, Malherbe a trop restreint les règles de la rime, que ses devanciers avaient mieux comprise, et son influence, sa* lutaire sous tant d'autres rapports , n*a pas été heureuse sous celui-ci. « Malherbe, dit M. Sainte-Beuve S ne s'est pas abstenu de l'excès. Oubliant que la rime relève de l'oreille plutôt que des yeux , et qu'il est même piquant quelquefois de rencontrer deux sons parfaitement semblables sous une orthographe diCTérente, il blâmait les rimes Ae puissance et innocence, de conquérant et apparent, de grand et prend, de progrès et attraits. »

C'est sur lui que tombe le reproche exprimé par Voltaire, de n'avoir laissé au mot terre que les deux rimes guerre et tonnerre, tandis qu'on trouvait une variété bien lé^time en acceptant la rime de solitaire et autres mots analogues. Mademoiselle de Gournay' plaide avec un grand sens la cause des élèves de Ronsard contre les règles tyranniques du réformateur : « Ils(Bertaut et Du Perron) riment partout chair et cher, sans faire de difTérence de cet a et de cet «, ni de diphthongue à voyelle. Us employent sous cette même considération , non point une fois ni deux fois , mais partout et toujours, ces couples et leurs pareilles, impatience eii puissance, serpens et rampons, amans et serm/ens, et riment enfin tout ce que la prononciation de Paris et de la cour fait tomber en cadence uniforme, sans s'informer, à la façon des nouveaux poètes , ou pour le moins de la plupart d'entre eux , si les externes savent bien prononcer ou non les accouplages de

I. Tableau hitiorique et critique de la poésie française au xti* tiècle, p. 1&5.

% Salnte-Beuye, I. eiU

RIHE. 381

l'a contre Ye. >• Voici maintenant les reproches qu'elle adresse à la nouvelle école : « Une partie de ces mêmes écrivains est si sucrée jusques ici, que d'avoir refusé à rimer action contre pension, passion et leur suite, à rimer encore Vdtne et le blasmê contre Ib. flamme.,,. Veut-on rien de plus plaisant? Veut-on mieux défendre de poétiser en commandant de rimer? Car comment seroit-il possible que la poésie volast au ciel , son but , avec telle rognure d'ailes , et qui plus est , éclopement et brisement?... Faut^il pas dire aussi qu'ils ont, non bonne oreille, mais bonne vue, pour rimer; dont il arrive qu'il nous faille un de ces matins à notre tour écrire des talons et danser des ongles? >

Les règles méticuleuses de Malherbe ont été un peu élargies; mais notre poésies encore, sur ce point, conservé bien des entraves que la raison ne justifie pas.

<« La rime doit être sensible à l'oreille , dit Marmontel ; mais ce n'est point assez : on veut aussi qu'elle frappe les yeux. Pourquoi? pour la rendre plus difficile, et pour ajouter au plaisir que fait la solution de ce petit problème. Je n'en vois pas (F autre raison : c'est un défi donné aux versificateurs. Afin donc que les vers riment aux yeux en même temps qu'à l'oreille , on veut que les deux finales présentent les mômes caractères, ou des caractères équivalons : par exemple , sultan ne rime point avec instant ; instant et attend riment ensemble. » L'explication donnée par Marmontel, et il n'y en a guère d'autre à donner, n'est-elle pas une critique de notre système de versification à cet égard?

Si la logique avait présidé à l'établissement des règles de la rime , toutes les consonnances que l'oreille aurait déclarées pareilles, quelle que fût leur orthographe, auraient pu être associées. Ainsi l'on aurait admis les rimes suivantes :

l"" Tourment, sermens; dard, étendards; raison, saisons.

2^ Us sentent, puissante; tu chantes, touchante; il courait, ils espéraient; il aima, il animdt; tu viendras, il voudra.

3" Berger, changé, vous obligez.

4* Long, vallon; mort, remords; endormi, permis; tyran, rang, apparent; cour, accourt, discours; ver, vers, ouvert.

5^ Mélodieux et somptueux ^ loué et tué. Les règles de notre versification n'exigent pas la rime de deux syllabes, et cette double rime serait fatigante si on la prodiguait. Pourquoi faire ici une exception , et demander une rime disyllabique pour quelques terminaisons : mélodieux et envieux, somptueux et vertueux^ loué et déjoué, habitué et tué?

Vous alarmez rime d'ancienne date avec aimés, mais remarquons bien que, si cette rime a été conservée par Malherbe, c'est uniquement parce qu'on écrivait au participe aimez, en sorte que les yeux n'avaient pas à réclamer.

