‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 21 sur 243 · DE L HIATUS · texte numérisé non relu

DE L HIATUS

A chassé tous les dieux du plus juste parti, gorn. Dois-je oublier son père, à mes pieds renversé. Ensanglantant l'autel qu'il avoit embrassé? bac. Dans un calme profond Darius endormi Ignoroit jusqu'au nom d'un si faible ennemi... Ni serment, ni devoir ne l'avoit engagé A courir dans Tablme où Porus s'est plongé, id.

S"" On peut placer une voyelle après ce qu'on appelle maintenant,- avec raison, une voyelle n(isale\ c'est-à-dire an, m, on^ tirtf otn^ quoique souvent cette rencontre ail quelque chose de dur à Foreille* :

Qui vous donna la main et qui vous donna l'être, gobn. Apollon en connolt qui te peuvent louer, boil. El transposant cent fois et le nom et le verbe... La faim aux animaux ne fuisoit point la guerre... Il veut partir à jeun : il se peigne, il s'apprête. lo. Le dessein en est pris, je le veux achever, bac. Mais Rome veut un maître, et non une maîtresse... Sans cesse il me sembloit que iVi^ron en colère *, id.

4"^ Quand un mot se termine par un e muet, précédé lui-même d'une voyelle, et qu'on élide cet e muet, il reste effectivement un hiatus, qui est toutefois admis dans la versification :

Rome entière noyée au sang de ses enfans. gobn. La plaintive Élégie, en longs habits de deuil, boil. Aux accens dont Orphée emplit les monts de Thrace. id. Hector tomba sous lui , Troie expira sous vous. bac. Il s'en fit, je l'avoue, me douce habitude, id.

1. « iin est une voyelle nasale très-différente de a. » (Voltajre.)

2. Ces nasales sont douces quand la prononciation les unit à la Toyelle qui commence le mot suivant : un homme, commun accord, on aime, en ÀlU" magne; elles deviennent dures quand cette fusion des deux mots n'a pas lieu : J*en avais un encore, prenex-vous-en à vous, veut-on encore?

3. Une consonne muette qui termine le mot n'empécbe pas le beurtement de la voyeUe nasale :

Dispersa tout son camp à l'aspect de léhu. aie. C'est ainsi qu'en Juge Voltaire. Voyez la note à la 0n du volume.

DâDs les deux ew précédente > quand les consonnances finales et initiales sont les marnes, elles nous frappent plus désagréablement, et une oreille délicate craindra de les admettre :

Consultez-en encore * Àcbillas etSeptime. ooiuf.

Barbin impatient chef moi frappe à la porte, boil.

Immolant trente mets à leur faim indomptable, m.

Pourquoi d'un an entier Tavons-nous différée? rac.

Ne sera pas en vain Imploré par mon père. id.

Le destin de Médée est d'être eriminelle. coen.

Cependant à Pomp^ éleveic des autels...

Il adore Emilie , il est adoré d'elle, id. !

Roulât sur la pensée et non pas sur les mots. boil.

Ou quelque longue pluie inondant les vallons...

Et tout crie ici-bas: L'honneur! vive Thonneur! id.

Ma place est occupée, et je ne suis plus rien. rac.

Trame une perfidie inouïe à la cour. id.

5"" Les mots terminés en r peuvent être suivis d'une voyelle y même quand cette r ne se prononce pas :

Et fait le monde entier écrasé sous sa chute, corn. Je reprends sur-le-champ le papier et la plume, boil. C'est ainsi qu'à son fils un usurier habile... Le quartier alarmé n'a plus d'yeux qui sommeillent, id. Rendre docile au frein un coursier indompté, rac. L'étranger est en fuite, et le Juif est soumis,.. Sur votre prisonnier, huissier, ayez les yeux. ID. Ce discours au premier est fort contradictoire, moi.. Qu'un valet conset7/er y fait mal ses affaires. . . Font de dévotion m^teret marchandise, id.

Je ne suis géant ni sauvage , Mais chevalier errant, qui rend grâces aux dieux, la pont. Le plus pressant danger est celui qui m'appelle, volt.

Ne va pas d'une main mortelle

Toucher au laurier immortel, aouss.

I. Voltaire fait, sur ce vers, la remarque suivante : « En encore ; on doit éviter ce bâillement, ces biatui de syllabes, désagréables ft Toreille. > Il ▼oyait donc Ici un véritable hiat,us.

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Nou9 conseillerons cependant d'user très-sobre^ ment de celte liberté. La rencontre de pareils mots met dans Talternative ou d altérer la prononciation \ ou de faire un hiatus réel et choquant.

La même remarque s'applique & toutes les consonnes muettes qui ne dissimuleraient que pour Tœil la présence de Thiatus ;

Le manteau sqr le nè%, ou la pisin dans la poche, i^c. Enfermée à la ckf, ou menée avec lui. mol. Le coup encore frais de ma chute passée, malh. J*ai fait parler le lou/p et répondre Tagneau. la pont. L'an suivant, elle mit son nid en lieu plus haut. ii>.

& L'adverbe oui^ répété deux fois de suite ^ est admis dans le dialogue :

Oui, oui, cette vertu aéra récompensée, aac.

Oui, oui, vous nous contez une plaisante histoire! mol.

T Les interjections ah, eh, oh*, peuvent être sui-

i. II faut faire Ici la^mémc observation que sur les nasales : tantôt les deux mots s'unissent par la prononciation : le premier homme , ua entier abandon, un léger effroi; mais cette fasion n'a pas lieu dans ces phrases : le premier il a vu , vendre en entier un domaine , ni dans les exemples cités.

î. La prononciation semble Justifier cette licence , en ce qu'elle place devant le mot oui une sorte d^ consonne , un v, V9, digamma, Molière s'est autorisé de ce fait pour mettre oui après un mot terminé par une voyelle :

Et pourquoi la changer ? — P<nkrquoi ? — Oui ? — Je ne sais.

Cependant l'usage des poètes s'oppose à cette licence ( oui supporte ordinairement et régulièrement Téllêlon i

Connois-tu bien don Diègue? — Oui. — Parlons bas , écoute, conn, Esi-il Trai que la reine?.., — Oui , Créon , elle est morte, bac Vous , tnadafhe ? — Oui , seigneur ; et sans compter le reste, etc. id. H n'importe. * Qu'entendi^e? — Ooi, c'est là le mystère. HOl. Mais chacun tous condamne. — Oui , des fous comme vous. lo. Il est chez la princeue. - Oui , Je vais chet Tallie. volt.

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