‹ Traité de versification françaiseChapitre 111 sur 212 · ROTIS · texte numérisé non relu

ROTIS

Veut qu'à Vmm» tu aoyes comparé. Moumr. Tu 68 raf6f0 fouillu et le Terd aune. id. Entra dedaus la cité de Crémone,

De Ba oott» d'armes lors revêtu,

Montrant face d'homme de grant vertu :

Devant lui fit marcher et avant mettre

La trxmpette de Monsieur le grand maître, i. mabot.

Cette méthode allait directement contre FinteatioD de la règle, en transposant la syllabe d'appui. II y avait effectivement mie césure pour l'œil ; mais l'oreille déclarait lerfaytfame entièrement détruit : Taccent était sur la troisième syllabe , au lieu d'être sur la quatrième.

Les exemples de cette faute sont généralement atsez rares dans Jean Marot. Je ne crois pas qu'elle ait échappé une seule fois à son fils Clément La Harpe lui en fait un niérite : « On ne lui a pas rendu justice quand on lui a reproché d'avoir laissé subsister Ye muet au premier hémistiche, défaut capital qui anéantit la césure et le nombre, en faisant disparaître le repos où l'oreille doit s'arrêter. Cette faute > très-commune avant lui, est infiniment rare dans ses vers , et ne reparaît presque plus dans les poètes de quelque nom qui l'ont suivi. Il faut donc le louer d'avoir contribué beaucoup à corriger ce définit, destructeur de toute harmonie. » Mais ici le critique ne distingue pas nettement le cas de Ve muet compté pour une syllabe et le cas de Ve muet annulé à la césure : il semble parler de la première faute, qui ne se trouve pas dans Marot, et non de la coupe Jcminine, qui s'y rencontre encore , bien que rarement.

Quant à l'admission à la césure des mots le, ce (pronoms], il en sera parlé dans la note 9.

4*' J'ai emprunté à des poètes du xvir siècle plusieurs vers dans lesquels le premier hémistiche empiète en quelque sorte sur le second, par le rejet d'un adjectif ou d'un substantif. Cette faute est très-fréquente dans les anciens auteurs. J'en citerai des exemples, en ne remontant qu'au xvr siècle :

Vu son procès verbal au long décrit, crétin. Ce souverain médecin qui convie, id.

cÉsuu. 381

Et des travaux passés plus ne se plaignent, lb luntB.

Auprès d'une tle inhabitée ancrèrent, i. mabot.

Devant ce fier lion insatiable, id.

Chante chansons rustiques en beaux chants, marot.

Tons les plaisirs champêtres s'assoupirent...

Elle est aux champs élysiens reçue...

Car toute odeur ambrosienne y fleurent...

Et de fumée épaisse environnée...

Tendant au sang Gésarien espandre...

Et du petit bergeret qu'elle allaite...

Ne de loyaux serviteurs bien aimés...

Et le sacré ruisseau ne viens souiller, m.

Et le superbe héritier d'Éadde. ronsard. Sitôt que cette gent grossière vous verra, m.

Évite l'arc meurtrier qui Ta blessé, du bellat.

Dessous un joug si pesant asservie, id. A faire ainsi des mots nouveaux à Fétourdie. vauqurlin .

Cette faute avait déjà été signalée dans Pori-Royal. « Le sena continuant après la césure , il faut qu'il aille au moins jusqu'à la fin du vers, et non être rompu avant la fin... Pour la même raison , il ne faut pas mettre le substantif et l'adjectif de suite, en sorte que l'un des deux finisse le premier hémistiche , et l'autre commence le second » comme seroient ces vers :

Ce dieu dont le courroux brûlant est si terrible. Ce dieu dont le brûlant courroux est si terrible. »

Elle peut nuire à l'intelligence. Le vers suivant prête tout d'abord à une singulière méprise :

Monsieur le grand maître premièrement, i. marot.

J'ai cité des exemples de la même faute produite par la préposition de, suivie d'un complément qui ne remplit pas la fin du vers. J'ajouterai les suivants :

Voici celui qui par ses heurts divers A mis Forgueil de Venise à l'envers, j. mabot. Et messager des dieux , eut soin et cure, crétin. Qui d'un chapeau de fleurs est couronnée, marot. Jusques au chœur du temple me transporte... Puisque le jour de mon départ approche...

