‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 204 sur 243 · Le titre est : BaUade à réponse · texte numérisé non relu

Le titre est : BaUade à réponse

M*aiine8-tu bien ? -— Oyl, par m'âmeé -^ Si fais de toi. — C'est doux métier, etc.

Voici quelques vers d'une longue pièce de Tabourot :

Comment vous portez ? — Bien.

Qu*avez-vous souvent? — Faim.

Et que mangez-vous? — Pain.

Quel est votre pain ? — Bis.

Quels sont vos habits? — Gris.

Qu*aimez-vou9 l'hiver? — Feu, etc.

NOTE 19 (page 84).

Quand nous parlons delicences, il est clair que nous nous plaçons au point de vue des modernes. L'ancienne poésie n'altérait pas l'orthographe ou la grammaire dans le but de faciliter la versification. Elle n'admettait pas simultanément souspeçon ei soupçon, nous demourrons et nous demeurerons, pour qu'on eût la commodité de donner à ces mots une syllabe de plus ou de moins. Primitivement la poésie ne différait pas de la prose : l'une et l'autre écrivaient les mots do la même façon. Seulement l'orthographe était incertaine alors que notre langue n'était pas encore fixée. D*un autre côté , les mots , en s'abrégeant, par une tendance naturelle du langage, s'éloignaient de plus en plus de leur origine latine. Il est arrivé que les poètes du xv* et du xvi* siècle, ayant pour instrument une langue déjà notablement modifiée , et pour objets de constantes études les nombreux ouvrages de leurs devanciers, choisissaient, suivant le besoin présent, les formes modernes ou les formes anciennes. Celles-ci constituaient des licences. Plusieurs de ces licences se conservèrent au xvii* siècle ; quelques-unes sont môme parvenues jusqu'à nous. Ce sont autant de souvenirs du passé.

1* L'addition de 1'^ à la première personne du présent de l'indicatif (excepté à la première conjugaison), ne remonte guère qu'au xvi* siècle. Nos anciens auteurs écrivaient : je

478 HOTSft.

fini (et plus tard , je finy), je voi, je di, comme , je parle. Et pareillement au prétérit : je/te^ je vi, f aperçu. Ainsi, loin qu'il faille s'étonner de trouver cette manière d'écrire dans Marot , c'est l'introduction de Vs qui doit frapper.

Au milieu du xvr siècle, Sibilet protestait encore contre cette innovation. « Tu dois te garder de mettre s aux premières personnes singulières des verbes de quelque mœuf (mode) ou temps qu'ils soient, comme, je voy, yaimoye^^ je rendi, je boirai, si je faisaie, je diroie. C'est ce que pratiquent les savans , parce que s est note de seconde personne aux Grecs et aux Latins; et doit être à nous, qui tenons d'eux la plupart du bien que nous avons. Marot observe cela en général. Que si tu y trouves : je veis, je dys, je fis, je mets, je promets, dis que c'est pour la rime; ou dans le vers, que c'est faute d'impression ; ou l'attribue à l'injure du temps , qui n'avoit encore mis ceste vérité en lumière. De même à l'impératif : fay, dy. H, voy, répon^ tien, vien, mot, va, croy, stty, etc., non pas fais, dis, lis, etc. S'il te semble que, je puis, je suiSf est mieux dit, pense y trois fois. »

Voici un des exemples , effectivement assez rares, qui battaient en brècbe la doctrine , au reste fort sensée , du critique :

Mats fis trembler de main victorieuse

Les plus hautains : c*est Rome rorgueiileose ,

Et ses soudards, que lorâ je combattis

Par maintes fois, et non point des craintifs,

Mais des plus fiers fis un mortel déloge, marot.

Mais, d'autre part, on trouve dans Marot une infinité de rimeedans le genre des suivantes : je sai, essai ; je di, enlaidi; je tien, le tisn; j'apen^u^ su; jeperdi, mardi;

Dans Ronsard : je voijfoi; je reçois moi; je vi (de vivre et de voir)^ ravi ; je répondi, hardi ; je devien, tien ; je n*eu, à nu ; fépan,fappren.

