A la dame
Puisse durer, puisse crùttre,
Comme fera sur ce hêtre, v"* dbsroul.
La nation des belettes, etc.
Et sans les portes étroites, la font.
De taille haute et droite.
Digne enGn des regards d'Annette...
Celui qu'ils craignoient fut le maître.
Proposez-vous d'avoir un lion pour ami,
Si vous voulez le laisser croître, id.
Voltaire ose encore se servir de la même rime , et pour la Caire passer , il exhume rancienne prononciation :
Quel parti prendre? où suis-je, et qui dois-je être? Sur quel terrain puifr-jo espérer de craitre?
Tous les exemples précédents ne riment ni pour Tœil ni, depuis longtemps , pour Toreille ; mais souvent dans des cas analogues, la rime écrite existait du moins :
Car que me vaut voir de près et connoUre
Tant de beauté, fors qu'attiser et croître, mahot.
Soit tout ainsi que Ton voit apparoître
Le bout d'un coing qui jà commence à croître, rottsàrd. Alors, plus qu'en nul temps, dedans l'air vide croissent Les feux prodigieux qui la nuit apparoissent. baïf. La discorde en ces lieux menace de s'accroître : Demain avant Taurore un lutrin va paroître, boil. Mais, dans mon désespoir, je cherche à les accroître. Madame, par pitié, faites-le-moi connoître. rac.
Les Dialogues du nouveau langage françois italianiâé, 'par Henri Estienne (1579), font naître des doutes sur la prononciation populaire des imparfaits et des conditionnels au milieu du xvi* siècle. En effet , adoptant une orthographe particulière pour noter le langage de son Philausone, qu1l veut ridiculiser, H. Estienne écrit : il montret, il estet, il auret, il semblet,faves, je m'efforces Je voudresK « Sçachez , lecteur , dit-il , que ce n'est pas sans cause que
I. n faut suppléer partout l'accent grare, qui, conunt on nlt^ ot i*<cri» Tilt pas aton.
vous avez id les mesnies mots escrits en deux sortes, asçavoir non seulement François , mais aussi Frances ; et nonseulement : je disais, je faisais, j'estais, j'allais, je voulais, mais aussi ^'e dises, je /aises, j'estes, j'alles,je voules. Pareillement : je dirais et je dires, je ferais et je feres, j'irais et j'ires, je vaudrais et je vaudres K Car' tant ici qu'es autres lieux où reste diphtbongue ai a été changée en e (comme es mots dret et endret, pour droit et endroit), c'a esté pour représenta la prononciation usitée en la cour, laquelle M. Philausone veut retenir, maugré qu'on en ait*. »»
II est incontestable qu'à cette époque, ai se prononçait comme aujourd'hui dans les noms, et aussi dans les verbes suivants : je crois, je vais, qu'il sait, avoir ^ etc. Cela est démontré par les auteurs contemporains qui ont tenté une réforme orthographique. La même prononciation s'appliquaitelle aux imparfaits et aux conditionnels, et disoit-on alors j'aimoê, faimeroè ? Henri Eslienne l'établit implicitement, puisqu'il attribue aux raffinés, aux Ramipètes , comme on les appelait, la prononciation j'aimais. Les grammairiens du temps confirment ce fait. Meigret, qui note par oe la bivocale ai, et qui écrit soet, loes, voes (voix), Frtmçoes, Lionaes (Lyonnais), écrit de même les imparfaits : penoet (peignaient), aoroet (auroit), etc. La Ramée (Ramus) écrit fransoeze, tnoe, coe (quoi) , vouloer, tu voeras, soet, troes, et de même les imparfaits et conditionnels : sauroet, etc. ; de même aussi conoetre.
Il faut donc admettre ce fait; mais il n'était ni aussi nouveau', ni probablement aussi général que l'indique Henri' Estienne. Quoi qu'il en soit du nombre plus ou moins considérable de Français qui prononçaient alors j'alloé, j'iroê,
1. Ailleurs son Celtophilc reproche à Philausone de dire reine (au lieu de roine), et de ne pas dire rci".
2. Le même critique se trompe également quand 11 insinue que la pronondation chouse, guarre, était une innovation des courtisans du temps : elle leur éUit bien antérieure. Voyez plus loin ce qui est dit de Taltération d* ctf deux voyelles, p. 360 et 363.
il reste constaté que , sous Charles IX , il existait daur Wêrnières de prononcer les imparfaits , en sorte que la bonne n'a point péri. On peut croire que la prononciation J'a^moé était une altération introduite par les savants pour soumettre à Oii son uniforme la diphthongue oi. C'était une sorte de t3nrannie dérivant de récriture.
