‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 19 sur 243 · L*Académle veut qu'on écrive : six impromptu · texte numérisé non relu

L*Académle veut qu'on écrive : six impromptu

Gontenl de son hymen , vaisseaux, armes, soldats, Ma foi lui promit tout, et rien à Ménëas, rac. Rome eut ses souverains, mais jamais ahsohAs; Son premier citoyen fut le grand Romxûm^. volt.

Ces terminaisons ne riment bien qu'avec des terminaisons analogues :

Et peut-être ta plume aux censeurs de Pyrrhxtë Doit les pins nobles traits dont tu peignis Bxiirrhm, boil. Comte do Penafiel, gouverneur de BurgoSj Don Manrique, est-ce assez pour faire seoir Carlos ? corn. Avec la même ardeur qu'elle voulut jadis Perdre en vous le dernier des enfans de son fils, rac. Partout siffles, ces gens à Te Deum Iront pourrir dans quelque muséum* parnt.

Première remarque. Une oreille délicate proscrira même la rime si fréquente de fils, ou bien encore de tous ( placé absolument et prononcé taûce), avec des mots où Vs ne se prononce pas :

Trop d*un Héraclius en mes mains est remis ;

Je liens mon ennemi, mais je n'ai plus de fils. corn.

i. Les noms latins et étrangers riment souvent de la sorte. Hais en réalité , astuce rimerait mieux avec Clitut que vertus, et il en résulterait une rime féminine. Cependant cette association n'est pas autorisée. (On verra, dans la note 3 , que Clitus et verltu se prononçaient Jadis de même. )

Je suis heureux de pouvoir ajouter à mon opinion l'autorité de Tabbé d'Olivet. « Nous-mêmes, dit-il, pour faire retentir nos consonnes Isolées ou finales, nous ne les accompagnons pas toujours de notre e muet ; car nous écrivons David et avide, un bal et une halle, un aspic et une pique, le sommet/ et il sommeille, mortel et mortelle^ caduc et caduque, un froc et Il croque, etc. Jamais un aveugle de naissance ne soupçonnerolt qu'il y eût une orthographe différente pour ces dernières syllabes, dont la désinence est absolument la même... Mais , dira-t-on , pourquoi David et avide, froc et croque, ne riment-Ils pas? Parce que nos poètes. Jaloux de l'oculaire , n'ont voulu compter pour rimes féminines que celles où Ve muet serait écrit Pure convention ; car, selon l'oreille , Il y aura quatorze syllabes dans N'est point le fi-uit tardif û*une lente vieillesse ,

puisque la Anale dif n'est pas moins sonore que celle de griffe, disyllabe. Mate la convention étant si ancienne, Il n'est plus temps de réclamer. »

42 CHAPITRE Ilh

Ce champ bI glbrieux, où voys aspirez toui.

Si mon sang ne i'arrose, est st6rile pour «xnis. ftAc.

Deuanème remarqué. Le mot monsieurf qui se prononce autrement qu^il ne s'écrit, ne peut être admis à rimer avec un mot en eur que dans le style familier. Ainsi Racine a écrit, mais dans les Plaideurs :

En deux heures au plus. — On n'entre point, Monsieur. — C'est bien fait de fermer la porte à ce ortaur.

On voit de même dans La Fontaine :

Apprenez, mon beau Monsieur, Que tout flaUeur Vit aux dépens de celui qui Técoute *.

OfiSERVATlONS GÊNÊKALfiS.

1* La langue française ne fournit pas de rime poul* tous les mots. Ainsi Ton ne trouverait pas de termi^ naisons que Ton pût accoupler avec triomphe^ perdre\ etc.

2^ Il n'est même pas permis de faire usage de toutes les rimes qui existent. Voltaire remarque dans plusieurs endroits que nous avons peu de rimes dans le style noble. Il t'ecommande qu'elles ne soient ni triviales, ni recherchées.

4. Le même po€te fait rïm&rmessieurs Atec (rompeitr i et avec terviteuts'; Molière associe monsieur avec peur et avec cœur,

5. Scarron , dans un poème burlesque , se plaint de cette impossibUlté

de trouver deux mots en erdre :

Ils se troavèrent près de l'onde ne l'Achéron qui toujours gronde, Bt qui, par un canal bourbeux, A considérer très- hideux, Dans le Cocyte tt se ptrdrt, ( Rime qui peat rimer en sréts, Je le laisse à p\w fin que moi. )

m LA tititli* 43

Scudéry emploie quelque paH Idd nifigulièféd rimes de géographe et coémographe,

La Harpe relàve daus La Motte les ritfies suivaut^Si qu'il accuse areo raison d'être bizarres i évôquê^ épth que; loj Clio; strophe, apostrophe; mthouêiasme, pléo* naime\ dans Le Mierre^ flèche et brhche; dans Pirou^ boursoufle^ souffle ^ maroufle. Ce deruier poëte semble affectionner ces finales burlesques. Laissons parler le critique :

(c II cherche assez volotrtiers raccumulation des rimes hétéroclites i

Quoi 1 plus Vite que la biséj Je verrois Theureux Cambyse Captiver la beauté bise Qui seule a su me toucher!

Ah! cette cruauté m*outre :

Auparavant qu'on passe outre.

Je veux me pendre à la poutre De notre plus haut plancher *. »

3® Certains temps des yerbes présentent des rimes

1. « H est certain , dit le criUque, que, si Ton faisait un recUell d*Un gTAild nombre de ses rimes et des mots que Ton a vus chez lui pour la première fois dans le style noble , on pourrait croire que c*est une gageure ; mais 11 l^a soutenue jusqu*au bout. > {Cours de littérature, t. XII, p. 2^2.)

« Boileau appelait rimes de bouts rimes celle de sphinx et de syriruc , et la reprochait & La Motte. » ( Marmontel. )

2. c 11 faut avouer que voilà un beau choix de rimes redoublées. En voici d'autres choisies dans ce môme esprit , qui semble être partout celui de Tauteur, la Jf^fromanie exceptée, c'est-à-dire le dessein original d'écorcber

roreiUe :

Je savois bien , vilain matqui , Que ton chien de cœur fantatqut Me préparoi t cette frasque.

L^honnête homme que voilà !

Crains pour ton visage fUuqus Quelque terrible bourrof^ti», Bt que je ne te démoêqut Avec ces dix ongies-là. »

désagréables. Nous avons déjà signalé le prétérit défini : il leva, il cultiva. On peut ajouter l'imparfait du subjonctif: aimât, atV»as«6/i(/ les troisièmes personnes du futur : aimera, aimeront. Ménage^ ayant trouvé dans Malherbe fileront, rimant avec étaleront, a fait cette remarque judicieuse : « Ces troisièmes personnes du futur finissent désagréablement les vers, et particulièrement les grands, et celles du singulier les finissent encore plus désagréablement que celles du pluriel. Ceux qui se mêlent de faire des vers ne les finiront donc jamais, s'ils m'en croient, par ces troisièmes personnes, si ce n'est dans les discours familiers. »

On doit exclure aussi de la fin des vers les participes présents ^

4'' S'il faut éviter les rimes recherchées, il faut éviterégalement les rimes banales. Certains mots trouvent très-peu de terminaisons homophones qui leur correspondent, en sorte que la présence d'un de ces mots fait deviner celui qui viendra ensuite. Ce pressentiment presque infaillible nuit au charme des vers.

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