Las l voici bien l'endroit où premier je la vi ;

Où non cœur, de ses yeux si douœment ravi , etc. aÂGNma.

i. Voyez d-des8us, p, 482.

LICENCES d'orthographe. 479

Car encor que la dame , eo qui seule je w, M'ait avecque douceur à ses lois asservi... Fut-il jamais mortel plus malheureux que moi ? Je lis mon infortune en tout ce que je vai,,.

J'écris, je lis , je mange et bot.

Plus heureux cent fois que le roi. BÉGifiBA.

Un aussi grand désir de gloire

Que j*avois lorsque je couvn

D'exploits d'éternelle mémoire

Les plaines d'Ârques et d'Ivry. malii.

C'est la seule fois que Malherbe a terminé un vers de la sorte.

J'ai cité un certain nombre d'exemples empruntés au XVII* et au xviii' siècle. Ils suffisent pour montrer que cette licence s'est maintenue dans notre versification.

M. Génin fait cette judicieuse observation sur l'addition de Y$ moderne : « Dans ce poste où elle s'était glissée , à la faveur de l'euphonie , 1'^ rendit de si bons services, que son usurpation est aujourd'hui consacrée et convertie en droit légitime. U n'en est pas moins vrai que , quand Molière et La Fontaine écrivent jtf di, je croi,je voi, je reçoi, ils usent d'une forme ancienne, et ne se permettent pas de supprimer I'^ pour le besoin de la rime , comme leurs commentateurs ne manquent pas de l'affirmer. »

lis était également inconnue à la seconde personne de l'impératif :

Pren celte rose, et ensemble reço^, etc. ronsau». Force donc ton respect, ma chère fille, et oroy Que chacun est sujet de l'amour, comme toi. aéoNiBR.

J'ai cité des exemples analogues de Racine, de La Fontaine et de Voltaire.

Si Ys finale était supprimée dans le cas précédent, d'un autre côté notre vieille langue avait fait à cette lettre une part très-large , qu'elle n'a pas conservée.

2<' Dans les noms , c'était , sinon une règle S du moins un

i. Cela est posé comme règle dans le grammairien provençal Hugues

usage très-commun, que les noms masculins prissent Vs au nominatif et au vocatif singulier. On écrivait, H rets ou le rois, le nions (monde), le diables, riens. Cette *se trouve encore , sans qu'on y fasse attention, dans quelques noms propres : Chartes, Georges, Jacques. On l'ajoutait lors môme qu'elle n'existait pas dans le mot racine : Alexandres (Alexander), le siècles (seculum), l*homs (homo), le presires (presbytcr), le langages (itaL linguaggto). Le nominatif pluriel, au contraire, supprimait r^^ mais elle reparaissait aux cas obliques.

Les adjectifs suivaient la même règle. On écrivait aussi uns (unus) , nuls ou nus (nullus). Ex. :

El AUxa^ykes ol sa terre à lui donnée, ^alexandbk.)

Signor, di^t Alixundrcs, cis damages est gros, (ib.)

Li evéqucs a pris del duc Richard congé, (ftor.)

Prenez le Iraïlor, à Richart le livrez :

Si vengera son père, qui par li fu tuez, (ib.)

Aliez, que Diex vous boit débonnairts et douxl (jubinal.}

Chacun qui sages erts*en put apercevoir, (ib.) Vous qui rimes me demandez, Commenl je me suis amendez, eutebcuf.

Car sagen hons sa langue garde, (a. db la rosk.)

Cet usage avait disparu bien avant la renaissance. J'en trouve la trace dans une pièce apocryphe de Uarot (Colloque d'Erasme) :

Ne l'avez- vous, quand tous vos biens Vos parens les ont, et vous riens ?

Beaucoup d'adverbes qui aujourd'hui finissent généralement en e muet, se terminaient anciennement par une s. La plupart ont non-seulement perdu cette s, mais encore l'e, par apocope. Je ne reviendrai pas sur ceux que la poésie admet encore dans leur ancien costume, tels que guères, naguères.

