‹ Traité de versification françaiseChapitre 118 sur 212 · Dtf Variât iun.'i, etc., p. 33. Voyej encore p · texte numérisé non relu

Dtf Variât iun.'i, etc., p. 33. Voyej encore p

La difficulté paraîtrait levée si llanuis ne venait jeter de nouveau un nuage sur la question, en rangeant sur la niéuie ligne les mots peur, seur, tneur, dont il veut figurer la diphtbongue par un signe nouveau. C'est là une assimilation dont je lui laisse la responsabilité : je me contente de lui opposer Sibilet et les deux vers précités de Pybrac.

Je ne saurais dire si Marot prononçait denture, au lieu de demeure. Ce qui est certain, c*est que des poètes du xvi* siècle ont employé sciemment la fausse rime en evr, quand Tun des deux mots avait le son ur, toujours par la même disposition à se payer de la vaine approbation des yeux.

On voit dans Coquillart les rimes suivantes : couleur et seur ( sûr) , liseur et seur, docteur et seur ; dans Jean Le Maire : épaisseur et seur, demeures et meures (mûres), ombrageux et sceus (je sus); dans Crétin : épaisseur et seur ; dans J. Marot : peur et seur; dans Saint-Gelais : peu et repeu (repu) , deux et deus (dûs);

Dans Clément Marot : douceur, vigueur, successeur, danseur, intercesseur avec seur; sœurs avec seurs;je meurs avec meurs (mûrs); meure (verbe), demeure, pleure avec meure (mûre); vœu avec veu (vu); j}eu avec peu et repeu (pu et repu), etc. J'attribue au grand nom de Marot Tautorité donnée à cette rime, qui était assez rare avant lui.

Elle est fréquente dans Ronsard et son école. Les exemples en deviennent plus curieux, parce qu'à cette époque elle était indubitablement défectueuse :

Mais quand le ciel est triste et tout noir d'épaisseur, Et qu'il ne fait aux champs ni plaisant ni bien nêur*. ronsabd. Et qu'étant parvenu à son âge plus imur. Il ne se fâche point de porter ce labeur, or bellat. Ou quelque autre venin, dont aprè^ avoir t>eu. Nous sentons nos esprits nous laisser peu à peu. lo. C'est la femme déjà meure :

La meure est toujours meilleure, baïp.

I. U fait encore rimer />m h r^t4 ,vu'. feu ft repeu, ptu et peu pu\ quf%iê •! veue, etc.

3S8 IfOTBS.

Mai YanteraBesfratcheun,

See fruits mnifi. biluao.

Un plomb environné de fumée et de feu, Gomme un foudre éclatant, court par un boia toufléu. du aâiTAi.

Et pour ne perdre point le renom que j*ai eu,

b*un bon mot du vieux temps je couvre tout mon /av. BÉaiiin.

Èâ cendres d*Alciis Amour nourrit le feu

Que jamais par mes pleurs éteindre je n'ai peu (pu), id. Que nous n'ayons les momens compassés, Et calculé les heures et minutes En t'attendent quasi à toutes meultts. BABKtâia.

Ces rimes sont encore admises au commencement du XVII* siècle ; mais elles sont rares dans l'école de Ualbefbe. On trouve dans Théophile heure et meilleure avec seure^ demeures avec meures (mûres).

Quel remède à son mal vous semble le plus seur ? Est-ce la violence, ou si c'est la douceur? mairet. Un chacun admiroit la douceur de ses mœurs, Et la Mort, dont la faux toute chose moissonne, Voyoit de sa vertu nattre des fruits si meurs. Qu'elle prit de ses ans le printemps pour l'automne. lutciK. Sa bonté se montre à cette heure,

Et veut qu'on s'ttsseure, etc. MOifFUBON.

Elles ne reparaissent plus dans Corneille, Molière, Boiletu et Racine. Le seul La Fontaine persiste, là comme ailleurs, à suivre les traces des anciens :

Mars autrefois mit TOlympe en émeute.

Certain sujet fit naître la dispute.

Il s'est servi deux fois de celte rime.

Voltaire a encore reproduit cet archaïsme dans la Henriade :

Près des bords do Tlton et des rives de VEure, Est un champ forluné, l'amour de la nature.

