‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 64 sur 243 · MarmoDtel · texte numérisé non relu

MarmoDtel

146 CHAPITRE XHI.

NouB subdiviserons les divers procédés par lesquels on produit cette imitation de la chose par le son, bien qu'ils se trouvent assez souvent réunis.

S \ . HABMONIB IMITATIVE RÉSULTANT DU CHOIX DE GERTAINBS LBTTBES,

PB GSRTAINES STLLABB9.

1^ Certaines lettres dures à prononcer, comme r, tj Wy une suite de monosyllabes, pourront imiter un bruit qui affecte désagréablement nos sens, ou exprimeront Teffort, la difficulté. Des syllabes peu sonores imiteront un bruit sourd.

Boileau est peut-être Tauteur qui a su le mieux tirer de notre poésie les effets qu'elle avoue.

Il dit dans la satire des Embarras de Paris :

Car à peine les coqs, commençant leur ramage, Auront de cris aigus frappé le voisinage.

Outre la dureté du second vers, on remarquera dans le premier le rapprochement des consonnances coq$ y commençant ^

Délivre les vaisseaux, des Syrtes les arrache, boij*.

I. Un écriyain qui a pris Tbarmonie ImitaiiTe ponr sujet d*uo poème, de PUb, a voulu reproduire cet elfet :

L'aube n'a pas plus tôt de ees lueurs obliques Argenté le sommet des cabanes rustiques, Que deux coqt commentauœ, par uo cri matinal , D'un combat singulier se donnent le signal.

Mais BoUeaUf en séparant les deux consonnances par ta céann^ est resté dans les limites du goût, tandis que son imitateur est tombé dans la charge.

Golletet le père avait fait le vers suivant :

La cane ïhumecter dans U bourbe des eaux. RicbeMeut qui voulait y inUroduire de Tharmonie imitativei proposait : La cane barboUer dans la bourbe des eaux.

Mais Tauteur repoussait ce terme, qu*U trouvait trop bas.

UARMONIB IMITATIVE. 147

La dureté savante de cet hémistiche^ des Syrtes les arrache^ peint admirablement les efforts de Neptune ^

Quoi ! dit-ellèd'an ton qui fit trembler les vitres. Boit.

Il résulte de cette heureuse disposition de mots une sorte de vibration qui se prolonge à la fin du vers, et fait entendre le bruit des vitres ébranlées*.

Du lugubre instrument font crier les ressorts».» De Fantre redouté les soupiraux gémirent... Les cloches dans les airs, de leurs voix argentines*, Appeloient à grand bruit les diantres à matines, boil.

Tout le monde admire cet hémistiche de Racine :

L'essieu crie et se rompt^.

Et ces deux vers du même poëte :

Indomptable taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en repli'> tortueux".

L'harmonie imitative est encore sensible dans ces vers de la Henriade :

Tel que du haut d'un mont de frimas couronné, Au milieu des glaçons et des neiges fondues, Tombe et roule un rocher qui menace les nues. volt.

Et dans ceux-ci de Grébillon :

J*ai cru longtemps errer parmi les cris affreux

Que des mânes plaintifs poussoient jusques aux cienz :

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