‹ Traité de versification françaiseChapitre 119 sur 212 · Traduction de Guillaume de Tyr, antérieure à · texte numérisé non relu

Traduction de Guillaume de Tyr, antérieure à

RIMB. 368

J'ai transcrit d'un Vocabulaire laUn-françaia , imprimé en 1487, les mots suivants : arrauser, arrouiement^reutie*,

A cette époque , et pendant ube grande partie du xyi* siè<cle f la bivocale ou prédominait. Ex. :

Ainsi marchoit de tout honneur la souche;

Et tout ainsi qu'aimant tire et approche

Le fer à lui , sans qu'en rien il lui touche, etc. i. MABef .

Tu fuis la mort; elle de toi s*approuche.

Fais que ce bien soit en toi retenu,

Qui vaille honneur et véritable bouche, meschinot.

Les insipides jeux de mots que Guill. Crétin rechercha dans ses rimes équivoques et autres , ont du moins l'avantage de nous fournir de curieux renseignements sur la prononciation. Les vers suivants montrent qu'il prononçait praumesse, apptvucher ;

Arsoir Désir tout à coup vint s'offrir.

Crainte avec lui; or il convient souffrir...

Donner pour Dieu, accomplir vœux, promesseè.

Chanter psautiers, vigiles et prou messes...

Plus cher prétend éloigner qu'approcher;

Prou cher aura , se bon grain et or dure.

Cl. Marot écrit souvent approucher et autres mots analogues; mais je ne les trouve pas à la rime , et les exemples en seraieM moins frappants.

François I" prononçait et écrivait ainsi. On lit dans une dé ses lettres' : u Perot s'en est fouy, qui ne s'est pas (mj^ trouver devant moy. »

Meigret, qui notait exactement la prononciation dans sa nouvelle orthographe, écv'ii pourtrait.

Henri Estienne s'est moqué de cette manière de prononcer :

Si tant vous aimez le son doux, N'ètes-vous pas de trèà-grands fous * De dire chouse, au lieu de chose?

De dire j"ou5e^ au lieu do j'ose?

1. L'auteur de VAn des sept dames, après aToir mis foftite diBS iêèl texte, avertit dans Terrata quMl faut lire fourme. S. Gi^nin, Des Variations du langage français, etc,^ p* Sfi«

11 dit ailleurs : « Autant en est-il de choie et de ehoute, de caste et de cousté; car chouse et cousté, comme on prononce à la cour, plaisent au dict Philausone ; ehoH et coité, selon It prononciation ordinaire , plaisent aux autres. Autant en est-il de quelques autres, qui sont escrits en quelques lieux par ou, et ailleurs par o seulement. *•

On voit dans Rabelais combien cette sutistitution de la bivocale ou à la voyelle o avait prévalu de son temps. Je transcris seulement quelques mots : rousée, gousier, cour beau, chouse, pourte, repous, pentecouste, houste (hdte), propous, suboumer, expouse (expose)^ ouste (ôte), eUx

La Fontaine , ce fanatique imitateur des anciens , a osé conserver ou plutôt exhumer la rime épouse et arrouse.

9^ On peut remarquer une affinité de vieille date entre les bivocales ^u et on. On dit encore : je veux et vouloir, mcmrtret meurs, émeut et émouvoir, preuve eiprouver, vœu et vouer, nœud et nouer, saveur et savourer, œuvre et ouvrier, bœuf et bouvier, cœur et courage, neuf et nouveau, deux et douze, gueule ' et goulet, goulot, goulu, etc. Mais chacune de ces formes est la seule qui soit en usage; au lieu que jadis plusieurs mots admettaient indifféremment les deux diphthongues : demourer et demeurer, trouver et treuver, découvrir et décœuvrir, etc. On ne dit plus demourer ', ni treuve, ni décceuvre. Ce dernier n'est pas arrivé jusqu'à Malherbe :

Pour recontinuer ceste œuvre,

Si que par Tun l'autre recuevre. (a. db la aosB.) Suivant propos, trop sont mes ennemis Pour leur enfer, que par écrit j*ai mis, Où quelque peu de leurs tours je décceuvre: Là me veut-on isrand mal pour petit œuvre, marot.