3"* Mêmes, même. — Primitivement l'adverbe mêmes s'écrivait toujours avec une s. l\ faut remarquer que ce mot était

Faidlt Cette question a soulevé et soulève encore de grandi débats parmi les émdlts.

LICENCES d'orthographe. 481

toujours adverbe , et qu'on écrivait moi mêmes, nous mêmes, sans qu'il y eût dans ce dernier la marque du pluriel.

Les exemples abondent dans nos vieux. romans. J'en citerai de plus modernes , qui , à ce titre, seront plus frappants.

Dans une ballade de Villon , les mots crèmes, brèmes, blêmes, riment avec le refrain suivant :

Je connpis tout, fors que moi mêmes.

Cette s s'est conservée pendant tout le xvi** siècle :

Mêmes alors que ta flûte champêtre, mabot.

Quand tu Tauras elle mêmes enquise...

Du mêmes œil qui ne se sut garder

De voir naguère, etc. id.

Et ne se plaira trop pour l'affétô langage Des flatteurs de la cour. Il ne se déplaira A soi mêmes aussi, ou bbllat.

Mêmes étant malade, est toutefois allée, etc. bonsard. Débande tous ses nerfs, à soi mêmes échappe, du bartas.

Rien ne m'écris, mais toi mêmes apporte. Rabelais. Vous ne fassiez, vaincue, à vous mêmes hommage, desportes. Et ravie en l'objet de leurs beautés extrêmes. Se retrouve dans eux, et se perd en soi mêmes, régnibr.

Mais la naïveté Dont mêmes au berceau les enfans te confessent, malh. Quand mêmes il liendroit les clefs de sa prison, maynard. Mêmes elle ose bien passer jusqu'au mépris, desmarets.

Cette s commençait à s'eflfacer du temps de Corneille. Il a écrit dans Polyeucte :

Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes Qu'ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes.

Dans le Menteur il avait mis ce vers :

Moi mêmes à mon tour je ne sais où j'en suis,

que postérieurement il corrigea ainsi :

Je ne sais plus moi-même à mon tour où j'en suis.

A propos du premier exemple, Voltaire semble attribuer spécialement à Corneille cette licence, que du reste il défend contre l'usage moderne. Sur le second passage, il fait cette simple remarque : « Il ne faut point ici à!s à même. » Cela est

vrai ; mais le commentateur aurait dû donner une petite explication ; d'ailleurs précédemment * il regrettait cette s.

L'archaïsme se reproduit encore dans deux vers de Boileau :

Que si mêmêê un Jour le lecteur gracieux... S'empare des discours mémêi académiques.

Si , dans ce dernier vers ^ mêmes n'était pas un adverbe , Boileau aurait péché contre la règle de la oéaura : faute qu'il évita toujours avec le plus grand scrupule.

Voici un exemple encore postérieur :

Tu sais mémês en flatterie

Si bien tourner la dureté, etc. cuaulibu.

Mais Ton trouve dans Marot , Ronsard , Du Bellay, même écrit sans s, surtout lorsqu'il est joint aux pronoms.

J*ai donné ci-dessus (p. 87) des exemples de métne restant invariable, quoiqu'il fût joint à un pluriel.

4* AvKCQUEs, AVBCQUB, avbcq', AVEC. — Avecques est la forme ancienne, et qui a longtemps existé seule. Je néglige encore les très-anciens auteurs , pour arriver à des poètes plus modernes :

Avecqms un de profundis, villon.

Sa femme aussi, dames et demoiselles, Honnêtes gens tout plein avecques elles. ghAtin. Et verts osiers joints avecques écorces. marot. Je t'en rapporterai avecques un pinson, ronsabd. Avecques eux emportent nos plaisirs, nu bbuat. Qui leurs chansons joindront avecques elle. baïf. Avecques un bonjour, amis comme devant, régnieh. Ce grand pilier de cabaret Avecques un hareng sauret. HATNARn.

