Decmir
NOTR 14 (page 76).
On lui reproche , par exemple , d^avoir mis dans son épttre à ses dieux Pénates, une tirade de trente vers sur deux rimes :
Je suis enfin dans le silence :
Mon esprit, libre de ses fers,
Se promène avec nonchalance
Sur les erreurs de Funivers.
Rien ne m*aigrit, rien ne m'ofifense.
Cœurs vicieux, esprits pervers,
Vils esclaves de Topulence,
Je vous condamne sans vengeance.
Coeurs éprouvés par les revers,
Et soutenus par Tinnocence,
Ma main sans espoir vous encense;
Mes yeux, sur le mérite ouverts,
Se ferment sur la récompense.
Sans sortir de mon indolence,
Je reconnois tous les travers
De ce rien qu'on nomme science :
Je vois que la sombre ignorance
Obscurcit les pâles éclairs
De notre pauvre intelligence.
Ah! que ma chère indifférence
M'offre ici de plaisirs divers 1
Mes dieux sont les rois que je sers,
Ma maîtresse est l'indépendance,
Et mon étude l'inconstance.
0 toi qui dans le sein des mers
Avec Amour a pris naissance,
Déesse, répands dans mes vers
Ce tour, celle aimable cadence,
Et cette molle négligence
Dont tu sais embellir tes airs, bbrnis.
Chapelle fit souvent usage des rimes redoublées, et il en inspira le goût à Chaulieu , comme oelui-ci le reconnaît :
44'l NOTES.
Chapelle au milieu d'eux, ce mattre qui m'apprit. Au son harmouieux des rimes redoublées, L*artde charmer Toreille et d'amuser Tesprit Par la diversité de cent nobles idées.
Voltaire dit de Chapelle , dans le Temple du gaûl : « 11 par lait toujours au dieu sur les mêmes rimes. On dit que ce dieu lui répondit un jour :
Réglez mieux votre passion Pour les syllabes enGlées, Qui, chez Richelet étalées, Quelquefois sans invention, Disent avec profusion Des riens en rimes redoublées. »
Le même critique, dans un passage du même ouvrage, qu'il supprima, faisait donner ce conseil à Chaulieu : « Maïs puisqu'il est question de goût, défiez-vous un peu de ces rimes redoublées : elles ont Tair de la facilité, elles soutiennent l'harmonie , elles charment l'oreille; mais il faut qu'elles disent quelque chose à l'esprit ; sans quoi ce n'est plus qu'un abus de la rime : c'est un arbre couvert de feuilles, qui n'aurait point de fruits. L'aimable Chapelle est tombé lui -même quelquefois dans ce défaut ; et plusieurs de ses pièces n'ont d'autre mérite que celui de beaucoup de familiarité, et du retour des mêmes sons ,
Qui, chez Richelet étalés.
Et des e.<prits sages siflléé,
Bien souvent sans invention, etc. >
Voltaire a plus d'une fois pris plaisir à composer de petites pièces sur deux rimes. Voici par exemple une lettre à M. de
Formont :
Rempli de goût, libre d'affaire, Formont, vous savez sagement Suivre en paix le sentier charmant De Chapelle et de Sablière ; Car vous m'envoyez galamment Des vers écrits facilement, Dont le plaisir seul est le père ; Et quoiqu'ils soient faits iloctement,