‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 60 sur 243 · DE LA CADENCE · texte numérisé non relu

DE LA CADENCE

général , il faut être sobre de ces sortes de mots de cinq syllabes y difficiles à bien placer dans nos vers » et particulièrement ceux qui finissent en ton. Ils sont très-rares dans Racine. »

Dans ce cas, pour rétablir un rhythme dont Toreille a besoin, il arrive qu'on donne deux accents aux mots trop longs * :

Se peut-il qu'en ce temps de désolation, volt. Avec Br'itannïcus je me réconcilie, bac. Footinsenstblemefi^ à mon inimitié Succéder... Je serois sensible à la pitié? id.

Nous verrons, dans le chapitre suivant, qu'on peut quelquefois employer les grands mots d'une manière fort heureuse.

A"* L'accent est détruit par une suite d'^ muets :

Vous le mieux révéler qu'il ne mêle révèle, oobn.

L'oreille délicate de Voltaire a été choquée de qu'il ne me le. Il n'a pas expliqué d'où venait cette dureté ; c'est qu'il manque un accent dans cet hémistiche.

Voici d'autres exemples qui présentent le même défaut :

Ce que je vais vous être eice que je vous suis. corn. Que je te le rendrois en la même monnoie. mol. Demain j'ordonnerai ce que jeté demande, volt.

Mais le pronom le^ qui, placé après un impératif, a son e muet accentué , offre un son distinct et suf-

l.e tonnerre grondait épouvaDtablement.

Le fleuve se déborde impétueusement.

Linsecte se glissait imperceptiblement, n

4. Dans son Traité de la poésie italienne (page 113), Scoppa attribue également deux accents aux grands mots. Ainsi ce vers :

Con tre boccbe caninanuniê latra. Darti. prend un accent sur la sixième syllabe, eanai'^iamentê.

138 GSArim su.

fiuLDt pour U oftdenoe ) il faut arolr soin , dut 09 cos^ de ne pas le faire précéder d*un e moet ^ 1

Quoi qu'il ait fait pour voua, imiezr-h comma tel. COKI. Il m'en reste encore un ; conservez-la pour elle. id. Laissez-Ztf respirer, et souffrez qu'un moment, etc. mol.

5* Un hémistiche qui a plus de deux accents, choque Toreille par sa marche saccadée :

Mol-même, Xmauld, ici qui te prêche en ces rîmes, boil. Labourer, couper, tondre, aplanir, palisser, id. CAlchas, dit-on, prépare un pompeux sacrifice. RAC. Vous jure amift^, foi, zèle, esft*me, tendresse. iiOL. Sublime, familier, so/tde, enjoué, tendre, la nom.

En général» beaucoup de petits membres de phrase^ une accumulation de verbes ou d'épi thètes , produi-* sent ce défaut.

A plus forte raison , des monosyllabes coupés par des repos , en créant une foule d'accents , font-ils des vers rocailleux^. Tel est le suivant :

Bùiê, pré», fontaines, /leurâ, qui voyes mon teint bième. HoL.

6* Quand les accents mobiles sont immédiatement avant Thémistiche ou avant la rime , en sorte que deux accents se suivent 1 ce rapprochement nuit à l'harmonie t

Ainsi que la naissance, i\& ont les wprits ba$, gobn.

f . Volttdre trouve avec raison de la dureté dans cet hémistiche de Gorw neUle :

Si tu peux en douter, juçt-lt par la crainte, etc. Voyez, sur ce et le, les notes 2 et 0.

2. Dans une traduction du Paradis perdu par Betttlaton (ITta), on Ut ces vers :

TM Satan à travers Taux, monts, irt>cs, bols, lad, prtè,

Fait route de la tèie , et du malMatéiB iiMs.

C'est 1& tubtiituer, conanf dit an kMNHit^ Aa rhjUuBi peému «M piose iiiait.

DB LA CADIHCV. 1S9

On lit dans la tragédie A'Hcraee :

Je suis Romaine, bélasl puisque Horace est Romain, corm.

