‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 189 sur 243 · Fi8(/0cislt · texte numérisé non relu

Fi8(/0cislt

3. Les vers latins dits léonins ne sont pas des vers nioiioriuies ; mais le tiiUicu est consonnatit avpc la fin.

ANCIENNES RIMES. 45t3

On a vu ci-dessus que les pièces latines de Léonin , citées par Estienne Pasquier, riment de la muette et de la syllabe accentuée, et en même temps sont monarimes. De là un sens particulier et plus restreint de l'expression rime léonime. Elle désigne le système de rimes uniformes suivi dans la plupart des romans de gestes.

Un autre système s'était produit presque concurrenmient : c'était celui des rimes plates. Elles se nommaient rimes ronsonnantes.

J'insisterai un peu sur ce point , que je n'ai jamais vu bien expliqué.

Un des auteurs les plus féconds du xii* siècle , Chrestien de Troyes, écrit, dans son roman du Roi Guillaume SAn^ ffleterre :

Chrestiena se veut entremeltre Sans nions ôler, sans rien mettre, De conter un conte par rime Ou cùnsonant ou Honime,

On trouve ce passage dans un roman de Judas Machabée composé par un nommé Gauthier (avant 1280) :

Je ne dis pas qu'aucun beau dit N'y mette por faire la rime Ou consanant ou léonime.

Les vers qui suivent se lisent dans un fabliau intitulé : Des trais Dames:

Ma peiue mettrai et urententc , Tant corn serai en ma jovente, A conter un fabliau par rime Sans couleur et sans léanime; Mais s'il y a consonantie.

Il ne me chaut qui mal en die.

Faucher cite l'extrait suivant d'une Vie de sainte Christine, écrite vers Tan 1300 :

Seigneurs, qui en vos livres por maUrie mettez Équi vocations et léonimetes*.

I. Le mot leonismetat est fréquent dans la poétique provençale.

454 NOTKS.

Se }• tel ne puis faire, se déprisez mon livre. Car qui à trouver n'a aoutil cuer et déiivre, Et léonmeti veut partout aconsuivre , Moult souvent entrelest ce qu'il devroit ensuivre.

Enfin nous lisons ces vers dans une traducticm anonyme de la Consolation de Boëce (commencement du xv siècle) :

Cy fine le livre premier Qu'ai voulu en rimes croisier :

Lequel con lient en toutes choses Sept mètres et aveuc six proses.

Les quatre autres ferai en Kime Ou consonam ou léonimes*.

Si ces exemples pouvaient laisser quelque doute sur le sens de rime léonime, voici qui trancherait la question. La Bibliothèque nationale possède un très-beau manuscrit des poésies de Christine de Pisan , écrit du vivant de Fauteur (de 1399 à 1402). On y voit une pièce qui a pour titre : Lay de deux cent soixante-deux vers léonins. Ce sont des vers monorimes de huit syllabes, genre dont Christine ne se sert pas ailleurs. Voici le début :

ÂmourS) plaisant nourriture,

Très sade' et douce pâture,

Pleine de bonne aventure ,

Du vrai cuer loyal jointure, etc.

Telle est d'ailleurs Topinion de Fauchet, qui conclut en disant que la rime léonime est celle qui a dix, vingt et trente vers d*une lisière.

2'' La rime de goret est une rime imparfaite , une simple assonance^ comme pampre avec entre, coûte (coude) avec couche, « La rithme de goret ou de bouiecïumfue, dit Fabri , garde mesure en syllabes, mais en la ritbme a peu ou point de Goovenance ; laqudle n'est approuvée que entre ruraux et ignorans. » Il cite les vers suivants, de grant Guillaume :

4. P. Paris, Lei Manuscrits français, t. V, p. &4, J'ai «^crit hs quatre autrtu, au tten de les autres quatre, 2, Douce, agréable.

C'Mt bel ouvrage que de plâtre, Quand on le sait bien mettre à point : Ceet dommage quand on le gâte :

C*est bel ouvrage que de plâtre.

Le boissel en vaut demùplaqm, Et ne l'auroit-on point à moins.

C'est bel ouvrage que de plâtre, Quand on le sait bien mettre à point.

Je rappellerai que Fauteur de rAn des sept daines nomme rime de goret celle de chauffer avec/cr*. Il dit, au contraire, que maison et Amphitryon ne forme pas une rime de goret, puisque la dernière syllabe sonne tout ung. Ailleurs ' il se fait un mérite d'avoir évité les mauvaises rimes :

Je crois que pas n'y trouverez , Si bien l'examinez au net, Nul mots contraints, diminués, Ne nulle rime de goret,

« Ce que les rêveurs du temps passé, dit Sibilet, ont appelé rime de goret, et que j'appelle rime de village, ne mérite d'être nombre parmi les espèces de rimes , non plus qu'elle est usurpée entre gens d'esprit. »

Jusqu'ici il n'est question que de la rime proprement dite, ou de la consonnance finale. On distinguait jadis d'autres rimes, qui exigeaient des sons pareils ailleurs qu'à la termi* naison , ou qui imposaient à la versification d'autres entraves. On verra que plusieurs de ces jeux d'esprit n'ont aucun rapport avec les consonnances. C'est que le mot rime, qu'on écrivait rhythme, était d'abord synonyme de vers*.

Ces sortes de casse* tête poétiques ont été, sinon inventés, du moins affectionnés par les poètes de la langue d'oc ; les plus anciens auteurs de la langue d'oil n'offrent rien de pareil. Que si, à une époque de mauvais goût, au xiv* et au

Page 1