‹ Traité de versification françaiseChapitre 110 sur 212 · Eut · texte numérisé non relu

Eut

GÉtURB. 327

La question de cette muette élidée à la césure se discutait encore du temps d'Estienne Pasquier. « Quelques-uns ont estimé , dit-il , que ces hémistiches ou demi-vers estoient de pareille nature que la fin du vers , et que , quand ils se terminoient par Ve féminin , il ne falloit point craindre de les faire suivre d'une consonnante, comme si cest e se fust mangé de soy-mesme, tout ainsi qu'en la fin du vers. Posons, par exemple, au vers héroïque :

Si de mon âme quelque pitié avez.

(I ou en l'alexandrin :

Si mon ème jalouse vers tous les vents se tourne

«' qui est un vice. Car il faut, pour rendre le vers accomply , que Ve féminin soit embrassé par une voyelle suivante. Par-' quoy je diray :

Si de mon âme avez quelque pitié.

Si mon âme jalouse à tous les vents se tourne.

u Et de cecy la raison est , d'autant que 1'^ féminin , fermé dedans le corps du vers, suivy d'une consonnante, fait une syllabe entière. Nous appelons cette césure , qui tombe en Ve féminin, la coupe féminine. »

La règle de la coupe féminine fit beaucoup de bruit au commencement du xvi* siècle. Un poète qui avait un bon sentiment de l'harmonie, Jean Lemaire, pensa que cette syllabe surabondante de la césure ne devait pas être tolérée dans les vers , et il établit la règle qui l'interdisait. Il vit bien que le cas était le même pour le grand vers que pour le vers de dix syllabes; mais comme l'alexandrin était alors fort peu en usage, la réforme sembla n'intéresser que le décasyllabe.

Dans le principe. Clément Marot n'observait pas la coupe féminine. Voici des exemples qu'on trouve dans une traduction de la première églogue de Virgile , ouvrage de sa jeunesse :

0 Mélibée, je vis ce jeune enfant...

Et des ruines fort je m'étonnerai...

0 Mâihée, plante arbres à la ligne...

D*un lieu lointain mène ci mes chevrettes, AceomTpagnèes d'agneaux et brebiettes.

Il se corrigea sur ce point , grftce aux leçons d*un mittre dont il reconnaît en ces termes les bons conseils. « Mais Viàou lescence (c'est-à-dire les écrits de sa jeunesse) ira deu vaut, et la commencerons par la première églogue des Ba- « coliques virgilianes, translatées certes en grande jeunesse, <c comme vous devrez en plusieurs sortes cognoistre , mesme- « ment par les coupes féminines, lesquelles je n'observoîs m- «« core dors : dont Jean Le Maire de Belges , en me les appre- « nant , me reprit. »

Dans la suite, ce poëte ne fit presque jamais la même feute. Elle Jui est cependant échappée en quelques endroits :

Et ne voulut permettre cette injure

Etre vengée, combien qu'elle f&t grande...

Qui jà sont tanl abaUus et débiles

Qu'à leur goût treuvent bonnes viandes fades.

Sibilet parle nécessairement de la coupe féminine, et il pose avec raison la même règle pour les vers de douze syllabes quep ur ceux de dix. « Cette coupe, dit-il, non observée des anciens, ni de Marot en son jeune âge, comme il l'avertit lui-môme dans une épistre liminaire imprimée devant ses œuvres, toutefois est aujourd'hui gardée inviolablement par tous les bons poètes de ce temps. »

Voici un dizain * par lequel l'auteur, Jehan Dupré , s'excuse de ce que n*a pas toujours observé la synalèphe es coupes Jeminines :

En plusieurs lieux la coupe féminine

Ai observée en la synalimphant*.

Autrefois non : François plein de doctrine

L'ont en haut prix ; Tholouse la défend,

Disant raison que synalèphe offend

I^ son du vers, vu qu'il faut qu'on repose

Sur le milieu; or ce ressemble prose

Quand en la coupe on mange la voyelle.

Sous le vouloir de tous deux me dispose,

A tous adhère, et ne veux point querelle.

1. Tiré d'un ouvrage inliiulé : le Palais d*'n noblett dames, écrit ver» mh, té En faisant la iynalèph^ ou IVllsIon^

Du Bellay, dans son Illustration de la langue française, traite également de la coupe féminine. Ainsi c'était une règle désormais acquise à la poétique française.

3^ Entre la Chanson de Roland et Clément Marot , qui maintenait encore dans sa jeunesse l'ancien système, se place un système différent, lequel consistait à couper les vers sur une voyelle muette qui ne s'élidait pas, et qui comptait par conséquent pour une syllabe :

Qui bien ame de fin cuer loyaument. thibaut.

Mais ils mentent H traïtor félon, id.

Rafraischissez le chastel de mon cuer

D'aucuns vivres do joyeuse plaisance, gh. D'oRLÉAifS.

Mais tout afin que toudis * elles soient

Envieuses de mieux en mieux valoir,

Sans les vices que Ton no doit avoir;

Car qui plus a grant vertu et bonté,

En doit être moins d'orgueil surmonté. Christine.

Et se firent honorer et aimer, a. chartier.

Et nos pères qui devant nous naquirent, id.

Dont sa cause plus forte semblera, martin lefrang.

Plusieurs monstres il avoit abattu, id.

S*ils se vantent coucher sous le rosier, villon.

Que tous /tommes n*ont pas bon sens rassis...

Que sa grâce ne soit pour nous tarie, id.

Tel était Tusage le plus général que les poètes trouvaient établi à la fin du xv* siècle. J. Le Maire, le réformateur luimême , s'y conforma d'abord :

Leurs versets dits alternativement Délectèrent les oreilles des dieux...

Et vos branches inclinées et torses...

Souillent, harpent, tympanent, citharisent.

A plus forte raison ses contemporains :

Tempérance, dame bien mesurée,

Qui ïïesi sotte, ne sourde, mais heurée,

Sobre, paisible*, constante etasseurée. mbschinot.

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