Tels sont les précédents
langue est bien moins favorable que le latin. Voici un exemple cité par Pasquier ; il est d'un poète nommé Favereau :
L'âme des uns jamais n*use de mal.
17'' Rime inyersb. — La rime inverse, ou rétrograde par accord, a lieu quand toutes les rimes d'un couplet sont reprises dans le suivant , mais dans Tordre inverse. L'Art poétique provençal en donne un exemple : je n'en ai pas trouvé dans nos poètes, quoique peut-être il en existe.
On range dans la même classe la reproduction des mêmes rimes dans un ordre inverse , avec cette différence que la consonnance qui était doublée ou triplée devient unique, et réciproquement. Voici un exemple de Martin Lefranc :
Se rhomme pouvoit avoir Engia pour apercevoir, Gognoistre , entendre et savoir Ce qu*il lui peut avenir, Dame Fortune, pour voir, Ne le sauroit décevoir Pour tonner ne pour pleuvoir, Ne pour or faire venir.
Dans les huit vers suivants, la finale nir est triplée, et la finale voir devient simple : cela est deux fois répété.
Cette méthode était en vogue au xv« siècle. Meschinot a composé un grand nombre de stances à douze vers qui procèdent de la môme manière. Les rimes doublées dans le premier sixain sont simples dans le second, et vice versa,
IS"" Rime disjointe. — On donne ce nom à des couplets non rimes , qui ne trouvent leurs rimes que dans le couplet suivant. Il faut encore laisser aux Provençaux le douteux avantage de produire des échantillons de ce genre.
Notre Thibaut l'a pratiqué , mais non dans toute sa rigueur. Il a laissé des couplets dont quatre vers, à rimes croisées, sont suivis de trois autres vers dont les rimes sont retardées ou disjointes :
Li rossignols chante tant , Que mort chiet de Tafbre jus.
Si belle mort ne vit nus.
ANGIENNKS RIMES. 475
Tant douce ni bî plaisant.
Autresi muir ' en chantant à hauts cris. Et si ne puis de ma dame estre ois, N*elle de moi pitié avoir ne daigne.
Le couplet suivant se termine par les mots dis, partis, prègne.
ï9^ Ybrs par coNTHADiCTiON. — C'est un jeu d'esprit qui consiste à rapprocher deux idées opposées. Il était connu des anciens qui l'avaient nommé oxymoron (piquante folie).
Dans plusieurs passages du Roman de la Rose , on trouve une accumulation très-fatigante de vers par contradiction. J*en citerai un fragment :
Amour départ *, Amour assemble ; Amour rend cosurs , Amour les emble ' ; Amour dépèce, Amour refait; Amour fait paix, Amour fait plaid ^; Amour fait bel , Amour fait laid, Toutes heures quant il lui plaît; Amour attrait, Amour étrange '^; Amour fait de privé étrange; Amour surprend , Amour em prend ; Amour reprend , Amour éprend ; Il n*e8t rien que Amour ne fasse; Amour toult cœur, Amour toult grâce ; Amour délie, Amour enlace, etc.
J'abrège : il y a trente-trois vers.
Martin Lefranc a imité cette manière dans son Champion . des dames :
Amours, amours , joie ennuyeuse , Amours , liesse enlangourée ; Amours , chanté envieuse , Espéranee désespérée ;
i. Je meurs.