En 1704, Uaniilton écrivait à Boilcau :

Des bords de la rivière d'Eure Lieux où, pour orner la nature, etc.

Très-anciennement on disait Eure :

Richault parla à il ; dessur l'ève d'Eure, (aou.)

RiMi. 359

J'ai insisté sur les trois busses rimes qui précèdent, à oause de leur usage fréquent et prolongé. II en est d'autres que j'indiquerai plus brièvement.

5* Dans beaucoup de mots la bivocale ai a été admise concurremment ayec la voyelle a, lettre du radical. On a dit Ai char (d'où charnier, charnel, charnu) et la chair* ^ amer* et aimer, bagner (ital. bagnare) et baigner, gagner et gai^ gner, etc. L'adjectif clair prend la bivocale, et le substantif clarté conserve l'a.

L'usage de la double voyelle est très-anden. On lit dans la Chronique des ducs de Normandie Bretaigne rimant avec rewiaigne; dans le roman de Rou, Bretaigne, Eepaigne^ etc. Et dans Rutebeuf :

Jamais n'ieri jour que ne s'en plaigne El Navarre et Brie et Champaigne,

Encore au xvi* siècle, on écrivait généralement mantaigne, campaigne, paige, langaige, saige, etc. Conmie on ne dit plus aujourd'hui bagner ni gaigner, plusieurs rimes où figurent les mots précédents sont devenues fausses.

Ainsi dans Christine dePisan : couraige et ai'je;

Dans Villon : Bretaigne et enseigne;

Dans Coquillart : langaige et que sai-je, Allemaigne et enseigne; gaige, paige et neige;

Dans J. Marot : montaignes et enseignes, baigne et finttaigne, déclaire (déclare) et éclaire;

Dans Ci. Marot : montaigne et baigne, gaigne et baigne, declaire et austère;

Dans Ronsard : accompaigne et baigne, montaignes et dédaignes ;

Dans Du Bellay : accompaigne et dédaigne.

6» Les finales en ogne et oigne, qui sont aujourd*hul distinctes , ne formaient primitivement qu'une même désinence.

I. L'auteur de VAn des sept dames, ayant Imprimé chair, met dans ion errata : « Pour chair y doit avoir char; car chair c'est Hwiçois parisien. »

S. Marot fait encore rimer qui Vame avec dme. Nous avons eomerré amant.

L*t était intercalé fort anciennement : on voit dans la Ciiioson de Roland Borgaigne, dans la Chronique des ducs de Normandie besoigne, et dans Wace Bargoigne^^ Colaigm, besoigne, etc. 11 se conservait au xvi« siècle, ou était remplaoé par une n, ou ces deux lettres figuraient concurreounent : ûd écrivait Bourgoigne, Bourgongne ou Baurgoingne^ et avec les mêmes variétés vergoigne, cigoigne, roignons^ caigner, gnrir gner, etc. Nous ne disons plus que vergogne, cigogne, besogne^ cogner, grogner; mais l'i est resté dans quelques verbes , comme éloigner, témoigner. De là des rimes défectueuses.

On trouve dans Christine de Pisan : élongne (nous disons éloigne) et Bourgongne, témoingne et Bourgoingne, hesoimgnê et éloingne.

Le cardinal Du Perron fait rimer cigoigne avec éloigne. Au contraire Sarrasin a dit :

Puisque Voiture s^élogne.

Je m'en vais dans la Pologne.

7<* La prononciation fautive a, au lieu de e, a été critiquée par Henri Estienne :

En la Gn, vous direz la guarre.

Place Maubart et frère Piarre.

Elle donne lieu a beaucoup de fousses rimes.

Dans une strophe des Sept articles de la Foi, par Jean de Meung, où les vers riment des deux dernières syllabes, nous voyons :

0 glorieuse Trinité,

Un seul Dieu en vraie unité,

Et trois singulières personnes...

Qui mon Dieu de toutes parts sonnes.

Villon fait rimer barre avec erre, Marne avec hiverne, Lombart avec Robert, et Marot avertit en note qu'il faut prononcer Robart, et non Robert,

I. Pour toutes ces formes il est Impossible de retrouTer la main de l'auteur. J'ai noté dans Rutebeuf Borgoingne, besoigne, iesmoigne; mais bous n'avons là que le système du copi^ip, La grande édition de Ronsard écrit besongne, Boxirgongn^,

Ou voit daus CoqmWavt ferme rimant avec gendarme.