Cette s fut supprimée dans le courant du xvr siècle. Beaucoup de passages de Ronsard et de Du Bellay ne ta prennent pas quand elle n'est pas nécessaire à la mesure. On ne la voit plus dans Malherbe; mais le que est conservé. Ex. :

i. « Les poètes, tant gênés d'ailleurs, peuvent avoir la liberté d'6ter et dicter une s à ce mot >

LICENCES D*0RTH06RÀPHE. 483

Marieront la fortune avecqve le bonheur, malh. Et ce que je supporte avec^tie patience... J*ai mis avecqw toi mes desseins dans la tombe, in. Sire, avecque regret je Tai vu de mes yeux, m airbt. Et joignant la richesse avecquê les appas, haqan. Travaille à ta cuirasse at;0e9us tant d'ardeur. HATifAnn. N'avez-vous point eu prise avecqm votre frère? nomou. Comme avecque rigueur jadis elle éprouva, st-amant. Je soulage ma peine avecque mes soupirs. Boisrobebt. Avecque le présent l'avenir se consume, lbmoinb. Sans elle, avecque tout tu seras misérable, scunéar. Avecque l'innocence ont perdu la raison, chapelain. Bt mon courage avecque ma raison, voiture.

Corneille suivit cet exemple , surtout dans ses premières pièces:

Ne viens-je pas de voir son père avecque toi?... Afbiblir mon devoir avecque mon amour... Mais laissons là Dorante avecque son audace.

Mais adoptant la réforme opérée de son temps, il corrigea postérieurement plusieurs passages de ses pièces dans lesquelles il retrouvait cette syllabe parasite : N'attaquez plus ma gloire avec tant do douleurs. Les premières éditions portent :

N'attaquez plus ma gloire avecque vos douleur^. De même à ce vers de Cinna :

Et sont-ils morts entiers avecque leurs desseins ? il substitua celui-ci , dix ans plus tard :

Sont-ils morts tout entiers avec leurs grands desseins?

« On observe que c'est avec raison que nous avons rejeté

avecque de IsLÏsngae : ce ^im était inutile et rude, n (Voltaire.)

Molière et La Fontaine ont souvent employé avecque. Boi-

leau en offre deux exemples , et Racine un seul , dans

Alexandre :

Et je puis l'ajuster avecque la pudeur. Moi..

Et q\x*avecque le cœur d'un perfide vaurien...

L'union de Valère avecque Marianne, m.

Les loups firent la paix avecque les brebis, la foitt.

La sotte vanité jointe avecque l'envie, la font. Le possesseur du champ vint avecque son fils. id. Tous les jours je me lève avecque le soleil, boil.

Cependant nous rirons

Avecque la bouteille, id.

M'entretenir moi seule avecque mes douleurs, rag.

Voici encore deux exemples postérieurs :

Q\i*avecque plaisir du haut style Je te vois descendre au quatrain ! chapelle. Tu te fais haïr comme un diable Avecque toute ta bonté, rouss.

Avecq' ou avec' est employé au milieu du xvi* siècle :

Le suc de Tun avecq' Tautre s'assemble, du bbllat.

Ronsard non-seulement autorise cette apocope, mais il trouve que «< avecques, composé de trois syllabes , donne le plus grand empeschement au vers, mesmement quand il est tout court. » II conseille de revenir à Tancien adverbe à, comme à lui, pour avecque lui.

ô"" Fresques. — Cet adverbe prenait déjà rarement 1*^ au xvr siècle :

En tous endroits je visite et contemple,

Fresques étant do merveille égaré, marot. Ces palais qui dans les nues Rendent presques inconnues, etc. matnard.

6" Ores, orb, or* , or. — Ores est resté jusqu'à Malherbe:

Qui languit ore^ en prison, (r. de la rose.) Tel qu'à présent ares il m'abandonne, marot. Ores il court le long d'un beau rivage. Ores il erre en quelque bois sauvage, ronsard.