1. On a dit goule, et Rutebeuf fait rimer ce mot avec coule ; c*est encort aujourd'hui une prononciation populaire.

2. De même le mot peur a complètement remplacé poour et paour. Vo des Latins a d*abordélé conservé ou changé en u : hontos, glorios, orgueil' lus, merveillus (Benolst de Saint-More) ; ou a succédé; la biTOcale eu n*cfll venue que la dernière.

mm. 365

Je le savois, et savois mettre en œuvre

Tous les secrets que son livre décoetwre, du bvllat.

Mais treuve a persisté jusqu'au règne de Louis XIV :

Et toi à moi fais connottre par preuve Qu*ami plus franc au monde ne se treuve. marot. A peine en leur grand nombre une seule se treuve De qui la foi survive, et qui fasse la preuve, malh. Car loin de vous je ne treuve.

Quelque chose que j'épreuve, etc. mativaro. Mais en Fétat où je me treuve^ Qu'est-il besoin de cette preuve? voituhe. Non, l'amour que je sens pour cette jeune veiive Ne ferme point mes yeux aux défauts qu'on lui treuiye. mol.

Quant à la somme de la veuve , Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve, la Foyr.

On dit moins encore noue^ (au lieu de nœud), forme qui s'est maintenue pendant une partie du xvr siècle :

Portent sur eux des cordes à gros nouds. Pour lui lier les jambes et genoux, marot. Qu'eussé'je fait? l'archet éloit si doux, Si doux son feu^ si doux l'or de ses nouds, Qu'en leurs filets encore je m'oublie, boiisabd.

Dans un recueil des poésies d'Héroêt se trouve une pièce at* tribuée à Marot, où on lit ces deux vers :

Car en amour fut si très-fna//i«irou,sf . Après l'effet que de moi fut jalouse.

lO** Passons aux fausses rimes provenant des consonnes.

Il est certain que , dans le principe , on prononça toutes les consonnes. Il l'est également que plus tard, du xiir à la fin du XVI* siècle, on ne faisait généralement pas sentir les consonnes finales ; et dans le cas des doubles consonnes médiates, on en omettait souvent une. La prononciation moderne est un mélange capricieux de ces deux systèmes , et Ton va voir combien il en est résulté de rimes défectueuses. Mais elles disparaissent au siècle de Louis XIV.

Examinons d'abord le cas de deux consonnes mcdiaies.

S muette et s sonore ; arreste et reste. Celte rime a pu ôlrc

866 NOTis.

légitime à deux époques : quand on prononçait Vs dans les deux mots , et quand on ne la prononçait dans aucun. Elle est fausse aujourd'hui, et au moins depuis le xvii* siècle.

J'extrais du Nouveau recueil des contes et fabliaux , publié par M. Jubinal, les rimes suivantes : presire et senestre, tempeste et geste, feste et geste, estre et terrestre, beste et moleste;

Du Roman de la Rose : maistre et terrestre^ regueste et moleste ;

De Villon : honnesie et admoneste ;

De Meschinot : prw^e, appreste, arreste, reste;

De Coquillart : deshonneste et admoneste ;

De J. Marot : teste et geste, tempeste et céleste;

De Cl. Marot : estre et terrestre^ teste et peste, tew^teei WMleste, honeste et admoneste, maistre et senestre ;

De Saint-Gelais : estre et terrestre;

De Ronsard et de Régnier : teste et admoneste ;

De Rabelais : honneste et céleste;

De Pybrac : comparoistre et terrestre.

D'après le témoignage de Pasquier, la double prononciation a existé au xvi* siècle : « Mais peut-estre que quelque jour viendront-ils (les mots espèce et espérer) au rang des autres; aussi bien que de nostre temps ce mot à* honneste, auquel dans ma jeunesse j'ay veu prononcer la lettre de s, s'est maintenant tourné en e fort long. » Mais c'est là une nouvelle preuve de l'extrême incertitude de la prononciation à cette époque ; car il est constant que, déjà depuis plusieurs siècles, 1*^ était devenue muette dans ces mots ; témoin un passage de Coquillart , qui fait rimer sornette avec admoneste (admonéte). Et ces deux autres, de V Amphitryon^ :

Je te prie que veuilles mettre Les poings un peu jus de ma teste :

Et maintenant la paix soit faite...

Je t'apprendrai à te jouer

Page 1