Je résume mou opinion sur ce problème difficile. Je crois qa*on ne peut guère donner une solution unique. Le même signe a représenté deux sons différents , tantôt oi , tantôt ai. A mon avis , jamais on n a prononcé en oi les imparfaits et lea conditionnels, sauf la faible restriction que j'ai indiquée. On a vu que la notation môme par un o de ces deux temps, n'était pas la plus ancienne.
D'autre part , jamais on n'a prononcé gloire, mémoire avec l^ vm ai {glaire, mémnire). Les mots français dérivés d'un nnot latin ayant un o à sa désinence, et particulièrement la terminaison orius, oria, orium, après avoir conservé purement cet 0 dans les transcriptions primitives, ont été prononcés plus tard avec la bivocale oi. Ainsi gloria a donné fiûrie, glore, gloire. De même la prononciation pleine a dû toujours exister pour mémoire, vie toi rr, ciboire, promontoire, mêêriioire, dortoir, lavoir, reposoir, chitre, poireau, voix (ital. roce\croij: {croce)^ etc.
Mais les mots qui ont un e dans le latin , et dans l'italien , qui est contemporain de notre langue , ont dû se prononcer d'abord par ai : roi, foi, loi, moi, toi, soi, voile, toile, étoile, ^iroii (lat. stricius, itiil. xtre/to,^ droit directus, diretto), coi 'cketoj , froid {/reddoj, croire, boire, foir, devoir, croîtra, tts»€oir,etc. Il en est de même dans le cas plus rare où la \oyollc laline est un i, comme dans nitjf*r, pis, piper, pirus, digitus, glu, qui sont de\cnus dans notre langue : noir (ital. nfro;, fmMX, poivre, poire ^ doigt, loir,
f^uand , au wr siècle, on a voulu , et avec rais^m , attribuer a rluu|uc voyelle ou à cliaque diphthongu«* une valeur uni- Corme, on a cliangé pour un grand nombre de mots la prononciation aï en oi. Telle était l'influence presque irrésistible des testes imprimés. Il n'y avait pa» de raison pour qut^ roi ne
sonnât pas comme gloire Toutefois, nous l'avons vu, les împirfaits et conditionnels se sont soustraits à cette révolution, ou oe l'ont subie que momentanément et partiellement. L'orthognphe dite de Voltaire, qui a fixé à jamais cette prononciation, n'est que la consécration définitive d'un fait bien ancien, et ne méritait pas Tignorante opposition de Charles Nodier.
A* La bivocale eu (prononcée «), que nous avons conservée dans le verbe avoir, y si eu, y eus, et qu'on mettait encore il n'y a qu'un siècle dans une foule de mots, ne faisait pas primitivement une diphthongue. On disait eu (qui est encore une prononciation populaire^), véu, séu, connéu. Nous parlerons de cette diérèse dans la note 10.
On lit dans la Chanson de Roland , traiiur {iradiior, traître ) rimant avec empereur. Dans le même poème et dans la Chronique des ducs de Normandie , on voit meUlur, pour meilleur; dans Alexandre tniliu, dans le Roman de Brut, liu, hurt et hurler (heurt, heurter); dans celui de Rou*, tur, sulemeni, seignur, sorur (sœur), pastur, honur. Encore dans Christine de Pisan aveugle est écrit avugle (à la rime).
D'autre part, la bivocale eu reçut dans notre langue, aune époque indéterminée, une prononciation distincte, que nous trouvons àznsjeu, peu, deux, heureux, etc. Il est clair que eu prononcé u et eu prononcé eu ne sauraient rimer.
Deux choses , cette remarque reviendra plus d'une fois, eut singulièrement contribué à altérer la prononciation : la notation de la parole par l'écriture, et dans cette transcription, l'absence des accents figurés. Peu (écrit, bien entendu, sans accent) a, par 1 affaiblissement de IV, produit pe-u; mais ce pe-u, qui ne diflférait pas beaucoup àepéu, fut identique pour l'œil avec l'adverbe peu : ce qui a donné lieu à une ftcheuse confusion.