Ores à mes dépens j'en fais l'expérience. rAgnier. Ore en mes bras, ore devant mes yeux, ronsard. Or' plein de joie, ore plein de douleur, id.

Ore le ventre creux d'une roche sauvage, du bartas. Ores je pèche, or^ je vais à la chasse, desportes.

Si je t'aimai jadis, ore je m'en repens. régnier.

Ronsard , dans sa poétique , admet ces différentes manières d'écrire.

LICENCES d'orthographe. 485

Encorbs. — C'est la forme primitive :

Et vous ferai encores un bon tour, marot.

Et à présent encores on t'appelle, m.

Qu'encores aujourd'hui j'en reste demi-sourd, ronsabd. Ce qu'encores en vous reconnottre je dois, du bellat. On fait de Phaë'ton encores un vieux conte, baïf. Faut-il que nous soyons encores en danger ? pybrac.

7° Onqdes ou oncqdes , ONQUE , ONCQ*, ONC. — Onçues est la plus ancienne manière d'écrire. Cet adverbe vient du latin unquam. L'addition del's se faisait par règle générale. Ex. :

Et n'aura onques hono, s'il le vist traïtor. (Alexandre.) Car il n'avoit onqries eu Du pauvre misération. (jubinal.) Examine s'oncques il vit. coquillart.

Tout courroucé sans nuls plaisirs quelconques : Et toutefois aussi bon qu'il fut onques. marot. Je vous supply, si onques amitié, etc. id. Tout le bien que la nature Eut onques en son trésor, du bellat.

Au xv* siècle, et même avant, l'apocope pouvait se faire, à plus forte raison Vs se retrancher. Ex. :

Onq mon cœur rien n'en oublia, (r. de la rose.) Car onc^ ne fut de revanche meilleure, crétin. Qui de garder ne fut onc^ paresseux Parcs et brebis, et les maîtres d'iceux. marot.

Qu'oncç' ne perdit en cour de Rome, du bellat. Si votre cruauté ne s'est oncq' amortie, desportbs.

Nous avons dit que ce mot s'est conservé dans le style marotique :

One n'avoit vu^ ne lu, n'ouï conter, la pont. Je ne vis onc mémoire si féconde, rouss.

DONQUKS ou DONCQUES , DONCQUB , DONCQ', DONC. — C'OSt

l'italien dunqne, avec addition de 1'^, lettre caractéristique des adverbes :

Donques ot si grant ire, onques mais n'ot si grant. (Alexandre.) Donques a chevance et honneur, rutebbuf. Pour revenir doncques à mon propos, marot.

486 NOfBS.

Doncques en vain je me peîssais d'eipoir. bonsami». Doncques autant de fois que nos vers ou histoires, du bbllat. Quelqu'un doncques indigne aura la jouissance, baïf. Doncques sera-t-il vrai qu'il faille que je suive, dbspobtis, Doncques, sans mettre enchère aux sottises du monde. utonEB.

Doncques ce ciel inexorable

Veut que je vive misérable, iutnabd.

Ouvrez-moi doncques sa maison, ragapï.

L'as4u doncques sauvé de Thorreur des batailles? boisbobbrt. Doncques avec honneur tu pourras au besoin, bu rteb. 8'étant ciofio^iMt levé qu'encore les éloUes. 8AiifT-AM ant. Doncques pour conserver cette fidèle ville, ohàbblain. Doncques si de parler le pouvoir m'est dté. molièbb.

Toute la nuit dfmcques il plut,

Et tant d'eau cette nuit il chut, gbapbllb et bach.

Dans plusieurs de cea exemples, on est libre de supprimer 1*5.

Donc était déjà usité au ir siècle.

ÂDONQUES OU ADONCQUES, ADOI^CQUK, àDONCQ', ADONG. — On

dit également en italien adunque,

Adoncques il leur demanda, villon .

En un lit haut ddoncque il se coucha, marot.

Pensez adoncque en quelle doute et presse, m. Adoncques l'air, qui est Jupiter tout puissant. DU bellat.

Adoncie vins en réputation. lo.