Au XV' et au xvr siècle , on ajoutait au mot besoing {biso» gno) sa lettre étymologique, qu'on voit encore dans besogne. Pareillement on écrivait soing, comme soigner, toing(i\x latin longé). £x. :

Telle monnoi* doit être forte,

Et durer beaucoup au besoing;

Car ainsi qu'elle se comporte,

fille est forgée à double coing*.

Il ne faut point avoir de soing

Dont leur peut cet argent venir :

Puisqu'il vient de près ou de loing,

C'est le plus fort que d'y fournir, coquillart.

Alors ces mots rimaient avec poing. Aujourd'hui qu'on écrit soin, besoin\ la même rime est devenue vicieuse , bien qu'aucun changement n'ait eu lieu pour l'oreille :

C'est nourrir son amour de respect et de soing, Je suis las de servir le chapeau sur le poin^. régnieb. Des héros dont le premier soin Fut de se battre à coups de pom^. volt.

L'adverbe loing {longé) a perdu son g final ; et par une de ces bizarreries dont toutes les langues sont remplies, l'adjectif

i. Dans Mahomety Voltaire a fait rimer audacieux a?ec incesiueitx. D'après la règle, cette rime est négligée, mais la raison la Justifie.

S. Nous écrlTons coin; mais coing était dans l'analogie {cuneus, coigner, cogner).

3. C'est Hamus qui a particulièrement demandé la suppression du g final qui ne sonne point*

RIHB. 383

long (longtis) a conservé le sien. D'où il résulte que long ne rime pas avec Apollon, du moins au jugement des yeux, lequel a prévalu.

On objectera peutrétre que les lettres finales de rang, sang, long, se prononcent dans certains cas : rang illmtre, sang humain^ long espace; mais <U3tte prononciation n'est jamais applicable au cas où ces mots sont placés à la rime ; alors ils sont nécessairement soustraits à toute liaison.

Nous avons dit que dans le genre simple on pouvait écrire pié, au lieu de pied, et qu'alors ce mot rimait avec ié. Nous n'approuvons pas cette altération de l'orthographe, car le moi pied a besoin de sa finale quand il est suivi d'un mot au-quel il doit s'unir : pied à terre, armé de pied en cap ; nous aimons mieux que l'on conserve la même licence, tout en écrivant |)ted.

Les poètes jouissent d'un privilège analogue : ils peuvent écrire le soupé^ le déjeuné, le diné, et l'Académie a autorisé cette seconde orthographe :

L'embarras des chasseurs succède au d^euné;

Chacun s'anime et se prépare :

Les trompes et les cors font un tel tintamarre,

Que le bonhomme est étonné, la Foi<rr.

Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé, Devoit, le lendemain, être d'un grand soupe, ip.

Et toujours ample déjeuné

Des lauriers de Melpoméné. nouss.

De même, Voltaire a fait rimer trompé avec un soupe.

Je voudrais que ces rimes eussent été permises sans altération d'orthographe. Je voudrais aussi que la même licence pût être appliquée à tous les cas analogues. Ainsi il y a parité entre les mots précédents et les mots lever, coucher, que cependant l'Académie ne permet pas d'écrire sans r ;

Parbleu je viens du Louvre, où Cléonte, au levé. Madame, a bien paru ridicule achevé, mol. Moi, pourvu que je puisse être au petit couché, Je n'ai point d'autre affoire où je sois attaché, m.

Les poètes du xvi* siècle n'auraient jamais osé faire rimer

bledsvec troublé, nud avec connu, nid avec infini; mais ils osaient la même chose en supprimant la consonne finale de bled, nud. L'usage a autorisé la suppression du d dans ces deux derniers cas; mais il ne l'a pas permise pour le mot nid, Ronsard fait rimer ny (au lieu de nid) avec infiny, et Baîf avec uny.

Le môme Ronsard écrit encore :

Au haut du front je ne sais quoy De creux À coucher tout le doy.

Au lieu de doigt. A ses yeux cette suppression de la con« sonne finale devait être une licence générale : il la formule dans son Art poétique, et permet d'écrire for, accor^ par, renar, ar, au lieu de fort, accort, etc. J'accepterai volontiers la licence, mais je blâme l'altération de l'orthographe.

Les réformes, ou plutôt les utopies que nous venons d'indiquer, permettraient de rimer plus richement; car vallon et long, accablé et troubler, témoin et moins, rimes prohibées, satisfont mieux l'oreille que vallon et son, accablé et aveuglé, témoins et soins, rimesjégulières.

