‹ Traité de versification françaiseChapitre 113 sur 212 · I. Voyei, lor la rime d9gor$t, U nota 18^ %? ( ^ * T^l · texte numérisé non relu

I. Voyei, lor la rime d9gor$t, U nota 18^ %? ( ^ * T^l

lieu , et la rime était légitime. Nos plus anciens textes piisentent presque toujours ei à la place de oi; et quand cette dernière manière d'écrire est devenue générale, il est probable que pendant longtemps la prononciation n'a pas changé.

J'ai dit presque toujours, parce que la terminaison laUne aria retenait Vo en passant dans notre vieille langue : on disait istorie, mémoric, glorfe ( histoire, fnémoire, gloire). Pareillement on voit dans la Chronique des ducs de Normandie victoire rimant avec gloire, J ai noté môme dans J. Marot les rimes suivantes : mémore, glore, le More^ victoire (sic).

Dans la Chanson de Roland on voit perpétuellement : reis, rtf /ne ( prononcé reine), Iranceis, burgeis,feid (foi), destreiz, dreiz, seir (soir), veir (plus tard voir, même mot que rroi"), neié (noyé), curteis, creistre, creire, deit, seit, peise (qui fut postérieurement ^0166, pour redevenir ;?é5e). Tous les impa^ faits et conditionnels sont en eis, eit.

La Chronique des ducs de Normandie, roman postérieur d'un dcmi-slècle, conserve la môme orthographe. J'en extrais les mots suivants : sei (soi), citéien, effrei, palefreiz, eirs (hoirs), peis (poids), nicitié (moitié), maintes f eis ; feible ei fèble, se tenir quci ( plus tard coi, en latin quietus, ital. cheto\ frets (froids), dreiz (droits) , ncir (noir), veilé (voilé) ; Franceis, Angleis, Daneis, Saint-Beneeit, Bleis, Peitiers, Peitevins; je crei, esteit, aveienf, se teneient, aveir, voleir (vouloir); meins (moins) , etc.

Dans le roman de Rou , qui est de la même époque , on lit également : Daneiz, Engleiz, Franceis, Bleis, Punteize, rei, feiz, meitié, la veie, la preie, endreit, dameiselle, eir (hoir) , fein (foin); veizin,ficble, cfréé , inei, ici, porkei (pourquoi); il deit, esteit, tcncit, diseient, ireient, aveir, espleiter, enveier, convetcr (convoiter), gucrreier (guerroyer), otreier, etc.

J'ai noté dans le roman de ^iwi peines, pour poilues; dans Alexandre : un denier monnéé ; dans Gérard de Viane : une nonne vélée. Tous ces textes sont des plus anciens.

Le Nouveau recueil des contes , dits et fabliaux de M. Jubinal , qui contient des pièces des xir , xni% xiv* et xv* siècles,

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u'a fourai les mots suivants : dreiture, desléauté, courtésie, 'êayme, prête, le seir, veisin, treis (trois) ; voïeit, mange- 'êient, avereient, bevrons (boirons), si m'en créez (croyez), ?éfe5(voyez), cheir {choir) \estreitement; cervaise (cervoise), etc.

Enfin les Quatre livres dos Rois, publiés par M. Le Roux le Lincy , présentent un fait curieux , bien que nous ne préendions pas lui attribuer la valeur d'une loi générale. Laverion de la fin du xii* siècle écrit la veie, la Ici; celle du Lni* siècle et les suivantes écrivent la voie, la loi.

M. Guessard (Bibliothèque de l'École des Chartes, t. II , >. 229, deuxième série) a constaté que la prétendue orthographe de Voltaire n*était ni de Voltaire , ni même de Tavocat lérain, qui la proposa en 1675. II cite le tome I des Chroniques anglo-nortnandes, publiées par M. Francisque Michel, lans lequel beaucoup de mots, et notamment les imparfaits, [ui s'écrivirent plus tard par oi, sont écrits par ai. Ainsi H rays, a raygne, assemblait, allait, estait, trovait, passait, criait, endrait, volait, pardonnait , fesait, rc tournait, privait, lèshéritait, priait, levait, regardait, etc.

On lit dans le Roman de Rou et ailleurs aumaire, qui est le uéme mot que armoire; et au contraire, oroison, venoion, etc.

L'ancienne prononciation ai, au lieu de oi, s'est conservée lans certafnes provinces. En Beauce, par exemple, on dit ncore dreite, etreite, A Paris le peuple dit un nagé. « Par- ;uienne , écrit Molière dans le Festin de Pierre, il ne s'en est ^as fallu de l'épaisseur d'un cheveu qu'ils ne sayant nayés^ DUS deux. » Àveine ou avaine est le même mot qu'at'oiw^, crit différemment. De même tutoyer a pour variété orthoraphiquc tuteyer et tutaycr. Harnais (on trouve aussi har- \es ) a précédé harnois, et lui survit.

Certains mots présentent la double orthographe dans les ncîens textes : loyal, loyauté, et léal, léauté; royaume, oyauié, eiréaume, réauté; moins et mains ou mcins, moindre

I. Od Ut dans le roman de Laucclot du Lac : c Car se vous ne fussiez . Je lisse fiay/. • ,P. Pari», lex Mammcrits français, elc, t. I, p. 18', ]

et maindrê, esmoy et esmay, etc. La rime de l'adverbe maim (moins) avec les mains et autres mots analogues est très-firéquente ^ On trouve encore dans Pybrac, à la fin du xn* siècle, celle de moindre ou moindre avec plaindre. De même dans Ronsard :

La nuit nourrit le mien (brasier), que je ne puis éteindre : Mais pour boire la mer, il ne serolt pas moindre.

Je note encore dans Ronsard eourraye (courroie).

L*adjectif voir, prononcé veir (ital. vero)^ est le même mot que vrai*. Hoir (du lalin hères) ne se prononçait pas autrement que hériiier, héritage :

For Taveir qu'il en ot, fist Thiébaut soneir. (aou.) Ne sait que cuider ne que creire, Mais dès or voit haster son etr6. bbiioist. Avec l*âme jusqu'en enfer, Pour faire l'humain lignage ^»r D'héritage de paradis, guillevillb.

Enfin nous retrouvons partout les traces de l'ancienne prononciation. L'infinitif veir* donne le futur régulier verrai; deveir donne deverai, devrai; aperceveir, egpereeverai^ apercevrai : et ainsi disparaît cette grande irrégularité de la troisième conjugaison. Vous avérez \ qu'on trouve dans la Chanson de Roland et ailleurs, est le futur tout naturel de aveir. Au xv siècle et au commencement du x\T^ on lit encore dans beaucoup de textes vecy^ vêla (voici , voilà). Adreit a produit adresse; creire, créance; fei, féal; peiser^ pesant; étreit, éirécir; rei, régner; espeir, espérer, espérance; effrei ou effrai, effrayer; harnais, harnacher; écheir (plus tard

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