‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 156 sur 243 · I. Eut... eurent · texte numérisé non relu

I. Eut... eurent

!• n perU de la lerpe.

2"* Pendant longtemps, les adjectifs qui en latin avaient le féminin semblable au masculin suivirent la même règle en français. Ainsi de grandis on avait fait grant ou grand pour les deux genres : un grant homme, une grant femme, de grans douleurs. Plus tard ces adjectifs prirent le signe du féminin , d'après un principe général de notre langue ; mais pendant quelque temps encore l'ancien usage subsista concurremment.

Au XVI' siècle les deux manières sont employées, à la volonté du poëte. L'accord étant le cas le plus rare dans Marot, j'en citerai deux exemples :

Et quand en l'eau vit ses cornes nouvelles,

Eut grande peur.

Veuille d'Io finablement finir

La grande peine.

L'ancienne règle a persisté jusqu'à nos jours dans quelques locutions : fat grand'peur, à grand'peine, c'est grand'pitié, la grand'mère, la grand' salle, etc. On a critiqué cette apostrophe, dont l'introduction ne remonte guère qu'au xvr siècle; mais comme la règle primitive a totalement disparu de notre syntaxe, grand mère sans apostrophe serait un archaïsme inintelligible.

Voici d'anciens exemples :

Contre midi ténèbres i a grans, (roland.)

Assez ot grant terre et grant rente. ( muT.) Les grans cités, les forts châteaux, benoist.

Us sont innombrables. Passons aux temps plus modernes :

Soient mes deux bras ruisseaux où eau s'épand,

Et ma poitrine une mer haute et grand, maeot. Cessez vos grans audaces, m.

Du pasteur Phélippot s'élever la grand* tour. noNSARD. Le fier Napolitain pour sa grand' vanilé. ou bellay. Les grandes pointes de feu, les poutres flamboyantes, baïf. Durant les grand's chaleurs j'ai vu cent mille fois, dbsportes.

L'âpre chaleur d'une ^ancT flamme éprise, rabelais.

Voire moitié, voire la plus grand* part, la roirr. Le bal et la grand* bande, à savoir deux musettes, mol.

Voici d'autres adjectifs soumis à la même r^gle :

Fùn batailles et grans mêlées, behoist.

Tant étoit fort celle tempête, f BauT.)

Dame, votre royal lignée. ( méon.)

Gentil femme suis du païs. (ib.) A cent doubles li rend en cestetnorfei vie. (jubinal.) Qui moult ot à souffrir de cruel pestilence, (ib.)

A ceste mortel trahison, benoist.

La terre transparent m'étoit. guillbvillb.

Qu'ils ont leur naturel franchise

A t;t7 servitude soumise. ( r. de la rose. } Et au sommet des fleurans * violettes, le maire. En vénerie et virginal noblesse, marot.

3" Tel et quel devaient, suivant la même règle, rester invariables. C'est aussi ce qui a plus généralement lieu jusqu'au XVI» siècle. Le féminin elle a été traité de même, sans avoir les mêmes droits. Ex. :

Jà ne verrez tel forteresse, (brut.) Quel région porroit trouver, (ib.) Nuls (Tels dès or ne s'y deshaite*. bbnoist. Quels leis vous tenez ne quels gestes, id. Nus hom en si brief temps ne fist tel conquestée. (Alexandre.) Or ne sais* je de quel part traire, (jubinal.) Comment ils firent tel besongne. ( r. db la rose.) Qu'avez-vous? quel mouche vous pique? al. gbartibr. Relevée de tel ruine. Christine.

Mais ces mots prirent assez tdt le signe du féminin : Peu de gens en bon gré telle douleur prendroienl. (jubinal.)

Les nombreux exemples de l'ancien système qu'on trouve encore au xvp siècle doivent donc être considérés comme des apocopes. On écrivait alors tel' ou iell', Ex. :

De voir leur prince en tel* magnificence, i. marot. Mais quel' merveille? et qui eût en pensée...? le maire.

Et ne sais quelV mouche me pique, marot. N'eût telV richesse, honneur, maintien et port...

£U' n'en prendrait jamais, te dis-je. id.

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