‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 200 sur 243 · ROTIS · texte numérisé non relu

ROTIS

Nympheft àm bois, pour son nom subtimer Bt estimtr, Bur la mer sont allées :

Si furent lors, comme on doit présumer, Sans écumer, les vagues ravalées. • •

Monstres marins vit-*on lors assommer, Et consommer tempêtes dévalées, Si que les nefs, sans crainte d'abîmer, Nageoient en mer à voiles avalées.

De Croy attribue riavention de la rime baielée à Jean Molinct, de Yalencieimes.

On trouve de pareils vers dans une pièce de Jean Marot :

Quoi plus? n*a il, puisque dire le faut,

Pris de plain $âiiU Hédin en moins d'un jour?

Où le pouvoir d'Allemagne et Hénaut

Et des Anglois ont été bas et baut,

Sans faire cissaut, vingt jours faisant séjour;

Muraille et tour, à tour et à retour,

Tout à Ventour ont battu et fait brèche;

Mais d'assaillir n*est pas viande anglesche.

Une pièce intéressante, qui est de 1540, présente des strophes de onze vers , dont les trois premiers sont en rimes ba^ telées :

Pour ne tomber au damnable décours, En nos jours courts, aux brbiiens discours Avoir recours le temps nous admoneste*.

Ce genre n'a pas échappé à la verge de Rabelais :

Cy entrez, vous, et bien soyez venus Et parvenus, tous nobles chevaliers.

Cy est le lieu où sont les revenus Bien advenus : afin qu'entretenus, Grants et menus, tous soyez à milliers. Mes familiers seriez et péculierii, etc.

10° Rime renforcée. — J'emprunte ce nom aux Provençaux pour déj>igner des vers dont le milieu rime avec la fin '. Ainsi

I. Sztnte-Beure, fabliau de ta poésie française auwi^iiècle, p. 105. S. Taboorot appelé avec raisott ces vers Uonins, puisque et terme est

ANGIENBIE8 RIMES. 467

l'on a recherché comme un mérite une consonnance que nous avons blâmée comme un défaut ^ :

Ma muse, se moquant, parsemait ses écrits Du sel le plus ptçuanf^ pour vaincre les esprits.

Ces vers sont de ceux que les Provençaux nommaient vers entés, c'est-à-dire se composant de ia réunion de plusieurs mètres. Il y a ici effectivement quatre vers de six syllabes.

Dans une épttre de Lyon Jamet h Marot (1553), on voit le même système , et de plus les rimes de deux vers consécutifs sont semblables :

Mais voirement, ami Clément, Tout clairement dis-moi comment Tant et pourquoi tu ie tiens coi D'écrire à moi, qui suis à toi?

Tai-je laissé par le passé?

Tai-je ofifensé ou courroacéP Ài-je à ton dit et intendit, En fait ou dit, rien contredit?

Âi-je à ton nom donné renom Autre que bon? Tu sais que non :

Ni ne voudrois, ou ne saurois, Tant sont tes droits justes et droits.

Cette pièce, qui a soixante-quatorze vers, ne manque pas d'une certaine grâce.

Pareillement ici les octosyllabes ne sont que des vers de quatre syllabes , procédant par quatrains à rimes pareilles.

Il"" Rime BRisis. — On appelle ainsi des vers dans lesquels les césures riment entre elles. Ex. :

Chacun doit regarder selon droit de nature,

Son bien propre garder, ou trop se dénature.

En la sainte Ecriture avons ample sermon

De la judicature au sage Salomon.

Vers lui pour un enfant deux femmes font querelle :

consacré pour désigner les vers latins modernes qui présentent le même caractère. Mais, ayant employé précédemment le mot léonin dans un autre sens, J'ai craint de tomber dans la confusion en le reproduisant tel. !• Q-des6U8, p. 131. Les deux yers suiyants sont cités par TolUdre.

L'une sa mort défetul par pitié maternelle^ L'autre, comme cruelle, au glaive l'abandonne ; Mais raison naturelle à sa mère le donne. CRÉTiif. *

Un poète du xvi* siècle , Pierre Sala , avait écrit une épltre dédicatoire à François l" , laquelle commence par ces mots :

Noble roi des François, des aulres le plus digne, Premier du nom François, votre douceur bénigne, elc.

Ce sont encore là des vers entés.

Ce système est certes bien facile. Crétin devait le regarder comme peu digne de lui. Aussi, une autre fois, composant des vers brisés, il a voulu qu'en même temps ils offrissent une double équivoque, Tune à la rime et l'autre à la césure :

Si m'en tairai, et ce papier de cire Cimenterai, qu'on ne me le descire'. Gela liras, et pour répondre, émie, Se la lyre as, au son ta croûte et mie ; Digère un peu, et pour en approcher, Dis : foi repeu; mais si tu n'as prou chair, Dine de l'os, en bien servant Ion maître Digne de los aulant que peut homme être.

Plus ordinairement les vers brisés sont disposés de telle sorte que les hémistiches, étant rapprochés les uns des autres, présentent un sens. Voici un exemple d'Octavien Saint-Gelais :

De cœur parfait chassez toute douleur; Soyez soigneux, n'usez de nulle feinte; Sans vilain fait entretenez douceur; Vaillanl et preux, abandonnez la crainte ; Par bon effet montrez votre valeur; Soyez joyeux, et bannissez la plainte.

Si Ton rapproche les hémistiches de ces vers , on trouve :

De cœur parfait

Soyez soigneux ,

Sans vilain fait,

Vaillant et preux.

Chassez toute douleur.

N'usez de nulle feinte, etc.

i. D^hire.

Pasquier cite avec une complaisance paternelle un sonnet en vers brisés fait par Estienne Pasquier, son petit-fils. J'en citerai quatre vers , en les découpant aussi par forme (Tanatomie :

0 amour 1 0 penser! 0 désir plein de flamme !

Ton trait Ton fol appas La vigueur que je sens,

Me blesse Me nourrit Conduit mes jeunes ans

A la mort Aux douleurs Au profond d'une larme*.

Quand on lit de haut en bas, chacune de ces subdivisions forme un sens.

Assez souvent les fragments de vers ainsi rapprochés ont un sens opposé à celui du vers entier. Ex. :

Je n'aimai onc, Anne, ton accointance' ; A te déplaire }e quiers incessamment; Je ne veux onc à toi prendre alliance ; Ennui te faire est tout mon pensement*.

La Motte a proposé , et rempli plusieurs fois lui-même des bovis-rimés qui ont de l'analogie avec la rime brisée, avec cette différence toutefois que ce sont les mots de la fin du vers qui , placés à la suite , forment un sens. Les finales de ces vers sont les mots suivants : voilà Isabelle la belle; déjà étincelle sa pru^ nelle, etc. Ici le lourde force a de plus les entraves du sonnet.

1 2"* Rime senéb. — La rime senée (c'est-à-dire sensée , ingénieuse) a lieu lorsque dans un vers ou une suite de vers tous les mots commencent par la même lettre :

Ardent amour, adorable Angélique.

On nomme aussi ces vers tautogrammes.

Voici un exemple de Marot cité par Sibilet ^ :

C c'est Clément, contre chagrin cloué, B est Estienne, éveillé, enjoué.

Dans une pièce de longue haleine, le même Harot intercale sept vers qui ont chacun tous leurs mots commençant par la même lettre :

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