SUCCESSION DES RIMES
Première remarque. On trouve quelquefois trois rimes pareilles placées de suite. Le genre lyrique et le genre léger autorisent également cet emploi. Ex. :
Cieux, écoutez ma voix ; terre, prête Toreille : Ne dis plus, 6 Jacob, que ton Seigneur sommeille. Pécheurs, disparoissez : le Seigneur se réveille, rac. Le Seigneur a détruit la reine des cités : Ses prêtres sont captifs, ses rois sont rejetés ; Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités. lo.
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc Taborde humblement, Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire, la font.
La Fontaine met assez souvent trois rimes semblables de suite ; rarement il en met quatre. En voici un exemple :
Quiconque avec elle * naîtra Sans faute avec elle mourra, Et jusqu'au bout contredira, Et, s'il peut, encor par delà.
Voici un passage, que je crois unique dans ses ouvrages, où il est allé jusqu'à cinq rimes pareilles :
Il advint qu'au hibou Dieu donna géniture; De façon qu'un beau soir qu'il étoit en pâture.
Notre aigle aperçut d'aventure.
Dans les coins d'une roche dure
Ou dans les trous d'une masure,
De petits monstres fort hideux.
Quand nous traiterons des stances, on en verra plusieurs dans lesquelles trois rimes pareilles sont suivies d'une rime de nature opposée.