‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 56 sur 243 · DE L HARMONIE · texte numérisé non relu

DE L HARMONIE

V Deux mots ayant même consonnance qui se suivent immédiatement :

Et d*un œil vigilant épiant ma conduite, volt. Tel d*UD bras foudroyant fondant sur les rebelles. id. Dans ses desseins toujours à mon père contraire, crébiul. Sous les coups qu'ils craignoient voyoient tomber nos téteâ.

[la monnoye.

5"" La versification française n'admettant pas Thiatus , il faut user sobrement des hiatus déguisési mais réels, que nos règles autorisent. Nous reproduirons sommairement quelques points développés ci-dessus.

On devra éviter devant un mot commençant par une voyelle :

Er se prononçant é, comme papier innocent, guerrier intrépide j

Un mot terminé effectivement par la même voyelle, après que Télision aura été faite, comme armée étrangère, nuée épaisse , perfidie inouïe, rue humide;

Les voyelles nasales S comme tyran inflexible, maison élevée;

On mot terminé par une consonne, laquelle ne peut se lier par la prononciation à la voyelle initiale du mot suivant, comme camp ennemi, champ ensemencé. Tels sont encore nidj loup, drap^, etc.

L'A aspirée est dure dans certains cas , par exemple dans et hors*, être haï, la haiir.

i. Vuye2 U uote à la fin du voluuio.

2. Cependant les différente» renoouU*ei» de lettres que nous couseiUona id

d'éviter sont bien moins sensibles, et peuvent être admises après un repos

bien marqué :

Sauvex-DOttsde sa matn, el redoutfes les dieux. coh?i. Il faut que je le voit... Ah 2 seigneur 1 vous voici ! rac.

3» Roi hors est dur à l'oreille ^ dit Voltaire à propos d*un vers de Cinna, On

L'hiatus est permis entre la fin d'un vers et le commencement du suivant. Cependant quand le sens est continu, celte rencontre de voyelles a de la dureté *.

&" Le poëte pèche encore contre Tharmonie, quand il fait rimer la césure avec la fin du vers :

Sortons; qu'en sûreiéj'examine avec vous,

Pour en venir à bout, les moyens les plus doux. gobn.

Je t'ai préféré même à ceux dont les parens

Ont jadis dans mon camp tenu les premiers rangs...

Je tiens mon ennemi^ mais je n'ai plus de fils...

Pourquoi ne l'as-tu plus? ou pourquoi l'a vois-tu? id.

De Corneille vieilli sais consoler Paris, boil.

Observe les guerriers, les regarde marcher, id.

Sur un de vos coursiers pompeusement orné. bac.

Ses yeux, comme effrayés, n'osoient se détourner. lo.

Évidemment celte coosonnance vicieuse a été évitée à dessein dans les vers suivants :

Car c'est ne régner pas qu'être deux à régner, cobn. Et ce sang, en tous temps utile à la patrie, Dont je n'ai qu'aujourd'hui souillé la pureté ,

peut , à plus forte raison , adresser ce reproche à ce vers de la Henriade : Et crie à haute voix : Quiconque aime la guerre, etc.

I. Un poëte qui avait un sentiment délicat de l'harmonie, et qui en observait trë»-«crupuleusement les lois dans un genre qui permelUlt d*ailleurs une aimable nëg^gence, Chaulieu, nous apprend qu'il ne se permettait pas ce conflit de voyelles. « Il n'est point de soins, dlt-U, que je n'aie pris, il n'est point d'études que je ne me sois faites pour n'employer que des mots justes et choisis, qui font la délicatesse de l'expression; mais j'ai voulu encore qu'ils fussent sonores, et j'ai tout sacrifié pour tAcher à mettre du nombre et de l'hannonie dans mes vers. J'ai évité non-seulement des mots durs qui se heurtassent désagréablement les uns les autres, mais encore la collision ou le choc des syllabes, et même des voyelles et des consonnes dont la rencontre produisoit un son désagréable ; j'ai porté la délicatesse et le scrupule jusqu'à ne pouvoir souffrir que le eotnmencemerU d'un vers heurtât désagréable^ ment la fin de celui qui préeédoit. Voiià la seule peine et le seul travail que m'ont coûté mes vers. »

N'aura coti/^ jamais que pour la liberté, volt.

De ses trompeurs appas le charme empoisonneur, in.

On doit condamner dans ce cas une simple ressemblance de sons y même ne constituaDt pas une rime exacte :

Nos desseins avortés, notre haine trompée, cobn. Jusqu^au dernier soupir je veux bien te le dire. id. Aux Saumaises futurs préparer des tortures, boil. Ma honte est confirmée, et le crime achevé, bac. Qui m'ose mépriser, après m'avoir vengée. votT.

7* Les hémistiches de deux vers ne doivent pas rimer entre eux. Cette consonnance trompe l'oreille, et lui fait croire qu'elle entend quatre vers de six syllabes, au lieu de deux alexandrins :

De votre dignité soutenez mieux l'éclat :

Est-ce pour travailler que vous êtes prélat? boil.