Adoncje répondis : Appelez-vous athée, etc. bonsard.

Combien qu* adoncque il eût dans sa pensée, baïf.

Phébus adonc se va désabuser, bouss.

Ronsard autorise les trois façons d'écrire ces mots (par cques, cque et c).

Remarque. L'adjectif indéfini quiconque, quelconque, prenait également 1'^ du simple :

Qukonques est ami de la science. cbAtin. En tel' façon , quiconques ait été Élu des dieux , etc. mabot.

NOTB 20 (page 95).

Nous allons réunir et classer les principales inversions qui étaient autrefois en usage. Si nous ne remontons qu'à Marot , nous avons à peine besoin de prévenir qu'elles se trouvent à plus forte raison chez les poètes antérieurs. La prose alors en faisait également usage.

Inversion dc sujet.

Bien me connott la ftndgntô Cyhèlê. màiot.

T'éveillera la pie en son caquet,

réveillera aussi la colombelle. id.

Et ne pourroient ni le temps ni Tusage

T ajouter un seul point davantage, du beluy. Et donne l'intérêt le prix aux actions, régnier. Et peut un Jeune sot , suivant ce qu'il conçoit... Et ne m'ont les destins, à mon dam trop constans, Jamais après la pluie envoyé le beau temps, id. Apollon n'a plus de mystère, Et sont profanes ses chansons, iulh.

Par qui se vit l'Asie autrefois possédée, dbsiiarbts. Vous deves oublier un désespoir jaloux Où força son courage un înBdèle époux, corn. Que nommoient nos guerriers poudre de sympathie... Que venoient sas beautés allumer dans mon Ame. id»

Il y avait un cas particulier et très-fréquent de Finversion : c'était lorsque le verbe être, joint à un participe , formait un verbe passif; alors le nom se mettait entre l'auxiliaire et le participe. Cette inversion se trouve encore deux fois dans Racine :

Et les villes où sont ks pe/uples amassés, bonsard. Et de mainte figure est sa beauté marquée. RéoNiBR. Et sera jusqu'au cuir ton carrosse doré. id. A quel exploit sera notre main occupée? tbéoph. Par qui sont les héros en triomphe menés, la font. Le sage par qui fut ce bel art inventé...

Et sont nos gens logée sous même toit. id.

De quel démon est donc leur âme travaillée ? mol. Sur qui sera d'abord sa yeageance exercée? bac.

Quand sera le voile arraché Qui sur tout l'univers jette une nuit si sombre? id.

Invbrsion de l'attribut.

Mêmes alors que ta flûte champêtre ,

Par trop chanter, lasse sentiras être, marot.

Es terre aussi , des Faunes et Hymnides

Connu je suis ; connu je suis d'Orphée, m. De son état pourtant digne je ne l'estime, du bbllat. Et qu'en ces trahisons, moins sage devenu, bégnibb. Et par feU) comme Hercule, immortel devenir, id. Vous le fîtes en&n immortel devenir, matnabd. Vous êtes maigre entrée, H faut maigre sortir, la pont. Chaque castor agit : commune en est la tâche, id.

Invibsion du bégimb dibect.

Rien de plus fréquent dans les vieux poètes. Citons quelques exemples, en remontant seulement jusqu'à Ronsard :

Je vis Amour qui son arc débandoit,

Et dans mon cœur le brandon épandoit

Qui des plus froids les mouelles enflamme, bonsabd.

Les ennemis armés nos gens outrageront ,

Et, gâtant le pays , nos champs saccageront, baïf.

Et ne veut par le sang la victoire acquérir, du bbllat.

Car devant que le tems nos deux cœurs désassemble. dbspobtes.

De toutes vos frayeurs vos^sprits assuroit. bégnier.

Que. la terre de soi le froment rapportoit. id.

