‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 52 sur 243 · Il prend deux pailles · texte numérisé non relu

Il prend deux pailles

3. Il n'y a pas du tout de nouveauté , H n*y a rien de nouveau.

Rousseau a souvent imité ce vieux langage. Dans son épître à Marot, c'était plus que jamais le lieu de le reproduire. En voici un fragment :

Par quoi, sit6t qu'en mon adolescence Mon odorat, par vos vers éveillé, Des autres vers ne fut plus chatouillé, II n'eut repos (jeunesse est téméraire 1 ) Que ne m^eussiez adopté pour confrère... Vous ne verrez sot qui soit honnête homme... Bien le savez, Clément, mon ami cher... Combien de fois, las I me suis-je vu peindre De traits pareils! Non qu'on m'ait imputé D'avoir jamais nouveautés adopté :

Des gens dévots, que j'estime et respecte, Ainsi que vous, je n'ai honni la secte Qu'en général, sans aucun désigner :

Et fîtes mal de les égratigner...

Vient des neuf Sœurs la fontaine infecter, Et de sa grifife Apollon molester...

Lors chacun crie : 0 l'esprit éminentl... Sans la raison puis-je vertu oonnoltre?

Et sans le sel dont il faut l'apprêter, Puis-je vertu faire aux autres goûter?... Et ne pouvant son foible vous cacher, Le vôtre au moins il tâche d'éplucher.

La Harpe parle du màrotisme employé avec choix et sobriété dans les genres qui le comportent. C'est qu'efifectivement le màrotisme ne doit pas sortir de ces genres. Voltaire revient en plusieurs endroits sur cette règle du bon goût.

« Il me semble qu'en poésie^ dit-il^ on ne doit pas plus mélanger les styles qu'en prose. Le style marotique a depuis quelque temps gâté un peu la poésie par cette bigarrure de termes bas et nobles, surannés et modernes; on entend, dans quelques pièces de morale ; les sons du sifflet de Rabelais parmi ceux de

la flûte d'Horace. J'avoue que je suis révolté de voir dans une épitre sérieuse les expressions suivantes :

Des rimeiirs disloqués , à qui le cerveau tinte « Plus amers qu'aloès et jus de coloquinte, Vices portant méchef. Gens de tel acabit, Chiffonniers, Ostrogoths, maroufles que Dieu fit. »

Le critique ne dit pas que c'est là un centon composé avec des fragments de l'épttre à Marot par J.B.Rousseau.

« ... Il ne faut pas confondre les vers de cinq pieds avec les vers marotiques. Le style qu'on appelle do Marot ne doit être admis que dans une épigramme et dans un conte, comme les figures de Callot ne doivent paraître que dans des grotesques. Mais, quand il faut mettre la raison en vers, peindre, émouvoir, écrire élégamment, alors ce mélange monstrueux de la langue qu'on parlait il y a deux cents ans et de la langue de nos jours paraît l'abus le plus condamnable qui se soit glissé dans la poésie. Marot parlait sa langue : il faut que nous parlions la nôtre. Cette bigarrure est aussi révoltante pour les hommes judicieux que le serait l'architecture gothique mêlée avec la moderne. Les jeunes gens s'adonnent à ce stylo, parce qu'il est malheureusement facile, i)

DB l'harmonie BN GÉNÉRAL.

Si Yliarmonie du style est nécessaire à réloquencei elle Test bien plus encore à la poésie. Le poôle, en adoptant le rhythme cadencé du vers^ s'est engagé à offrir à Toreille un charme qu elle ne trouvait pas dans la prose : à plus forte raison doit-il, à Texemplo de Torateur, choisir, parmi les mots qui se présentent à lui f ceux qui sont les plus doux à prononceri et faire en sorte que leur mélange produise encore une agréable impression. Il sera parlé plus tard de Y harmonie imitative; nous verrons alors quelles restrictions il faut mettre à la règle générale de Tharmonie.

Boileaui dans ces vers de V Art poétique ^ nous a donné à la fois le précepte et l'exemple :

Il est UQ heureux choix de mots harmonieux ; Fuyez de mauvais sons le concours odieux. Le vers le mieux rempli , la plus noble pensée Ne peut plaire à Tesprit quand Toreille est blessée.

Racine est peut-être, de tous nos poëtes, celui qui avait le sentiment le plus exquis de Tharmonie. Voyez dans ces beaux vers combien la mélodie des paroles ajoute à la grandeur des pensées :

Que peuvent contre lui ' tous les rois de la terre? En vain ils s*uniroient pour lui faire la guerre :

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