Je prodiguai mon sang; tout fit place à mes armes;

Je revins triomphant, bac

Damon, tes sens trompeurs, et qui t'ont gouverné,

Tout promis un bonheur qu'ils ne t'ont pas donné, volt.

Tel Bourbon descendait à pas précipités

Du haut des murs fumons qu'il avait emportés;

Tel d'un bras foudroyant fondant sur les rebelles, etc. lo.

Embrassez, mes enfans, les genoux paternels :

D'un œil com|)o/tssan( regardez l'un et l'autre;

N'y voyez point mon sang, n'y voyez que le vôtre, la mottb.

Voltaire signale cette faute dans les deux vers suivants :

Amoureux de la gloire et de la vérité,

Mon esprit ne peut voir ' sans être révolté, etc.

i. < Voici encore, ajoute-t-U, quelques passages d'une étonnante venUIcatlon :

Ma muse , se moquant, Panemtit tes écriu Du Ml la p&ua piquant,

S"" Il n'est pas bien qu*une césure offre une oonsonnance avec une rime voisine :

Voild jouer d'adreua et médire avec art,

Et c*o»taveo respect enfoncer le poignard.

Un esprit né sans fard, sans basse complaisance» etc. son.

Un fiacre, me couvrant d*un déluge de boue,

Contre le mur toisin m'écrase de sa roue;

Et voulant me sauver, des porteurs inhumaine

De leur maudit bâton me donnent dans les rwim. m>

Il a dans ces horreurs passé toute la nuit.

Enfin , las d*sppeler un sommeil qui le fui$.

Pour écarter de lui ces images funèbres, etc. bao*

Voltaire a su ae garder de ce défaut daua le passage fuivant s

Et que de votre époiux... Vous ne le croyez fos.

— Non , Je ne le crois point, et c'est vous faire injure.

9* Il faut encore éviter que des rimes masculines et féminines qui se suivent aient le même aoUt soit dans des rimes suivies, soit dans des rimes croisées :

Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix. Souffrez que j'ose ici me flatter de leur choiXs Et qu'à vos yeux, seigneur, je montre quelque joté De voir le fils d'Achille et le vainqueur de Troie, SAG- Vous avez jusqu'ici fait paroltre un vrai zèle, Dn cœur si généreux , une âme si fidèle , Que par toute la Grèce on vous loue à Venvi. Mais le temps quelquefois inspire une autre envi$ :

pour vaincre les csptiu.

I^ lecteurs AniBSés PirdonntSent, en ritnt D*ètre ilésslnités , An Dsirenjoucmeot.

t Qu'est-ce que tout celai de méchants vers dé ilt S|f1Isd!>n en ilmet Croi* iées? ou de méchants vers aIexaQdrl09 1 rimes plates? »

C'étaient des aleiandrlns, que Voltiirs a écrits de la sorte, à cause de la rtme entre ks hémistiches.

1» l'habkoxik. 431

Comme vous , Thémistocle avait forl biea «n?»^ El dans la cour de Perse il a uni sa vie, coait. Mal prend aux volereaux de faire les voleun : L'exemple est un dangereux leurré.

Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands nignmtn t Où la guêpe a passé, le moucheron deiTieurs, u fomt.

A plus forte raison , une successioD de plus do qua* tre coDsonnances pareilles est^-elle répréhensible^:

Considérez le prix que vous avez çaM :

Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté;

Des maux qu'elle a soufTerts elle est trop bien payée;

Mais une juste peur tient son ûme effrayé».

Si« jaloux de son heur et las de commander.

Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder, e(C« coan*

Et par l'espoir du gain voire muse animée,

Vendroit au poids de l'or une once de fiimée.

liais en vain, direz-vous, je pense vous tenter

Par l'éclat d'un fardeau trop pesant à /)or(«r.

Tout chanlre ne peut pas, sur le ton d'un Orphie,

Entonner en grands vers la Discorde étouffée, BOiL.

10^ Dans les rimes j>/afe5% la même consonnaQce De doit pas reparaître deux fois de suite à une rime masculine , ou à une rime féminine :

Que ses ressentimens doivent être effacés; Qu'en lui laissant mon fils, c'est l'estimer assez. Fais connotire à mon fils les héros de sa race; Autant que tu pourras , conduis-le sur leur trace : Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté^ Plutôt ce qu'ils ont fait que ce qu'ils ont été, aAC. Soudain Potier se lève , et demande audience : Chacun , à son aspect, garde un profond stience. Dans ce temps malheureux, par le crime infecté,

I. Ménage a blâmé Malherbe d*aTolr fait les deux quatrains d*un sonnet avec des rimes de consonnance analogue : adorée, admirer, demeurer, dU'^ rée; éclairée, préférer, désespérer, désirée»

1 Mais les vers à rimes mêlées admettent le redoublement dis rtmosi Veiyei d-demiSi p* 74 et suivi

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