‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 38 sur 243 · RACINE · texte numérisé non relu

RACINE

2* Lorsqu'un verbe en gouverne un autre à Tin* finitif, le pronom qui est le régime du second se met élégamment avant les deux verbes , au lieu d'être intercalé au milieu. On dit en prose : je veux le voir; en poésie on dira bien : je le veux voir. Ex. :

Si tu me veux aimer, aime-moi sans me craindre, corx.

Ce terme est équivoque : il le faut éclaircir. boil.

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser, etc. bac.

Fier de son nouveau rang, m'ose-t-il méconnoltre?...

Une reine à mes pieds se vient humilier...

Hermione, seigneur? il la faut oublier...

Ah ! sans doute, on s'en peut reposer sur ma foi. id.

Et moi-même je veux l'aller faire sortir, mol.

Il se faut entr'aider : c'est la loi de nature, la font.

Oui, je le vais trouver, je lui vais obéir, volt.

Remarque. Cette inversion entraîne quelquefois rechange des deux auxiliaires :

Il s*est osé promettre un traitement plus doux. conx. Et lorsque sur le trône il s'est voulu placer, uac.

Au lieu de : il a osé se promettre^ etc.

3"" En prose, le pronom personnel joint à Fimpératif se met toujours après cet impératif. En poésie, on peut le placer avant, en remplaçant moi, toi, par me, te. 11 faut observer que cette construction n'a lieu que pour un second membre de phrase, et après une des conjonctions et, ou. Au lieu de : et laisse-toi conduire, on peut dire : et te laisse conduire. Ex. :

Sors du trône, et te laisse abuser comme moi. corn.

Et m'aidez à venger cette commune injure...

Eh bien, prends-en ta part, et me laisse la mienne, id.

94 CHAPITHË IX.

Polissez-iesans cesse, el le repolissez. BotL. Et me laissez ici le soin de ma vengeance, ràc. Tu veux servir : va, sers, el me laisse en repos. ID. Donnez tôt ce papier, de grâce, et nous laissez, mol. Approchons celte table, et vous mettez dessous. id.

4* Les adverbes joo^^ plus, points construits avec un infinitif y et assez ^ joint à un adjectif, se transposent quelquefois en poésie, c'est-à-dire se placent après Tinfinitif ou l'adjectif. Celte inversion a déji un peu vieilli. Ex. :

Qu'en dis-tu, ma raison? crois-tu qu'il soit possible D'avoir du jugement, et de ne l'aimer pas? malu. Je devois vous connottre, et ne m'engager pas Aux trompeuses douceurs de vos cruels appas, eotrou. Car c'est ne régner pas qu'être deux à régner, coen. Auroitpu vous connoitre, et ne vous chérir pas... Mais je vous tiens ensemble heureux au dernier point D'être né d'un tel père, et de n'en rougir potn(... D'un Romain lâche assez pour servir sous un roi. id. Mais qu'il me soit permis de ne le savoir pas, mol. Aux menaces d'un fourbe on doit ne dormir point, id. Et que tout l'univers apprenne avec terreur A ne confondre plus * mon fils et l'empereur, bac. En m'arrachant mon fils, m'aurait punie assez, volt.

Ajoutez le mot rien :

J'ai tort de craindre rien sous la foi de Cassandre. rotrou. Je verrai Bajazet. Je ne puis dire rien Sans savoir si son cœur s'accorde avec le mien. rac. Et jamais tous ses soins ne peuvent m'offrir rien. mol.

5"" Nous avons dit que la prose met quelquefois le sujet après le verbe ^ comme dans les phrases suivantes : Vienne le temps ^ les dépenses qu'a occasion--

I. L'inversion de plus, avec un verbe à un temps personnel , n*est admise que dans le style qu'on nomme marotique : Ambassadeurs par le peuple pigeon Fureni cboisis , et si bieo travaiUèreot Que les YEutoars plut ne ce chamaillèrent, la fort.

nées votre luxe, le siècle où vivait César, etc. Ces inversions sont, bien entendu, admises dans la poésie ;

Périsse mon amour, périsse mon espoir ! corn.

Ceux qu'engage avec nous le seul bien du pays...

Sur le repos qu'enfin a retrouvé mon âme,,.

Comment s'est terminé ce pompeux sacrifice? id.

Ces yeux que n'ont émus ni soupirs ni terreur, rag.

Plutôt que dans mes mains par Joad soit livré

Cet enfant qu'à son Dieu Joad a consacré...

Où se garde caché, loin des profanes yeux,

Ce formidable amas de lances et d'épées...

Triste objet où des dieux triomphe la colère,

£t que méconnoitroit Vceil même de son père. lo.

Tombent sur moi du ciel les plus grands chàtimens! mol.

Songe que dans tes mains est le sort de ton maître, volt.

Dans ses yeux brille une douceur perfide, rouss.

Chez eux logea l'amitié secourable, id.

6° Dans Tancien langage français , la transposition du sujet était fréquente. Jusqu'à Boileau, la poésie profita de cette liberté de construction S qu'elle a perdue aujourd'hui presque absolument.

Les exemples suivants, qui s'éloignent de l'ordre de la prose , ont déjà pour nous quelque chose d'étrange :

Rome à qui vient ton bras d* immoler mon amant, corn. Pour qui tient Apollon tous ses trésors ouverts, boil.

L'inversion de l'attribut est généralement proscrite, comme celte du sujet*.

L'inversion du sujet et de l'attribut est admise dans le style marolique*.

i. Voyez la note à la fin du toIudic.

2. Elle 5*c8t conservée , même en prose , dans les anciennes locutions x Bien fou sera celui , homicide point ne seras.

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