Dans ce nouveau point de vue, on approuverait les rimes suivantes, qui se trouvent dans La Fontaine : artisan, s'oppo^ sant; talon, long; coup, cou; hiver, vert; encor, d'accord; puissant, sang; étang, instant; cour, court; échec ^ aspect.

Si nous donnions toutes ces facilités à la versification, d'un autre cdté nous lui imposerions de nouvelles entraves, et nous proscririons tout ce qui s'écarterait de notre principe fondamental et unique, la conformité du son dans les désinences, savoir :

V Les rimes d'une brève avec une longue : femme et âme, trace et grâce, aimable et accable, couronne et trône; colosse et grosse^;

2^ Les rimes masculines dans lesquelles l'un des deux mots

f . Cette rime est de La Fontaine. — Port-Royal avait déjà dit : c II faut éilter autant qu*on peut d*allier les rimes féminines qui ont la pénultième longue avec celles qui Tont )>rèye« •

RlME. 385

a un son plus ouvert que Tautre : je sais avec essais; lois, voix, droits, étroit, avec bois, noix, poids, trois;

3^ Les rimes d'une seule lettre, et en général toutes celles qui, ne comprenant pas l'articulation, ne présentent qu'une relation imparfaite ;

4** Les rimes de voyelles avec des diphthongues : diable, respectable; première, père; poursuivre, vivre;

5*" Les rimes qui contiennent d'une part une s sonore et de l'autre une 5 muette : Tittis, vertus; Minos, repos; Paris, prix; Calchas, pas. Les mots où Vs finale se prononce ne riment bien qu'avec leurs analogues, comme dans Boileau Latinus avec Tumus; et encore cette rime a l'inconvénient de paraître une rime féminine. C'est ce que Voltaire a fait ressortir par une singulière licence. Il voulait mettre à la fin d'un vers le nom de d'Argens; il pouvait, suivant l'usage, le faire rimer avec indulgens, diligens; mais il a craint que ce rapprochement ne fit altérer la véritable prononciation du nom propre ; et comme il y voyait effectivement une rime féminine, il a écrit d'Argence, ainsi qu'on prononce :

Qu'il est beau, généreux d'Argence, Qu'il est digne de ton grand cœur De venger la faible innocence Des traits du calomniateur I

Il est malheureux que les règles de notre versification ne lui aient pas permis d'écrire d'Argens même dans ce cas, et qu'il ait dû faire une faute d'orthographe pour satisfaire la raison.

Les facilités et les difficultés introduites par ce nouveau système dans la versification française se balanceraient, et l'on voit que nous cherchons le plaisir du lecteur plutôt que la commodité de l'écrivain.

La critique demandera vainement ces améliorations, qu'un poète de génie emporterait sans peine. En attendant, nous conseillerons de respecter les règles reçues, mais en tant qu'elles ne choquent pas le jugement de l'oreille. Nous avons indiqué plusieurs points sur lesquels les règles sont trop relâchées : on fera bien alors d'être plus sévère qu'elles.

38è NOîËd.

Feu Emile Debréaux, jeune t)oête qui à eu l'honneur d'être chanté par Bérànger, A publié tiU Dictionnaire des ftimes, précédé d'un petit Traité de Versiflcation. Après avoir exposé les règles qui régissent la rime, il ajoute : « Elles ne hoiis paraissent pas toutes également utiles; et si nous ne craignions pas d'être traités d'innovateurs brouillons, nous dirions presque que les couplets suivants paraissent bien rinlés :

Plus d'un aveugle, au sommet du Parnasse,

Fit retentir de sublimes accords.

On peut citer, parmi ceux qui s'y placent^

Milton, Homère, et puis d'autres enéor.

Que font aux sourds les accents que soupirent

Les favoris des immortelles sœurs?

Juge éclairé des enfants de la lyre,

L*oreiIle seule en connaît la valeur.

Revenons donc à la simple nature ; Que chaque sens jouisse de ses droits : Consultons l'œil, s'il s'agit de peinture ; L'oreille est là pour entendre la voix. Qu'une orthographe empirique et bizarrô Sous trente aspects nous peigne un même son, Si pour l'oreille il n'a rien de barbare. Je veux l'admettre en mes humbles chansonè.

« Ces couplets, qui sont incorrects à Vœil, sont certainement plus réguliers pout roreille que le suivàttt, qui certes est rich^n^t rimé à fceil :

On voudrait que je répétasse.

Pour obtenir un bon billet ;

Alors, on remplirait ma tasse

D'un vin plus sucré qu* aigrelet.

