I. Voici deux vers de Boucher
D'où la Sicile au loin , nous trois fronU m' étendant, Oppose un triple écueil à l'abtme grondantf
sur lesquels La Harpe Tait cette remarque : « Ces participes à la fin d*un
vers, 9*étendant, grondant, sont du goût le plus faux; Us remplissent la
bouche , mais font peur à l'oreille. Vous ne trouverez Jamais dans nos bons
versificateurs des participes ainsi accouplés. » Cette critique nous suggérera
deux observations : d*abord dans le second vers, r^rondant est une ëpkhète,
qui peut être admise comme toute autre épitbète. En second lieu , la raison
qui fait proscrire le participe de la rime est moins , selon nous , une raison
d'harmonie qu'une raison de logique : un mot formant phrase incidente ne
mérite pas d'être mis ft une place où 11 frappera l'ceil , l'oreille et rintclli-
gence.
Panni les rimes qu'on doit éviter, comme trop communes , il faut compter les suivantes : larmes , alarmes; famille, fille; prince, province; poudre y foudre; juste, auguste; illustre, lustre; marque, monarque; songe, mensonge; sombre, ombre; hommes, nous sommes; dieu j adieu, lieu^, etc.
5* Un mot qui vient d'être placé à la rime n'y doit pas reparaître avant une quinzaine de vers. Ainsi le retour du substantif eauœ se trouve à une distance insuffisante dans l'exemple suivant :
Gomme un cygne mourant chantoit au bord des eaux Où l'orme paresseux dort parmi les roseaux. Tantôt je vous parlois du soin des bergeries; Je vous montrois quelle herbe infecte les prairies ; Et comme les pasteurs partagent aux troupeaux L'ombrage Je soleil, les herbes et les eauœ. sabrasin.
On remarquera le même défaut dans ce passage de Voltaire :
S'il ose encor l'aimer, j'ai promis son trépas :
Je tiendrai ma parole, et tu n'en doutes pas.
— Mêleriez- vous du sang aux pleurs qu'on va répandre,
Aux flammes du bûcher, à cette auguste cendre?
Frappés d'un saint respect, sachez que vos soldats
Reculeront d'horreor, et ne vous suivront pas *.
1. Voltaire s^ëlève souvent contre ces rimes. < Il est triste, dans notre poésie, qae tonge fasse toujours attendre mensonge, — Le peu de rimes de notre langue fait que, pour rimer à hommes, on fait venir comme on peut Le siècle où nous sommes. L'état où nous sommes, Tous tant que nous sommes, La seule ressource est d'éviter, si Ton peut, ces malheureuses rimes, et de prendre un autre tour. — Ces marques, pour rimer à monarques, reviennent souvent, et ne doivent Jamais paraître dans notre poésie, à moins que ces marques ne signifie quelque chose. Le plus grande de toutes les difficultés est de faire tellement les vers que le lecteur n'aperçoive pas qu'on a été occupé de la rime. •
2. On peut regarder comme le même mot un adjectif employé au mascu*
46 cp4f|TIV£ III.
Mais le retour du même mot eu rime est quelquefois exigé; par exemple, quant} on veut répondre à quelqu'un I et qu'on répète ses propres paroles:
Malheqrem Polyeucte 1 et la loi dea chrétiens ^
Tordonne-t-elle ainsi d'abandonner les tiens ?
— Je ne hais point la vie, et j'en aime Tusage,
Mais sans attachement qui sente TescUvage,
TQUJoyr^ prêt à la rendra i|u Dieu dont je U tiens.
La raison me l'ordonne, et la loi des chrétiens,