Malherbe continue d'employer cette construction , qui se maintient encore après lui :

Devoit sous ta merci les rebelles ployer, malh. Que cette âme de roche une grâce m'octroie... Je veux de mon esprit tout espoir rejeter... D'Espagnols abattus la campagne pavant, id. Eux-mêmes qui le cours de la nature suivent, tbéoph. De myrte et de laurier mes cheveux environne, matnabd. Tandis que leurs esprits la vengeance respirent^ maibbt. Et des pièges dressés les risqués évita, saint^amaiyt. Sous votre aimable joug tous les peuples unir, chapelain.

Et leur prédiction sur le marbre écrivirent, lbmoinb. L'âge , qui toute chose effeice. voiturb. Et pour rencontrer le cercueil Qui le fameux Voiture enserre, sarbasin.

Je veux de votre muse une grâce obtenir, desmarbts.

Comme on le voit , les poètes du siècle de Louis XIII faisaient encore usage de cette licence. Corneille, dans la maturité de son talent, s'en est abstenu ; mais dans ses premières pièces il imitait ses contemporains :

Sans que mes actions de plus près j'examine... Mon respect à l'amour tout le monde convie...

Sa défense entreprend,

Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il entasse.

Boileau, Molière et Racine achevèrent de proscrire cette inversion. Elle reparaît encore une fois dans la première tra* gédie de Racine :

Et si quelque bonheur nos armes accompagne.

La Fontaine continue à suivre , comme d'ordinaire , l'exemple des anciens :

Le pauvre Eschyle ainsi ses jours sut avancer... Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite...

Puisqu'il vouloit son bonheur réparer...

Panurge alloit l'oracle consulter.

La Harpe reproche à La Monnoye une de ces inversions que déjà Racine et Boileau avaient interdites à notre langue dans le style noble :

Toi qui sais la beUe âme au bel esprit mêler.

Nous avons conservé la vieille locution , adieu vous dis (je vous dis adieu) :

Adieu vous dis, 6 vous, herbes encore, du bbllat.

InVBBSION du PàBTICIPB PASSi.

Nous avons déjà donné quelques exemples de l'inversion du participe passé , employé dans la conjugaison avec l'auxiliaire avoir, et devenant variable par suite de cette transposition. Nous pourrions en accumuler ici un grand nombre, en

490 lions.

citant les plus anciens poètes ; mais nous ne voulons pas remonter au delà de Régnier :

Ayant votre beau nom lâchement démenti, aioNiBA. À comme d'un brouillard ta personne couverte... Après avoir, cruel, tout respect violé. id. liais déjà la rosée a vos tapis mouillés, tbéoh. Jamais depuis sa mort ses vaisseaux n'a taris, malr. Leurs pieds qui n'ont jamais les ordures pressées... Leur camp, qui la Durance avoit presque tarie... Le centième décembre a les plaines ternies, id.

Nous voyons cette inversion se conserver pendant une partie du xvii* siècle :

Que j^ai de vos clartés las excès découimtê. lUTif ari>.

Passant, qui de la France a son nom entendu, iucan.

Quand j'aurois en un jour trois batailles perdues,

Et cent places de marque aux ennemis rendues, mairet.

Et j'aurois cette injure impunément soufferte, rotrou.

De qui le seul récit m'a l'esprit enchanté, dbsmarbts.

Car en cette saison sa rage redoublée

De spectacles affreux l'Egypte avait comblée, saint-amant.

Il avoit cent assauts l'un sur l'autre endurés^

Et cent fois dans leur camp les Anglais resserrés. cr&pblaiiN.

Corneille use aussi , mais bien plus sobrement , de cette licence :

J'ai leur crédulité sous cet habit trompée,.. D'un trouble bien plus grand a mon âme agitée... Aucun étonnement n'a leur gloire flétrie. J'avois de point en point l'entreprise tramée... A dedans ce billet ma passion déohta... De toute ma famille a la trame coupée... Le seul amour de Rome a sa main animée.

Molière ne se l'est permise que dans ses premiers ouvrages :

Et m'a droit dans sa chambre une botte jetée.,. Dans le plus bel endroit a la pièce troublée... Et n'ont point de ces lieux le beau monde chassé.