4. « n (Malherbe) rcprcnoit Racan de rimer tu avec vertu, parce qu'il disoit qu'on prononçoit i Paris <*'u en deux syllabes. • ( Fte de Malherbe, p^r Racan. ) Le peuple dit aussi éiu (de avuto],
2. Je cite des noms pour préciser ; mais cette manière d'écrire se trouve dans beaucoup d'autres textes anciens.
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Il serait 4î$cile de préciser à quelle époque le groupa de voyelles eu a commencé de prendre le son qu'il a aujourd'hui. Il est certain que d'abord il ne fut qu'une notation différente de Vu, en sorte que la diversité d'orthographe n'empéchait point la parité des sons et la légitimité de la rim^. Aujourd'hui la notation du son u par&t^ n'est restée que dans quelques temps du verbe avoir : feus, fai eu, j'eusse, et dans le mot gageure, qui n'a conservé Ve que parce qu'on ne s'e|t pas avisé de mettre la cédille sous le g : autrement il aurait disparu , comme dans conçu, aperçu (conceu, aperceu).
On peut dire approximativement que c'est entre 14^ et 1550 que la rime du son u (écrit eu) avec le SOQ eu est devenue fausse.
Comme nous l'avons vu, les textes très-anciens présentimt souvent u, au lieu de eu :
Mondes, en toi n'a fors peintures, Durtés, tribulations surss. (jubinal.)
Plus tard on écrivait seures, qu'on prononça toujours sûres, Villon fait rimer cogneus avec nudz; et s'il accouple demeure avec meure ( mûre ), il est à croire qu'il prononçait demure.
Vers le même temps, Coquillart (1478) nous montre comment on prononçait le mot seur {sûr) :
Si ce mignon, ut dicitur.
N'appartient à homme vivant, Il faut dire, pour le plus seur, etc.
On lit dans Marot :
Ainsi celui qui par vive foi voit
La mort du Christ, guérit de ma blessure.
Et vit ailleurs plus qu'ici ne vivoit,
Que dis-jeplus? mais sans fin, je fasseure.
A la fin du xvi* siècle^ Pybrac montre par les vers suivants que cette prononciation s'était constamment maintenue :
Car le vert brun du bled, qui d'un éclat obscur Brille dedans les yeux, lui donne l'espoir seur Que de gerbe et de grain il comblera ses granges*
On voit par là que la prononciation d u mot seur et de ses oomposés a toujours été ce qu'elle est aujourd'hui : sûr, asnmr. Pareillement j'eti5 s'est toujours prononcé de même : Baff, qui tenta d*introduire(1572; une nouvelle orthographe, destinée à noter exactement la prononciation , écnwsii f^sse, au lieu de j'eusse.
On pourrait croire que la prononciation de eu était restée u dans tous les cas ; ce qui absoudrait bien des fausses rimes du xvr et du xvir siècle. Il est de fait que plusieurs provinces, telles que la Picardie et la Gascogne , ont encore cette aianière de prononcer. « Les Picards, dit M. Génin , ont toujours affectionné la terminaison en u, et prononcé Diu, fiu, du fu, le /itf, les yus ^ » Le peuple prononce comme un u simple la première syllabe de Eugène, Euyênie, Eustache; il n'est pas rare d'entendre encore dire hurter. « Tout ce qui parie bien en France , dit Théodore de Bèze (1585), prononce htireux. ■ Au commencement du xvi'' siècle, cette prononciation était connue, sinon générale, comme le prouvent ces deux versa rime équivoque de Crétin :
Âins étrangers tenant la plante heureuse (hureuse) Qui a produit telle fleur plantureuse.
Dansle Recueil des plus belles pièces des poètes français, etc.. publié chez Barbin (1692), on lit encore :
0 bien hûreux qui a passé son âge. saint-gblais.
Mais il est certain qu'au xvr siècle, la prononciation actuelle de la bivocale eu était pratiquée. La phrase même de Théodore de Biîze prouve deux choses , d*abord que tout le monde prononçait eu la seconde syllabe, et implicitement, que la première se prononçait de deux façons. Ensuite nous avons un témoignage formel, celui de Sibilet, qui constate positivement (1548) la sépai*ation opérée entre les mots écrits par eu. « Je trouverois rude, dit-il, de rimer ke^tre contre nature, pour la différence du son, mais bien morsure avec asseure. »»