‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 188 sur 243 · TROIS RIMES DIFFÉRENTES · texte numérisé non relu

TROIS RIMES DIFFÉRENTES

Que fit Gérés; Que fit Isis, Que fît Ara igné?

L'une les bleds, L'autre courtils, L'autre la laine.

Les sonnets de Pétrarque se terminent assez souvent par deux tercets, dont l'un présente trois rimes différentes, qui sont reproduites dans le second. Ainsi , dans le sonnet 179 de la première partie , on voit pour les six derniers vers les rimes suivantes : sole, corso, vita; dole, soceorso, m'aita; et dans le 180' : pietate, posso, sorte ; beliate, scosso, morte.

Cette remarque n'a pas échappé à Port-Royal. On lit dans sa Brève instruction sur la poésie iitUienne : « La poésie italienne diffère en deux choses de la françoise touchant le mélange des rimes. La première est que nous n'avons jamais trois rimes différentes de suite dans une mesme stance; mais en italien cela est ordinaire. » Et plus loin , quand il est question des six derniers vers du sonnet : « L'un (des arrangements) est de faire les trois premiers vers du sixain de trois différentes rimes , et les trois derniers répondant à ces rimes en quel ordre on veut. »

Le sonnet espagnol peut distribuer de même ces deux tercets.

NOTE 18 (page. 83).

Nos anciens poètes subdivisaient les rimes en de nom* breuses catégories , que nous allons passer en revue.

1* Ils reconnaissaient une rime léonime, qui était regardée comme la plus parfaite. C'était non-seulement la rime riche , mais l'homophonie des deux dernières syllabes. L'Art et science de rhétorique donne pour modèle Denis eifenis (phénix). L'Art poétique provençal , déjà cité , produit beaucoup d'exemples de rimes léonimes. Telles sont : naiura, noyri-dura; gastos, bastos; guerriers, deniers, et avec l'aocentsur

la pénultième , sanetat, vanetat. Nos classiques ont fait incidemment, et bien sans le savoir, des vers à rimes léonimes. Nous en avons cité plus haut (p. 22 ).

L'exemple Denis et Jenis est du Roman de la Rose. Nous voyons de ces vers à rimes doubles dans un autre ouvrage de Jean de Meung ayant pour titre les Sept articles de la foi. En voici le début :

0 glorieuse Trinité ,

Un seul Dieu en vraie unité ,

En trots singulières personnes * ;

0 glorieuse Déité,

Ouïe, et voie, et vérité,

Qui mon Dieu de toutes parts sonnes,

Que toutes amours fesis' bonnes, etc. t

La poétique provençale appelle rime léonime plus-que -parfaite celle noyridura eipoyridura.

Pierre Fabri dit que la rime léonime est la plus belle des rimes, ainsi que le lion est la plus belle des bestes. Par là il veut faire entendre que Tétymologie de léonime est le mot latin leo (lion). Mais il est infiniment probable que léonime est une corruption de léonine, et que cette rime doit son nom au poète Léonin , dont nous avons parlé dans la note 15. C'est Topinion du judicieux Estienne Pasquier. Après avoir cité un certain nombre de vers latins monorimes composés par ce poète, il ajoute : « Par cela vous voyez que Léonin s'estudioit de se rendre admirable en ce subject, ores que ridicule, au regard des autres vers par luy composez à l'antique. Qui me faict croire , veu le nom qu'il pouvoit avoir acquis entre les siens , qui s'il fit beaucoup d'ouvrages de cette trempe , de luy furent ces vers latins rimez appelez léonins^, mot qui s'est perpétué jusques à nous, entre ceux qui renment l'ancienneté. Car de dire qu'ils ayent emprunté ce tiltre du lion, je ne le puis ny ne le veux croire. »

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