‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 184 sur 243 · RIMES REDOUBLÉES · texte numérisé non relu

RIMES REDOUBLÉES

C'est pour vous un amusement :

Vous rimez pour vous satisfaire;

Tandis que le pauvre Voltaire,

Esclave maudit du pa^rterre ,

Fait sa besogne tristement.

Il barbotle dans félément

Du vieux Danchet et de La Serre :

Il rimaille étemellemenf,

Corrige, effuce assidûment,

Et le tout, messieurs, pour vous plaire.

Nous citerons encore une pièce du même genre, en réponse aux détracteurs de Zaïre, On remarquera toutefois qu'à la fin le poète manque à la symétrie :

Plus d'un épluchcur intraitable M'a vétille, m'a critique; Plus d'un railleur impitoyable Prétendait que j'avais croqué Et peu clairement expliqué Un roman très-peu vraisemblable Dans ma cervelle fu briqué ; Que la fin n'est pas raisoniiiibk* ; Même on m'avait pronostiqué Ce sifflet tant épouvantable, Avec quoi le public choque Régule un auteur misérable.

Cher ami, je me suis moqué De leur censure insupportable :

J'ai mon drame en public risqué, Et le parterre fuvorable, Au lieu du sifflet, m'a claqué.

Des larmes ont même offusqué Plus d'un œil, que j'ai remarqué Pleurer de l'air le plus aimable.

Muià je ne suis point requinqué Par un succès si désirable ; Car j'ai, comme un autre, marque Tous les déBcit de mu fable.

Je sais qu'il e^i indubitable yuc, pour former œuvre parfaU

Il faudrait se donner au diable, Et c'est ce que je n'ai pas fait.

On trouve dans les vieux poètes beaucoup de pièces , plus ou moins étendues, construites avec deux rimes.

On lit le passage suivant dans une ancienne moralité de C Homme juste :

En celte montagne et haut roo,

Pendus au croc, Abbé y a et moine en froc, Empereur, roi, duc, comte et pape , Buuteillier avecque son broc,

De joie à poc; Laboureur aussi o ion soc, Cardinal, évèque o sa chappe :

Nul d'eux jamais de là n'échappe,

Que ne les happe Le diable avec un ardent croc.

Mis ils sont en obscure trappe;

Puis fort les frappe Le diable, qui tous les attrape

Avec sa rappe, Au feu les mettant en un bloc.

Le Bomancero français contient beaucoup de chansons dont chaque couplet n'a que deux rimes. L'ancien rondeau n*en employait également que deux.

Du Bellay a composé un sonnet dont tous les vers finissent par un des deux mots vie ou mort.

NOTE 15 (page 78).

Nos plus anciens romans de gestes , tels que la Chanson de Roland, Garin le Lohérain, Gérard de Yiane, les Quatre fils Aymon, Alexandre, etc., sont en vers monorimes, de dix ou de douze syllabes. Il est probable que cette uniformisé de désinence vient de ce que le chant adapté à ces vers n'était qu'une simple et courte psalmodie , laquelle servait à vingt

VERS MONORIMBS. Ukl

OU trente ver» de suite. C'est l'opinion du savant Fauchet* : « Ces poètes faisoient la lisière ou fin de leurs vers toute une, tant qu'ils pouvoient fournir de syllabes consonnantes , afin \ comme je crois , que celui qui touchoit la harpe , violon ou autre instrument, en les chantant, ne fust pas contraint de muer trop souvent le ton de sa chanson , estans les vers masculins et féminins meslés ensemble irrégulièrement. »

Je citerai une tirade de vers monorimes qui se trouve au commencement du poème d'Alexandre :

Li rois qui Macidoine tenoit en sa baillie, Et Grèse et le païs, et toute Esclavonie, Cil fu père à l'enfant de oui orez la vie : Philippes ot à nom, rois de grant signorie. Une dame prist bèle, et gente et cscavie* : Olimpias ot nom, fille au roi d'Erménie, Qui rices est d'avoir, d'or et de manandie*, De tières et d'honneur, et de gent bien hardie. Et la dame fu preus et de grant signorie ; Si ama biaus déduis de bos, de cacerie, Harpe, rote*, vièle, et gige et cinfonie, Et autres estrumens et douce mélodie.

A la même époque, au xir siècle , le vers de huit syllabes est aussi consacré aux récits épiques , mais ce vers est essentiellement à rimes plates. Nous citerons le Roman de Brut, par Wace , la Chronique des ducs de Normandie , par Benoist de Sainte-More, nombre de poèmes composés par Chrestien de Troyes, etc. Wace a réuni dans son Roman de Rou l'octosyllabe et l'alexandrin.

C'est une chose remarquable que la constance avec laquelle a été observée la ligne de démarcation établie entre ces deux mètres. On ne s'avisait jamais de faire monorimes des vers de huit syllabes, comme aussi l'on ne trouve pas, avant la fin

1. Recueil de V origine de la langue et delà poésie (rançoise, p. 664.

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