Or est Montjoie, alors premier roi d'armes, Homme discret, très-élégant en termes, j. marot.

Ailleurs, le même poëte associe vacarmes ei fermes, alarme ei ferme, dame et gemme.

Une anecdote du xv* siècle contient un jeu de mots fondé sur cette permutation de lettres. Louis XI se plaignait que le vin d'une certaine année fût mauvais : C'est, lui répondit-on, que les sarmens {sarmens eisermens) n'ont pas tenu.

Cette prononciation s'est conservée dans certaines campagnes. On y dit encore /ar^Tz^, au lieu de ferme. Molière, chez lequel il est si curieux de retrouver quelques-uns de nos anciens patois, a fait usage de celui-ci dans quelques scènes du Festin de Pierre. On voit dans une seule page les mots suivants : renvarsés dans la mar, mottes de tarre, bian, envars nous, barlue, un varre de vin, sarmonné, Piarrot, je me pardois.

Hier pîononcé hiar a donné le composé arsoir ou harsoir, qui s'est longtemps maintenu :

Arsoir Désir tout à coup vint s'offrir, crétin.

On lit dans les Contes de Bonaventure des Périers : « 11 monte après, deffait le beau pavillon de sarges de diverses couleurs qui y estoit. » Voici la note de La Monnoye sur ce passage : « Toute la cour, du temps de M. Vaugelas, qui le rapporte ainsi dans ses Remarques imprimées en 1646, disoit 5ar^tf. Il y a longtemps que toute la France ne dit plus que serge. >•

Au reste, cette permutation de lettres est ancienne; et si nous avons vu jusqu'ici des è prononcés a, il y a aussi beaucoup d'exemples de l'emploi de ïè au lieu de l'a. Le mot terme est fréquent dans les anciens tex tes \ notamment dans la Chronique des ducs de Normandie :

f . On Ut dans Christine de Pisan : « Seulctte à part, et estralgnant à grand piine les lermes qui ma \ue troublent. > Les éditions d* Alain Cbar- Her présentent le mot larm$ au miUeu d'une série de rimes en erme. C*ett lêrmê qu'il faut restituer.

S83 Morat.

Que c'est menreille en tani de krmê Où porent trover tante Urme. bbioist.

On trouve dans les Yîeux textes êspergne pour ^forgne, et souvent entiché pour entaché, etc. Ex. :

Ains dépendent en la taverne

Tout leur gaaing et leur espergne * . (a. db L4 aosa.)

Qui connoissois si bien mes teiches.

Pour qui mort je brisai mes flèches, (ib.)

Notre mot guitarre a été chiterre et guiterre :

Gomme Amphion tira les gros quartiers de pierre, Pour emmurer sa ville au son de sa guitem. bonsabd.

Les deux noms propres Ysambert et Ysambatî, fort répandus dans la Beauce , attestent la double prononciation.

iB'' Vo des Latins et son analogue au (devenu o en italien}, sont représentés dans notre langue tantôt par o, tantôt par eu : notre, votre, rose, chose, poser, oser, et d'un autre cÔtô, nous, vous, amour, assoupir, oublier,

La répartition de ces lettres est aujourd'hui bien arrêtée. Mais quand notre langue était encore en travail de fofniation , certains mots s'écrivaient et se prononçaient tantôt par à; tantôt par ou. L'on trouve souvent ehouse, mrrouser, ap* proucher, reproucher :

Asséurô Tôt de sa bouche ,

Mais Raison Ten donne reprouche*.

J'ai noté dans le Roman de la Rose reprouche, proufite, fourment, et arrousa dans le Nouveau recueil de M. Jubinal. Villon fait rimer arouse avec douze. Il met ailleurs :

Tous mes cinq sens, yeux, oreilles et bouche, Le nez, et vous, le sensitif uussi.

Tous mes membres où il y a reproche.

Souvent, comme dans ce passage , on écrit par o, quand il faut prononcer ou.

1. Je transcris un bon manuscrit. JeTols épargne dans une édition.

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