Tout le plaisir du monde s'assembla, mabot. Que bon joueur de flûte te rendrais, id. Puis un grand coup de maillet lui desserre, wkisaid. Et de jonc qui le bord des rivières habite, id.

3*= NOTE (page 22).

Il est de toute évidence que la rime est essentiellement bite pour l'oreille. Cela résulte de son objet même, qoi est de marquer la fin de deux vers par des consonnances pareiOés.

Dans les premiers essais de notre poésie , la rime , quoique du reste bien incorrecte , fut constamment appropriée k sa destination. Ce n'était qu'une simple assonance, c'est-à-dire parité de la voyelle et du son, abstraction faite de l'articulation. k\ïis\ proverbe et perde rimaient par assonance. Void une suite de rimes extraites de la Chanson de Roland : Charles, messages, masse, muables, Arabe, marches, garde, etc. On voit toujours prédominer la môme voyelle, au milieu de la variété des consonnes. Mais nos vieux poètes n'auraient jamus accouplé deux sons différents , par exemple eure avec ure. lis aimaient mieux torturer la désinence des mots placés à la fin des vers , pour les forcer à rendre le son réclamé par Toreille.

Notre langue a successivement reçu bien des modifications dans ses formes, sa syntaxe, son orthographe, et aussi dans sa prononciation : certaines consonnes qui s'articulaient devinrent sourdes ; certaines voyelles prirent un son plus adouci; plusieurs voyelles consécutives, qui étaient précédemment distinctes, se fondirent en diphthongues. Quand ces révolutions curent lieu , la poésie ne voulut pas ou n'osa piis s'y soumettre, et elle continua d'associer des terminaisons qui ne satisfaisaient plus que l'œil. La loi subsista encore quand SOS motifs avaient disparu. On peut dire que dans ce cas, comme dans beaucoup d'autres « la lettre tua l'esprit. Les urands écrivains subissent plus qu'on ne croit l'influence de

leurs devanciers, surtout si quelque nom illustre les a précédés dans la carrière. Us ignorent leurs propres droits; ils n'osent présumer qu'ils soient appelés à faire autorité , et ils croient devoir conserver beaucoup de ce qu'ils trouvent établi , pour se faire pardonner quelques innovations.

Ajoutons que la paresse était pour quelque chose dans ce culte de l'usage. Il s'agissait de s'interdire des facilités que présentait l'ancien système de versification, et les poètes, à la vérité si esclaves , ne renoncent pas volontiers à des licences. Quand la prononciation avait changé , on trouvait bien plus commode de rimer et suivant l'ancienne prononciation et suivant la nouvelle : d'un côté , l'on avait pour soi l'autorité ; de l'autre, on avait l'oreille.

Depuis Villon jusqu'au siècle de Louis XIY , diverses ré* formes concernant la rime eurent lieu successivement; mais ces réformes, partielles et opérées sans ensemble, ne firent pas triompher le principe général qui devait la baser sur la parité des consonnances. Corneille, Boileau et Racine, tout en effieiçant ce qu'il y avait de plus choquant, subirent encore en quelques points le joug de leurs prédécesseurs. Nos règles actuelles de la rime , qui résultent d'un amalgame des deux systèmes (celui de la rime pour l'œil et celui de la rime pour l'oreille), sont capricieuses et incohérentes : elles présentent un véritable chaos. 11 faut les accepter telles qu'elles sont ; car nul y je pense , ne peut se flatter d'y introduire des changements, fussent-ils raisonnables et utiles. Contentons-nous de constater les faits ; et préalablement jetons un coup d'œil sur le passé. Disons ce qui a été, en notant ce qui est; puis nous dirons ce qui, à notre avis, devrait être.

RiMB POUR l'oeil. — Toute rime que l'œil approuve, mais que l'oreille condamne , est défectueuse.

l"" L'articulation où se trouve une ou deux / conservant la prononciation de cette lettre ne rime pas avec l'articulation où il entre deux / mouillées.

Ainsi les rimes suivantes sont fausses :

Faisant beaux dits en très-éloquent style, Etdéoorantlainèreavec la/i//e. j. MABOT. «

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