Mais, qu'on m'approuve ou me contrôle.

J'ai mis tous mes livres en tas^

Et j'aime mieux, sur ma parole,

Les livres que tu m'apportas. »

U est difficile de faire avec plus d'esprit une critique plus fbndéé; mais Debreaux n'avait pas l'autorité suffisante pour faire accepter une pareille réforme, qui d'ailleurs « lorsque notf e poésie a produit ses chefs-d'œuvre , ne parait pas désirable.

HiATu». 387

KOtE 4 (page 63).

Si Malherbe a imposé à notre versification la règle de TAtatus, il est juste de dire que cette réforme avait été préparée par ses devanciers. Fréquent dans les anciens poètes , l'hiatus devient beaucoup plus rare au commencement du xvi* siècle. L*oreille est consultée , et Marot l'évite quand il serait trop rude.

Sans remonter bien haut, nous emprunterons nos exemples d'hiatus aux poètes qui précédèrent immédiatement Malherbe» à ses contemporains et à ses successeurs :

Fleuves et fleurs et bois tu enchantois. ronsaad.

Nymphe qui ait si folâtres cheveux...

Et à Tenvi la terre où elle passe...

ACcourcit, et allonge et enlace le corps... Moi un second Orphée, et elle une Eurydice, id. Si de rhonneur mondain tu as quelque souci, du bellât. Ils vous adoreront, et en chaque province Serez tenu pour dieu, et non pas pour un prince, id. 0 toi, le*roi des rois, la très-sainte pensée Du père souverain, par qui est dispensée La nature, et de qui elle a tout son avoir, baïp. Les Romains on redoute, et n'y a si grand roi Qui au cœur ne frémisseï oyant parler de moi. Gàaifua. i S'essayèrent de l'arc d un but limité, desportes. Mais ^t à l'homme ingrat fait quelque bénéfice... Tu as beau découvrir ta lumière empruntée, id. À Yanves j'arrivai^ où suivant maint discours. régNibb. Et va comme un banquier en carrosse et en housse... D*où es-tu? qui es-tu? Quelle est ta nourriture? id. Je te hais, si tu es ennemi de mon aise, théoph. C'est ce qui fait honneur au ciel et à la terre, id.

Ici, comme en plusieurs autres points, Malherbe suivit les tradances de son siècle , et proscrivit par une loi générale la reocontre des voyelles , que Técole de Ronsard s'interdisait déjà, mais seulement dans le cas où elle offensait Toreilla.

Voici le précepte que Ronsard a consigné dans son Art poétique : <t Tu éviteras, autant que la contrainte de ton vers le permettra , les rencontres de voyelles et diphthongues qui ne se mangent point; car telles concurrences des voyelles sans estre élidées font les vers merveilleusement rudes en notre langue, bien que les Grecs sont coustumiers de ce faire, comme par élégance. Exemple : vostre beauté a envoyé amour. Ce vers icy te servira de patron pour te garder de ne tomber en telle aspérité, qui écrase plustot Taureille que ne luy donne plaisir. »

Dans plusieurs passages de sa Correspondance, Voltaire réclame contre la règle trop rigoureuse de Thiatus :

(t Les hiatus sont sans doute un défaut en général; mais il y a des hiatus à chaque moment au milieu des mots, et ces hiatus ne choquent point. Croit-on qu'ilia (intestins) soit piQs choquant qu*t7 y a dans notre langue ?. . .

et II me semble qu'au mot hiatus ou bâillement on pourrait faire à ce sujet un article plein de goût. Notre poésie même parait ridicule sur ce point. On rejette : Pai vu mon père immolé à mes yeux , et on admet : J*ai vu ma mère immolée à mes yeux, quoique Thiatus du deuxième soit beaucoup plus rude Ml a Antoine en aversion , n'est pas proprement le concours de deux a, parce que an est une voyelle nasale , trèsdifférente de a...

ce Je fais une grande dififérence entre le concours dés voyelles et le heurtement des voyelles. Il y a longtemps que je vous aime : cet il y a est fort doux ; il alla à Arles, est un heurtement affreux.

« Nous avons voyelle qui entre et voyelle qui n'entre point. Je dirai hardiment dans une comédie de bas comique : Il y a plus d*un mois que je ne vous ai vu.

•( J'avoue qu'il y a un peu d'arbitraire dans mon euphonie : chacun a l'oreille faite comme il peut...

I. On peut douter, comme le faisait d'Âlembert, que ce second hiatus soit beaucoup plw rude que le premier, mais l'on avouera qu'il est à peu près aussi rude.

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