‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 53 sur 243 · I. Dieu · texte numérisé non relu

I. Dieu

DB L*HÀR]fONlE. 121

Pour dissiper leur ligue, il n'a qu'à se montrer; U parle , et dans la poudre il les fait tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble; Il voit comme un néant tout l'univers ensemble ; Et les foibles mortels , vains jouets du trépas. Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étoient pas.

Boileau s'est souvent moqué des vers rocailleux de Chapelain. On verra, par quelques échanliilons , combien cette critique était fondée:

Un seul endroit y mène, et de ce seul endroit Droite et roide est la côte, et le sentier étroit,

« Quels vers! juste ciel! s'écriait*il ; je n^eu puis entendre prononcer un que ma tête ne soit prête à se fendre. »

L'auteur de la Pucelle dit ailleurs :

A ton iUustre aspect mon cœur me sollicite , Et , grimpant contre mont, la dure terre • quitte,

La parodie suivante , que le satirique a faite du style de Chapelain, est fort connue :

Maudit soit l'auteur dur, dont l'âpre et rude verve , Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve; Et de son lourd marteau martelant le bon sens , A fait de méchans vers douze fois douze cents.

Voici une autre parodie du même genre, qu on trouve dans une lettre de Boileau :

Droits et roides rochers, dont peu tendre est la cime, De mon flamboyant cœur l'âpre état vous savez.

I. C'est Ici le Ueu d'appliquer la remarque de La Harpe , au sujet de La Motte : > Cette dureté n'est pas seulement dans le concours vicieux des sons, dans le malheureux arrangement des mots , qui se montre presque partout ; elle est aussi dans la nature des constructions. > Boileau , dans ses parodies , a reproduit et cliargé ce double défaut de Chapelain.

Savez aussi , durs bois , par les hivers lavés , Qu'holocauste est mon cœur pour un front magnanime *.

Voltaire a attaqué des mêmes armes La Motte , rival de Chapelain sous ce rapport. 11 lui fait dire, dans le Temple du Goût :

Ouvrez, messieurs : c'est mon Œdipe en prose. Mes vers sont durs, d'accord, mais forts de chose.

Des fautes contre Tharmonie, ou des cacophonies échappent à tous les poëtes, mais surtout à ceux qui écrivent avec trop de facilité. Elles sont rares dans Boileau et dans Racine , assez fréquentes dans Corneille et dans Voltaire ; car le commentateuri qui relève souvent , dans l'auteur du Cid et de Cinna , des passages d'une incontestable dureté, et qui dit quelque part que tout vers qui n'est pas aussi harmonieux qu'exact et correct , doit être banni de la poésie , a montré qu'il est plus aisé de donner des préceptes que de les suivre.

Nous allons énumérer, en les classanti les principales causes qui nuisent à l'harmonie du style.

l^'Il faut signaler d'abord la succession de plusieurs consonnes rudes. C'est, dit Voltaire, le mélange'heureux des voyelles et consonnes qui fait le charme de la versification ^

i. Déjà , dans une de ses satires, U avait décoché le trait suivant contre

le même po€te :

Chapelain veut rimer, cl c'est là sa folie :

Mais , bien qne ses âurt ver«, d'é}iithètes enflés , etc.

2. « Il faut que les consonnes et les voyelles soient tellement mêlées et assorties, qu'elles se donnent par retour les unes aux autres la consistance et la douceur ; que les consonnes appuient , soutiennent les voyelles , et que les voyelles à leur tour lient cl polissent les consonnes. » (Lk Batteux. )

DE L HÀRMOlflE. 123

J'eus toujours pour suspects les dons cTtiti ennemi, corn. El celui dont le ciel pour le sceptre a fait choix , Jusqu'à ce quil le porte , en ignore le poids... Jusqu'à ce qu'à ' vous-mônie il ait osé se prendre... Ce fils donc qu'a* pressé la soif de la vengeance, m.

Le vers suivant , dans lequel Le Mierre définit la lanterne magique ^ est devenu célèbre par le ridicule :

Opéra sur roulette, et qu'on porte à dos d'homme.

Un poëte peu connu' commence un vers par cet hémistiche : Arbre à grisâtre écorce.

La Motte, que nous avons déjà signalé pour ses nombreuses cacophonies , nous fournit les exemples suivants :

Les rois qu'après leur mort on loue...

L'homme contre son propre vice...

Ton amour-propre est trop crédule...

L'onde entre et fuit à dots égaux...

Rarement la libre nature S'accorde aux contrastes de l'art.. .

Cherche jusqu'en son adversaire...

Ne songe qu'à charmer les sages...

De tes plus riantes images Qu'un sens profond soit le soutien...

Et du fond vif de mes pensées.

Les vers monosyllabiques sont en général* peu harmonieux :

Je sais ce que j'ai fait et ce qu'il vous faut faire, cohn.

{, « On ne peut trop remarquer avec quel soin pénible W faut éviter ce concours de syllabes dures, dont les auteurs ne s'aperçoivent pas dans la chaleur de la composlUon. Jusqu'à ce qu'à révolte rorcllle. • (Voltaire. )

2. « Cacophonie qu'U faut éviter encore, donc qu'a, » (Voltaire.)

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