La Fontaine , ici conune ailleurs , conserve Tarchaîsme :

Combien de fois la lune a leurs pas édairés... Que les tièdes Eéphyrs ont l'herbe rajeunie...

LICENCES. -^ IHYERSIONS. A91

Il avait à grand tort son villago quitté.,.

Et qu'aucun de leur mort n'ait nos tôtes rompues.

Boileau et Racine, en s'en abstenant, ont décidé la réforme. Les exemples de cette inversion deviennent bien rares au xviir siècle :

Et piquant Tappélit dont le ciel m'a doué,

Sur la place à l'instant l'odorat m'a doué, pibon.

Voltaire , citant le vers de Corneille :

Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrU ,

fait cette remarque : « La sévérité de la grammaire ne permet pas CA flétrie; il faut dans la rigueur : a fUirisa gloire. Mais, a sa gloire flétrie^ est plus beau, plus poétique, plus éloigné du langage ordinaire , sans causer d'obscurité. >•

Les regrets de Voltaire ne ramèneront pas une licence entièrement tombée en désuétude , et qui , il faut le reconnaître, a mérité d'être proscrite , parce que souvent elle engendrait de l'obscurité. Ainsi, quand on lit ce vers de La Fontaine :

Il avait dans la terre une somme mfouie, on ne sait pas si l'auteur a voulu dire : il avait enfoui %ine somme, ou, il possédait une somme enfouie,

Rousseau , dans ses pièces marotiques , a voulu emprunter cette transposition ; mais il a eu le tort d'y introduire un solé«cisma :

Soit : Riehelet Jadis en raccourci Vous a de l'art les règles dégrossi,..

Ami Marot, que je vous sais bon gré D'avoir les sots en vos vers dénigré /... . . . Non qu'on m'ait imputé D'avoir jamais nouveautés adojpU..,

J'ai quatre mauvais jours passé.

Sans, je vous jure, avoir pensé , etc.

C'est là violer grossièrement notre règle si logique des participes : il fallait dégrossies, dénigrés, adoptées, etc. Le participe , au prétérit j'ai vu, ne reste invariable , quand le régime est après, que parce que ce régime est inconnu ; mais il n'en est pas de même quand le régime précède :je les ai vus, les personnes que j'ai vues, je les ai toutes vues.

492 ROTBS.

On trouve, mais rarement, cette faute dans des poètes antérieurs :

S'envole au bois, au bois se tient caché , Honteux d'avoir sa femme tant cherché, passbrat.

Une faute opposée , mais moins grave , consistait à foire accorder le participe quand le régime est après. Cette construction est fort ancienne. Ex. :

Lors a traite.répée, si regarde à ses pieds, (albxandiue.)

Vers le palais a tomêe sa tète *.

Quand Félix envers Dieu oi faite sa prière, (jubinal.) En follement dépendre * avoit mîM sa cure, (ib.) Afin d'avoir tous les faits honorés Ou bon seigneur qui tant a décorés Et embeUis les livres de musique. CRiTiN. Ni ne ferai jamais, voire eusséje a/valée L'onde qui court là bas sous l'obscure vallée, bonsabd. Mignonne, allons voir si la rose , Qui ce matin avoit déolose Sa robe de pourpre au soleil, etc. id.

Les Italiens peuvent dire de même : La luna aveva perduti f raggi. C'est la construction latine.

Anciennement le participe passé, combiné avec l'auxiliaire avoir dans les temps composés , pouvait se mettre avant lui :

Quand ton temps perdu y auras. ( b. db la bosb.) Comme l'état que tu pris as. mbsghinot.

Lequel des deux gagné le prix avoit. mabot.

Sache de vrai, puisque demandé Tas...

Vrai est que l'arc les malins tendu m*ont.

Converti ont leurs danses en douleurs, id.

Invbbston db l'infinitif.

Nos anciens poètes pouvaient mettre l'infinitif avant le verbe , à un mode personnel , qui le régissait. Cette construc^ tion s'est conservée dans le genre marotique :

Vous me direz ce que dire savez, mabot. ... Et sonner ne s'amuse,

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