Il y avait dans la première édition :

Je suis Romaine, hélas! puisque mon époux teti.

Voltaire blâme ce dernier vers} mais il n'en saisit pas précisément le défaut ^

Mais si quelque/bts, las de forcer les murailles. Boa. Que me sert, en effet, d'un admira/eur fade ? id.

Un porteur de hochet * qui mal à propos sonne, mol.

Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal, id.

Puis chaque canard prend un bâton par le bout, la fort.

Il vous doit, a-t-ii dit, plus qu'à Porsenna même, volT.

Vous seule, vous, ma Glie, en abusant tropd*eUe8. id.

t< II n'est personne, dit La Harpe, qui ne sente combien ce pronom d'elles, qui finit la phrase et le ters, produit un mauvais effet*.

Ciel! quel vaste concours! Âgrandissez-Dous^ temples, gilbbet.

« Il fallait, dit le même critique , que Vauteur eût bien peu d'oreille pour supporter une chute si misérable. »

1. « Pourquoi, dit-Q, peut-on finir un vers par je le suis, et que mon époux Vest est prosaïque, faible et dur? C*estque ces trois syllal)es;0 lé suis aemblent ne composer qu*un mot; c'est que l'oreiUe n*est point blescée^mais ce mot Vest, détaché et finissant la ptirase, détruit toute liarmonie. » D*abord Il ne s'agit pas de savoir s'il y a ici quelque chose de prosaïque et de faible : U n'est quMtioD que d'harmonie. Or le défaut d'harmonie tient, non pas à la qualité de la syllabe l'est, mais bien à l'accent du mot qui U préeède, époux. Gela est si vrai, qu'on dirait bien, en supprimant cet accent à la pénultième :

Voas saTex ce qu'il ttt.

2. Cornet avec lequel on appelle ou Ton avertit de loin les chasseurs.

3. « Et cet effet, aJoute-t-U, se retrouvera dans tontes les pltraseadumême genre, en prose comme en vers. » La Harpe ne s'était pas bien rendu compte du défaut d'harmonie qui le frappait dans ce vers , et il a généralisé à tort sa criUque. En combinant mieux les accents, le mot d*elle pourra trèsrblen être admis â la fin du vers :

Je gémisfoiJ Ida rf'ilib.

Le Beniiment èe la cadence ferait condamner le» vers suivants :

Le sort l'a, dit-on^ mise en ses sévères mains... Et mes derniers regards ont tu les Romotns fuir, . . Va, je suis Clytemnestre, et je suis surtout rtine.

Mais il est satisfait quand on met :

Le sort, dit-on, Ta mise en ses sévères mains, bac. Et mes derniers regards ont vu fuir les RomatfM. lo. Va, je suis Gytemnestre, et surtout je suis reine, volt.

On trouverait difficilement un exemple où le rapprochement des accents fût d'un effet plus choquant que dans cet hémistiche de Piron :

Celte cruauté m'outra*.

On verra dans le chapitre suivant que Tharmonie imitative peut tirer des effets de Temploi irrégulier des accents.

Différentes manières de couper le vers. — * Le repos de Thémistiche n'est pas toujours le repos le plus marqué. Le poëte évite la monotonie en arrêtant ridée et la prononciation après deux , trois ou quatre syllabes. Ce sont là autant de nouvelles césures.

Repos après deux syllabes :

Suis-moi. Qu'à son lever le soleil aujourd'hui

Trouve tout le chapitre éveillé devant lui. boil.

Allez : pour ce grand jour il faut que Ton s'apprête, rac.

Je sors, et vais me joindre à la troupe fidèle...

Vivez; vous n'avez plus de reproche à vous faire...

Vivons, si vers la vie on peut me ramener...

Partons, et quelque prix qu'il m'en puisse coûter, etc. lo.

Repos après trois syllabes :

Qui me révélera ta naissance secrète ,

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